‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 108 sur 304 · Vigla. ( Arch . gén. de méd., 4° série, t. XII. p · texte numérisé non relu

Vigla. ( Arch . gén. de méd., 4° série, t. XII. p

moyens qui rendraient la pénétration accidentelle de quelques gouttes de liquide moins fréquente, puisqu’elle résulte le plus souvent du hasard, et qu’elle coïncide avec des actes de déglutition dont nous ne sommes pas maîtres. Mais l’action du médecin devient effective, quand il se trouve en présence de malades affectés de lésions organiques de l’épiglotte, d’altérations générales de la sensibilité, de paralysies laryngées et pharyngiennes, parce que dans ces cas il peut prévoir ces accidents et en prévenir le retour par un traitement approprié, qui consistera dans l’administralion des boissons au moyen d’une sonde œsophagienne. Il fera encore du traitement préventif en s’entourant île toutes les précautions indispensables pendant l’opération de la trachéotomie pour éviter la chute du sang dans la trachée.

2° Traitement curatif. — Les moyens dont dispose la chirurgie pour remédier aux accidents provoqués par la présence des corps étrangers liquides, sont très restreints. Dans la grande majorité des cas, l’accident n’a aucune suite, et on peut laisser à la nature le soin d’expulser par les efforts de toux les quelques gouttes de liquide qui irritent les voies respiratoires.

D’ailleurs il n’y a pas de moyen terme dans la thérapeutique de cette classe de corps étrangers ; ou bien il faut laisser agir la nature si on est en droit de supposer qu’elle pourra mener l’expulsion à bonne fin ; ou bien il faut intervenir rapidement, si les menaces de suffocation persistent, et cela par la trachéotomie. La quantité du liquide ne doit pas seule guider le chirurgien et lui préciser les indications, parce que comme on l’a vu, il y a nombre de faits dans lesquels une très petite quantité de liquide peut produire du spasme glottique et entraîner l’asphyxie aussi bien qu un flot de sang ou de pus. Donc, toutes les lois qu’un liquide, sang, pus, eau, etc., détermine de graves accidents et compromet l’existence, il faut se hâter d ouvrir la trachée. On ne doit excepter de cette règle que le cas où du sang, ne piovenant pas d un traumatisme, viendrait à pénétrer dans les voies aériennes. Or la nature du sang qui est rejeté, la soudaineté de 1 accident au milieu d une santé parfaite sont des signes qui permettent de reconnaître la soui ce du mal. Il ne viendra à personne l’idée qu’on puisse remédier à la rupture d’un anévrysme ouvert dans les bronches. Cette exception laite pour le sang qui ne provient pas d’un traumatisme, la trachéotomie sera pratiquée par les procédés ordinaires. Ensuite, on fera s’il est nécessaire, des insufflations d’air dans la trachée, soit au moyen d’une sonde, soit directement.

La seule introduction de l’air pourra en surexcitant la sensibilité pulmonaire, provoquer la toux et faciliter l’expulsion du liquide. On a encore appliqué, dans quelques circonstances, la succion directe ou indirecte faite dans les bronches au moyen d’une sonde, ou bien encore la succion des bords de la plaie. C’est surtout dans les traumatisme du cou, intéressant le larynx ou la trachée, que ces procédés ont quelquefois rendu des services; ils seraient également susceptibles d’application dans les cas de pus ou de matière tuberculeuse; mais il faudrait alors faire l’aspiration à l’aide d’une poire en caoutchouc ou d’un aspirateur. Whitcombe recommande beaucoup cette pratique.

À tous ces moyens, il sera bon d’ajouter le traitement par la position; à cet effet, le médecin retourne le malade couché dans le décubitus dorsal et incline son cou et sa poitrine de manière à faciliter l’évacuation du liquide.

Chez les noyés, ce moyen mécanique donne quelquefois de bons résultats, mais il ne faut pas le prolonger plus de quelques minutes, parce qu’il peut devenir dangereux; si l’urgence est moins grande, on se borne à coucher le malade sur le ventre ou sur le côté pour faciliter l’issue du liquide. Jusqu’ici j’ai supposé que le sang provenait d’un traumatisme accidentel de la trachée; que faire quand l’accident survient pendant l’opération de la trachéotomie, ce qui arrive encore assez fréquemment? D’abord l’indication est de supprimer la source du sang en faisant par tous les moyens ordinaires (pinces, compression, etc.) l’hémostase de la plaie. En outre, on fera respirer largement le malade et on 1 inclinera sur le coté, pour faciliter l’expulsion du sang et des mucosités trachéales par 1 ouverture maintenue largement béante, au moyen de pinces dilatatrices. Enfin il serait utile de faire la succion, ou d’imiter la conduite que suivit Virgili dans le fait classique suivant :

Observation de Virgili. — Trachéotomie. Pénétration de sang dans la trachée. — Un soldai espagnol, âgé de 23 ans, fut pris d’une inflammation si vive au larynx que Virgili ne vit d’autres ressources que par la bronchotomie, pour sauver le malade. 11 fit une incision longitudinale aux téguments, et ouvrit transversalement la trachée entre deux anneaux; mais cette ouverture ne fut pas plus tôt faite que le sang qui sortait des petits vaisseaux ouverts, et qui tomba dans la trachée, excita une toux convulsive si violente que la canule que l’on introduisit dans la plaie ne put être retenue en situa ion, quoiqu’on la remit plusieurs fois en place. Cependant le malade ne respirait que res peu ou point du tout, et le sang qui continuait à entrer dans la trachée augmentait beaucoup le danger. Virgili se détermina à fendre la trachée en long jusqu’au sixième anneau. 1 eut en effet la satisfaction de voir que, dès qu’il eut fait cette seconde operation, le malade respira avec plus de facilité, et le pouls qu’on ne sentait presque pas commença a reparaître. On lit situer le malade la tête penchée hors du lit, la

face vers la terre, afin d’empêcher le sang de glisser dans la trachée artère. L’hémorrhagie s’arrêta d’elle-même en très peu de temps. En peu de jours la plaie fut cicatrisée.

Page 1