CHAPITRE PREMIER
iriAISOlVS »'HABITATIO«r.
CONDITIONS GÉNÉRALES D'ÉTABLISSEMENT
Avant d'examiner les dispositions diverses qu'il convient de donner aux habitations à l'usage des habitants de la campagne suivant l'importance plus ou moins grande des exploitations agricoles, nous dirons quelques mots des conditions que réclame leur construction et qui sont communes à leurs différentes destinations.
Salubrité. — Rendre salubre une maison d'habitation est la principale préoccupation qui doit guider dans sa construction; toutes les autres doivent céder à celle-ci d'une manière absolue. Disons de suite que tout ce qui concourt à la propreté du local en augmente, par cela même, la salubrité.
Indépendamment de l'emploi des matériaux qui garantissent une construction contre l'humidité et le froid, comme des murs épais en pierres non hygrométriques cimentées'avec des mortiers hydrauliques, des fondations assainies à l'aide de tuyaux de drainage circu-
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lant à l'entour, une couverture solide ne laissant pénétrer ni la pluie ni le vent; indépendamment de ces précautions que tout constructeur devra prendre dans l intérét de la solidité d'un édifice, les principales conditions de salubrité d'une habitation dépendent de son exposition et de son élévation au-dessus du sol (1).
Exposition. — L'exposition la plus convenable est celle du midi ; c'est-à-dire que c'est de ce côté que doivent être ménagées les principales portes et fenêtres : l'influence des rayons solaires reçus par les chambres habitées empêche les brusques variations de température, sources d'accidents pour la santé de l'homme.
Si l'on ne peut exposer son bâtiment au midi, nous croyons, quoi qu'on en ait dit, que l'exposition à préférer alors est celle de l est, c'est-à-dire celle où le bâtiment reçoit les rayons du soleil levant. L'exposition nord est beaucoup trop froide; celle de l ouest, réputée la plus insalubre de toutes, donne généralement trop de prise au vent qui souffle le plus longtemps dans la majeure partie de la France.
Il existe cependant quelques circonstances spéciales où l'exclusion de ces deux expositions ne peut avoir lieu : c'est lorsque l'inclinaison du sol s'oppose au choix de deux autres, lorsqu'une pièce d'eau, une rivière, un chemin public viennent également y mettre obstacle. Des fenêtres doivent alors être ménagées sur les faces de la construcl'on qui recevront les rayons du soleil.
U sera toujours prudent de choisir une exposition se rapprochant, autant que possible, du sud-est ou du sud-ouest.
Élévation au-dessus du sol. — Le plancher inférieur de l'habitation doit se trouver au moins à 0'",50 au-dessus du sol environnant. Les Anglais ont une habitude qu'on ne saurait trop recommander; ils utilisent les déblais formant les fondations pour élever le pourtour de l'habitation de manière à former une espèce de trottoir avec talus de On'jâb environ de hauteur, et surélèvent encore de O^jSO le sol
(1) Emplacement. — Nous n'avons point parlé ici de l'emplacement; ce sujet sera traité dans un chapitre spécial, consacré à la réunion des divers bâtiments qui sont nécessaires à une exploitation. {Voir ^' Partie,)
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de la maison. Si la masse de déblais le permettait, on pourrait exhausser toute la cour, ce qui faciliterait l'écoulement des eaux de toute nature.
Toutes les fois qu'il sera possible d'élever le bâtiment sur caves, pourvu qu'on ait soin d'aérer convenablement ces caves par des soupiraux ouverts dans différentes directions , ou même par une cheminée dont le tuyau viendra se placer à côté de celui de la cuisine, la salubrité de la maison en sera augmentée. Une très-bonne disposition consiste à avoir un étage demi-souterrain , que l'on emploie comme cellier, laiterie, bûcher, etc., et qui permet d'élever de 1 mètre à 'l'",50 le niveau inférieur du rez-de-chaussée : les planchers de ces caves peuvent alors être établis en charpente, au lieu d'être voûtés; malheureusement l'humidité du terrain empêche souvent d'y creuser des caves.
Pavage. — Le sol doit toujours être pavé en carreaux de terre cuite, de grès, ou en dalles de pierres dures; il serait préférable qu'il fût planchéié en bois. Il est inutile d'énumérer les inconvénients des aires en terre battue, telles qu'on en trouve encore trop souvent dans les habitations rurales actuelles.
La meilleure manière d'établir le pavage d'une habitation est de le faire reposer sur une couche de 0>",30 d'épaisseur, en mâchefer, en pierres dures ou silex concassés ; il serait utile de placer, dessous, des lignes de tuyaux de drainage.
Plafonds. — Il est bon d'établir des plafonds, toutes les fois que cela ne sera pas trop coûteux : on les blanchira de temps en temps avec du lait de chaux.
La hauteur du plancher supérieur, au-dessus du sol de l'habitation, peut varier suivant la dimension des pièces dont elle se compose ; elle ne doit pas être au-dessous de 3 mètres, mesure prise sous les sc^ives.
Palier extérieur. — Puisque l'habitation doit être élevée au-dessus du sol environnant, il faut, pour y arriver, un escalier extérieur avec palier en forme de perron : nous en avons fait établir plusieurs qui se composent d'une dalle en pierre dure de O'",80 de large sur
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1 "",20 de longueur, au devant de laquelle se trouvent trois ou quatre marches de même largeur; les côtés étant remplis avec des pierrailles en forme de talus.
