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FONDATIONS

La solidité des constructions dépend beaucoup de la résistance offerte par la base qui les supporte : si les fondements fléchissaient, il est certain que toutes les parties du bâtiment suivraient le mouvement et se déformeraient.

L'établissement des fondations, auquel contribuent diverses parties de l'art du constructeur, exige la réunion de conditions spéciales ; nous en avons groupé l'énumération sous un titre particulier, en indiquant seulement les modes d'exécution dont nous traiterons ensuite avec plus de développement.

Il faut d'abord que les fondements reposent sur un terrain solide; la surface de la terre n'est généralement pas assez résistante, et d'ailleurs il est bon que les murs soient appuyés pour soutenir les pressions latérales qu'une construction comporte toujours, quelle qu'en soit l'importance; c'est donc dans une fouille destinée à atteindre le sol résistant, et par conséquent plus ou moins pro-

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fonde, que reposent les fondations. Il est toujours utile d'atteindre le bon sol, dût-on creuser très-profondément.

Les sols peuvent être divisés en plusieurs catégories principales, par rapport à leur résistance sous le poids des constructions.

Les meilleurs sols pour bâtir contiennent des rocs, des bancs de pierre, de marne qu'on ne peut exploiter sans l'aide de la pioche; quand la fouille atteint ces couches, à une profondeur moyenne, on les nivelle et on élève dessus la construction; quand ces couches solides sont très-enfoncées dans le sol, on établit la fondation sur piliers; mais, quand la couche solide est au niveau du terrain, on y creuse un petit encaissement d'au moins 0m,25, dans lequel on fait reposer les murs.

D'autres terrains graveleux, et qu'on peut creuser sans la pioche, sont néanmoins assez résistants pour supporter des constructions dont la charge n'est pas excessive. L'expérience locale est généralement un assez bon guide à consulter pour la connaissance de ces couches de terrain qu'on rencontre à une profondeur plus ou moins grande. On augmente la résistance de ces sols, ou au moins on fortifie l'assiette de la base des constructions, en mettant au fond de la fouille une couche de sable de 0m,20 à 0m,25 d'épaisseur.

On consolide beaucoup le fond d'une fouille en le couvrant d'une couche de sable de 0m,50 d'épaisseur, bien pilonné et arrosé avec un lait de chaux très-épais; on augmente la solidité du massif ainsi formé en le recouvrant d'un lit de béton de 0m,15 d'épaisseur.

Les terrains sablonneux sont souvent imcompressibles lorsqu'ils sont encaissés ; il faut les battre et les niveler avec soin, au fond d'une fouille généralement creuse et dont les parois ont besoin d'être étayées. Quoique bâtir sur le sable soit synonyme de bâtir" sans solidité, il n'en est pas tout à fait de même de fonder dans le sable. L'expérience locale peut encore être consultée avec profit et permettre de construire avec sécurité. Néanmoins il sera souvent prudent de recourir aux moyens de fondation employés pour les terrains mouvants.

Les terrains glaiseux, tourbeux sont presque toujours mouvants

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et compressibles; ils ne peuvent servir à asseoir solidement une fondation établie par les moyens ordinaires, il faut avoir recours aux pilotis et aux grils en charpente, aux aires et plates-formes en béton, etc.

— Quel que soit le mode de fondation adopté, on doit satisfaire à deux conditions : la première est l'horizontalité du fond en totalité ou par parties, cas dans lequel il faut faire les assises indépendantes les unes des autres; la seconde est l'établissement d'un empâtement ou d'une construction plus large que la partie audessus, même lorsqu'on bâtit sur le bon sol, afin de reporter la charge sur une plus grande surface ; la largeur de la saillie varie de 0m,05 à 0m,10, excepté dans le cas de piliers isolés, où elle est portée à 0m,15 ou à 0m,20 de chaque côté.

Quand les murs de fondation sont placés entre deux hauteurs différentes du sol, on les renforce du côté le plus bas par des éperons ou par un contre- mur qui résiste à la pression du terrain supérieur.

— La fouille est creusée au moins à 1 mètre pour des murs de bâtiments, et à 0m,60 pour des murs de clôture, quand même le bon sol serait à une moindre profondeur (le roc excepté). S'il y a des caves, les fondations sont descendues à 0,n,50 en contre-bas du sol de ces caves.

Les murs de fondation doivent être continus et non interrompus vis-à-vis les baies ouvertes au rez-de-chaussée.

Un mur supportant des constructions ne peut servir pour les parois de fosses d'aisances; celles-ci doivent en être éloignées suivant les prescriptions légales (0m,35 à 0m,50 suivant les localités).

— Pour les fondations en maçonnerie, on choisit les plus grosses pierres, que l'on pose au fond de la tranchée, quand on a atteint le bon sol et qu'on l'a battu au pilon, si ce n'est pas le roc. On établit ensuite au-dessus les assises de pierres ou de briques à la manière ordinaire, en ayant soin de bien araser les rangs, et de croiser les joints des assises, jusqu'à 0m,10 ou 0m,15 en dessous du niveau du sol environnant.

