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TERRASSEMENTS

Les terrassements relatifs aux constructions rurales comprennent les travaux nécessaires pour enlever ou déblayer des terres, pour en rapporter ou remblayer, enfin pour les transporter et les niveler. Presque toutes ces opérations, excepté celles qui ont pour but le creusage des fondations, peuvent se résumer dans le transport des terres, précédé par le piochage, le chargement, et suivi par le pilonnage et le nivellement.

— Le piochage est plus ou moins difficile, suivant la dureté du sol et les graviers qu'il renferme. Dans les terrains meubles, dans l'argile, le sable, l'emploi de la bêche est suffisant pour détacher les parties qu'on veut enlever ; dans les terrains plus consistants, la

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pioche large est nécessaire, et, dans les sols pierreux, il faut employer le pic et même parfois la pince en fer.

— Le chargement sur des brouettes, des camions ou des tombereaux est opéré à la pelle; on doit préférer le modèle de cet outil, dit pelle des chemins de fer : il consiste en une plaque en forte tôle, arrondie par en bas, un peu creuse, ayant 0m,30 à 0m,35 de hauteur et de largeur, et garnie d'un manche légèrement recourbé qui a 1 mètre de long.

— Le transport de terres s'opère par le jet à l'aide de la pelle, quand la distance ne dépasse pas 4 mètres. On emploie la brouette au delà de cette longueur et jusqu'à 100 mètres, en formant des relais d'environ 30 mètres chacun; l'on sait qu'on facilite beaucoup le roulage de la brouette, lorsqu'on établit une petite voie en planches mises les unes au bout des autres. Au delà de 100 mètres, et jusqu'à 150, on adopte parfois un camion traîné par deux ouvriers; mais, le plus souvent, de 100 à 200 mètres, on se sert d'un seul tombereau avec cheval ; à 200 jusqu'à 400 on emploie deux tombereaux : pendant qu'on fait circuler l'un, on remplit l'autre; enfin, pour les distances plus grandes, on augmente proportionnellement le nombre des tombereaux.

— Le moyen le plus économique pour le transport des terres, dès que le trajet à parcourir atteint une centaine de mètres, est l'établissement d'un chemin de fer provisoire, sur lequel on fait rouler un petit chariot. La voie est formée par des bandes de fer laminé qu'on place sur champ, en les encastrant à moitié dans des soliveaux grossiers formant traverses; on les serre à l'aide de coins en bois; les solives sont espacées de 1 mètre à 1m,50, de manière que chaque bande de fer porte au moins sur trois traverses : celles-ci reposent sur le sol ou sont légèrement enterrées. On forme les roues des waggonnets en ajoutant, sur le côté de roues ordinaires, une bande de forte tôle découpée, faisant rebord, qu'on fixe avec des vis; on trouve, du reste, facilement des roues en fonte préparées à cet effet. Le corps du chariot est formé par une caisse en bois reposant sur un châssis porté par quatre roues et pouvant basculer autour d'un

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de ses côtés. (Un autre système de chemin a été indiqué pour l'extraction des pierres, page 727.)

— Les terrassements relatifs à l'établissement des fondations consistent en une fouille plus ou moins profonde ; on opère celle-ci généralement par couches de 0,n,25 à 0m,50 de profondeur, et on jette la terre sur le côté, au fur et à mesure qu'on creuse ; d'abord on en remplit directement les véhicules servant à l'enlèvement; mais ensuite on dépose les déblais sur le côté de la fouille, d'où on les reprend pour charger les voitures.

Quand la fouille est profonde, qu'elle dépasse 1m,50, hauteur du jet vertical à la pelle, il faut ou établir des banquettes sur lesquelles les ouvriers déposent les terres et où d'autres les reprennent une seconde fois pour les jeter sur le sol, ou installer dans la fouille même des tréteaux portant des planches qui servent de banquettes. On peut aussi établir des rampes sur lesquelles lesbrouettes circulent.

Dans le même cas, lorsque l'on craint l'éboulement des terres, il faut étayer les fouilles à l'aide de pièces de bois (voir Charpente).

Enfin, quand la fouille est considérable, comme lorsqu'il s'agit de creuser une cave, on commence à ouvrir une cavité suffisante pour que les ouvriers puissent y être à l'aise, et on procède par abatage en creusant de petites portions de terre par- dessous et les faisant ébouler; il ne reste plus qu'à les enlever par les moyens que nous venons d'indiquer : le plus économique est l'établissement de rampes assez larges pour que les voitures pénètrent au fond de la fouille. 11 faut agir avec prudence pour éviter les éboulements accidentels des terres.

— Lorsque les fondations sont achevées, ou au fur et à mesure de leur construction, il reste une opération de terrassement à effectuer; c'est le remplissage des vides laissés de chaque côté de la maçonnerie, à l'aide de petites portions de déblais que l'on a eu soin de réserver à cet effet : ces terres doivent être pilonnées avec le plus grand soin, de manière à faire appui pour la maçonnerie.

— Pour beaucoupde bâtiments ruraux, les terrassements se réduiront au creusage des fondations, sans transport de terres, lorsqu'on suivra

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le conseil que nous avons donné d'exhausser le sol intérieur de ces bâtiments; il suffira d'entasser les terres de la fouille au milieu de son périmètre, et, plus tard, de les épandre, de les niveler et de les pilonner pour recevoir l'un des revêtements nécessaires.

La maçonnerie comprend l'assemblage des divers matériaux, pierres naturelles ou artificielles, mortiers, terres, bétons, etc., soit seuls, soit les uns avec les autres, pour en former les parois verticales des bâtiments qu'on appelle murs, ou quelques parois horizontales qu'on désigne sous le nom de planchers et de voûtes.

