‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 104 sur 304 · CHAPITRE if · texte numérisé non relu

CHAPITRE if

DES CORPS ÉTRANGERS LIQUIDES

Rature des corps étrangers liquides. Un grand nombre de substances liquides peuvent jouer le rôle de corps étrangers dans les voies aériennes, les unes viennent du dehors et eu general entrent dans l'arhre respiratoire au moment de leur introduction ou de leur issue, les autres existent normalement dans l’économie comme le sang, ou sont le résultat d’un travail pathologique préalable.

Par ordre de fréquence, on range ces diverses substances de la façon suivante : les boissons, et surtout Peau, les liquides médicamenteux, le pus, le sang, la matière tuberculeuse ramollie. Quelquefois les liquides ont une composition un peu plus complexe; c'est ce qui arrive pour les matières provenant de vomissements, et qui ont dans quelques cas déterminé de graves accidents.

Ions ces liquides dilfèrent beaucoup, par leur origine, par leur consistance, leurs propriétés physiques et chimiques; tandis que les uns, comme l’eau, ne sont pas très irritants et sont as.-ez bien tolérés par la muqueuse qui tapisse l’arbre aérien, d’autres, comme la teinture d’iode, alcool camphre, etc., joignent aux propriétés nocives communes à tous

C,qlïdeS U'"r acll°" imla"10 sl’étilll«'. dont il faut tenir grand compte. Les boissons sont fort variai, les. connue on le comprend aisément;

mais i est rare .pic le liquide qui en provient y pénètre en grande

quantité. Ces substances sont ordinairement très lluides, et ce peu de

consistance caractérise tous les corps étrangers venus du dehors. Au contraire, les liquides organiques qui font irruption dans la trachée, sang, pus, etc., sont beaucoup moins fluides, et celte notion n’est pas indifférente au point de vue des accidents qu’ils déterminent. A l’inverse des liquides provenant des boissons, il n’est pas rare de les trouver eu assez grande quantité, quelquefois plus d’un litre. De même, les uns sont froids, tandis que ces derniers sont à la température du corps ; ceux-ci sont inaltérables, tandis que ceux-là, le sang par exemple, sont coagulables, spontanément ou sous l’influence de Pair. Toutes ces petites distinctions permettent de comprendre la différence d’action des corps étrangers liquides. sur le système respiratoire; mais ce ne sont là que quelques-unes des données du problème dont la solution varie dans chaque cas particulier, comme on le verra bientôt-.

Corps étrangers liquides d'origine physiologique. — Quand on passe en revue les causes si variées qui favorisent l’introduction des corps étrangers liquides dans les voies aériennes, on est immédiatement frapppé de leur infinie diversité, au milieu de laquelle il est difficile de se reconnaître au premier abord.

Ici c’est une personne qui avale de travers, là une hémoptysie, ailleurs une injection dans une plaie de poitrine, etc. Le seul moyen de mettre un peu d’ordre dans cette suite indéfinie, est déranger tous les faits dans deux grandes classes :

1° Introduction par suite d’une cause physiologique;

2° introduction par l’effet d'une cause pathologique.

Tous les cas qui appartiennent à la première classe ont une voie d’introduction commune, la glotte; mais 1 inverse n’est pas vrai, et bon nombre de faits d’introduction de liquides dans la trachée ont pour origine une altération pathologique de cette partie. Pour bien comprendre le mécanisme d’après lequel des liquides de 1 estomac passent dans le larynx, d faut se rappeler quelques points de la physiologie normale de leur déglutition. Avant d’avaler une gorgée, par l'effet d’un mécanisme inconscient et instinctif, nous séparons la portion qui va être avalée de celle qui ne l est pas encore; en un mot, le fractionnement de la masse liquide est une condition indispensable de la déglutition. Au moment où le liquide s’écoule en arrière de la langue, le mouvement fie déglutition a pour effet de faire monter tout le larynx au-dessous de la base de la langue, et de fermer l’ouverture glottique au moyen de l’épiglotte qui devient alors un plan incliné sur lequel s’effectue le glissement. Tout ne passe pas sur la ligne médiane; une partie s’écoule sur

les parties latérales avant de tomber clans le pharynx et r oesophage. -Insqu’ici il est cl it'lieile de comprendre l’introduction du liquide dans les voies aériennes, et il semble que cette protection si ellicace ne doit jamais se trouver en défaut. 11 n’en est cependant rien, et cela est du a la nécessité de respirer pendant l’ingestion des aliments.

