‹ Traité des constructions rurales et de leur disposition (volume 3)Chapitre 10 sur 31 · HABITATIONS POUR UNE GRANDE EXPLOITATION · texte numérisé non relu

HABITATIONS POUR UNE GRANDE EXPLOITATION

Lorsqu'il s'agit de construire une maison destinée au directeur d'une vaste exploitation, on ne peut plus être guidé seulement par les seules considérations de convenance que nous avons développées dans la description des classes précédentes d'habitations. D'autres exigences viennent s'y ajouter : l'homme placé à la tête de la ferme est généralement habitué à plus d'aisance, de confort, de luxe même; sa famille doit recevoir quelques visites, entretenir des relations fréquentes, toutes choses qui réclament des pièces d'habitation entièrement distinctes de celles où peut avoir accès le personnel rural de l'exploitation. D'un autre côté, les locaux à usage spécial, comme

MAISONS D'HABITATION

la laiterie, les celliers et bûchers, par la grandeur d'emplacement qu'ils'exigent, trouvent une place distincte dans les différentes parties des constructions qui composent la ferme. La maison peut donc être réservée tout entière à l'habitation du chef de l'exploitation et de sa famille; nous y ajouterons, toutefois, la cuisine et le réfectoire des domestiques et ouvriers, qui doivent toujours être l'objet de la surveillance la plus active, et qu'il faut nécessairement rapprocher des yeux de celui qui commande. En faisant la part de; cette exigence, les habitations dont il s'agit peuvent se ranger dans la classe des maisons de campagne proprement dites et de leurs variétés si nombreuses. A ce titre nous n'aurions pas à nous en occuper, et il nous suffirait de renvoyer aux ouvrages dans lesquels nos

architectes les plus habiles ont décrit leurs productions Nous

croyons cependant utile de donner quelques exemples, en rappelant que la simplicité est toujours de bon goût dans de pareilles constructions.

Nous avons établi le projet représenté dans la pl. 20 pour répondre aux exigences les plus modestes d'une habitation de ce genre. Elle se compose d'un bâtiment rectangulaire de 14 mètres do long sur 8 mètres de large, élevé de deux étages sur caves et flanqué d'un petit avant-corps de 3 mètres en tous sens et de deux petits appentis dont nous dirons tout à l'heure la destination. Le tout est construit en moellons et pierre de taille, à l'exception des deux appentis élevés en briques pour en diminuer l'emplacement la couverture est en tuiles ou ardoises pour la maison, en zinc pour les deux appentis. C'est dans l'un d'entre eux que se trouve l'entrée principale par un vestibule a (fig. 48), donnant dans une grande pièce b (ô"» X 7") servant de cuisine et de réfectoire pour les ouvriers, ainsi que l'indique la grande table figurée dans le plan; cette cuisine a des fenêtres sur trois faces permettant de voir ce qui se passe dans les trois directions. A côté de la cuisine est une laverie c avec pierre d'évier, par laquelle on arrive dans un garde-manger d ( 4™ X 3" ) en contre-bas de 0'",30 et situé au nord, si on suppose la porte principale s'ouvrant au midi; on peut encore arriver à ce

MAISONS D'HABITATION

garde-manger par une porte donnant sur le corridor e, où se trouve l'escalier du premier étage au-dessus de celui des caves. A côté est une chambre à coucher f pour les filles de service. Sur ce corridor s'ouvre le cabinet de travail g situé dans l'avant-corps et ayant 2", 50 en tous sens. De là le maître de l'exploitation peut voir dans les trois directions différentes, appeler pour donner des instructions en ouvrant ses fenêtres, et, à l'aide d'un petit vasistas placé à côté du tuyau de cheminée, voir dans la cuisine, où il peut, d'ailleurs, se rendre en faisant quelques pas. Dans le petit appentis symétrique de celui où s'ouvre la porte d'entrée et qui est désigné dans le plan par un k sont des lieux d'aisances, ou une autre entrée particulière aux maîtres, pour le cas où l'on ne jugerait pas à propos de traverser la cuisine ; les lieux d'aisances seraient alors placés au premier étage.

Si l'on croyait que la construction de ces deux appentis compliquât un peu la construction, rien de plus facile que de les retrancher; on laisserait ainsi pénétrer plus de clarté dans le bas de l'escalier, qui n'est éclairé, au rez-de-chaussée, que par des portes vitrées sur les pièces 6, g, k, et, au premier étage, par la fenêtre qui se trouve en face. Dans ce cas, on prendrait sur la cuisine b, vis-à-vis l'entrée a, l'emplacement d'un petit vestibule en vitrage.