On distingue les maçonneries par la nature des matériaux employés pour leur exécution, soit comme éléments de résistance, les pierres, briques, etc., soit comme éléments d'assemblage, de hourdage, les mortiers qui enveloppent les matériaux résistants.

La maçonnerie des murs s'opère tantôt par assises régulières ou rangs superposés, dans lesquels les pierres ont une hauteur équivalente entre elles et où on se borne à croiser les joints des rangs, tantôt par assises irrégulières, dans lesquelles les pierres sont simplement posées à la main, sans autres conditions que le remplissage de la masse du mur avec des morceaux qui forment parement, leur assemblage de manière à ce que les murs ne s'ouvrent pas, et la garniture des vides avec des blocages ou éclats de pierres enveloppés de mortiers. Enfin la maçonnerie s'opère encore par l'agglomération de matériaux qui font prise ensemble, comme le béton, le pisé, etc.

— Quel que soit le mode utilisé, tous les murs qui forment un bâtiment, soit de face, soit de refend, doivent être liaisonnés entre eux ou par l'assemblage des matériaux, ou par des chaînes et ancres en fer. Lorsque cela est possible, la solidité est plus grande, si une des assises inférieures est en pierre dure formant parpaing, c'est-à-dire ayant toute l'épaisseur du mur; il en est de même pour les portions d'angle, jambages de baies, chaînes, etc. Les corbeaux doivent toujours traverser le mur dans toute son épaisseur.

Maçonnerie en pierre de taille. — Dans les localités où la pierre

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de taille est très-abondante et facile à travailler, il y a quelquefois économie à maçonner les murs avec elle ; car la main-d'œuvre pour la pose est moins longue, la quantité de mortier employé est moindre et la solidité est généralement très-grande.

La construction en pierres de taille se fait toujours par assises régulières ; toutes les faces de la pierre sont dressées avec soin, celles inférieure et supérieure ou lits doivent être horizontales, celles extérieure et intérieure ou parements seront bien perpendiculaires aux deux autres, ainsi que les faces latérales ou joints. (On appelle aussi joint l'intervalle de 0m,004 à 0m,010, réservé entre les faces des pierres et qui est rempli en mortier.) L'épaisseur du mur est formée souvent par une seule pierre qu'on nomme parpaing ; d'autres fois elle est formée alternativement par une seule pierre d'abord, puis par deux pierres mises bout, à bout, pierres qui peuvent être égales de queue ou inégales, puis par deux autres dont la longueur de queue est différente des précédentes, de manière a ce que les joints ne se correspondent pas; on appelle carreau la pierre dont le parement est plus grand que la queue, et boutisse celle dont, au contraire, la queue est plus grande que le parement. Quelquefois encore on garnit en blocage les vides qui restent à l'extrémité d'une boutisse ou d'un carreau, ou ceux qui existent entre deux pierres formant les parements.

Les joints des rangs consécutifs ne doivent pas se correspondre; ils seront éloignés de 0m,15au moins. On n'établira pas de joints verticaux dans les angles des murs, qui seront toujours formés par des pierres taillées de manière à faire partie des deux murs. Il est aussi à recommander de ne pas placer de joints dans les retraites horizontales des murs, pour que l'eau n'y séjourne pas ; pour éviter cet inconvénient, il faudrait tailler dans le rang inférieur une gorge de 0m,02 au moins.

Quand on a des pierres plus dures les unes que les autres, les plus résistantes sont employées dans les soubassements.

— Dans la plupart des constructions rurales, les pierres de taille ne servent que pour les encoignures, les baies d'ouverture, les

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souches de cheminée, les entablements, les corniches, les appuis de croisée, les seuils, les marches, les piliers, etc. Leur pose exige les précautions que nous venons d'indiquer, et on garnit avec des blocages ou avec des moellons toutes les parties vides entre les pierres et les autres parties de la construction.

Maçonnerie en moellons. — On l'opère de même que la maçonnerie en pierre de taille; dans les constructions rurales, les moellons sont le plus souvent ébousinés, c'est-à-dire que l'ouvrier, au fur et à mesure de l'emploi, leur enlève avec une hachette le bousin de carrière, ou les parties marneuses ; les joints et les parements sont ensuite grossièrement taillés; quelquefois les moellons sont smillés, c'està-dire dégrossis et rendus de forme régulière, ou bien piqués, c'està-dire ne différant des pierres de taille que par la grosseur. Le mode de taille des moellons, plus ou moins soigné, influe sur la solidité de la maçonnerie. On dispose parfois des moellons pour former des têtes de mur, des voussoirs, des sommiers, des côtés de baies; il faut prendre, pour ces emplois, les plus gros morceaux et les tailler avec soin.

Les moellons sont disposés dans les murs comme les pierres de taille; tantôt on en forme les deux parements du mur, en ayant

versières qui empêchent l'écartement des parties formant les parements des murs. Dans les deux fig. 822 et 823, A, A indiquent des moellons d'appareil, formant tête du mur; B, B, les moellons ordinaires; C, G, des pierres de traverse que l'on rogne au ciseau quand la maçonnerie est achevée, et D, D, des pierres de traverse taillées à l'avance.