Naturellement, l’homme lait, un certain nombre de déglutitions sans respirer; mais bientôt la nécessité impérieuse trouble les deux actes physiologiques, qui ne peuvent pas avoir lieu en même temps. De ce détail fc d’équilibre naissent des conditions diverses qui aboutissent à 1 introduction du liquide dans le larynx. Ainsi, toutes les lois qu en buvant on ne fractionne pas suffisamment la masse liquide, il y aura des chances pour qu’on avale de travers, et c|ii une petite quantité pénètre dans la trachée. Les petits enfants qui prennent le biberon avec trop d’avidité sont presque toujours sujets à cet accident, et quiconque a observé quelque peu aura pu se convaincre de la précision de ce fait. Chez l’homme adulte, la déviation de la boisson est un peu plus rare à l’état physiologique par l’effet de cette cause. Cependant dans quelques circonstances elle se produit comme chez l’enfant.

Toutes les fois qu’au mode de préhension ordinaire des liquides ou en substitue un autre, qui consiste à faire tomber la boisson directement au fond de la gorge, la déviation devient plus fréquente, parce que les conditions ordinaires de la déglutition sont changées. Le fractionnement ne se fait plus de la même façon chez l’homme qui boit dans un vase, et celui qui boit « à la régalade ». Tandis que le premier mode de préhension est naturel, ce dernier, purement artificiel, exige une certaine habitude pour ne pas provoquer immédiatement l’introduction dans la glotte; l’effet de cette habitude est précisément d’apprendre h fractionner le liquide et à ne pas lui permettre de pénétrer subitement et en masse dans le pharynx.

Quelle que soit la cause, l’effet produit est le suivant : une masse liquide plus grande arrive dans le pharynx et ne trouve pas un passage suffisant; elle regorge, soulève l’épiglotte et provoque immédiatement la suffocation par sa chute dans le larynx. Celte cause est bien évidente dans le lait suivant, et elle est jointe à l’inspiration provoquée par la surprise.

Observation. — Un enfant mâchait du charbon : la mère le surprit et lui lit violemment avaler de l’eau. Une partie du liquide tombe dans la trachée et détermine rapidement la mort. [Monlecjijia Ins. Chirurg.)

A côté de ces perturbations physiologiques de l’acte de la déglutition * placent quelques autres, d origine réflexe quelquefois volontaires,

TRAITÉ l>ES CORPS ÉTRANGERS EN CHIRURGIE. '

le plus souvent inconscients et qui jouent un rôle très important. dans 1 înli odiu lion des liijunles. Ce sont : 1 éteruueinent, la toux, le rire, etc Tous tes phénomènes agissent de la même manière jiour favoriser la pénétration, et cela en raison de leur mode de production spéciale. En effet, la quinte de toux connue I éternuement et le rire ne sont autre chose que des expirations saccadées, convulsives, plus ou moins énergiques.

Celle de l’éternuement est des plus violentes, celle de la toux l’est beaucoup, et le rire, chez certaines personnes, présente ce caractère à un haut degié. Or les insjurations sont indispensables pour que ces actes se produisent et se répètent, et, si un bol liquide se trouve dégluti en ce momem, il pénétrera avec 1 air dans le larynx; car toute inspiration s'accompagne forcément de la descente du larynx, du relèvement de l’épiglotte et de l’ouverture de la glotte ; c’est de ta môme façon qu’un bruit, un cri, la parole peuvent produire le même accident et par le même mécanisme. Seulement la fréquence est beaucoup moindre, parce que le besoin d’inspirer ne s<> manifeste pas alors avec une intensité aussi impérieuse et aussi irrésistible que pour l’éternuement ou la toux.