Au premier étage, dont nous n'avons pas cru nécessaire de donner le plan, presque semblable à celui du rez-de-chaussée, se trouvent deux chambres à coucher, un petit salon, salle à manger et une petite pièce au-dessus du cabinet de travail, d'où la surveillance peut s'exercer de même que dans celui-ci et plus facilement encore, à cause d'un petit balcon.

Le second étage fournit encore trois chambres, lambrissées, il est vrai, à cause de l'inclinaison du toit, mais que des fenêtres assez grandes, ouvertes dans les pignons, peuvent rendre très-habitables.

Nous croyons utile de citer ce que nous disait un de nos amis, auquel nous expliquions le dessin de cette maison. De la fenêtre du deuxième étage, qui, par son élévation, domine tous les bâtiments

MAISONS D'HABITATION

de la ferme, si le pays est découvert, le chef de l'exploitation ne pourrait-il pas, sans dérangement et à l'aide d'une lorgnette, vérifier de temps en temps ce que font ses ouvriers dans la plaine : si ses charretiers ne s'arrêtent pas à causer, s'ils ne font pas courir leurs chevaux pour rattraper du temps perdu, si le laboureur ne s'assied pas au bout du sillon, si les sarcleuses ne se mettent pas en cercle pour bavarder ?. . .

— Sur une élévation semblable à celle de cette construction, et avec les mêmes facilités de surveillance offertes parl'établissement en saillie de cabinets au rez-de-chaussée et au premier étage, nous avons représenté diverses modifications de la disposition intérieure dans trois planches de la seconde partie de ce travail.

— Nous passerons rapidement sur la petite maison représentée dans la planche 21 , maison fondée et habitée par notre père et que nous nous sommes plu à terminer (1). Quatre murs en moellons et un toit d'ardoise la composent ; sur la pierre serpentent, en guise d'ornement, quelques ceps de vignes; au pied fleurissent des rosiers étalés en espalier (fig. 69) ; sur le toit se détachent deux lucarnes pointues en pierre blanche (fig. 72).

Sa destination fut d'abord de loger le chef Fig. 72. d'une exploitation comprenant une petite ferme voisine et un moulin à blé ; plus tard, de procurer un asile où, dans les intervalles d'un travail assidu, pussent être goûtés quelques instants de repos au milieu des joies de la famille, du calme de la campagne.

Elle pourrait être utilisée comme habitation attenante à une grande exploitation, en supposant qu'elle s'ouvrit d'un côté sur la cour de service, et de l'autre sur un jardin.

Voici la desci'iption du plan :

Au rez-de-chaussée (fig. 70), une entrée a, formant vestibule sur

(1) Le Moulin-Neuf du Lerry, Saint-Hilaire-sur-Erre (Orne).

MAISONS D'HABITATION

la cour, donne accès à une grande cuisine b (i^X^^jSO), où l'on remarque une table pour les ouvriers, des fourneaux, une pierre d'évier et un petit four. A côté sont deux petits offices c et c' pour les aliments destinés aux maîtres et aux domestiques. La salle à manger d (4™, 50 X 3", 50) est chauffée par des bouches de chaleur venant de la cheminée de la cuisine : un iour ménagé entre ces deux pièces permet le passage des mets préparés. A côté, et communiquant d'une part avec l'entrée du côté de la cour a, de l'autre avec le vestibule du côté du jardin a', est une pièce pour le travail en commun e (3"" X 3", 50) pouvant servir de salle de réunion et ouverte sur le jardin par une porte à deux battants. Dans le vestibule a' se trouvent des lieux d'aisances q ventilés par des tuyaux aspirateurs qui traversent l'étage supérieur ; derrière est un petit bûcher f. L'emplacement marqué g et h est destiné soit à un grand salon, soit à un atelier g et à un salon /i, soit à un bûcher, à un cellier, à une laiterie, etc.

Au premier étage (fig. 71) sont cinq chambres à coucher A- avec ou sans cabinets de toilette ou décharges î ; on y parvient par un escalier qui se sépare en deux branches sur un palier situé au milieu de la hauteur de l'étage : un corridor l dessert trois des chambres k.

Au-dessus se trouve un vaste grenier où le jour parvient par des tabatières et deux chambres lambrissées qu'éclairent les lucarnes indiquées dans le dessin.