On remplit les intervalles avec du mortier, dans lequel on fait pénétrer la plus grande quantité possible de blocage en éclats. Comme

Fig. 822.

soin que les queues des moellons soient MPW cr°isées (fig. 822) , tantôt on les place ïïfllSjfl seulement bout à bout (fig. 823) , suitÈÊSgéé vant les dimensions des pierres ; dans

l'un et l'autre cas, il faut disposer le plus

grand nombre possible de pierres tra

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pour les pierres de taille, il est bon de poser un moellon court à côté d'un long, et il faut ne pas faire correspondre les joints de deux assises en contact.

— Les moellons de pierre meulière, très-durs à tailler, doivent être nettoyés à la brosse, quand ils sont encore couverts de terre; il faut aussi les mouiller pour qu'ils adhèrent mieux au mortier. Les cailloux en silex demandent les mêmes précautions.

On dispose quelquefois leurs parements en rocaillages, c'est-à-dire qu'on les taille grossièrement et qu'on remplit leurs joints avec des éclats fourrés dans le mortier; cette garniture est encore faite avec des mâchefers, des déchets de vitrerie, des morceaux de briques, du plâtre coloré, des coquillages même, de manière à former une sorte d'ornementation; si on veut qu'elle soit solide, il faut employer le ciment dans les joints des pierres, pour fixer les rocaillages.

— Quand on se sert de ciment pour hourder les matériaux, il faut laver et brosser ceux-ci au fur et à mesure de leur emploi, gâcher une très-petite quantité de ciment, poser les pierres à bain de mortier, en les tassant, mais en évitant de cogner, afin de ne pas briser la maçonnerie déjà exécutée.

Maçonnerie mixte. — Dans les constructions rurales, on allie souvent des matériaux de diverses grosseurs; ainsi on forme, dans les bâtiments, des chaînes verticales ou horizontales avec des pierres de taille, ou avec des moellons smillés ou avec des briques, et l'intervalle est rempli en petits moellons. Les chaines horizontales, comme les soubassements, les corniches, les cordons, n'exigent d'autre précaution pour leur pose que leur parfait nivellement de l'assise qui doit les supporter. Quant aux chaînes verticales, à cause de l'inégalité du tassement qui peut s'opérer, il faut forcer un peu en mortier les parties en petits matériaux comprises dans les interstices des chaines : on recommande d'employer, pour ces parties, du mortier dont la prise soit un peu plus lente que celle du restant de la construction.

Maçonnerie en béton. — Quand on veut élever des murs en béton, et qu'on est au-dessus des fondations (voir page 755), on continue

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de la même manière que pour celles-ci, en maintenant latéralement le béton par des encaissements en madriers analogues à ceux que nous allons décrire pour le pisé, mais plus forts. On utilise encore des blocs artificiels (v. page 754), principalement pour les angles des constructions et les baies des portes et des fenêtres ; mais il y aura avantage à se servir de pierres de taille, surtout pour les endroits où l'on scellera des ferrures.

Maçonnerie en briques. — La maçonnerie en briques est la plus facile à exécuter, puisque les éléments des assises ont tous la même épaisseur. Les proportions entre les dimensions des briques sont favorables à-une bonne disposition. La seule condition à remplir est le croisement des joints, aussi bien dans chaque rang que dans les superpositions des assises, des demi-briques remplissant les vides qui resteraient à leurs extrémités.

La brique adhère parfaitement aux mortiers de chaux, de plâtre, de ciment, même de terre ; mais il faut avoir soin de tremper chaque brique dans l'eau avant de la poser sur la couche de mortier, sans quoi elle absorberait une partie de l'eau du mortier, et l'adhérence ne serait peut-être pas complète. Les joints entre les briques ne doivent pas dépasser 0m,01 .

Les murs en briques ont diverses épaisseurs. Les plus minces sont les cloisons en briques sur champ, ayant 0m,03, ou 0m,04, ou 0m,05, ou 0m,06 d'épaisseur ; elles ne sont généralement solides que quand elles sont scellées au plâtre ou au ciment, et faites par petites parties.

Viennent ensuite les cloisons de briques à plat, les premières dites en briques de panne, dont l'épaisseur est égale à la largeur des briques, généralement 0m,1 1 , et les autres en briques boutisses, dont l'épaisseur égale la longueur des briques, soit 0m,22. Au lieu de placer les briques boutisses à côté les unes des autres, il vaut mieux les

Fig. 824. Fig. 825. Fig. 826. Fig. 827.

disposer de l'une des deux manières indiquées dans les fig. 824 et 825,

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par lesquelles les croisements de joints sont en plus grand nombre.

Les murs dont l'épaisseur est égale à trois largeurs de briques, soit 0m,33, sont disposés par assises, comme l'indique la figure 826 ; dans ceux qui ont pour épaisseur deux fois la longueur ou quatre fois la largeur, soit 0m,44, les briques à plat sont placées comme dans la fig. 827, par chaque assise. Pour les murs plus épais, on s'attache à ce que les joints des briques ne coïncident pas entre eux.

— Les baies d'ouvertures devront, autant que possible, être garnies en pierres de taille, ne s'en trouvât-il que le nombre nécessaire au scellement des gonds ou des pivots ; car ceux-ci tiennent peu dans la brique, qui s'écaille par l'action répétée des petits chocs reçus par les ferrements.

— Avec des briques et du ciment, on établit des cuves et de trèsbons réservoirs pour les eaux ; on pose la brique à plat et à bain complet de ciment, et on la recouvre ensuite d'un enduit en ciment.

— Nous parlerons plus loin des voûtes en briques.

pisé. — Le pisé est de la terre comprimée dans un moule ou dans un encaissement, de manière à former un massif continu et constituant une muraille.

