‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 101 sur 304 · Ibid · texte numérisé non relu

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recours, dans un cas rapporté par Duval, pour extraire un pilon de buis de *25 centimètres de longueur. Il fut, non sans grandes difficultés, retiré du rectum avec une main, pendant que de l’autre on pressait sur l’extrémité saillante à la paroi abdominale pour la ramener dans l’axe du détroit.

B. Emploi des crochets. — Tout crochet suffisamment résistant pourra servir à l’extraction. Ces instruments agissent a tergo , en poussant le corps étranger de haut en bas; mais ils nécessitent l’introduction au-dessus de l’organe, qui ne s’effectue pas toujours sans danger.

C. Emploi de la vrille ou du tire-fond. — Si le corps étranger solidement fixé résiste aux tractions, ou qu’il soit impossible de le saisir, on se trouvera bien alors, quand sa nature le permet, de l’emploi de la vrille ou du tire-fond que Ton introduit jusque sur lui en le glissant le long du doigt indicateur gauche. Le tire-fond à canule, qui protège les parties voisines, remplacerait avantageusement la vrille; en tous cas, il faut presser médiocrement, procéder avec lenteur et ne pas dépasser quelques centimètres. Quand le corps étranger est solidement fixé, on se sert de la tige du tire-fond pour exercer des tractions. Saucerotte a rapporté un curieux exemple dans lequel ce procédé réussit très-bien.

Observation. — « Un homme s’introduisit profondément dans le rectum une cheville de bois longue de 5 pouces et de 2 pouces de diamètre. La colique, la tension du ventre, la fièvre, la constipation, la difficulté d'uriner survinrent et durèrent six jours. L impossibilité d extraire avec des pinces et des tenetles suggéra l’idée de se servir d’une Mille qui, introduite à laide du doigt dans le rectum, fut implantée dans la cheville assez profondément pour ramener au dehors le morceau de bois, ce qui ne put s’exécuter toutefois sans causer de vives douleurs. » (Sancerotte, Mélanges de chirurgie p. 448.) J 1

Observation. — Poivrière dans le rectum. (Soc. mcd. de la Suisse romande, 1878.) — >( Un individu âgé de quarante ans s’était introduit une poivrière en bois de 6 centimètres de long sur 5 de large à sa base et 3 \ à son sommet dirigé en haut. En moins de vingt-quatre heures les accidents furent si intenses, malgré une habitude qui remontait à vingt-cinq ans, qu’il fut obligé de demander du secours. Toutes tentatives

extraction au moyen de pinces, cuillers courbées, furent inutiles. On se servit d’un perçoir en ayant soin, avec un doigt, d’immobiliser le corps étranger, et on put amener au dehors la poivrière, qui fut rejetée avec force et détonation. »

B. Fragmentation. — Si les moyens précédents ne réussissaient pas, il serait avantageux de fragmenter le corps étranger, quand on le pourra,’ au moyen des cisailles de Liston; mais ce procédé est fort rarement applicable si le corps est volumineux. Dans les cas extrêmes, il faudrait débrider largement l’anus en arrière, se faire une large voie et introduire un crochet derrière le corps étranger

II. Iles corps etrangers régnlierse» pointus. -Deux Cas SC présentent :

ou bien le corps étranger a perforé la paroi rectale, ou bien il n a encore produit aucune lésion. C’est le doigt et les symptômes lonctionnels qui fournissent les meilleurs renseignements à cet égard. La conduite à tenir différant dans les deux cas, je vais successivement passer en revue les procédés à suivre.

A. Le corps étranger pointu a perforé les parois du rectum. Celte perforation présente des variétés très nombreuses, qui peuvent se rappoiter à deux types principaux, suivant que la perforation est simple ou double. Elle est simple quand une seule des extrémités du corps étrangei est enfoncée à travers les parois, tandis qu’elle est double quand les deux extrémités du corps pointu situé obliquement ou transversalement ont embroché de part en part les tuniques de l’organe.

1° Perforation unique. — Dans le premier cas, quatre procédés

sont à la disposition du chirurgien.

1er Procédé. Le corps étranger étant saisi avec une pince, on achève la perforation commencée, de manière à venir taire saillir la pointe a travers la peau du creux ischio-rectal ou de la marge de 1 anus. Si 1 extrémité avait de la difficulté à perforer la peau, on devrait aider sa sortie, au moyen d’une petite boutonnière pratiquée sur la saillie du corps étranger fixé par un aide. Ce procédé, assez simple, ne doit être utilisé que quand l’extrémité est pointue, quand la direction est presque verticale, pour éviter d’aller traverser les tissus voisins à une trop grande distance de l’orifice anal, ce qui pourrait engendrer des accidents inflammatoires plus graves. Itotlimund (Deulsch Klinik, 1859, n 15) a îappoité un cas d’extraction par ce procédé.