A ces causes il conviendrait d’en ajouter .une infinité d’autres, telles que la suijnise, la peur, la trop grande chaleur d’un liquide, ses propriétés chimiques, sa saveur, etc. Il faut aussi tenir compte de la position qu’occupe l’individu, suivant qu’il est couché ou debout, car tout le monde sait que la déglutition des liquides est périlleuse et difficile dans le décubitus horizontal.

Corps étrangers liquides d'origine pathologique. — Un grand nombre de maladies du larynx, de la trachée et du poumon, en modifiant les conditions ordinaires de la déglutition, de la rcsjnration, en altérant l’intégrité des parois de l’arbre aérien, prédisjiosent à l’introduction des corps étrangers liquides. Quelle que soit leur origine, on rapporte tous ces faits à deux grandes causes: d’une par} les altérations de la sensibilité geneialc et locale, d autre part toutes les alterations organiques des organes resjiirafoires ou voisins.

1 " Altéra f/ou de la sensibilité générale ou locale. — Toutes les fois que la sensibilité m i veuse diminue dans toutes les parties du svstème respiratoire, les chances d’introduction des liquides augmentent. Ainsi toute paresie ou paralysie qui intéresse l’arrière-gorge el le larynx, qui trouble sensiblement la déglutition et produit une perturbation dans ses mouvements, a pom îesultat la jiénétralion du- liquide. Dans ces cas, le mécanisme n’est jilus le même que précédemment.

Ce n'est plus l'inspiration de l’air ou le reflux d une trop grande quantité de liquide qui interviennent, mais c’est l’absence de 1 incitation nerveuse indispensable pour produire les réflexes et les mouvements de déglutition. Le larynx ne monte pas, et la langue ne s’abaisse pas sur l’épiglotte, de sorte que le liquide pénètre dans le larynx resté entrouvert. Ce genre d’accidents n’est pas très rare dans les paralysies diphtéritique, scarlatineuse, et dans les paralysies complètes ou incomplètes qui tiennent à que que altération centrale. Les autres causes pathologiques agissent encore de mille manières dillérentcs pour arriver au même ellet, et ce sont les plus fréquentes. Je passerai en revue successivement celles qui sont dues à des altérations du larynx et du pharynx, de la trachée et des poumons. Il est facile de comprendre que toute altération organique de l’épiglotte favorise tout particulièrement l’introduction des liquides. Eu effet, l’opercule qui obture le vestibule du larynx venant à faire défaut, les chances de pénétration sont accrues. Ce n’e-t pas à dire que l’introduction des liquides soit alors fatale, mais elle a beaucoup plus de raisons de se produire qu’à l’état normal, et toutes les ulcérations étendues de ce librocarlilage produisent ce résultat. Le même trouble est encore obtenu quand l’épiglotte retenue par d<'S adhérences pathologiques, ne peut remplir ses fonctions, quand elle est gonflée par une inflammation aiguë, détruite par traumatisme ainsi que Larrey 1 et Percy eu ont rapporté des exemples.

Enfin, il faut encore mentionner les abcès voisins de l’épiglotte dont l’ouverture entraîne quelquefois la pénétration cîn pus dans les voies aériennes, \idal de Cassis, entre autres, dit avoir vu un abcès dans les replis ary-épiglottiques qui s’était ouvert dans le larynx et avait suffoqué le malade 2.

Il est nécessaire de noter que les affections organiques du larynx, en dehors de celles qui produisent du pus ou du sang, prédisposent assez peu à la pénétration des liquides. On voit, en effet, des malades porteurs d’ulcérations étendues du larynx, de lésions très graves des cartilages, qui ne sont pas exposés à ce genre d’accidents tant que l’épiglotte est intacte et fonctionne régulièrement.

Les choses ne se passent plus de la même façon quand il s’agit de plaies du larynx, surtout de ces plaies transversales si fréquentes au niveau du cartilage thyroïde. Il est rare qu’elles ne s’accompagnent pas

Page 1