Le pisé est applicable à presque toutes les constructions rurales, il présente même quelques avantages, ceux d'incombustibilité, de non-conductibilité, et celui d'économie; il est précieux pour les murs de clôture; mais, quoiqu'il devienne assez dur, il n'offre pas une résistance suffisante pour de grands bâtiments, et les animaux rongeurs s'y creusent facilement des retraites ; nous croyons aussi que les climats méridionaux sont plus favorables à sa durée que ceux du nord (1).

Le pisé a été très-anciennement utilisé ; en Asie, en Afrique,

(1) Au moment où nous écrivions ces lignes (août 1859), nous venions de visiter un mur de clôture établi par Gointereaux, au commencement du siècle, à la Maison de terre, à Vincennes, en face la tourelle de Saint-Mandé (Seine) ; une partie avait été détruite pour le passage du chemin de fer de Vincennes; le surplus était en très-bon état de conservation et supporte la toiture en appentis d'un bâtiment léger. Nous l'avons revu en septembre 1869.

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beaucoup de constructions étaient établies par ce mode. Pline, diton, le fait remonter jusqu'à Noé, qui l'apprit en voyant faire le nid aux hirondelles. Sans recourir aussi loin, comme nous n'avons jamais fait de pisé par nous-même, nous emprunterons une partie des détails suivants à l'architecte Cointereaux (1), qui, à la fin du dernier siècle, se fit l'apôtre du pisé, perfectionna ce mode de construction et publia plusieurs brochures relatives à sa fabrication (2).

Terres bonnes à piser. — Toutes les espèces de terres ni trop grasses ni trop maigres sont bonnes à piser : la terre franche un peu graveleuse est la meilleure ; on la reconnaît lorsqu'en la comprimant dans la main elle conserve la forme qu'elle en a reçue.

L'argile et le sable seuls n'y peuvent convenir, mais, en les mélangeant ensemble et en y ajoutant un tiers de terre franche, on réussit à faire du bon pisé. Lorsqu'on n'a qu'une terre sablonneuse sans argile, on l'arrose avec un lait de chaux; lorsqu'on n'a qu'un peu d'argile et beaucoup de terre sablonneuse, on fait une bouillie d'argile et on en arrose la terre faible; ces mélanges donnent aux terres un liant qui les rend très-propres à être utilisées.

Pour essayer la terre qu'on veut employer, on fait faire un moule presque cubique de 0m,50 en côté, mais un peu plus large du haut que du bas, et on y pise de la terre par couches de 0m,10 d'épaisseur. Quand il est plein, on le couvre de planches et on le place à l'abri ; au bout de huit jours, la terre pisée a fait retraite, on la sort du moule. Quelques mois après, on examine si elle a perdu ou augmenté de sa consistance, et ainsi on juge si on doit l'employer ou la rejeter.

Préparation de la terre. — Il suffit d'écraser la terre et de la passer au travers d'une claie moyenne, qui retiendra les pierres plus grosses qu'une noix : la terre ne doit contenir aucune partie végétale, qui, en pourrissant, formerait des vides, causes d'affaiblissement.

(1) Cointereaux avait mis en avant une expression assez convenable pour l'architecture rurale, celle d'agrilecture : il est peut-être regrettable qu'elle n'ait pas été adoptée et sanctionnée par l'usage.

(2) Voir la Bibliographie (3° partie, chap. 4).

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La terre doit être humide seulement, et non mouillée : l'état le plus convenable est à peu près celui où on la trouve en bonne saison dans une fouille de quelques décimètres de profondeur; on peut la ramener à cet état par une légère aspersion d'eau, mais il ne faut pas la détremper.

Instruments. — Les instruments employés pour le pisé sont un pisoir et un moule.

Le pisoir, pizon ou pilon, est l'instrument avec lequel on foule la terre dans le moule; il est formé par un morceau de bois aussi dur que possible, monté sur un manche rond d'environ 1 mètre de long et dont le diamètre est un peu plus gros par en haut que par en bas, afin que l'ouvrier puisse le retenir fermement entre ses deux mains et le bien empoigner (fig. 828).

On réduit le morceau de bois à 0m,30 de long, 0m,15 de large et 0m,10 à 0m,l2 d'épaisseur. « Pour le tailler suivant la forme qu'il doit avoir, on tire en travers un trait aux deux tiers de sa longueur, laissant en bas la partie la plus longue; on la réduit à un coin conservant toute la largeur de la masse et se terminant par un pouce qu'on arrondit : cette pointe doit être bien au milieu de la masse et perpendiculaire au manche. Sur la partie supérieure et au centre, on trace avec le compas un cercle de 0ra,40 à 0m,12 de diamètre, on amaigrit la masse sur ce cercle; de carrée elle devient ronde; au centre du cercle, on perce un trou de 0m,10 de profondeur et de 0m,03 de largeur, pour recevoir le manche. »

Le moule se compose de 12 bouts de chevrons et de 4 panneaux, dont 2 grands et 2 petits, de coins et d'étrésillons. Quatre de ces chevrons sont couchés sur le mur (fig. 834 ci-après). On les ap-

A * pelle clefs ou lançonniers, I B (fig. 829) ; ils sont percés, | à chaque extrémité, d'une i|r mortaise dans laquelle entrent les tenons des che-

Fig. 830. Fia. 828. Fig. 829. vrons dits aiguilles A et des coins G. Ils sont destinés à maintenir les panneaux du moule ainsi

