MOBILITÉ ET FIXITÉ DES CORPS ÉTRANGERS
Avant d’étudier la mobilité et la fixité des corps étrangers, il est indispensable de distinguer dans la question, une mobilité absolue et une mobilité relative. Ainsi, la mobilité est absolue pour les corps étrangers de la trachée qui provoquent les accès initiaux, tandis qu’elle n’est que relative pour un corps que tout mouvement d’inspiration ou d’expiration fait vibrer dans un point quelconque des voies aériennes. Celte distinction admise, il sera facile de comprendre que tous les corps étrangers du larynx sont fixes ou jouissent tout au plus d’une mobilité relative. Quelques-uns sont si solidement implantés qu’il faut exercer des tractions très fortes pour les détacher; parfois le corps étranger un peu mince s’est brisé sous l’effort de ces tractions (Mackenzie). Je ne saurais donner une idée plus juste de la résistance de l’enclavement, qu’en rappelant que Blandin, dans un cas où une aiguille avalée s’était implantée dans le larynx ne parvint pas à la retirer, bien qu’il eût en mains le fil qui était passé dans le chas de l’aiguille; il dut pour y arriver inciser le cartilage thyroïde. Une autre fois, c’était une arête de hareng retenue par son crochet et qui nécessita la trachéotomie; elle faisait aussi saillie dans le pharynx. A côté de ces faits, il en est d’autres dans lesquels le corps étranger, un noyau de cerise, par exemple, se crée dans un ventricule une petite loge et s’enchasse ainsi dans la paroi muqueuse. Enfin, j’ai déjà dit que le propre des corps étrangers sous-glottiques était de rester partiellement fixes en oscillant autour d’un point d’implantation. Un grand nombre de fragments de coquilles de noix de noisettes, d’amandes, de noyaux, de châtaignes, de zestes, de plaques métalliques, etc., se comportent de cette façon et, tout en étant fixes participent quelque peu aux mouvements imprimés par le courant aérien.
Le type de la mobilité absolue se trouve réalisé par les corps étrangers de la trachée, qui la plupart n’ont aucune adhérence à la paroi ; on compterait encore le petit nombre des exemples de fixité dans la trachée ; ils n’appartiennent qu’à des substances volumineuses ou irrégulières, comme les aliments, des os, des épingles. Chez l’enfant le ca-
libre de la trachée beaucoup moindre rend la fixité plus fréquente; un gros haricot obstrue complètement la trachée d'un enfant ainsi qu’on
peut le voir dans la figure ci-jointe. Dans ces cas il n’y a aucune mobilité, mais on rencontre assez souvent la mobilité relative , soit que le corps après avoir voyagé longtemps des bronches au larynx s’arrête en un point, soit que l'implantation partielle permette certains mouvements de grelottement. Les moindres influences peuvent la détruire et la'reinplacer par la mobilité absolue : Ainsi il subit que le malade, debout ou assis, se couche ou inversement pour que le corps étranger momentanément fixe, redevienne subitement mobile ; ce qui se traduit comme on le verra bientôt par une recrudescence des symptômes.
Les corps étrangers mis en mouvement par l’air montent pendant l’expiration et descendent pendant l’inspiration ; mais ils ne se comportent pas tous de Fig. — Obstruction de }a niême façon au centre de la colonne d’air. Ceux qui la trachée d’un enfant tr£s petits ne touchent pas les parois, tandis
du Vai-de-Gràce.) que les plus gros sont souvent propulses d une paroi
à l’autre.
Au point de vue de la mobilité et de la fixité, les corps étrangers des bronches présentent des variétés assez nombreuses ; seules la fixité absolue et la mobilité relative y sont observées. Au début, sauf pour quelques corps que leur forme ou leur irrégularité rend fixes de suite, la plupart de ceux qui pénètrent dans les bronches sont doués d’une certaine mobilité.
En effet, dans un grand nombre des cas de trachéotomie, des corps étrangers arretés dans les bronches sont rejetés presque immédiatement, ce qui n’aurait pas lieu s’ils étaient fixes. Mais beaucoup d’entre eux, après avoir été pendant quelque temps lacilcs a dcplacci , soit pai 1 mitation, le gonflement qu’ils déterminent autour d'eux, soit par les modifications de leur propre substance, s’immobilisent en un point.
A ce groupe appartiennent les graines sèches qui se gonflent et se fixent d’autant plus. D’autres, comme les épis, ont une tendance caracléristique à la migration, et ils s’enfoncent très rapidement jusqu’au fond des ramifications des bronches. Aussi Bégin avait-il donné à cette variété de corps le nom de « progressifs ». La fixité primitive ou secondaire,
ne persiste pas toujours indéfiniment, car, connue on le verra par la suite, le travail lent (pii se fait autour de ces corps a pour effet de les dégager et de les rendre plus mobiles, à moins que leurs propriétés ne les fasse cheminer plus avant ainsi qu’on le voit parfois. Jamais on n’a vu un épi ou un épillet rebrousser chemin, sauf dans quelques cas rares où ils se sont décomposés.