Observation. — « Un individu avait avale un cylindre de fer de !25 centimètres qui mit 19 jours pour arriver au rectum sans accidents sérieux. Parvenu en ce point, il détermina du ténesme et de la douleur. Le doigt introduit rencontra à 5 centimètres le morceau de fer qui avait perforé la paroi du rectum. Avec une forte pince on attira encore davantage en bas, de manière à en faire saillir l'extremite sous la peau, ne incision faite sur ce point situé à un pouce en dehors de 1 anus, permit de extraire facilement. La fistule guérit promptement. »

2e Procédé. Dégagement de bas en haut de l’extrémité inférieure perforante, et extraction simple. — Par cette seule indication, on comprend tout le parti qu’il sera possible de tirer de ce procédé ingénieux. II se pratique à l’aide du doigt et d’une pince conduite sur lui dans le rectum. Dans le premier temps, le chirurgien saisit le corps étranger avec ses pinces et le dégage de la perforation en le repoussant en haut, il arrête ce mouvement quand il sent libre l’extrémité inférieure de

l’objet. Dans un second temps, on retire de haut en bas avec les pinces le corps étranger appliqué sur le doigt. Les exemples de réussite par ce moyen sont nombreux et se rapportent principalement à des aiguilles, des épingles ordinaires. Reynold, de Philadelphie, l’a mis en pratique pour extraire une épingle à cheveux qui avait perforé la cloison rectovaginale ; il repoussa la portion vaginale de l’épingle et la saisit avec des pinces dans le rectum.

Observation. — « Une femme s’introduisit dans le rectum un gros clou dit vis 'a couchette, de 18 centimètres de longueur. — Un premier abcès se forma à la fesse, qu’on ouvrit, et une pointe de fer se fit jour par l’orifice. Ce corps étranger était dans le rectum depuis 8 mois : il avait percé le rectum à 10 ou 12 centimètres de l’anus. — On relira le clou avec un lacet nœud coulant passé autour de la tête de la vis, avec un léger débridement supérieur et inférieur, et on tira sur le conducteur. »

Introduction d'un second clou. — Récidive. — « Elle revient à l’hôpital. On trouve à 12 centimètres en arrière et en dehors de l’anus et à 5 centimètres au delà du sillon inter-fessier l'orifice d’un trajet fistuleux donnant issue à une pointe de fer faisant saillie de 3 centimètres à côté de l’ancienne cicatrice On pouvait, par la pression, la repousser un peu. M. Vast dégagea la tète comme elle s’était engagée. En l’élevant dans le rectum, on fit sortir de la fistule l’extrémité inférieure saisie avec des pinces sur le doigt. On poussa en haut la tête avec une longue pince à polypes, puis on retira par l’anus. » (Mougin, Union médicale, 1871, 9 déc.)

5‘’ Procédé. Section du corps étranger avant l’extraction. — Les procédés précédents supposent que le corps étranger peut se mouvoir librement dans le rectum, ce qui arrive quand il n’est pas trop long ; dès qu’il atteint 8 ou 10 centimètres, il faut éviter de le repousser en haut, parce qu’on court le risque de perforer les parois dans une région éminemment dangereuse. Dans ces cas, assez rares d’ailleurs, il sera bon de sectionner le corps, et de retirer isolément les deux portions par les méthodes précédentes. Cette section se fait avec une cisaille de Liston, une pince incisive introduite sur le doigt et dont le maniement confié au doigt indicateur gauche ne présente aucune difficulté. Avant la section, il faudra prendre la précaution de fixer les deux portions du

corps étranger, de chaque côté du point à sectionner, avec des pinces à point d’arrêt.

2° Le corps étranger pointu a fait une double perforation. — Ce cas se présente assez fréquemment pour des corps étrangers petits, comme des aiguilles, des fragments d’os, de côte de lapin, etc., qui viennent s’implanter latéralement de chaque côté du rectum, au-dessus du sphinctei. En pareil cas, on peut: 1° sectionner la portion intermédiaire et retirer simplement les deux portions qui en résultent ; 2° dégager une des extrémités en enfonçant davantage celle du côté opposé :

évidemment elle est plus expéditive, parce qu’on peut de suite extraire le corps irritant; mais elle est un peu plus dangereuse que la simple section. Tantôt ia première manière de faire sera plus commode et s’imposera, comme dans les cas de côtes placées en travers ; tantôt le chirurgien préférera la seconde quand il s’agira d’une épingle, d'une aiguille, dont les lésions sont peu redoutables.