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que le montre la fig. 830, en profil. Les clefs ont pour longueur 1m,15, pour épaisseur 0m,07 et pour largeur 0m,09;les mortaises ont 0m,25 de long et 0,n,03 de large ; les clefs sont ordinairement en bois dur. Les aiguilles A ont 1 m,70 de long et la même largeur que les clefs; la longueur des tenons est d'environ O"1, 1 5 ; ils peuvent être en bois blanc. Les coins C sont faits d'une planche en bois dur ; leur forme est celle d'un triangle rectangle, ayant 0m,10 sur la tête et 0m,30 sur l'autre côté. Les étrésillons sont des morceaux de bois au moyen desquels on règle la largeur des murs; des entailles à mi-bois dans le haut des grands panneaux reçoivent leurs extrémités. Les grands panneaux ou hanches sont composés de planches en bois léger polies des deux côtés; leurs parties sont assemblées à rainure et à languette, et on y rapporte 4 traverses clouées du côté extérieur: leur longueur est de 3 mètres, leur largeur de \ mètre, et leur épaisseur de 0m,04. La fig. 831 montre la face extérieure, et la fig. 832 la face intérieure.

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Fig. 831. ' Fig. 833. Fig. 832.

Deux anneaux en fer ou en cordes fixés sur les panneaux facilitent leur manœuvre. Les traverses sont appuyées contre les aiguilles, qui les renforcent en même temps qu'elles soutiennent le panneau.

Les petits panneaux ou closoirs (côté extérieur, fig. 833) sont destinés à fermer le mur aux angles du bâtiment; on les serre entre les grands panneaux avec des sergents de menuisier : leur hauteur est de \ mètre, et leur largeur celle du mur, 0m,50 à 0m,60.

— Indépendamment de ces outils, on a besoin d'une hachelte bien aiguisée pour tailler les trous de boulins où l'on appuie les clefs du moule, de sergents de menuisiers, et de nattes ou paillassons pour garantir les murs contre le hâle et contre la pluie. Nous ne parlons pas des outils ordinaires, échelles, corbeilles ou hottes pour monter la terre, échafaudages, etc.

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Montage du moule. — On assied les 4 clefs sur le mur à distances égales, en prenant pour règle la longueur des banches : on les encaisse dans un trou de même diamètre qu'on a fait dans le pisé ou dans le soubassement; on place les aiguilles, puis contre elles les grands panneaux, enfin les étrésillons entre les panneaux ; pour empêcher qu'ils ne varient ou ne tombent et fixer l'épaisseur du mur, on rapproche ensuite les aiguilles par le bas en poussant les coins dans les mortaises et on, les lie par le haut d'un côté à l'autre par une corde qu'on serre en la tournant avec un bâton (fig. 830 et 834). Lorsqu'on est à un angle, on pose le petit panneau.

Confection du pisé. — « Nous commencerons, dit Cointereaux, par faire la fondation de cette maison en maçonnerie ordinaire, que nous élèverons, en premier lieu, à Ora,60 au-dessus du terrain. Cette dépense est absolument nécessaire pour garantir le pisé de l'humidité du sol; d'ailleurs elle sert à préserver les murs de terre du rejaillissement des eaux pluviales qui tombent des égouts du toit. Lorsque nous aurons rendu de niveau tous les murs et de 0m,50 d'épaisseur, nous tracerons dessus, avec de la pierre noire ou rouge, les tranchées nécessaires pour recevoir les clefs du moule; leur distance doit être de 1 mètre, de milieu en milieu; en voici la preuve : chaque côté de l'encaissement ayant 3m,30 de longueur, il donne, par conséquent, trois parties de 1 mètre, qui en font 3 ; restent 0m,30 de plus à chaque extrémité, qui servent pour allonger le moule sur les angles de la maison, et dans beaucoup d'autres cas.

« Après que nous aurons marqué ces tranchées, nous ferons maçonner entre elles, de 0m,15 de hauteur, ce qui laissera la place des clefs et, en même temps, ce qui donnera 0,15 de plus de maçonnerie, de manière qu'on aura 0m,75 de soubassement en pierres et mortiers, hauteur bien suffisante pour empêcher aux pluies et à la neige de gâter les murs de terre. Sur cette maçonnerie fraîche, nous pouvons établir tout de suite le moule, en le plaçant dans un des angles de la maison; lorsque nous l'aurons fait monter de la même manière que je l'ai indiqué, nous ferons poser la tête contre l'angle; cette tète doit avoir 0m,50 de largeur par le bas et 0m,01 de

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moins par le haut; par conséquent, les petits bâtons ou gros de mur fig. (830) doivent avoir la même longueur de 0m,49. On en sent la raison; la tête du moule,- ayant 1 mètre de hauteur, doit diminuer, en montant, de chaque côté, de 0m,01 par mètre, pour laisser 0m,01 au fruit ou talus que l'on donne ordinairement aux constructions de tous les murs ; ainsi chaque côté du moule incline en dedans de 0m,01.

« Les coins bien serrés, les poteaux bien entretenus par les liages des cordes, il ne s'agit plus que de bien arrêter la tête du moule : à cet effet, on pose deux sergents de fer de menuisier, qui embrassent l'encaissement, et on cale de quelques morceaux de bois les petits intervalles qui restent entre la tète et les sergents. Voilà l'équipage prêt, il faut mettre la main à l'œuvre (fig. 834).

« Chaque maçon entre dans sa case ; on voit qu'il faut trois hommes, puisque les quatre rangs de poteaux forment trois espaces; on place le meilleur ouvrier dans l'angle; c'est lui qui gouverne» qui, de temps à autre, en travaillant, plombe, pour reconnaître si le moule ne s'est pas dérangé; cependant chaque maçon doit avoir à ses côtés son plomb, pour le vérifier aussi; à cet effet, il l'entrepose sur les cordes ou aux poteaux.

