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TENTURE

La tenture est le revêtement des parois intérieures par des matières qui contribuent plutôt à la propreté et à l'ornement des constructions qu'à leur solidité ou à leur conservation; cependant elle remplace parfois l'application d'un enduit fin, celle d'une couche de peinture ou l'établissement de plafonds; on emploie alors avec économie une tenture au papier, la seule qu'il convient d'appliquer dans les habitations rurales.

Jusqu'à ce jour, on a peu collé de papier dans les maisons de nos cultivateurs ; mais le bas prix auquel on fabrique aujourd'hui le papier, la facilité de son emploi en tenture, la propreté, l'élégance même qui résultent de son application sur les murs doivent faire conseiller de tendre ainsi les chambres d'habitation , principalement celles qui sont aux étages supérieurs des bâtiments. Nous recommanderons, à cet effet, une tenture composée de papier gris ordinaire que l'on encadre dans une bordure représentant une corde ou un câble de couleur rouge ou bleue.

Papier. — Le papier de tenture se trouve maintenant dans le commerce sous forme de rouleaux ayant environ 8 mètres de longueur et 0"',50 de largeur; c'est celui qu'on nomme carré et que

l'on formait autrefois en collant au bout les unes des autres les vingt-cinq feuilles formant une main du papier qui porte ce nom ; d'autres rouleaux en papier dit raisin ont environ 1 0 mètres de long et 0m,5i de largeur.

Les papiers de pâte sont ceux dont la couleur est mélangée à la pâte du papier pendant sa fabrication : leur coloration est donc uniforme; ils sont solides et économiques, mais ils se salissent plus facilement que les autres, ou au moins les taches y sont plus apparentes. Les papiers peints ou plutôt imprimés sont presque toujours préférables, principalement ceux qui sont passés au laminoir ou satinés, sur lesquels la poussière s'attache moins ; il faut choisir des papiers à petits dessins ou au moins ceux dont les raccords de dessins entre les rouleaux sont faciles.

Bordures. — Pour limiter les papiers dans les angles des murs, tantôt haut et bas seulement, tantôt dans toutes les arêtes, de manière à former des encadrements, on emploie des bordures en papier peint. Elles sont aussi fabriquées en rouleaux de même longueur que les autres papiers ; leur largeur contient un plus ou moins grand nombre de bandes, six, huit, dix, suivant le dessin de la bordure, de sorte qu'un rouleau de papier carré contient une longueur de bordure égale à 6, 8 ou 10 fois 8 mètres. Dans le choix de la bordure, il faut proportionner sa largeur au dessin du papier et à la hauteur de la pièce où on l'applique.

Pose. — Le papier est coupé en lés ou bandes dont la longueur correspond à la hauteur des parois à couvrir ; presque tous les rouleaux fournissent trois lés, ce qu'on peut obtenir au besoin en réservant au bas des murs une place que l'on couvre avec une bande horizontale en papier peint dit marbre ou granit. On coupe avec des ciseaux l'un des bords du papier, celui qui est destiné à recouvrir la bande précédente ; c'est ce qu'on nomme ébarber. On dépose ensuite les lés de papier sur une table, en les mettant les uns sur les autres et à l'envers, afin de les enduire de colle.

La colle employée ordinairement, dite colle de pâte, est une sorte de bouillie faite avec de la farine de blé détrempée avec de l'eau

MODES D'EXÉCUTION

dans laquelle on a mis dissoudre un peu de colle forte (50 grammes par kilogramme de farine) ; il faut environ 1 kilogramme de colle de pâte délayée par rouleau. On peut y suppléer par une dissolution faible de colle de peau (page 904).

On étend la colle sur le papier à l'aide d'un gros pinceau ou brosse, et on attend qu'elle ait un peu imbibé le papier ; puis on prend la bande, on la pose sur le mur verticalement et bien d'aplomb ; on l'appuie ensuite en la tamponnant avec un linge ou avec un balai de crin. On pose de la même manière une seconde bande qui recouvre la première de 0m,01 environ, en ayant soin de faire accorder les dessins lorsque le papier en porte. On termine la tenture en posant en haut et en bas les bordures coupées à l'avance et imprégnées de colle ; on y ajoute* les plinthes, fausses cymaises, etc., en papier marbré ou granité, quand on juge à propos d'en orner la pièce.