Portes et fenêtres. — Les ouvertures devront donner un accès suffisant à l'air et à la lumière; il vaut mieux les faire un peu plus grandes et en diminuer le nombre, non-seulement pour la raison que nous venons de donner, mais encore à cause des droits de contributions qui frappent les ouvertures non en raison de leur grandeur, mais d'après leur quantité.
Les fenêtres doivent avoir au moins 0'",80 de large sur l^jâO de hauteur et s'ouvrir à O^jGO ou O^jSO au-dessus du pavage des pièces; celles situées au rez-de-chaussée seront munies de volets intérieurs ou extérieurs : nous croyons qu'il serait bon d'armer de barreaux de fer celles qui s'ouvrent derrière l'habitation, et qui ne se trouvent point sous les yeux des personnes qui travaillent dans la cour ou les autres bâtiments.
Les portes intérieures auront pour dimension de 0™,70 à 0'",90 de large sur 2 mètres de haut; celles qui donnent au dehors pourront avoir la même hauteur avec une largeur de 0'",80 à 0'",90.
Si l'on établit un petit vestibule, ainsi que nous le recommandons plus loin, il sera nécessaire que la porte de la cuisine qui donne dans ce vestibule soit à jour et vitrée, afin de faciliter la surveillance des entrées et des sorties ; la porte extérieure du vestibule sera soit une porte vitrée avec un volet pour la nuit , soit une porte pleine ; on pourrait encore y placer une porte coupée en deux parties dans sa hauteur, et dont le bas, toujours fermé, oppose un obstacle à l'entrée des volailles, des chiens et des moutons, qui essayent souvent de pénétrer dans l'habitation.
Auvents. — Dans les pays où les pluies sont assez fréquentes, on établit, au-dessus de chaque fenêtre ou porte extérieure, un petit auvent en bois que. l'on peut c-ouvrir en ardoises ou en métal. Cet auvent, s'il ôte imvpeu' d&'Joùr à'I'ifttérieiir, a pour effet de contribuer à la conservation des portes et "croisées ; il péut-aussî servii'à la, décoration extérieure .de l'habitalion : au-dessus: de la pofte'd'enlrée 6h
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dispose alors un abri de dimensions plus grandes, à une ou à deux pentes. Comme cette porte reste souvent ouverte, l'auvent empêche l'introduction de l'eau de pluie dans la maison.
Distribution et convenance. — La distribution d'une habitation rurale doit être la plus simple possible; les emplacements obscurs, les petits cabinets, les coins et recoins, tout ce qui demande de grands soins journaliers doit être évité. Chaque espèce de construction sera bornée au nombre de pièces strictement nécessaires à la famille qui l'occupera; mais ces pièces devront être suffisamment grandes, éclairées et établies de manière à ce que le nettoyage y soit facile. Nous avons déjà dit que le sol doit être carrelé ou planchéié ; les murs seront recouverts de bon enduit et des plinthes établies à l'entour pour éviter les dégradations que cause au bas des murs le choc du balai ; les enduits seront tenus propres à l'aide de couches de peinture à l'huile ou au lait de chaux; dans les étages supérieurs comme dans les habitations d'un degré plus élevé, des papiers peints seront appliqués sur les murs ; des tablettes mobiles en bois seront fixées sur des supports ou tasseaux partout où cela sera nécessaire; enfin l'écoulement des eaux ménagères au dehors sera assuré par des tuyaux convenablement disposés.
Une recommandation générale peut être ici faite : c'est que, quelle que soit la grandeur de la maison, toutes les pièces intérieures qui se communiquent aient accès par une seule porte d'entrée , de manière à pouvoir être fermées sous la même clef; il n'est pas besoin d'insister sur les avantages de sécurité qui en résultent (1).
(1) Aux constructeurs. — Vous avez élevé une maison destinée à loger une famille, vous avez pris toutes les précautions nécessaires pour que cette habitation, soit solide, salubre et commode ; tout ce que les connaissances humaines ont pu vous révéler, à ce sujet, a été mis en œuvre par vous ; il vous reste à remplir une formalité que quelques esprits forts taxeront peut-être de faiblesse, ce dont vous ne vous préoccuperez pas. La famille qui habitera cette demeure est destinée à vivre au milieu des champs, en présence de ces phénomènes continuels de la nature qui élèvent la pensée vers son créateur; cette famille a besoin de pratiquer sa religion, non-seulement pour elle-même, mais encore pour les serviteurs qui l'entourent, et dont la plupart ont conservé la simplicité primitive. Eh bien, qu'une modeste cérémonie appelle le chef de
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Les distributions intérieures varient avec la destination de chaque construction ; nous allons les passer en revue en les désignant sous les catégories de maisons pour journaliers et d'habitations pour petite, pour moyenne ou pour grande exploitation.
Dans bien des circonstances, la disposition d'une de ces catégories pourra être prise pour celle d'une des divisions voisines. Où commence, en effet, la moyenne ou la grande exploitation? Ces dénominations ne sont-elles pas variables suivant les pays divers? Nous ne les avons prises que pour établir un ordre et fixer les idées.