« Avant de mettre de la terre, nous ferons étendre un glacis de mortier (de chaux), seulement dans le pourtour de l'encaissement, et couvrir de quelques pierres minces les tranchées où sont les clefs. Ce glacis ne sert qu'à empêcher que la première terre que l'on va jeter ne coule dans les joints, et sert encore à pouvoir bien presser cette terre dans les angles du pourtour.

« Les autres ouvriers manœuvres qui piochent la terre, la préparent et la portent dans le moule, commencent à en donner un peu aux trois piseurs; ceux-ci, après l'avoir étendue avec leurs pieds, se mettent à la comprimer avec le pisoir; mais nous serons soigneux à ce qu'ils n'en reçoivent, chaque fois, que 0m,10 à 0m,15 d'épais; les premiers coups qu'ils donnent suivent le pourtour du moule; après quoi, ils battent pareillement dans l'épaisseur du mur; ensuite ils croisent leurs coups, de manière que la terre se trouve pressée en

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tous sens. Lorsque deux maçons se rencontrent dans le voisinage de leurs cases à piser, ils accordent les coups de leurs pisoirs, pour battre en même temps sous les liages des cordes, parce qu'ils ne peuvent presser la terre, dans cette place, que difficilement, ou par des efforts obliques; par ce moyen, toute la longueur du moule se trouve également massivée; celui qui est à l'angle du bâtiment bat avec soin contre la téte du moule, et, soit par vanité, soit pour raison de solidité, il pose, sur la terre battue, tous les O™^ 5 de hauteur, un petit glacis de mortier contre cette tête, ce qui imite les joints des pierres.

« Nous aurons attention que les piseurs n'admettent jamais de nouvelle terre qu'après qu'ils auront bien battu la première couche, ce qu'ils doivent reconnaître à leurs coups de pisoir, qui marquent à peine la place sur laquelle ils portent. Lorsqu'ils sont assurés de la perfection, ils appellent les manœuvres pour leur apporter de nouvelles terres, qu'ils pressent de nouveau, ainsi de suite, couche par couche, jusqu'à ce que le moule soit entièrement plein.

« Cela fait, nous ne craindrons pas de démonter sur-le-champ l'encaissement. Le pan de terre qui vient d'être fait, d'environ 3 mètres de longueur moyenne sur 0"1, 75 de hauteur, restera sur son assiette, droit, sans danger d'éboulement; nous ferons donc, de suite, couler le moule sur l'étendue du mur, et nous le laisserons embrasser le pan de mur déjà construit de 0m,03 seulement, au haut de la pente, attendu que nous lui aurons laissé, du côté opposé à l'angle, cette pente ou ligne d'inclinaison, telle qu'on la voit dans la fig. 834, où la jonction des pans de mur se fait sentir. Cette pente est ordinairement d'environ 0m,50 de largeur, prise en ligne horizontale. On sent que par ce procédé on ne laisse aucun joint au pisé, qu'on rend adhérents tous les pans de mur, puisqu'au second que nous allons faire nous ferons presser, dans cette inclinaison, les terres l'une sur l'autre, c'est-à-dire que nous feronsbattre la nouvelle terre sur l'ancienne, qui est déjà pisée ou massivée. C'est à ce second pan de mur, et aux suivants, que la tète du moule devient inutile; nous ne la reprendrons que lorsque nous aurons des angles à faire.

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« Nous ferons donc ainsi faire le tour du bâtiment, en démontant et remontant le moule toutes les fois qu'un pan de mur sera comprimé; lorsque nous aurons parachevé le dernier pan, contre l'angle par où nous avons commencé le pisé, nous ferons transporter l'encaissement sur le mur de refend, que l'on construit de même.

« Ce premier cours parachevé, il faut procéder au second : à cet effet, nous allons nous trouver dans la nécessité de nous procurer des tranchées dans le pisé qui vient d'être fait, pour y pouvoir placer de nouveau les clefs du moule. Si nous avons commencé le pisé en partant à droite, il faut, pour le second, partir à gauche, et ainsi de suite, en alternant le sens pour chaque rang. Nous ne craindrons pas de surcharger le second rang de pisé sur le premier, quoique fraîchement fait, puisqu'on peut, sans interruption, dans un seul jour, monter trois cours d'assises en terre les unes sur les autres. »

La figure 834 montre la disposition de ces diverses opérations. On place à chacun des angles, dans une entaille E pratiquée avec

Fig. 834.

une hachette, une clef en bois dont on peut voir la forme enE' sur le sol dans le dessin.

La figure 835 montre la manière de disposer le moule pour les constructions de murs ayant peu d'élévation, comme les murs de clôture. Lorsque le soubassement est bâti en pierres, on plante, de mètre en mètre, des perches en bois dans le terrain, de chaque côté

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des murs en maçonnerie, en les écartant du mur de 0m,10 environ ; on les consolide par des arcs-boutants, et on relie le haut par des

Fig. 835.

cordes; l'écartement des moules est maintenu par des étrésillons et par la partie déjà faite. On monte le moule au fur et à mesure de la construction.

— « Les ouvertures des portes et des fenêtres se laissent lors de l'exécution du pisé; toute les fois que le moule se rencontre sur un mur où doit être pratiquée une porte ou une fenêtre, on pose dedans deux têtes de moule, ou une, pour en former le pied-droit; on les biaise un peu en dedans pour donner l'évasement nécessaire au jeu des fermetures. »

Les encadrements de ces baies se font de plusieurs manières ; on y emploie la pierre de taille ou les briques, et même des cadres en bois; mais le bois se lie mal avec le pisé et retient peu l'enduit, ce qui n'a pas lieu avec les briques et la pierre. Les cheminées et leurs tuyaux s'établissent en pierres ou en briques.

