Union médicale , 1868, t. II, p
efforts d’expulsion; la toux et peu à peu tout l’appareil symptomatique décroissent insensiblement, de sorte qu’au bout d’un quart d’heure il ne persiste qu’un peu de gêne ou de fatigue dans la région pharyngienne. Si la cause de la pénétration disparaît et ne se reproduit pas, l’accident n’a aucune gravité et passe le plus souvent inaperçu.
Mais les choses n’évoluent pas toujours aussi simplement, parce que les liquides autres que l’eau ne sont pas tous aussi bien supportés qu’elle. Plus ils sont froids, plus l’irritation qu’ils provoquent est grande et persistante. De même la quantité joue encore un rôle important dans la production des accidents ; en effet, le liquide descend beaucoup plus profondément dans l’arbre aérien que dans le cas précédent où les quelques gouttes déviées de leur destination primitive n’arrivent guère au-dessous du larynx. Mais, quand il entre en notable quantité comme dans le cas mentionné plus haut de Vidal de Cassis, ou dans certaines ulcérations trachéo-œsophagiennes, le liquide introduit brusquement, tombe immédiatement au fond de la trachée et des bronches, y provoque une irritation beaucoup plus forte, quoique peut-être moins soudaine que dans le cas précédent.
11 s’y joint une sensation des plus pénibles qui dure peu, parce qu’elle fait bientôt place à la suffocation, à la dyspnée, à une toux convulsive, trachéale, fort pénible.
Si la quantité du liquide ingéré est un peu considérable, l’air travuse immédiatement dans 1 expiration lorcée la colonne liquide qui s accumu^e ^ans bronches, et l’oreille, même à distance, peut entendre très nettement un gros râle trachéal intermittent, accentué à l’expiration. Tout le monde connaît le râle d’agonie produit par l’accumulation des mucosités dans les bronches, râle sonore ne différant pas de celui qui se produit dans les cas d’ingestion d’une notable quantité de liquide.
Clicz les sujets vigoureux, les efforts d’expulsion très énergiques empêchent de percevoir ce signe; chez les personnes déjà affaiblies par d autres affections, on peut l’entendre très nettement. Je reviendrai bientôt sur les diverses terminaisons; il suffit de dire pour le moment que les accidents peuvent se borner à quelques accès de suffocation
apics lesquels le calme apparaît, ou que leur persistance et leur accroissèment produisent souvent une asphyxie fatale.
D une façon générale les liquides pathologiques provenant du poumon ou d une plaie, comme le sang et le pus, provoquent les mêmes symptômes que eau, mais il y a quelques particularités qui résultent de la
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quantité des liquides pénétrants et aussi de leurs qualités. S’il entre lentement, en petite quantité, comme dans le cas d’ulcérations étroites de vaisseaux ou de bronches, les symptômes se produisent tardivement, quand la quantité est suffisante pour produire de l’irritation, et pendant ce temps ce liquide peut subir quelques modifications; c’est ce qui arrive pour le sang dans les hémoptysies et dans l’apoplexie pulmonaire. Mais il est fort difficile de comprendre pourquoi le sang est un peu coagulé dans quelques cas, pourquoi il ne l’est pas dans d autres.
Les auteurs modernes qui ont écrit sur ce sujet n’ont pas attiré l’attention sur le mécanisme d’après lequel se produisent les hémoptysies. Il est un fait certain c’est que les phtisiques rendent parfois du sang en grande quantité, comme s’ils le vomissaient; tout porte à croire qu’il s’était accumulé dans les bronches malades, jusqu’à ce que l’irritation produite lut sulfisante pour provoquer la toux et 1 expectoration de la masse liquide.
11 y a là un mécanisme tout particulier qui diffère de celui qu’on observe dans le cas de vomique ou d’ouverture d’abcès dans les bronches.
Il semble que chez les phtisiques, la muqueuse bronchique depuis longtemps malade ait perdu son irritabilité habituelle d autant plus que le sang, à la température normale, n’est pas plus irritant que le pus sécrété. Quand un flot de sang, dans le cas de rupture d’anévrysme, un Ilot de pus, dans le cas d’ouverture d’une vaste collection dans les bronches, pénètrent dans les voies aériennes, les symptômes primitifs sont extrêmement graves et très accentués. On voit encore la sulfocation, la toux convulsive, l’agitation du malade, la face vultueuse et la turgescence des veines du cou. Tous les signes de 1 asphyxie sont exprimés par la physionomie, jusqu’au moment où une toux convulsive accompagnée d’une expectoration abondante rejette au dehors une partie du liquide. Les forces sont-elles épuisées depuis longtemps, on n’observe que la première phase asphyxique, de gros râles trachéaux traversent encore la masse liquide qui envahit tout 1 arbre respiratoire et la mort survient presque subitement. Quand les premiers accidents sont calmés, si l’irruption du liquide diminue ou cesse comme dans le cas d’abcès, une amélioration notable se produit après qui lque temps.