Quand les fondations sont très-profondes, au lieu d'établir un

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mur continu, on peut le former de piliers reposant sur une assise continue, reliés à la partie inférieure par des voûtes renversées et supportant d'autres voûtes au niveau du sol ; on emploie moins de matériaux, mais on augmente les frais de main-d'oeuvre; il faut avoir soin que les piliers correspondent aux parties extérieures qui doivent supporter les plus fortes charges.

D'autres fois, on établit des piliers qui descendent seuls jusqu'au fond solide, et on les relie à leur partie supérieure par des voûtes; la fouille n'est alors creusée que pour les piliers, et les intervalles sont taillés de manière à servir de cintres pour les arcs; quelquefois, cependant, on creuse la fondation d'une manière continue, puis on remplit l'intervalle entre les piliers avec de la terre, qu'on pilonne au fur et à mesure qu'on élève ceux-ci.

— Une bonne précaution à prendre pour les fondations en maçonnerie serait leur établissement en matériaux hydrauliques. On y doit aussi laisser quelques ouvertures pour le passage de conduits ou tuyaux d'assèchement.

— Pour les fondations en béton, quand la fouille est nivelée, on y jette le béton, plus ou moins gras suivant les terrains, par couches de 0m,30 à 0'",50, qu'on pilonne avec soin. Il faut que la couche inférieure soit encore fraîche au moment où on coule celle qui repose immédiatement au-dessus; sinon, on la rafraîchit en la balayant et l'arrosant, afin que les deux couches se relient entre elles.

Tantôt on élève la maçonnerie sur une première couche, tantôt on superpose d'autres lits de béton jusqu'au niveau du sol.

— « On parvient, disent MM. Claudel et Laroque (1), à donner aux terrains compressibles un certain degré de résistance, en y enfonçant, de distance en distance, un pieu en bois, qu'on retire pour remplir l'alvéole qu'il laisse avec du mortier ou du béton fortement pilonné, au fur et à mesure de la pose. On fait autant de ces pieux en béton que cela est nécessaire pour rendre le sol résistant, puis on recouvre ce sol d'une couche de béton bien pilonné.

(1) Pratique de l'art de construire. Voir note p. 754.

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« La pièce de bois a de 1 mètre à 1m,60 de longueur, et de 0m,18 à 0m,25 de diamètre à la partie supérieure ; sa tête doit être garnie d'une frette en fer, pour résister aux chocs du mouton ou du maillet, et elle est percée d'un trou dans lequel on passe une pince ou une barre de fer, qui sert pendant le battage à remuer et à tourner la pièce au fur et à mesure qu'on l'enfonce, de manière à lisser les parois de l'alvéole, et à leur donner une certaine consistance qui permet la pose du béton sans qu'elles s'éboulent ; ce mouvement imprimé au pieu le rend facile à retirer quand il est entièrement enfoncé.

. « Lorsque le sol est constamment sec, on peut, à la rigueur, substituer le sable au mortier ou au béton pour remplir les alvéoles des pieux en bois. »

— Les appareils en charpente sont utilisés pour les fondations dans les terrains compressibles ou humides ; l'on sait que presque tous les bois se conservent parfaitement à l'abri de l'air, dans la terre ou dans l'eau ; le bois de chêne et celui d'aune sont les meilleurs à employer.

Les racinaux sont des pièces de bois méplates, ayant environ 0m,30 sur 0m,40, et une longueur égale à la largeur de la fondation. On les place au fond de la fouille, à un mètre de distance et bien de niveau entre elles, et on établit dessus une aire en planches épaisses de 0m,08 environ, sur lesquelles on élève la construction.

Les grils sont des espèces de planchers en poutres et solives bien assemblées à queue-d'aronde et chevillées solidement : on les établit au fond d'une fouille dont les dimensions en surface égalent celles du bâtiment à construire; on place dessus une aire en planches épaisses de 0m,08, dans les parties qui auront à supporter les murs.

On augmente la force des racinaux et des grils en enfonçant des pieux ou de petits pilotis préalablement et par-dessous.

On préserve les uns et les autres contre les détériorations provenant de l'humidité en remplissant les intervalles et les vides entre leurs différentes pièces soit avec du béton, soit avec du charbon de bois.

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Les pilols ou pilotis sont des pièces de bois taillées en pointe qu'on garnit d'un sabot en fer; on les enfonce dans les fonds vaseux, au moyen du maillet ou d'une sonnette frappant sur leur tète cerclée par une frette en fer, et jusqu'au refus d'enfoncement. On les place sur deux ou trois rangs, en quinconce, et avec un -espacement d'environ 1 mètre dans chaque rang , on les coupe au même niveau, puis on fixe dessus des racinaux et une plate-forme en madriers sur lesquels repose la construction.

Dans les terrains très-mobiles, comme certaines tourbes, on consolide les pilots en enfonçant des pierres entre eux et en reliant toutes les pièces de bois par des liens solidement chevillés sur la tête des pilots.

— Quant aux fondations sous l'eau, on les établit soit avec des pilotis dont on remplit les interstices en pierres sèches, soit en maçonnerie hydraulique installée à l'aide debatardeaux qui servent à assécher les parties, soit enfin en béton à l'aide d'encaissements formés de pieux et de planches, que l'on remplit avec cette matière. Les travaux sous l'eau sont généralement très-coûteux; nous conseillerons de consulter, pour leur exécution, les traités spéciaux de maçonnerie et spécialement celui indiqué précédemment (p. 754).

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