— Pour appuyer l'extrémité des poutres, on place, sur les murs et à plat, des madriers ou des planches de 1 mètre à 1m,50 de long, et on continue d'élever les murs enterre jusqu'au toit. Les extrémités des entraits ou les blochets des fermes doivent également reposer suides planche sou sablières.

— Les enduits sur le pisé se font en chaux et sable ou en plâtre,

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ou en blanc en bourre ; pour les appliquer, il faut attendre que le pisé soit très-sec (un an, par exemple) ,'et alors ils tiennent très-bien, lorsqu'on a eu la précaution de piqueter la surface du pisé et de l'humecter légèrement ; ces enduits peuvent être un crépissage ou rusticage, ou un véritable enduit à une ou deux couches. On les supprime parfois, et alors on lisse les murs et on les blanchit à la chaux.

— Pendant sa dessiccation, comme après son achèvement, le pisé doit être soigneusement défendu contre les eaux pluviales, d'abord par des planches dont on le recouvre ensuite par une toiture bien entretenue.

Pisé en béton. — Pour éviter les inconvénients de la propagation de l'humidité par le pisé de terre, on a essayé d'y substituer diverses compositions. Ainsi on a recommandé d'humecter la terre argileuse avec un lait de chaux ; on évite ainsi la désagrégation des surfaces qui tombent en poussière. M. Coignet a proposé deux sortes de bétons, qu'on utilise d'une manière analogue à celle que nous avons décrite pour la terre.

Le premier béton, dit économique, est composé de

Chaux non délitée 9 parties.

Terre argileuse crue 27

Sable et gravier 64

« Ce béton se rapproche du pisé par la terre argileuse crue ; il en diffère par la présence de la chaux, qui lui permet de résister beaucoup mieux à l'action de l'eau. Toutefois des bétons semblables ont déjà été expérimentés antérieurement, et les résultats qu'ils ont donnés n'ont pas été satisfaisants. Il pourrait y avoir avantage à l'employer dans les campagnes pauvres et dans des climats où les constructions ne seraient pas exposées à une humidité prolongée ; il devrait être proscrit, au contraire, dans tous les lieux exposés aux inondations (1). »

(1) Matériaux de construction à l'exposition universelle de 1855; par A. Delesse, ingénieur des mines. In-8°, 1856, page 303.

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Dans le second béton dit dur, la terre crue est remplacée par des matières calcinées, jouant le rôle de pouzzolanes artificielles. Il est composé de

Chaux grasse ou hydraulique non délitée. 13 parties.

Cendres de houille pilées 9

Terre argileuse cuite et pilée 8

Sable et gravier 70

« Il est facile de voir, d'après les proportions de la chaux et des matières calcinées qui lui sont ajoutées, que leur mélange doit donner un ciment énergique; le béton dur n'est donc autre chose qu'un béton de ciment ; il en a d'ailleurs les propriétés, car sa prise est rapide , et au bout de quelques jours il acquiert une grande dureté (1). »

Construction en bauge ou torchis. — Ce genre de construction ne peut guère être utilisé que pour des murs de clôture ou des parois de bâtiments légers et très-peu élevés : s'il ne coûte pas cher à établir, il n'a presque pas de solidité, est très-hygrométrique, et dure peu ; il ne vaut pas le pisé, mais il demande moins de main-d'œuvre.

Pour construire en bauge, on gâche de la terre franche humectée avec du foin ou avec de la paille ; mais tantôt ce foin et cette paille sont laissés dans leur longueur, tantôt ils sont hachés à 0m,10 ou 0m,15. Le foin entier est meilleur que la paille entière ou hachée, mais la paille hachée est meilleure que le foin haché.

La plupart du temps on élève les murs en bauge, en entassant la matière avec une fourche à dents, par couches horizontales que l'on laisse se raffermir avant de poser les couches supérieures, tout en ayant soin de les rafraîchir un peu pour qu'elles se relient avec les nouvelles; on lisse ensuite les parois avec la truelle, et, quand la bauge est sèche, on y applique un enduit comme sur le pisé.

Pour assurer un peu de durée aux murs en bauge, il faut les faire

(1) Même ouvrage, par Delesse, page 304.

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reposer sur une fondation en pierres, s'élevant au moins à 0m,25 audessus du sol, et les abriter à la partie supérieure contre la pluie, par un chaperon ou un toit.

— On se sert encore de la bauge pour boucher les interstices entre les parois en colombages des constructions, et aussi pour charger les planchers auxquels on veut donner un peu d'épaisseur, afin de les rendre impénétrables soit aux émanations gazeuses, soit aux modifications de température.

Un premier mode consiste à prendre des bardeaux ou barrelets en bois, d'une longueur supérieure à l'écartement des solives du plancher, à les entourer d'un lien fait en bauge composée de foin brisé, mais non haché; on en forme ainsi des quenouilles, que l'on accole les unes aux autres pour remplir les intervalles des solives. Le second mode consiste à placer les bardeaux nus à côté les uns des autres, et à les couvrir d'une couche de bauge, que l'on égalise par-dessus. On donnerait moins d'épaisseur au plancher, en clouant des tasseaux sur les côtés des solives, et en posant les bardeaux ou les quenouilles entre elles. Dans tous les cas, aussitôt que la bauge est un peu séchée, on la bat légèrement pour boucher les fissures qui se forment pendant le dessèchement, puis on applique dessus unecouche de 0""-,05 environ en nouvelle bauge, dont le foin est haché très-fin ; on bat encore plusieurs fois cette couche nouvelle, au fur et à mesure qu'elle se dessèche, pour empêcher les fentes; on obtient ainsi une aire en terre suffisante pour les locaux destinés aux fourrages.