— Lorsqu'une habitation, déjà construite, doit devenir l'objet principal de la décoration d'un jardin, d'un petit parc, lorsqu'elle doit concourir à l'ornementation d'un paysage, il est parfois facile, avec quelques modifications peu considérables, de lui donner une apparence plus élégante que celle qu'elle avait reçue primitivement de son constructeur ; quelques moulures rapportées sur les baies d'ouvertures, des chaînes apparentes, des saillies dans la toiture, et surtout l'addition d'un petit corps de bâtiment en avant de la partie centrale, ou de deux appendices en guise d'ailes, parfois une ou plusieurs tourelles, peuvent concourir à produire le résultat cherché.

La maison représentée dans la pl. 22 est un exemple offrant

Page 08.

Fig. 75.

ConsIrucHoiis rurales. — Ihiliitations.

MAISONS D'HABITATION

non-seulement ce genre d'additions décoratives, mais encore une innovation de disposition qui sert à faciliter la surveillance du chef d'exploitation, comme nous en avons déjà donné quelques spécimens.

C'est une transformation de l'habitation précédente (pl. 21), à laquelle nous avons ajouté quelques motifs d'ornementation, et en outre une petite saillie d'où la vue, aux différents étages, peut s'étendre dans trois directions. ^

Les motifs d'ornementation consistent en moulures au-dessus de chacune des fenêtres et des portes, en lucarnes placées dans les croupes latérales du toit (l'une d'elles est une porte-fenêtre avec poulie pour faciliter le montage des sacs de grain dans le grenier), puis, au-dessus et dans toute la longueur du toit, en une crête en fonte de fer, comme en fabriquent aujourd'hui presque toutes nos usines à fer ; enfin en cheminées ornées avec pans coupés ou en forme de torsades. Plusieurs tuileries font cuire maintenant des tuyaux de cheminées en poterie ornée, qui peuvent remplir un office décoratif analogue à celui que l'on obtient avec des pierres taillées, et dont le prix est moins élevé : en Angleterre ces modèles sont très-communs, ils se propagent en France. On fabrique aussi en poterie des crêtes de toit adaptées sur des enfaîteaux, ou y entrant dans une rainure ; on les y scelle avec du ciment; la gelée les fait souvent casser : celles en fonte sont préférables.

Quant à la saillie que l'on peut voir à la partie antérieure du bâtiment dont l'élévation est représentée (fig. 73), elle a été formée par suite de la démolition d'une petite portion du mur de façade, et par sa reconstruction à 2 mètres en avant avec pans coupés. Il en est résulté diverses modifications que l'on peut voir dans le plan du rez-de-chaussée (fig. 74), dans celui du premier étage (fig. 75) et dont voici la description :

Au rez-de-chaussée, a, entrée du côté de l'exploitation; 6, grande cuisine avec garde-manger c; à côté, salle à manger pour les maîtres d ; puis salon e, ou grand cabinet d'où l'œil du maître peut s'étendre, dans diverses directions, par la porte vitrée placée au mi-

MAISONS D'HABITATION

lieu, et par deux fenêtres percées dans les pans coupés ; passage traversant l'habitation ; g, escalier du premier étage, sous lequel sont des latrines; h, salon ou sable de récréation (au besoin peut être utilisé pour un local agricole, une grande laiterie, un bûcher, un cellier ou un petit atelier industriel, distillerie, féculerie, enfin pour une salle de billard, comme dans l'exemple que nous avons eu l'intention de représenter et qui n'est que la modification de l'habitation précédente). ^

Au premier étage, a' a', couloir donnant accès aux chambres d'habitation /v, au nombre de quatre ; celle du milieu, destinée au chef, est percée de trois fenêtres, comme la pièce du rez-de-chaussée e, placée au-dessous ; A', grand cabinet pouvant servir de chambre séparée, ou d'annexé à la chambre k à côté, dont il est séparé par une cloison en forme de portes à quatre battants, disposition commode permettant d'avoir une chambre à coucher transformée en petit salon par la fermeture des grandes portes; î, cabinet ; /, chambre de bains ; ?n, grande armoire.

Au second étage, greniers et trois chambres à feu éclairés par des lucarnes ; celle qui se trouve au milieu communique avec une. petite terrasse, placée au-dessus de la saillie qui règne aux deux étages inférieurs, et limitée par une balustrade formée de motifs de décoration en terre cuite fort répandus à notre époque. De cette terrasse, la vue peut s'étendre au loin et faciliter la surveillance aux environs.

