CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — HISTORIQUE, — DIVISION
L’extrême gravité des accidents produits par la présence des corps étrangers dans les voies respiratoires, l’appareil symptomatique effrayant qui accompagne leur introduction, devaient de bonne heure attirer sur cette question l’attention des médecins.
lre période. Déjà Hippocrate avait imaginé le cathétérisme du larynx pour remédier à la suffocation; mais l’idée première de l’ouverture directe de l’arbre aérien appartient à un médecin romain du nom d’Asclépiade, qui n’eut jamais l’occasion de la mettre en pratique, et s’attira pendant longtemps les railleries de ses contemporains et de ses successeurs. On opposait à cette conception l’impossibilité de la guérison des cartilages sectionnés, c’est pour cette raison, et pour éviter cet inconvénient imaginaire, qu’Antylus, Oribase, Aétius, Paul d’Égine, proposèrent successivement une section transversale entre deux anneaux de la trachée. Les Arabistes, héritiers des traditions médicales anciennes, n’osèrent pas pratiquer, par un excès de timidité malheureux, la bronchotomie, qu’ils connaissaient; seul Avenzoar lit 1 opération sur une chèvre. 11 faudra encore attendre longtemps, jusqu’au commencement du seizième siècle, avant de voir les chirurgiens pratiquer la bronchotomie, qu’A. Paré passe sous silence.
A Louis revient le mérite d’avoir, dans les mémoires de l’Académie de chirurgie, revendique à juste titre pour llubicot i honneur de 1 application de l ouverture des voies aeriennes pour remédier aux aeenients provoques par la présence des corps etrangers. Lu eliet, ie petit opuscule d li.djieot est de plus de vingt ans antérieur à celui de t redérie Monaviusj qui ne parut qu en 1844. Mais la conduite d’Hohicot ne lut
encore qu’un acheminement vers l’emploi rationnel de la bronchotomie dans les cas de corps étrangers du larynx ou de la trachée : car il ne lit l’opération avec succès que pour parer aux accidents de suffocation que déterminait un corps arrêté dans l’œsophage.
Vers cette époque un chirurgien dont Verduc fait mention aurait réussi à enlever un petit os de la trachée, en incisant entre deux de ses arceaux. Jusque-là personne n’a encore osé mettre en doute les idées anciennes sur l’impossibilité de la réunion des cartilages, et c’est le fait qui domine toute cette première période de l’histoire des corps étrangers des voies aériennes jusqu’à Juncker et Heïster.
2° période. Pour la première fois, Juncker et Heïster proposèrent l’incision verticale d’un ou plusieurs anneaux de la trachée pour extraire les corps étrangers, et ce dernier auteur réussit à retirer lin fragment de champignon et une fève. A partir de cette époque l’opération bien décrite bien réglée, comprenant un certain nombre de procédés divers suivant qu’on faisait l’incision directement ou à l’aide d’un trocart, passe dans la pratique, et la sanction accordée par l’ancienne Académie de chirurgie à la suite des célèbres mémoires de Louis, l’accrédite complètement.
C’est à cet auteur que j’ai emprunté tous les détails qui précèdent sur l’histoire de la bronchotomie, ainsi qu’on appelait à tort, à cette époque, toute ouverture de la trachée-artère. Pendant toute cette période qui comprend le dix-huitième siècle et le dix-neuvième jusqu’en 1820, les faits s’accumulent et on trouve déjà dans les auteurs des notions beaucoup plus précises sur les symptômes des corps étrangers des voies aériennes, sur la nécessité de leur opposer un remède aussi énergique que rapide. A côté des mémoires originaux et classiques de Hévin et de Louis, se placent ceux de Desault, de Pelletan, etc.; ces deux auteurs iont faire un progrès à la thérapeutique chirurgicale, le premier en préconisant et le second en pratiquant la laryngotomie thyroïdienne (1788). A la même époque, Vick d’Azyr conseille l’incision de la membrane crico-thvroïdienne, qui sera reprise plus tard par Krishaber.
o' période. Grâce aux travaux de Bretonneau et Trousseau, la trachéotomie devient une opération beaucoup mi< ux réglée et d’un emploi
général.
