CHAPITRE Vil
SYMPTÔMES ET ACCIDENTS PRIMITIFS
Quel que soit le siège occupé dans les voies aériennes par le corps étranger, qu’il soit ou non mobilisé après son introduction, dès qu’il pénètre dans le larynx et la trachée, il provoque immédiatement toute une série d’accidents aigus dont le début est brusque et dont l’ensemble constitue ce qu’on a coutume d’appeler un accès de suffocation. Mais il s’en faut que les choses se passent dans tous les cas de la même façon et il y a quelques exceptions à cette règle générale, car cet accès initial manque quelquefois, ou bien les accidents n’apparaissent (pie plus tard. Avant d’aborder la description de cet ensemble si caractéristique des accidents primitifs, je ferai remarquer 1 analogie frappante entre les symptômes qui accompagnent l’arrêt d’un corps étranger dans le pharynx et l’œsophage et ceux que provoque l’introduction °du même corps dans les voies respiratoires.
C’est à cette similitude des accidents primitifs qu’il faut attribuer 1 incertitude dans laquelle se trouvent les médecins, et à plus forte raison
les gens du monde, quand ils sont en présence d’un accident de ce genre.
Uescription de l'accès de suffocation initial. Dans l’accès de suffocation qui accompagne la pénétration du corps étranger, il y a deux Phénomènes qui se succèdent et peuvent se répéter un assez oTand nombre de fois, ce sont : d’une part l’irritation produite par le contact d une substance inaccoutumée avec la muqueuse trachéale ou laryngée dont la sensibilité est beaucoup moins obtuse qu’on ne l’a prétendu depuis quelques années; d’autre parties phénomènes réllexes, dont l’ensemble constitue les moyens employés par la nature pour débarrasser 1 econonne du corps irritant susceptible de compromettre l’existence. 6 î n est pas toujours aisé de discerner ce qui appartient cà l’un ou à
l’autre dans l’accès initial, il est des circonstances où leur succession apparaît plus nettement. Puisque l’inspiration est la règle dans le cas d’introduction par le larynx, c’est au moment où l’air et le corps étranger qu’il entraîne pénètrent dans le larynx que les accidents commencent. A l’inspiration brusque du début, succède l’irritation provoquée par le contact du corps étranger, dont l’effet immédiat est de produire une occulsion de la glotte, comme dans tout effort brusque et soudain. Les muscles expirateurs entrent immédiatement en jeu avec une intensité extrême, et la colonne d’air vient, avec ou sans le corps étranger, se heurter contre la glotte en contraction spasmodique. De là naissent tous les accidents extérieurs, entre autres la congestion de la face et du cou, la coloration violacée des malades qui deviennent turgescents, d’abord rouges puis cyanosés et noirâtres. Dans un grand nombre d’observations, les auteurs expriment tous le même phénomène en disant qu’au moment de l’accident il y a suffocation et que la face est noire. Les yeux fixes sont injectés et projetés hors de l’orbite. Ils expriment un état de souffrance très intense et traduisent l’anxiété du malade qui est menacé d’asphyxie. Souvent il y a en même temps des mouvements convulsifs, désordonnés, inconscients; les malades font des signes qui tous expriment l’inquiétude et la nécessité de prompts secours. Le plus souvent, la contraction des muscles expirateurs arrive à forcer le spasme glottique et la toux se produit, d’abord constituée par une seule expiration bruyante, qui produit peu de soulagement, mais qui ne larde pas à s’arrêter pour reparaître, au bout d’un instant, scandée, quinteuse, très fatigante, convulsive, et d’une durée indéterminée, qui ne dépasse pas ordinairement quelques minutes.
Si les choses se passent ainsi dans la majorité des cas, il en est d autres dans lesquels l’accès initial ne suit pas toutes ces phases, soit que l’asphyxie complète ne permette pas à la nature de surmonter les obstacles qu’elle rencontre, dans les cas d’obstruction, par exemple, soitquc l’irritation trop intense produise un état spasmodique persistant de la glotte. D’après ces considérations, l’accès initial peut aboutir à la mort, à la tolérance du corps étranger ou à sa fixation en un point de l’arbre
respiratoire :
1° Ouand la mort survient pendant l’accès initial, elle est due à ce que le passage de l’air est complètement intercepté par le volume du corps étranger lui-même, qui ne peut ni être déplacé ni laisser passer l’air, ou encore par l’excès de l’irritation qui produit le spasme glottique. Dans Lune ou l’autre circonstance, la première expiration qui succède
o 1 inspiration primitive ne peut avoir lien, et la mort arrive très rapidement en peu de minutes.
