MAGNANERIES POUR LA PRODUCTION DE LA SOIE
Nous diviserons les constructions qui doivent servir aux vers à soie en deux espèces : les bâtiments spéciaux ou magnaneries permanentes, que l'on établit dans les endroits où on se livre d'une manière continue à l'élevage des vers à soie, et les bâtiments recevant accidentellement cette destination ou magnaneries temporaires, auxquelles on fera bien de se borner, lorsqu'on voudra faire les essais préalables nécessaires pour s'assurer le succès dans cette branche de l'industrie rurale.
A côté des premières, il sera utile de disposer quelques locaux pouvant servir de magnanerie temporaire lorsque les circonstances favorables exigent qu'on donne de l'extension aux éducations. Elles seront encore une ressource si une épidémie se manifestait dans les chambrées, en permettant de transporter les vers non atteints par le mal dans un local exempt de l'infection.
Magnaneries permanentes. — Le local destiné aux vers à soie doit satisfaire à deux conditions essentielles : il faut qu'on puisse y maintenir la température convenable, et en même temps qu'un renouvellement suffisant de l'air y soit assuré.
La première condition est remplie par l'épaisseur des parois, par l'établissement de poêles ou même de cheminées pour échauffer les pièces quand il fait froid, par la construction de salles de refroidissement, dont l'action s'exercera lorsque l'air extérieur est trop chaud ; la seconde s'obtient par des conduits de ventilation établis en briques, en tuyaux de poterie ou de bois, ou autres appareils de ce genre analogues à ceux que nous avons décrits pour les logements d'animaux domestiques en général (page 74).
Ces tuyaux ou ventouses doivent être très-nombreux dans chaque chambrée; leur largeur intérieure ne sera pas moindre de 0'",15.
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On les fait ouvrir le long des murs, et on les prolonge au-dessus du toit, de manière à ce que leur longueur facilite l'établissement de courants. Ils fonctionnent utilement en tout temps : pendant les temps froids, lorsqu'on ferme les fenêtres, ils suffisent au renouvellement de l'air; pendant les chaleurs, lorsque les fenêtres sont nécessairement fermées, leur action est encore plus remarquable.
On complète quelquefois cette ventilation par des ouvertures rectangulaires de O'-'jSO à 0-",30 de long sur O^jlO ou 0"°,15 de large, pratiquées dans le plancher inférieur lorsque le local est situé au premier ou au second étage d'une construction; on les ferme à l'aide d'une grille fixe en fer et d'une planchette à coulisse (1).
Les portes et les fenêtres du local peuvent être doubles, c'est-àdire que des châssis garnis de toile à canevas ou, mieux, de toile mé- .tallique seront posés devant des portes et des fenêtres établies à la manière de celles qui servent pour les demeures de l'homme.
L'ameublement d'une magnanerie consiste en tablettes superposées les unes aux autres, avec un intervalle de 0",60 de hauteur entre elles; leur largeur ne doit pas dépasser 1 mètre pour celles qui seraient le long des murs, et ^"',^0 à 1™,75 pour celles qui se trouvent au milieu des pièces et autour desquelles on peut circuler. 11 convient que les premières ne soient pas complètement adossées au mur, qu'elles en soient éloignées de 0",15 environ; il est préférable même, toutes les fois que la largeur du local le permettra, de placer
(1) Une très-ingénieuse combinaison d'appareils satisfaisant en même temps aux deux exigences des magnaneries a été exécutée par le chimiste d'Arcet. Les travaux de Dandolo, de M. Bonafous et de Robinet, sur ce sujet, ne laissent aucun doute sur la nécessité de la ventilation et du maintien d'une température douce et constante dans les magnaneries, sur les bons résultats qu'on en obtient pour la santé des vers à soie, et sur l'économie même qui en résulte pour les éducations. Leurs ouvrages contiennent la description des procédés à suivre lorsqu'on veut établir de grandes magnaneries. Ce sont principalement :
— Description d'une magnanerie salubre, par d'Arcet. Paris, 1836, in-4'', fig.
— Traité de l'éducation des vers à soie et de la cidture du mûrier, par Matthieu Bonafous. Quatrième édit. Paris, 1840, in-8'', figures coloriées.
— Ventilation des magnaneries, par Robinet. Paris, 1839-41, in-8°, figures.
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les tablettes ou canisses au milieu, en formant des couloirs le long des murs et entre les rangs.
Une magnanerie devra se trouver sur un lieu sec et éloigné de tout ce qui pourrait donner naissance à des miasmes nuisibles aux vers, comme les marais, les dépôts de fumier, les porcheries.
Magnaneries temporaires. — Comme l'éducation des vers à soie ne dure qu'un espace de temps assez limité, on a cherché, dans les localités où s'exerce cette industrie, à utiliser des constructions pouvant servir à d'autres usages pendant le reste de l'année. C'est ainsi que l'on a été amené à y consacrer des granges, des greniers à céréales ou à fourrages, des combles de bâtiment et des hangars fermés momentanément par des claies, des paillassons, etc.
Des fenils ou greniers à fourrages, établis au-dessus de remises, de hangars ou d'autres constructions, et dont la hauteur intérieure serait de 2™, 50 à 3 mètres, pourraient très-bien convenir à l'éducation des vers à soie. Dans le cas où on voudrait leur donner cette destination, il faudrait faire plafonner le dessous du toit ou du plancher supérieur, y percer des fenêtres que l'on garnirait de châssis comme nous l'avons dit, y établir de nombreux tuyaux d'aération, et une ou plusieurs cheminées pour le chauffage.
Les tablettes seront mobiles et se démonteront facilement pour qu'on les range à l'une des extrémités du local pendant le temps où il ne servira pas de magnanerie.