D un autre côté, l’étude de la pathologie des voies aériennes, grâce à la découverte de l’auscultation et de la percussion par Laënnec devient plus pailaite; Dupuytien attire I attention sur de nouveaux signes diagnostiques , et la thérapeutique est d’autant plus eflicace qu’elle
marche sûrement. A cette époque Royer imagine la laryngo-trachéotomie, Vidal et Malgaigne la laryngotomie sous hyoïdienne. Mais ces dernières opérations marchent bien loin derrière la trachéotomie, qui donne bientôt des résultats inespérés. Depuis cinquante ans un nombre de trachéotomies très considérable a été pratiqué pour extraire les corps étrangers, et jusqu’à ces dernières années on n’avait en rien modifié les procédés opératoires, quand 1 apparition de la galvanocaustie et du cautère Paquelm donna à quelques chirurgiens contemporains l’idée de s’en servir pour traverser les téguments et la trachée. Parmi eux, je citerai Ycrneuil, de Saint-Germain, Krishaber. En même temps, les procédés de diagnostic deviennent plus précis, et l'introduction du laryngoscope dans la pratique permet d’examiner les orifices et les cavités du larynx jusque-là inaccessibles. En résumé, les moyens thérapeutiques efficaces existaient depuis longtemps; c’est de nos jours seulement que les progrès scientifiques ont permis de régler leur emploi. Il a fallu la découverte immortelle de Laënnec pour qu’on puisse déterminer les signes des corps étrangers des bronches. Dupuytren a beaucoup contribué à l’histoire de ceux de la trachée, et c’est le laryngoscope qui, dans les cas douteux, a révélé le siège précis de quelques-uns de ces corps avalés. Sans doute, aucun de ce^ procédés n’est parfait ; mais l’étude plus approfondie de l’étiologie et des symptômes des corps étrangers des voies aériennes contribuera à leur perfectionnement, et depuis vingt ans d’importants travaux ont fait de cette question une des plus intéressantes et des mieux connues de la pathologie. Parmi les plus importants je citerai la thèse d’Aronssohn (Strasbourg, 1850), le mémoire de Gross, de Philadelphie, l’ouvrage de Durham, le mémoire de Berlholle (1865), et l’article de Guyon dans le Dictionnaire encyclopédique (art. Larynx).
Tous ont. apporté d’utiles documents et sur les milliers d observations que possède aujourd’hui la science, il est possible de baser une etucle complète des corps étrangers des voies aériennes.
Division. — A proprement parler, toute substance solide, liquide ou gazeuse en dehors de l’air atmosphérique rentre dans la classe des corps étrangers de-> voies respiratoires. Ainsi compris, le sujet est extrêmement vaste; il embrasse tous les gaz respirables ou irrespirables qui n’entrent pas dans la composition de l’air, toutes les vapeurs autres que celle de Peau, et toutes les poussières qu’une infinité de circonstances diverses peuvent introduire avec Pair jusqu’au tond des alvéoles pulmonaires. Avec le plus grand nombre des auteurs, je laisserai de côté dans cette étude, l’introduction des corps étrangers gazeux et celle des
pneumokonioses produites par l’accumulation de poussières minérales ou végétales. Tout au plus eu sera-t-il question incidemment toutes les lois que t histoire pathologique de ces affections pourra servir à celle des corps plus volumineux, auxquels on a l’habitude de réserver le nom de corps étrangers des voies aériennes.
Les corps étrangers des voies respiratoires se divisent donc naturellement en liquides et solides : l’histoire des premiers est beau» oup moins intéressante et moins importante que celle des seconds, parce qu’elle ne donne pas lieu à des considérations thérapeutiques aussi efficaces et aussi précises. Les développements que je donnerai à ces deux parties seront donc très inégaux.