— Plus élégante par son apparence, plus considérable par son étendue, l'habitation représentée dans la pl. 23 peut convenir à une famille nombreuse (1). Élevée partie en moellons et en pierres de taille, partie en briques, elle est rehaussée de deux pavillons carrés à toits légèrement pointus et d'une lucarne centrale avec ornements en fonte de fer ; le dessin de l'élévation (fig. 76) donne suffisamment les détails de sa construction, sans que nous en étendions davantage

(1) Construite aux Pàtis, près la Loupe (Eure-et-Loir), par M. Huzard, notre oncle, auquel nous devons plusieurs articles reproduits plus loin.

Puge 70.

Fig. 76.

ConslrucHons rurah-'S. — Habilations

;.7n,-lm

Hi.. 24

MAISONS D'HABITATION

la description ; disons seulement qu'elle est disposée, comme la précédente, pour être placée entre un jardin et la cour de l'exploitation.

Le plan du rez-de-chaussée (fig. 77) est composé- d'une petite entrée a, à côté de laquelle est la cuisine b, contenant cheminée, fourneau, évier et un petit four; au fond, une salle de bain c et un gardemanger pour la cuisine d, communiquant avec celui des maîtres e; de l'autre côté de l'entrée a est un grand réfectoire f. Au milieu du bâtiment est un grand vestibule g, lequel permet le passage direct de la cour au jardin, renferme l'escalier du premier étage et donne accès au cabinet de travail h. A la suite du vestibule se trouvent une grande salle i et un salon j. Enfin l'emplacement marqué k, dans le soubassement d'un des pavillons, est celui de lieux d'aisances s'ouvrant sur le jardin et ventilés par des tuyaux qui pénètrent, à travers le premier étage, jusqu'au toit.

A ce premier étage (fig. 78) sont trois grandes chambres à coucher n, dont deux avec cabinets de toilette o; une bibliothèque p, des lieux d'aisances q, ventilés comme ceux situés au-dessous ; une chambre à provisions r, une autre à usage de lingerie s; toutes ces pièces communiquent entre elles à l'aide du couloir m. La chambre à coucher principale, située à l'extrémité du bâtiment, permet à celui qui l'habite de voir à la fois dans trois directions, avantages que l'on ne saurait trop apprécier, ainsi que nous l'avons déjà répété plusieurs fois.

— Nous devons l'élégante habitation représentée dans la pl. 24 à M. ïhackeray, l'un des premiers importateurs du drainage en France, qui a bien voulu nous en communiquer le dessin. C'est un de ces jolis cottages dont les Anglais savent si bien embellir leurs paysages, en s'y créant une habitation gracieuse et commode. Si nous ne craignions qu'elle ne nécessitât une dépense un peu considérable, à cause des angles, des moulures et des corniches qu'elle comporte^ nous la proposerions comme un véritable modèle du genre.

Sur un soubassement de O^jCO de hauteur, qui s'étend à \ mètre tout autour du bâtiment, s'élèvent deux pavillons formant entre eux

MAISONS D'HABITATION

un angle droit au sommet intérieur duquel se trouve une tourelle à pans coupés, renfermant un escalier en limaçon (fig, 79). Le rezde-chaussée (fig. 80) se compose d'un vestibule a donnant accès, à gauche, à une, cuisine b avec pierre d'évier et à un garde-manger c; à droite, à une chambre à* coucher g avec cabinet /i et à des 1 ieux d'aisances f. Au fond s'ouvrent, d'une part, l'escalier, de l'autre la porte de la salle à manger d, que l'on traverse pour arriver à un cabinet de travail e.

Au premier étage (fig. 81) est une chambre à coucher i, à côté de laquelle est un cabinet k donnant communication à une autre chambre à coucher l. C'est dans cette pièce que s'ouvre la petite avance qui est représentée dans l'élévation (fig. 79). Cette petite saillie, supportée par un cul-de-lampe en pierre de taille faisant corps avec la maçonnerie, est construite soit en bois, soit en briques, et percée de trois baies de fenêtres. Par ces ouvertures, le chef de l'exploitation peut jeter ses regards de surveillance sur les différentes parties du domaine, ainsi que nous l'avons dit dans l'explication de la pl. 20. Au premier étage se trouve encore un grand salon m; une ou deux portes-fenétres permettent de communiquer de ce salon à une terrasse située au-dessus du cabinet de travail, et d'où la vue s'étend sur les jardins ou sur d'autres parties des cultures.

— Nous sommes arrivés à l'habitation du gentleman-farmer , au cottage for gentry, à la maison de campagne, au petit château si l'on veut; n'allons pas plus loin; nous sommes bien près du château que l'on ne saurait, sans abus, faire rentrer sous la dénomination de constructions rurales.

Page 1