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silence cette variété qui paraît simple à première vue, si l’examen des faits ne montrait pas qu’il faut, plus que dans les cas simples, user de grandes précautions pour mobiliser l’objet quand il est très-long, et pour éviter des perforations imminentes. Si le corps pointu n’est pas très long, on en saisit l’extrémité inférieure avec de fortes pinces à cuillers plates, et on glisse sur lui un gorgeret d’ébène ou une curette de tireballe, de manière à en - coiffer l’extrémité supérieure. Dès lors, les

manœuvres souvent nécessaires pour mobiliser le corps deviennent inolfensives, et l’extraction est plus facile. On n’a pas besoin de prendre cette précaution quand le corps étranger est vertical et mobile. Ce n'est (pie dans les cas inverses qu’elle trouve son emploi. Toutes les lois ([u’on éprouve une trop grande difficulté, il convient de sariêtei et de sectionner l’objet.

Scarpa, dans un cas de corps étranger très long, comme on en observe quelquefois, a suivi un procédé très-rationnel, qui lui a permis de surmonter les obstacles qu’opposent le redressement de 1 S iliaque et la déviation de l’organe par le corps étranger. Sa conduite devra être imitée dans des cas analogues.

Observation. — « I n homme s’elait introduit un bâtonnet dans 1 anus. Le eoips remonta et vint faire saillie par une de ses extrémités a la paroi abdominale. Scarpa pensa qu’il devait être placé obliquement, de telle sorte, que son extrémité supérieure poussait en dehors la paroi abdominale vers la région iliaque gauche, tandis que par l’inférieure il faisait saillie dans le rectum, le refoulait vers le côté droit du bassin. Ayant fait placer le malade comme pour la taille, il introduisit sur 1 indicateur gauche dans le rectum une canule de gomme élastique grosse comme le doigt annulaire, dépoiu — vue de mandrin métallique, alin qu elle fût flexible dans toutes ses directions, demanièie à s’insinuer dans les tortuosités et à déprimer le vicieux repli angulaire de 1 intestin. Il poussa ensuite dans la canule un mandrin métallique recourbé à son extrémité, ce qui donna à la canule la fermeté nécessaire. Alors, la paume de la main droite appuyée sui la région iliaque gauche, il commença à pousser doucement l’extrémité supérieure du bâtonnet de gauche à droite et un peu en haut vers 1 ombilic, pendant qu avec la main gauche, saisissant la grosse et ferme canule et la dirigeant en sens contraire, c est-à-dire de droite à gauche, il s’efforçait d’effacer le repli angulaire. Peu à peu, le bâtonnet descendait et on put le retirer avec une pince en bec de grue. »

ili. lvvtraetion (le <|tiel<|iics corps ci rangers irréguliers. — Les rè-

j^les qui précèdent ne sauraient s’appliquer à quelques exceptions bizarres, dans lesquelles les corps étrangers les plus irréguliers se rencontrent dans le rectum. A vrai dire, il n’y a pas de procédés didactiques qui permettent d agir; mais les exemples de 1 ingéniosité des chirurgiens laciJiteront la tâche à ceux que le hasard appellera à traiter ces cas.

Quand un corps étranger est irrégulier et présente de nombreuses aspérités qui en empêchent l’extraction, il faut chercher les moyens de préserver le rectum contre leur action irritante. C’est à ce propos qu’il faut citer le cas devenu légendaire de la queue de porc que Marchettis retira du rectum d’une femme.

