‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 125 sur 304 · VII · texte numérisé non relu

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respiration, et, soit qu’ils y arrivent primitivement à la fin d’un accès initial, ou comme terminaison d’un corps mobile, ils suivent tous la même marche, qui se résume en deux mots : obstruction et asphyxie; mais il est des corps volumineux qui échappent à cette règle et ne produisent pas, dans toutes les positions, des accidents graves. Ce sont les corps plats, comme les pièces de monnaie qui peuvent également obstruer la lumière du conduit, ou gêner médiocrement le passage de l’air quand elles sont placées de champ. Tandis que, dans le second cas, elles se comportent à la façon des objets creux ou tubulés, au contraire, dans le premier, elles agissent comme les corps volumineux

et pleins.

Quelquefois l’obstruction est complète et porte sur la trachée ; alors l’introduction de l’air est devenue absolument impossible, l’expiration très difficile, et la mort par asphyxie est une terminaison fatale, primitive, s annonçant au médecin par tout le cortege des symptômes connus de l’asphyxie suraiguë. Quand elle porte sur une grosse bronche, ou quand l’obstruction partielle de la trachée permet encore un peu le passage de l’air, les phénomènes n’évoluent pas alors avec la même rapidité. Pendant quelque temps la vie est encore possible, mais elle ne t. .-de pas à être menacée par cette lutte inégale entre les besoins de l’hématose et l’impossibilité de l’arrivée de Pair. Tantôt une seule grosse bronche est obstruée et les choses ne se passent pas de la meme façon suivant que l’une ou 1 autre est le siège du corps étrangci .

Il y a là une question de calibre qui fait que ceux qui obstruent la bronche droite sont beaucoup plus dangereux que ceux de sa congénère, parce qu’ils compromettent la respiration dans un département pulmonaire beaucoup plus étendu, et que. leur séjour devient encore plus incompatible avec l’existence. Quant aux symptômes subjectifs ou objectifs qui existent pendant cette période d’agonie croissante, ils sont les mêmes que ceux des corps moins volumineux dont il sera question plus loin, et j’y renvoie le lecteur. En terminant cette description des accidents produits par les corps volumineux pleins, il faut ajouter que la suppléance d’un des poumons pour remédier à la suppression fonctionnelle de l’autre ne saurait jamais être as.>ez efficace poui pio longer la vie, car l’obstruction d’une grosse bronche produit de trop

graves désordres.

2° Corps étrangers petits et pleins. — A cette variété appartiennent en première ligne les haricots, de tous les plus fréquents, puis les oraines, les noyaux, etc. Ces corps se fixent le plus souvent dans une di-

vision bronchique de second ordre, et n’interceptent le passage de l’air que dans un groupe de lobules, quelquefois dans un ou deux lobes du poumon. Ils peuvent être pris comme le type des corps étrangers des bronches et du poumon, et c’est à leur sujet que je décrirai les divers symptômes par lesquels ils trahissent leur présence. Auparavant je dois dire qu’ils ne compromettent pas la vie au même degré que les précédents, et que, quand la mort survient, comme on le verra plus tard, c’est bien moins par le fait de l’asphyxie que par les complications qui en sont si souvent la conséquence.

Les symptômes des corps étrangers fixes des bronches et du poumon sont subjectifs, fonctionnels et objectifs; mais ils sont loin d’avoir la même valeur et de se rencontrer simultanément chez tous les malades.

1° Symptômes subjectifs. — La douleur n’existe pas toujours, puisque des accidents secondaires surviennent quelquefois chez des personnes qui n’ont jamais rien ressenti et qui ignorent même l’époque de l'introduction ; quand elle apparaît, elle se présente avec des caractères bien tranchés; toujours localisée en un point de la poitrine, soit à gauche, soit à droite, elle est persistante, accrue par certaines positions du corps, parla toux. Jamais elle n’est excessivement aiguë, elle reste le plus souvent sourde, tensive, et c’est un des signes qui affectent le plus les malades.