Si l'on devait carreler ou planchéier, cette seconde couche serait inutile, surtout lorsque les bardeaux sont placés entre les solives; il suffirait de remplir le vide entre celles-ci.

Épaisseur des murs. — Dans les bâtiments ruraux, la hauteur des murs n'étant pas considérable, on peut adopter comme mesure empirique de leur épaisseur 0m,50 pour les murs de face et 0m,40 pour ceux de refend; cependant cette appréciation sera modifiée dans bien des cas; ainsi, dans les constructions en briques, on se

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contente souvent d'un mur formé par une brique en bout et une en large, soit 0m,22 + 0m,11 + 01U,07 pour l'épaisseur de l'enduit des deux côtés et pour le joint entre les briques, ou en totalité 0m,40 pour les murs de face. Les constructions en pisé atteignent, au contraire, 0m,60 d'épaisseur.

L'épaisseur des murs de clôture varie entre 0m,30 et 0m,40.

— Quant aux murs de soutènement , on leur donne souvent pour épaisseur le tiers de la hauteur des terres à retenir. Voici la formule indiquée par M. Poncelet pour le calcul de cette épaisseur : x = 0,285 (H + h) ; H étant la hauteur du revêtement et h la hauteur entière de la surcharge au-dessus du plan horizontal passant par le sommet des murs.

L'épaisseur des murs en pierres sèches doit être augmentée d'un quart en sus des appréciations ci-dessus.

L'eau qui s'amasse quelquefois derrière les murs de soutènement, augmentant considérablement la force de poussée de terres , nécessiterait une plus grande épaisseur dans les murs; c'est pour cette raison qu'on pratique des barbacanes sur plusieurs points de leur hauteur.

Nous indiquerons plus loin les épaisseurs des murs qui supportent des voûtes.

Voûtes. — Les voûtes, constructions destinées à couvrir quelques parties des édifices, ne sont guère employées dans les constructions rurales que pour les caves ; cependant elles peuvent être utilement appliquées à beaucoup de locaux, ainsi que nous l'avons indiqué, parce qu'elles arrêtent la transmission des modifications de température, qu'elles sont incombustibles et plus durables que les planchers.

L'établissement des voûtes, outre l'emploi de bons matériaux et leur disposition régulière, a pour condition de solidité une épaisseur suffisante et la résistance des supports ou pieds-droits à la poussée exercée par les reins de la voûte.

Les voûtes sont composées de pierres taillées en coin pour former

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leur courbe; on les appelle voussoirs quand elles s'appliquent à un cintre, et claveaux lorsque la voûte est plate, c'est-à-dire horizontale par-dessous.

La clef est la pierre qui est au milieu de la voûte, qui la ferme, dans l'un et clans l'autre cas ; les deux qui lui sont adjacentes s'appellent contre-clefs; enfin on donne le nom de sommiers aux deux premiers voussoirs ou claveaux, placés immédiatement audessus des pieds-droits, à la naissance de la voûte.

Les voûtes reçoivent deux formes principales, ainsi que nous venons de le dire. Les voûtes plates ne sont employées dans les constructions rurales que pour quelques linteaux (plates-bandes), recouvrant des baies d'ouvertures : nous en parlerons plus loin. Les voûtes cintrées sont les plus usuelles.

La forme la plus régulière et la plus solide est celle dite en pleincintre, c'est-à-dire dont la courbe est formée par une demi-circonférence : quand la courbe est plus élevée que le plein- cintre, la voûte est dite exhaussée; quand elle l'est moins, on l'appelle surbaissée. Parmi les voûtes surhaussées, la voûte gothique ou ogive, formée par la rencontre de deux arcs de cercle, est la plus résistante, plus même que celle en plein-cintre, mais elle exige trop de hauteur. Les voûtes surbaissées, formées par un arc de cercle plus petit que 1 80°, dites en arc de cercle, ou par un arc d'ellipse, dites en anse de panier, ont l'avantage d'occuper moins de hauteur que les autres ; c'est donc entre celles-ci et les voûtes en plein-cintre que devra s'exercer le choix de la construction à effectuer pour les bâtiments ruraux.

On construit les voûtes en moellons, en briques sur champ , et rarement en pierres de taille. On commence par établir des cintres en charpente ( voir plus loin ) , comme échafaudage pour supporter les matériaux employés ; dans les caves et les fondations, ceux-ci peuvent être remplacés par des pâtés en pierrailles ou même en terre, que l'on dresse suivant la courbure nécessaire et que l'on extrait lorsque la voûte est achevée. On monte en même temps les deux côtés de la voûte, afin de charger également les supports, en

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commençant par les extrémités de la voûte ou de la portée, lorsqu'elle est trop longue; les joints ne doivent pas se correspondre dans deux assises voisines; on termine en posant la clef au milieu; celle-ci doit être pressée fortement entre les autres parties, mais non entrée à force de coups, comme quelques ouvriers le font trop souvent.

— Voici, d'après les indications données par l'ingénieur Peronnet, l'épaisseur qu'il convient de donner aux reins et aux piedsdroits des voûtes en plein-cintre et des voûtes surbaissées au tiers, construites en pierres d'une dureté moyenne.

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