Observation. — Queue de porc retirée du rectum d'une femme. * Des étudiants avaient projeté de jouer quelque mauvais tour à une fille publique : ils s’avisèrent de lui mettre dans l'anus une queue de cochon qui était gelée. Ils en coupèrent les poils un peu courts afin qu’ils fussent plus piquants et plus raides. Ils la trempèrent dans l’huile et l’introduisirent avec force dans le fondement de cette fille, à la réserve de la longueur de trois doigts qui resta à l’extérieur de l’anus. On fit diverses tentatives pour l’ôter ; mais, comme elle ne pouvait être retirée qu’à contre-poil les soies entraient clans les membranes du rectum et causaient à cette femme des douleurs inexprimables. Pour les apaiser, on fit prendre à la malade divers remèdes huileux parla bouche et I on lâcha de dilater 1 anus avec un spéculum, assez pour retirer celte queue sans violence, mais on ne put y réussir. 11 survint des accidents énormes, un vomissement violent, une constipation opiniâtre, une fièvre très ardente et des douleurs très vives dans l’abdomen. Le sixième jour, on eut recours à Marchettis. Ce praticien instru.t de tout ce qu’on avait fait, inventa un procédé fort simple et ingénieux : il’prit un roseau creux, long d environ deux pieds; il le prépara par une de ses extrémités de manière qu’il put l'introduire facilement dans l’anus, et enfermer entièrement la queue de cochon dans ce roseau pour la retirer ensuite sans douleur. Dans ce dessein .1 attacha à cette queue par le bout qui était hors du fondement un gros fil ciré et lé passa dans le roseau ; .1 poussa d’une main cette espèce de canule dans le rectum et il retenait de l autre le fit, pour ne pas refouler la queue. Il parvint à enfermer complètement la queue et délivra promptement la malade. - Issue de matières stercoralcs retenues pendant six jours par le corps étranger. (Hévin, p. 359.)

Sans doute, les occasions se rencontreront rarement, dans lesquelles le chirurgien aura à traiter des cas aussi singuliers; mais il pourra se souvenir utilement de ces faits exceptionnels et modifier leur exécution d’après les inspirations du moment. Le fait suivant s’observera quelquefois, parce que l’objet introduit, une fourchette, est d’un usa^e vulgaire, et qu’il devient quelquefois un instrument de suicide. On devra imiter la conduite qui a été suivie à celte occasion :

Oher^tbM. rechm. - . Un ,'eune homme ai.nl des projets de suicide, s mlrodms.t une fourchette dans le .velu wZce d"

douleurs lorsqu d veut se livrer à l'acte de défécation, l'oblige bientôt à réclamer des

secours et il vient à l’IIôtd-Dieu. L’indicateur passé dans le rectum sent, à deux pouces, les dents de l insl ruinent; il est facile de les saisir, mais la plus légère traction les fait pénétrer dans les parois de l’intestin et l’expulsion est impossible, line seule chose restait à faire, c’était de comprimer les dents de la fourchette et de les réunir comme en une seule tige L’operation est t- tilee à l’aide de tenelles : elle réussit, et le corps étranger est facilement amené au dehors. (Gaz. méd ., 4X35.)

Si semblable occurrence se présentait, je pense qu’il serait préférable d’essayer le procédé de Marchettis, de saisir le corps étranger avec une pince à verrou, et d’enfiler le tout dans un spéculum cylindrique, au besoin dans un verre de lampe. La difficulté ne fut pas aussi grande dans un cas analogue qui est relaté dans un journal allemand.

Observation. — Une veuve de 28 ans prétendait avoir avalé, G mois auparavant, une fourchette dans une bouchée de choucroute, à la suite de méchants coi seils de son mari qui mourut peu après. Trois dents de ce:te fourchette faisaient saillie par le rectum. 11 suffit de dégager la 4e par une petite incision, et l’on put retirer la fourchette à laquelle il ne se trouvait qu'un petit reste de manche. Le tout avait 5 centimètres. (J . fur chir. Geburlskulfe von Loder, 1802.)

Quand le corps étranger a la forme d’un crochet introduit la poinle de la fourche en haut, l’extraction ordinaire est impossible. Un pareil accident a été observé plusieurs fois, et les chirurgiens ont tranché la difficulté de façons différentes. Les uns ont sectionné l’une des branches de la fourche au moyen de pinces incisives, de cisailles de Liston. Velpeau 1 conseille à cet effet de se servir d’une scie étroite comme la scie à main de Larrey, protégée par un gorgeret et par l’indicateur. D’autres, pour empêcher 1 accrochement de la muqueuse par l’une des pointes de la fourche, ont porté sur l’une d elles la supérieure en général, un corps mousse, comme un gorgeret ou une paire de tenettes, pendant qu’on retirait directement l’autre portion. Enfin Thiaudière réussit à extraire un crochet de bois au moyen de la main, qui permit d’isoler le crochet du rectum et de ramener le corps étranger. Il s’agissait de retirer une large fourche de bois longue de cinq pouces qu’un jeune garçon s était introduite pour remédier à une constipation opiniâtre. Pour pratiquer I opération, ce chirurgien avait placé son malade debout, les mains appuyées sur une chaise, les jambes écartées et les fesses un peu relevées. Les doigts lurent introduits successivement. Cet homme avait ce corps étranger dans le rectum depuis vingt-cinq jours 2 !

A côté de ces extractions ingénieuses, on peut jdacer l’emploi de 1 é-

\. Med. o per., t. IV.

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