ORDONNANCE GÉNÉRALE
Nous comprendrons sous ce titre quelques indications relatives à l'aspect général, à l'ornementation du domaine, à l'harmonie que toutes ses parties doivent présenter entre elles.
La régularité des constructions rurales, la symétrie entre elles constituent seules leur élégance et leur beauté ; il faut les observer nonseulement dans chaque bâtiment pris à part, mais aussi dans la disposition de l'ensemble.
La bonne distribution n'empêche pas qu'on observe cette régularité et cette symétrie ; elle les favorise même le plus souvent : on s'en convaincra en se reportant à ce que nous avons dit en parlant de la distribution générale des bâtiments et en examinant les divers exemples de disposition que nous donnerons ci-après. Ainsi des étables et des écuries peuvent être placées symétriquement les unes avec les autres, ou avec des bergeries, de chaque côté de l'habitation ; des hangars peuvent être établis à chaque extrémité d'une grange, celle-ci étant vis-à-vis la maison. Pour que la symétrie soit observée il n'est pas rigoureusement nécessaire que les bâtiments soient identiques, il suffit qu'ils soient à peu près égaux dans leurs dimensions principales correspondantes, et que chacun d'eux, pris isolément, ait une forme régulière.
Qu'il nous soit permis d'appuyer ces considérations par quelquesunes des idées émises par l'un des esprits les plus élevés, les plus généralisateurs de notre siècle, par le savant professeur Chevreul, dans son ouvrage sur la loi du contraste simultané des couleurs : tout architecte, tout constructeur, toute personne qui veut disposer des bâtiments d'une manière qui satisfasse le bon goût, devra consulter et étudier ce travail profond auquel nous sommes heureux de pouvoir trouver l'occasion de rendre hommage.
« 11 est bien probable, dit M. Chevreul, que notre organisation.
qui réunit deux parties paires aussi distinctes que cela est possible dans un être organisé, entre pour beaucoup dans le plaisir que nous procure la vue des choses symétriques. » (Contraste simultané des couleurs, page 643. Paris, 1839, in-8° et atlas.)
« Lorsqu'un tout se subdivise en parties symétriques d'une certaine étendue, on peut, dans beaucoup de cas, sans nuire à l'ensemble, varier chaque partie sans dépasser le point où il y aurait désaccord entre elles. » [Ibid., page 644.)
« L'harmonie s'établit entre des objets différents au moyen d'une analogie de grandeur, de forme, de couleur, au moyen de la position symétrique, enfin au moyen de la répétition de la même forme, de la même couleur ou d'un même objet, ou encore d'objets très-analogues, s'ils ne sont pas identiques. » [Ibid., page 648.)
« Rien ne rend plus sensible l'influence de la position et de la répétition à des intervalles égaux, dans l'harmonie générale de plusieurs objets très-différents, que de faire des groupes homogènes voisins et réguliers même de ces objets, ou de les disposer sur une ligne à des intervalles égaux en les alternant. » [Ibid., page 649.)
— Quant à l'ornementation de chacun des bâtiments, il faut se rappeler que la simplicité et la régularité sont les seuls guides à suivre ; nous renverrons à ce que nous avons dit en parlant de l'ornementation d'une grange (page 297), et en répétant que l'aspect d'un bâtiment doit convenir avec sa destination ; rien de plus affreux, en général , que des constructions rurales auxquelles on adapte des motifs d'ornement qui conviendraient à des édifices publics, ou propres à la décoration d'une cité. « Les formes architectoniques , dit M. Chevreul, quelque belles qu'elles soient, ne doivent pas être reproduites dans des édifices auxquels elles sont tout à fait étrangères. »