DISTRIBUTION DES BATIMENTS
« La meilleure distribution sera celle qui procurera au fermier la surveillance la plus directe et le service le plus commode. >•
M. de Perthuis résume ainsi les relations à observer dans l'arrangement des diverses constructions entre elles, et cette règle doit être suivie sans restriction. Le but général est d'économiser, autant que possible, le travail et le temps des hommes qui sont occupés dans les bâtiments : c'est par la séparation des services distincts, par la réunion des spécialités analogues, qu'on arrive à ce but. Ainsi le groupement des écuries, celui des étables, celui des bergeries et môme celui de tous les logements destinés aux animaux, celui des granges et des locaux réservés aux récoltes et à leur préparation, celui des abris pour les instruments, font partie de la bonne distribution d'un domaine.
L'ensemble des bâtiments doit former un tout réuni dans la même enceinte générale. Une seule porte servira pour l'accès quotidien :
si d'autres ouvertures sont pratiquées pour faciliter un service momentané, tel que celui de la rentrée d'une meule de grains ou de fourrage, au moins faut-il que ces portes ne soient pas d'usage indispensable.
11 est aussi à recommander de ne pas trop agglomérer les constructions, car il en résulterait de la gêne dans le service et dans l'utilisation temporaire de quelques portions de la cour, utilisation nécessitée par la variété des circonstances qui se produisent en agriculture.
Nous ne disons pas, pour cela, qu'il faille éparpiller les constructions d'un domaine (\ ) , comme il en existe de trop nombreux exemples
(1) Nous adoptons le mot domaine pour exprimer l'ensemble des terres et des bâtiments qui constituent une exploitation rurale, quelle qu'en soit l'importance ; nous nous en servirons dans une acception plus restreinte pour exprimer l'ensemble des constructions. Ce terme est le plus généralement employé pour signifier la réunion de tout ce qui est soumis à un seul chef, à un seul maître, à une seule volonté.
Lorsque le domaine est cultivé par celui qui l'a reçu en héritage ou qui en a fait l'acquisition, il constitue un domaine proprement dit exploité par son propriétaire. Lorsqu'il est donné en location, s'il est loué à prix d'argent ou moyennant une quantité fixe d'une denrée quelconque, alors il devient ce qu'on appelle parfois une locature, mais plus généralement une ferme, exploitée par un fermier; s'il est loué moyennant une part proportionnelle dans les produits de la culture, soit en argent, soit en fruits, part variable suivant les années et dont l'attribution par moitié est souvent la base, alors le domaine devient une métairie, exploitée par un métayer.
Ainsi le propriétaire, le fermier, le métayer sont tous les trois des cultivateurs, à titres différents il est vrai, mais chacun d'eux n'en est pas moins le chef, le maître, le directeur de l'exploitation rurale, du domaine, dont il dispose d'une manière plus ou moins générale.
Nous adoptons donc le mot domaine, quelle que soit l'idée de possession que ce terme comporte, et peut-être même à cause de cette idée, car l'usage des bâtiments et des terres est dévolu à celui qui cultive celles-ci aussi bien comme fermier ou comme métayer que comme propriétaire.
— Beaucoup d'auteurs agricoles ont employé le nom de fermier comme synonyme de cultivateur. Si le mot de ferme vient du mot celte ferm, formé de ferh, berh, défendu, fortifié, enclos, parce que les bâtiments ruraux étaient entourés de haies, de fossés ou de murailles qui en interdisaient l'approche (opinion exprimée dans le Dictionnaire français par Bescherelle); s'il vient du mot firma, employé dans la basse latinité pour exprimer un lieu clos et fermé (étymologie prise dans le dictionnaire de MM. de Wailly), si donc le mot de ferme a l'une de ces origines, il pourrait justifier cette synonymie et s'appli-
dans quelques localités (la vallée d'Auge, le pays de Caux, etc.) : la cour d'une exploitation de moyenne importance y contient quelquefois un hectare de superficie. S'il est vrai qu'on évite ainsi les dangers de propagation d'un incendie, dangers que préviennent des soins bien entendus et auxquels parent les conventions avec les sociétés d'assurance, on perd un temps considérable à se transporter d'un bâtiment à un autre ; la surveillance en souffre, le service est plus mal fait, et un espace de terrain assez grand est rendu inutile. Dieu vous garde, lecteur, si vous disposez d'un domaine, de perdre quelque parcelle du terrain qui est le plus rapproché de l'habitation : si ce terrain n'est pas le meilleur, c'est presque toujours celui dont le produit proportionnel est le plus considérable, parce qu'il est sous la main du cultivateur, qu'il reçoit facilement les engrais, qu'il est nettoyé, surveillé, presque constamment.