L’introduction de liquides médicamenteux dans les bronches par des abcès ou des plaies de poitrine donne lieu aux mêmes phénomènes que p()Ur le larynx. Au début, le malade éprouve une douleur assez vive dans la poitrine qui l’excite à tousser et qui provoque des quintes très persistantes avec suffocation. Quelquefois la mort pourra être la consé-
quence du passage fortuit de ces liquides dans les voies aériennes.
Terminaisons. 1 0 Expulsion spontanée. — C’est la terminaison la plus fréquente, toutes les fois que la quantité du liquide n’est pas considérable, et le peu de gravité qui acompagne la déviation de quelques gouttes d’eau en mangeant est connue de tout le monde. Tant que les symptômes primitifs existent, on peut avoir une légère inquiétude; elle disparait bientôt quand la toux cesse. Les particules liquides, immédiatement rejetées au dehors, sont refoulées en même temps que d’autres parcelles alimentaires dans l’arrière-cavité des losscs nasales, avec une très grande force.
La même terminaison s’observe encore pour les liquides qui tombent en plus grande abondance; mais elle n’est pas constante comme on le verra bientôt.
Tous les liquides pathologiques qui pénètrent dans les bronches et la trachée ont une tendance à être expulsés ; il faut, pour que cette condition soit réalisée, que la force d’expulsion soit suffisante, ce qui n’existe pas dans quelques cas de paralysie générale ou locale.
Sans le point d’appui que la contraction de la glotte donne à l’effort et à la puissance des muscles expirateurs, l’expectoration ne peut être efficace et l’expulsion est insuffisante. C’est dans cet ordre d’idées qu’on doit chercher la raison des différences qui existent entre un malade encore vigoureux qui expulse avec force plusieurs litres provenant d’un abcès du foie ou d’un empyème, et un autre qui, arrivé au dernier degré delà cachexie, n’a pas plus la force de repousser quelques cuillerées de pus provenant de la rupture d’une caverne.
2" Absorption des liquides dans les voies aériennes. — Si une partie des liquides est, expulsée, une autre est certainement absorbée, ainsi qu’il résulte d’expériences fort curieuses faites autrefois par Goodwin (1 788), en Angleterre, sur des chats et plus récemment suides chevaux par Grohier (1816). D’autres expérimentateurs ont depuis vérifié l’exactitude de cette curieuse propriété d’absorption si développée, qu’on peut introduire 60 grammes d’eau dans la trachée d’un chat sans le suffoquer et plusieurs litres chez le cheval. C’est sur ce fait que le professeur luiss, de Strasbourg, avait basé un traitement original du choléra : il pensait qu’on pourrait remédier à l’extrême déperdition des liquides aqueux de l’économie, par l’injection d’eau dans b'achee, en utilisant le pouvoir absorbant de la muqueuse. Mais il ne haut pas s’exagérer l’importance de cette particularité dans la question actuelle. Tous les liquides pathologiques ne peuvent être
absorbés, et avant de l’être, beaucoup provoquent une série d’accidents, dont la soudaine apparition doit quelque peu nuire au pouvoir absorbant. Je ne pense pas qu’on puisse comparer de tous points une injection faite dans la trachée avec l’introduction du même liquide par les bronches ou le larynx. Ce qui le prouve, c’est que Trousseau avait préconisé des instillations médicamenteuses dans la trachée après l’opération de la trachéotomie, et qu’il ne l’eut pas fait si elles n’eussent été bien tolérées. 11 est vrai de dire que ce moyen thérapeutique n’a pas fait fortune, pour d’autres raisons dont je vais parler.
o° Accidents inflammatoires. — On comprend facilement que les liquides irritants, par leurs propriétés, leur température et leur seule présence doivent laisser des traces de leur passage après leur expulsion et on a dans quelques cas noté la production de trachéites, de bronchites, et même de pneumonies provoquées par l’injection d’une certaine quantité de boisson. En dehors de leur peu de valeur, cette raison n’a pas peu contribué à discréditer les injections intrachéales de Trousseau. D’ailleurs, rien d’étonnant à ce que des liquides produisent quelquefois, ce que le simple contact de l’air détermine assez souvent après l’opération de la trachéotomie, tant est grande la sensibilité de la muqueuse des voies respiratoires.
Des liquides caustiques comme le perchlorure de fer, l’ammoniaque, etc., dans les cas exceptionnels où ils ne produiraient pas l’asphyxie laissent toujours après eux des inflammations assez vives, dont les suites peuvent être graves.
4° Terminaison par la mort. — La mort est la conséquence de la pénétration des liquides dans les voies aériennes, toutes les fois que l’asphyxie persiste. Quand on voit les phénomènes primitifs s’aggraver, les malades devenir violets, noirâtres, avoir les yeux fixes, hors de l’orbite et être animés de mouvements convulsifs, il faut craindre pour la vie, parce que cette lutte inégale se terminera bientôt par la mort.
Elle se produit de deux manières différentes, soit par l’accumulation du liquide au fond des bronches et dans la trachée, sans qu’il puisse être expulsé, soit par suite de phénomènes de contractions spasmodiques de la glotte. Ainsi Guyon 1 raconte avoir vu une mort subite à la suite d’une cautérisation du pharynx faite avec l’ammoniaque diluée. Dans ce cas, ce chirurgien attribue au spasme de la glotte provoqué