COUR
La cour est la portion de terrain où l'on établit les divers bâtiments du domaine : il faut qu'elle soit aussi aérée, aussi sèche, aussi
vaste que possible; les facilités d'accès et de circulation sont les conditions essentielles à y réunir.
Clôture. — La cour doit être close par des murs, des barrières ou des haies vives. Ces modes de clôture peuvent s'alterner entre eux; ainsi, l'intervalle entre deux bâtiments étant fermé par un mur de 2 à 3 mètres de hauteur, la portion qui se trouve devant l'habitation sera close par une haie vive ou par des barrières fixes établies entre deux petits fossés. Tandis que la clôture des parties reculées de la cour doit être très-haute, celle des parties antérieures, qu'on surveille plus facilement, peut être moins élevée et réduite à un mur de 1m,50 de hauteur qui arrête les animaux et quelques maraudeurs. Une clôture plus efficace est certainement préférable, mais elle a l'inconvénient de coûter cher et d'enfermer l'habitation, sans être un obstacle absolu aux incursions de malfaiteurs hardis.
Entrée. — Une entrée est nécessaire à la cour : une seule suffit dans la plupart des exploitations. Ce n'est que dans les très-grands domaines que l'on en établit deux, l'une pour les produits, l'autre pour les animaux; encore est-il préférable de n'en avoir qu'une seule à cause de la surveillance des mouvements. Quelquefois on établit des ouvertures spéciales pour l'entrée des fourrages, des meules de grains, pour l'enlèvement des fumiers; ces passages, en petit nombre, doivent être fermés d'une manière absolue hors le temps où ils ne sont pas utilisés, et la clef en sera toujours déposée chez le chef de l'exploitation.
La place de l'entrée est à côté ou en face de l'habitation, et le plus près possible de la cuisine et du cabinet du directeur, afin qu'on aperçoive aisément tout ce qui la franchit.
Lorsque la forme de la cour est rectangulaire, l'entrée est ordinairement au milieu d'un des côtés : M. de Perthuis recommande de la placer à l'un des angles, en façon de pan coupé, position qui peut faciliter ou entraver les mouvements des voitures suivant la disposition du terrain et de la voie d'accès extérieure.
Quand l'habitation est disposée en avant de la cour, deux entrées sont ménagées à chacune des extrémités de cette maison , l'une
pour le service ordinaire , l'autre pour les circonstances spéciales.
Portes. — L'entrée est close par une barrière quand elle est au milieu d'une clôture en palissade ou en haie vive, ou par une porte pleine quand elle est dans une muraille élevée. Dans ce cas, lorsque la porte n'est pas surmontée par un bâtiment, il faut établir au-dessus un petit auvent couvert qui l'abrite contre la pluie. Nous avons donné quelques indications sur la construction des portes et sur leur forme en parlant des portes de granges (fig. 412 et 413, pages 273 et 274). Il faut recommander de faire entrer les vantaux dans des feuillures profondes afin de les protéger contre les chocs des voitures, lorsqu'elles sont ouvertes; des chasse-roues en fonte y sont encore utiles. On a vu précédemment (pages 539 à 550) des exemples de barrières destinées à des cours de domaines.
On choisira pour les dimensions de la porte d'entrée les plus grandes de celles que nous avons indiquées pour les portes de grange. Quand des barrières ferment la cour, on peut leur donner jusqu'à 5 mètres de largeur et même 6 mètres, ce qui facilitera les mouvements des voitures lorsqu'elles tournent pour accéder à la cour.
A côté de la grande porte charretière pour les voitures, on ouvre un guichet pour les piétons : cette petite porte est garnie d'un vantail plein, et quelquefois, en outre, d'une barrière à hauteur d'appui, qui s'oppose à la sortie d'un animal échappé, et qui permet de voir la personne qui s'approche de la porte. On y installe souvent une sonnette qui joue lorsque l'huis s'ouvre et avertit les habitants de la maison.
Sol. — Le sol de la cour doit être assez résistant pour supporter le poids des animaux et des voitures chargées : il faut donc qu'un pavage ou au moins un cailloutage solide y soit établi. Quand les cours ont une grande étendue, pour éviter un revêtement général qui serait très-coûteux, on trace des chemins que l'on encaisse trèssolidement, et on recouvre le surplus de la surface de la cour par un léger pierrage suffisant pour résister aux pieds des bestiaux : ces chemins sont dirigés ordinairement le long des bâtiments, en sui-
vant la ligne la plus courte pour accéder aux granges, aux étables, à la fumière.
Trottoir. — Une précaution très-recommandable consiste à établir, le long des bâtiments, un trottoir pour les piétons, analogue à ceux que l'on rencontre dans nos cités : on le construit en moellons durs, en grès, en briques à plat, en bitume, en béton même, avec bordure en moellons : la largeur est de 4 mètre, la hauteur audessus du sol est de 0m,20 ; elle est réduite à 0m,05 vis-à-vis des portes des bâtiments d'exploitation. On se borne quelquefois à un chemin pavé et incliné légèrement, quiéloigneles eaux des bâtiments.
Rien ne facilite mieux le service pendant les mauvais temps, surtout quand on abrite ce trottoir par la saillie des toits ou par un auvent appuyé sur les bâtiments. Dans les domaines à forme continue on devrait toujours établir un pareil trottoir avec abri. Dans les autres, on communiquerait entre les bâtiments par une voie analogue, qui pourrait même à la rigueur être couverte.
Ruisseaux. — A côté des trottoirs et des chemins, des rigoles sont nécessaires pour la conduite des eaux pluviales, soit vers l'abreuvoir creusé dans la cour, soit au dehors de celle-ci vers une mare ou un fossé d'écoulement.
A cet effet, on aplanira le sol de la cour, et le nivellement en sera dressé avec le plus grand soin d'après les méthodes usitées (1) ; puis on tracera les rigoles suivant les lignes les plus courtes, à la distance d'une dizaine de mètres les unes des autres.
Les ruisseaux en pavés de pierre dure sont les plus solides ; il est rarement besoin de les joindre avec du mortier; ce n'est que pour prévenir des infiltrations dans un sol très-poreux qu'il faut employer du bon mortier hydraulique. Dans les petites cours, des dépressions garnies en cailloutis suffisent généralement pour l'éloignement des eaux pluviales.
Drainage. — - Une excellente opération qui contribue à l'asséche-
(1) Voir Traité du nivellement, par Breton do Champ, ingénieur en cher des ponts et chaussée». 3" édition, Paris, V" Bouchard-Huzord, 1869, in-8°, avec planches.