Préalablement au collage du papier, on revêt avec des morceaux de papier commun tous les angles, toutes les saillies que présentent les parois. On couvre avec de la toile les ferrures et les joints des portes cachées sous le papier ; cette étoffe empêche la rouille du métal de se faire voir et les fentes de se produire dans le papier. Si les murs sont peu unis, on applique de même un papier gris sur toute leur surface, et, quand il est sec, on colle dessus le papier peint : dans tous les cas, ce doublage rend la tenture plus solide. Lorsque les murs sont vieux, il faut les gratter, les unir, arracher l'ancien papier, enlever les écailles de peinture à la chaux ou même de celle à l'huile et souvent coller du papier en doublure avant d'appliquer le papier peint.

Collage sur toile. — Enfin, quand les murs sont trop peu unis ou quand on craint leur humidité, on en éloigne un peu les papiers en les collant sur de la toile grossièrement fabriquée pour cet usage. On pose d'abord des tringles en bois sur les murs, de manière à former de grands châssis sur lesquels on cloue la toile en la tendant fortement ; puis on colle dessus du papier gris et ensuite le papier peint.

MODES D'EXÉCUTION

Sur les cloisons en planches, afin d'éviter le fendillement du papier que causent toujours les mouvements éprouvés parle bois, suivant le plus ou moins d'humidité contenue dans l'air, on colle ordinairement de la toile, de manière à couvrir les joints ou, mieux, toute la paroi; puis on applique du papier de doublure, et ensuite le papier peint.

Faux plafonds. — Le collage du papier sur toile tendue sur des châssis est appliqué à la disposition des faux plafonds : quand les solives sont bien unies, on cloue la toile dessous ; si elles ne le sont, pas, on y rapporte des tringles en bois. On colle sur la toile deux épaisseurs de papier blanc ou gris, que l'on peint ensuite en blanc.

Les faux plafonds contribuent à la propreté aussi bien qu'à la décoration des habitations, et leur prix de revient est peu élevé.

Tenture d'étoffes. — Il est encore un genre de tenture que l'on peut désirer voir appliqué parfois à la campagne ; c'est celui d'étoffes pour établir des séparations dans les chambres d'habitation, pour isoler, par exemple, le lit des parents d'avec celui de jeunes enfants ; des tringles horizontales supportant des rideaux et portées sur des montants élevés de 2 mètres, avec pieds, remplissent assez bien cet emploi. On peut aussi appuyer les rideaux sur des tringles en fer attachées au plafond. Dans quelques-uns des exemples que nous avons donnés, la pièce principale contient une alcôve pour un lit; cette alcôve doit être fermée par des rideaux en étoffe garnis d'anneaux glissant sur une tringle en fer qu'on place à la partie supérieure de l'ouverture. Une disposition très-recommandable est celle d'un système de cordons servant à ouvrir et à fermer les rideaux, comme celui usité pour les fenêtres des habitations urbaines ; on le place près de la tête du lit, de manière que la personne qui s'y repose puisse le saisir et faire jouer les rideaux. " .

Collages divers. — On peut rattacher à la tenture les diverses opérations qui consistent à relier avec des colles les menues parties de constructions détachées par des accidents.

Nous avons indiqué la préparation de diverses colles (page 904) ; la plus communément employée est une dissolution de gélatine

MODES D'EXÉCUTION

dans l'eau qu'on opère au bain marie et qu'on emploie à chaud ; on l'appelle colle forte. Nous terminerons en rapportant, d'après le Moniteur scientifique (1859), la recette d'une colle qui fait prise à froid :

« On prend 1 kilogramme de colle forte de gélatine, on la fait dissoudre au bain-marie dans 1 litre d'eau, à l'aide d'un poêlon en terre ; on remplace par un peu d'eau chaude l'eau enlevée par l'opération. Lorsque la colle est entièrement dissoute, on verse peu à peu, dans la dissolution, 200 grammes d'acide nitrique à 36°; l'acide, réagissant sur la colle, produit une vive effervescence due au dégagement de vapeurs rougeàtres d'acide hypoazotique ; quand tout le dégagement a eu lieu, on agite la liqueur, on la retire du bain-marie et on laisse refroidir; puis on la met en pots que l'on conserve pour l'usage. Elle reste liquide et s'emploie au pinceau. »

Par de légères réparations, faites à propos et autant que possible immédiatement après un accident, on prévient souvent des dommages importants, et on évite ainsi des travaux considérables, sources d'inconvénients et de dépenses.

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