La continuité absolue des constructions a aussi ses inconvénients ; elle ne peut être justifiée que par la nécessité d'économiser les matériaux lorsqu'ils sont rares dans la localité; mais elle s'oppose à toute extension ultérieure de bâtiments, à toute utilisation provisoire d'une portion de la cour. Dans le cas d'un incendie, si les secours sont éloignés, si la population du domaine n'est pas nombreuse, la destruction peut s'étendre à tout l'ensemble, et il résultera une grande perte pour le possesseur, malgré les garanties offertes par les sociétés d'assurance qui tiennent bien compte des dégâts immédiatement causés, mais non des pertes qui en sont la conséquence plus ou moins éloignée, plus ou moins indirecte.
Des bâtiments placés à la distance d'une dizaine de mètres les un9 des autres présentent les garanties d'espacement les plus essentielles.
Lorsqu'on est obligé de se servir des pignons des constructions pour en appuyer d'autres, à cause de la rareté des pierres à bâtir, il serait à désirer que l'on séparât néanmoins les bâtiments par des intervalles couverts qu'on utiliserait comme hangars, comme abris,
quer à notre définition, Mais l'usage actuel doit prévaloir contre des étytnologies douteuses : un écrivain attentif, un jurisconsulte ne comprendront jamais par l'expression de fermier la position du propriétaire qui cultive son bien.
mais dont l'établissement serait assez léger pour être détruit sans trop de difficultés dans le cas d'un incendie, afin de couper la communication du feu entre les bâtiments.
A la fin de notre travail sur la disposition des domaines, nous présenterons quelques plans de grandes exploitations où nous nous sommes efforcé de parer aux inconvénients des formes adoptées généralement jusqu'à ce jour. Nous allons maintenant indiquer une condition générale que nous croyons qu'il faudrait observer dans les dispositions ordinaires.
Règle à observer. — Comme principe général, il faut poser la séparation des bâtiments ruraux en trois portions : l'une pour l'habitation de l'homme, la seconde pour les animaux, la troisième pour les instruments et les produits. Toutes les fois que cela sera possible, on devra faire l'application de cette règle.
Dans les petites exploitations, on pourra l'observer, quand même il n'y aurait qu'un seul bâtiment et quoiqu'elle n'y ait pas une très-grande importance : par exemple, on placera l'habitation au milieu, d'un côté l'étable et l'écurie, de l'autre la grange et la remise ; ou bien l'habitation à une extrémité, puis l'étable et l'écurie, et enfin la grange et la remise.
Dans les exploitations moyennes, il sera facile d'observer cette règle, quelle que soit la forme de la cour : si les bâtiments sont contigus, l'habitation placée au centre touchera d'un côté aux logements d'animaux, et de l'autre aux bâtiments pour les récoltes et les instruments; si ces bâtiments sontséparés, le premier sera réservé au chef de l'exploitation, un ou deux autres aux animaux, un autre aux produits; les écuries et étables seront soit d'un seul côté de l'habitation en regard de la grange, soit de chaque côté, et alors la grange et la remise feront face à la maison. Quelques modifications peu importantes pourront seules y être apportées sans inconvénient.
Dans toute grande exploitation, la règle ci-dessus posée doit être absolue, l'une ou l'autre des deux dispositions que nous venons d'indiquer pour une moyenne exploitation étant adoptée pour le grand domaine. La séparation des services et des attributions ren-
drait cette règle encore plus nécessaire à observer dans une trèsgrande culture, alors qu'on est souvent obligé de séparer par des clôtures les différentes parties de la cour.