il n y a pas d analogie avec la strangulation, parce qu’à l'autopsie, d’après les chirurgiens qui ont écrit sur ce sujet et d’après les observations que M. le professeur Perrin, médecin en chef au Val-de-Grâce, a bien voulu me communiquer, on ne trouve pas les ecchymoses souspleurales caractéristiques de l’asphyxie mécanique ordinaire et il n’existe presque aucune lésion. Trois de ces pièces pathologiques, déposées au musée du Val-de-Grâce, permettent de se rendre compte de la disposition des corps étrangers dans ces cas intéressants. Peut-être y a-t-il une action réilexe encore mal connue qui explique la mort si foudroyante presque sans la moindre convulsion. D’ailleurs les malades ne présentent pas les phénomènes ordinaires de l’asphyxie; ils ne deviennent pas cyanosés; on ne voit pas les lèvres violettes,’ les yeux injectés sortis de l’orbite, comme dans l’accès initial ordinaire. M. Perrin insiste beaucoup sur ces particularités et elles sont également notées dans d’autres auteurs. Ainsi, dans un fait de Whilcombe1, un morceau de viande avalé par un idiot produisit une chute subite; le malade était dans un état de mort apparente ; le visage était cadavérique , le maxillaire inférieur pendant. Cet ensemble de phénomènes donne à ce genre d’accidents une physionomie particulière qu’on retrouve dans les observations de Porter et dans les suivantes.
Observation de M. Perrin . Bol alimentaire obstruant la trachée. Mort subite Un vieillard mangeait tranquillement lorsque son attention tut éveillée mr p, : • d un grand personnage. Il fit un mouvement brusque pour se retourner ef £ lï Internent ; il fit quelques efforts de vomissements seulement (b, ‘ n SU~
de taire l’extraction mais par les manœuvre
c l ec Le malade revint a lui, put faire une vingtaine de pas. On le fit boire et il mit ait culer quelques mots, puis il s’affaissa de nouveau et mourut. 1
A l autopsie on trouva dans la trachée un bol alimentaire moulé c.r b> „ri j
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cafe. A l’autopsie on trouva un bol alimentaire composé ,1c créées f T T*"*.1 d'U" siège dune inflammation chronique i pas d’autres lésions mT„o ,rachee. elai1 le etranger remplissait l'arrière-cavité pharyngienne et s’éiendai 7 7' ~v ° “‘V8
la glotte. L épiglotte était relevée. ' ' ait en avant sur 1 orifice de
Il existe au musée Dupuylren deux pièces curieuses où l’on peut voir
1. Journal 0/ mental science, XXII. 1870 TRAITÉ DES CORPS ETRANGERS EN CIimURGIK. %
m TRAITÉ des cours ÉTRANGERS en chirurgie.
d’énormes morceaux qui ont obstrué le larynx en soulevant l’épiglotte.
La mort a été également subite.
Dans les faits rapportés par Porter1, les corps étrangers étaient des morceaux de mouton, de lard, de bœuf. Chez un malade, la trachée était remplie de viande et de légumes; c’est encore à la même origine qu’appartiennent les corps étrangers dans les cinq observations de M. Perrin et de Lüdger Lallemand; on y trouve l’obstruction produite par du hachis, un morceau de bifteck, une crêpe enroulée, un bol alimentaire. Wilkinson1 rapporte encore qu un homme de 50 ans, qui mangeait dans la maison d’un ami, se leva un instant comme pour vomir et tomba raide mort après avoir tait quelques pas. L’autopsie lit voir qu’un morceau de viande du poids de 20 grammes environ, long de 5 pouces, large d’un pouce et quart, était fixé dans la glotte. Mais il existe entre les faits réunis par les observateurs quelques différences qui tiennent aux conditions de production. Sur sept cas de mort de Porter, six fois l’accident est survenu chez des personnes ivres, tandis que tous les vieillards dont il est question dans les observations de M. Perrin sont morts foudroyés en pleine santé et sans cause étrangère prédisposante. Une seule fois, Porter signale la mort subite en deux minutes, tandis qu’elle est la règle chez les personnes à crées. J’ai déjà appelé ailleurs l’attention sur l’intluence évidente qu’exerce l’altération de l’épiglotte dans l’introduction anormale de corps étrangers dans les voies aériennes. Plusieurs fois, chez les vieillards, on a noté des modifications du fibro-cartilage, une perte d élasticité, une ossification partielle, un élargissement de l’ouverture glottique <pie l’épiglotte ne peut plus recouvrir comme dans l'observation precedente. 11 faut aussi tenir compte, pour expliquer cette pénétration, de la diminution de la sensibilité de la région, et de la paresse des muscles qui concourent à la déglutition, d’où résulte un défaut d’harmonie dans
l’exécution des mouvements si complexes de la tonction. Quoi qui en
soit de ces explications, ces exemples, auxquels on pourrait en ajouter beaucoup d’autres, sont intéressants, et je crois utile d’y ajouter les suivants puisés à la meme source, et observés dans des conditions
analogues.
Observation de Ludcjer Lallemand. Mort subite par suite d'introduction de hachi* dans la traJiée .- Un officier âgé déjeunait silencieusement a cote de son hl ioisquc son voisin le vit s’affaisser brusquement sur le bord de son lit, sans ms, sans e oi s