Velpeau, Méd. opér.,t. II
cédente dans une maison publique. Enivré par la boisson et l’opium, ce vieux débauché eut la fantaisie bizarre d’enfoncer un gobelet de 2 pouces ~ de diamètre et 5 „ de hauteur dans le vagin de la compagne de ses plaisirs. Pendant la nuit, tandis que Loo était ivre mort, la femme chercha à se venger. Elle introduisit soigneusement le bas du gobelet dans l'anus, plaça le bout de la pipe à opium, qui avait un pied et demi de long dans le gobelet, et le poussa dans le rectum. Le gobelet disparut : et il y était depuis 24 heures. Un morceau du bord d’un | pouce avait été brisé par des amis dans des tentatives d’extraction.
« Le verre était solidement fixé et il était très difficile de passer le doigt entre lui et le rectum. Parker, se décidant à le briser, se servit d un céphalotribe et le retira par morceaux en ayant soin de protéger les parties avec du coton. Le plus difficile fut d’extraire le culot du gobelet très irritant; on y parvint, non sans peine, en le faisant basculer. Hémorrhagie considérable, qui finit par être arrêtée par du sulfate de cuivre et de l'alun. Cet homme finit par guérir 14 jours après. » ( American . J. of. med. science. 1849, p. 409, 20e série, t. XVII.)
Des opérations nécessaires pour favoriser V extraction. — Si l’extraction par tous ces procédés était rendue très-difficile par suite de l’étroitesse, de la contraction anormale du sphincter ou de son gonflement, il ne faudra pas craindre d’inciser longitudinalement en arrière la paroi du rectum. Ce conseil est déjà donné par Boyer, Jobert, et a été il y a longtemps mis en pratique par Richerand et Raffy.
Observation de Raffy. — Corps étranger fourchu introduit dans le rectum et retiré au 18e jour ; guérison. (Gaz. hebd. 1860, p. 509.) — « Le malade dont il s’agit présentait depuis 12 jours environ une hémorrhagie anale intermittente. A l’en croire, ces pertes seraient survenues à la suite d’un effort précédent. Quand M. Raffy le vit, le 26 septembre 1858, l'hémorrhagie continuait très abondante, le malade était dans un état d’anémie extrême et éprouvait les plus violentes douleurs à l’anus et dans le rectum. Il niait résolùment avoir avalé où introduit dans le rectum un corps étranger. Le sphincter anal était fortement contracté; toutefois le doigt put pénétrer dans le rectum et y rencontra un corps dur et allongé. La contraction du sphincter faisait échouer toutes les tentatives d'extraction.
« Raffy fendit alors le sphincter par un coup de bistouri, et le doigt put pénétrer dans le rectum. On trouva un corps dur, allongé, a surface dépolie, qui paraissait implanté dans un des replis du rectum. Ce ne fut pas sans efforts qu’à l'aide de deux doigts on amena au dehors une tige ligneuse de la grosseur du petit doigt, qu'il fut impossible d’amener à plus d’un centimètre en dehors de l’anus. Cette extrémité étant fixée par un aide, M. Raffy suivit la tige avec l’indicateur et arriva à la rencontre d'une nouvelle tige qui paraissait articulée avec la première à angle aigu. Il fallut beaucoup de peine pour la dégager et l’amener dans l’axe du rectum. Rapprochant alors les deux branches, on retira une véritable fourche en bois parfaitement intacte. Les deux branches, de la grosseur du petit doigt, mesuraient un écartement de 7 centimètres et une longueur pour 1 une de 8 centimètres et pour l’autre de 7.
« L’extraction de ce corps fut suivie de l’écoulement d’une abondante quantité de sang, mais qui n eut point de durée. Le malade finit par se rétablir après une convalescence assez longue. »
Ce débridement assure une large voie sans grands dangers. Cependant il ne sullit pas dans un cas de Stuttgaad, de Copenhague, et il
dut taire la gastro-entérotomie1. Il laudrait, avant de se résoudre à cette extrémité, suivre le précepte posé par Verneuil et faire la résection d’une ou deux pièces du coccyx, ou bien imiter la conduite de Turgis et sectionner avec l’écraseur un pont charnu allant de l’anus aux parties latérales du coccyx. Ce chirurgien put ainsi extraire facilement une tasse
à café 2.
2° Corps etrangers volumineux et non fragiles. — Les caractères particuliers qu’ils présentent tiennent d’une part à l’étroitesse relative du sphincter, qui, revenu sur lui-même, s’oppose au passage de corps aussi volumineux. Donc tous ces procédés ont pour but de dilater suffisamment l’orifice anal et même au besoin de le fendre en arrière, et en outre de faciliter la préhension du corps étranger.
A. Extraction avec les pinces et le forceps après dilatation. — On se sert en pareil cas de fortes pinces, de tenettes à lithotomie dont les cuillers sont susceptibles de saisir des corps volumineux. Des tenettes articulées comme le davier de Farabeuf permettraient de graduer l’écartement des cuillers suivant les cas. Voici comment on procède : dans un premier temps, ou dilate l’anus à l’aide des doigts, du dilatateur ou d’une incision au besoin; dans un second, on conduit les pinces sur le doigt indicateur gauche jusque sur le corps étranger que l’on retire doucement en lui imprimant des mouvements de latéralité et de circumduetion pour le faire cheminer sans danger pour les parties.
Observation de Gillette. — « Un individu s'était introduit un morceau de manche de pelle à enfourner le pain, de 22 centimètres de long sur 4 de large. Son extrémité inférieure était remontée dans le rectum jusqu’à N ou 10 centimètres. La palpation de la fosse iliaque gauche permettait de le sentir. Il n’y avait pas d’accidents abdominaux, mais des troubles urinaires très marqués. Ce corps étranger fut retiré à l’aide de tenettes; l’extraction fut suivie d’un liquide fétide. Guérison. » [Soc. de chirurgie, 1877.)
C’esl en pareil cas que le forceps pourra rendre des services, parce qu’on n’aura pas à redouter les blessures provenant des éclats. Tous les corps étrangers ne peuvent être extraits de cette façon, soit parce qu’ils sont trop adhérents, soit parce qu’ils sont trop volumineux; mais c’est, je crois, la seule ressource quand il s’agit de pierres volumineuses et rondes qu’on ne peut fragmenter ou perforer. Enfin, il faut mentionner l’emploi de la main qui peut mobiliser le corps et l’amener assez près de l’anus pour qu’on puisse le saisir. C’est à ce moyen qu’on dut avoir
\ . Société de chir. de Paris, 1878.