Il n’est pas rare d’ailleurs de la voir disparaître après quelques jours de durée, que le corps étranger soit rejeté, ou que des complications ultérieures aient changé ses conditions de fixité.

Le sentiment du corps étranger n’existe pas pour le malade, et il n y a que cette douleur qui puisse le guider pour déterminer le sié<m de son mal.

‘2° Symptômes fonctionnels. Les symptômes fonctionnels qui accompagnent la présence des corps étrangers des bronches et du poumon résultent d'une part de l’irritation qu’ils provoquent, et d’autre part du trouble apporté dans la respiration et l’hématose par la suppression d’une portion du poumon. Les malades éprouvent de la gêne dans la respiration, ils ne peuvent cà volonté prendre tout leur souille et ils sentent la nécessité de respirer, fonction qui est ordinairement inconsciente.

Qu’une bronche un peu plus grosse se trouve obstruée, la dvsnnée augmentera et le nombre des respirations montera bientôt au point de doubler. Le malade oppressé cherche les positions qui |„i permettent le mieux de prendre son souffle, et il y arrive le plus souvent en se couchant sur le cote qui est le siège de l'obstruction, de façon sans doute à

favoriser la plus grande ampliation de l’autre poumon. Si l’équilibre peut persister entre le besoin d’hématose et la quantité d’air qui pénètre le poumon, il se peut que les troubles fonctionnels soient assez légers; dès qu’il se trouve rompu, le malade marche insensiblement vers une asphyxie lente, qui se traduit par la cyanose et la suffocation.

5U Symptômes objectifs. — Si les symptômes qui précèdent n’offrent rien de caractéristique, il n’en est plus de même des symptômes objectifs dont quelques-uns sont pathognomoniques; la toux est moins violente que dans les cas précédents, mais elle lait rarement défaut. De plus, elle est persistante, ou à peine calmée se réveille bientôt ; elle est la conséquence de l’irritation produite par le contact du corps étranger avec la muqueuse bronchique, et ressemble assez à la toux d une bronchite: aussi arrive-t-il souvent que les accidents initiaux sont pris pour une bronchite. Presque toujours la toux aboutit à l’expulsion d une certaine quantité de mucosités aérées, légèrement sanguinolentes. D’autres fois ce sont des glaires ; ces phénomènes ne s observent guère qu’au début, car, dès le 2' ou le 5' jour, il se produit une réaction qui entraîne presque fatalement une bronchite. Dans quelques circonstances, l’écoulement de sang est beaucoup plus marqué; on trouve un exemple de ces hémoptysies primitives dans l’observation de Lenglet.

Observation. Hémoptysie causée par un fragment dos. Expulsion spontanée. Mort. — Un soldat du régiment de Piémont (inlanterie) en garnison à Briançon, étant de tour pour la cuisine, après avoir fait le partage de la viande a ceux qui composaient la cli ambrée, se mit à sucer la moelle qui était dans un os. Il fut a 1 instant touimenté par une toux considérable, et des douleurs se firent sentir dans la partie gauche de la poitrine, avec crachement de sang. Conduit à 1 hôpital, il y lut saigné plusieurs lois et traité comme pleurétique. Au bout de quelque temps il vint rejoindre son régiment a Sedan au mois de mars 1708, avant fait la route par une saison très-rigoureuse. 11 se rendit à l’hôpital militaire le 22, se plaignant d’une grande difficulté de respirer : il rejetait par des quintes de toux assez fréquentes du pus en abondance, de couleur cendrée, d’une odeur très fétide. On lui prescrivit du lait coupé par une infusion de lierre terrestre; mais une diarrhée l’empêcha d en continuer 1 usage. Les pilules de cvnoglosse et les autres anodins narcotiques capables de modérer la toux, n’eurent aucun succès ; enfin, le 29 avril, le malade essuva une crise longue et terrible de toux, dans laquelle il rejeta avec grand’peine et des efforts incroyables une portion d’os de figure triangulaire, fort pointue dans ses angles, ayant les bords tranchants : l’un des côtes avait neul lignes d’étendue. Depuis ce jour le malade n’a plus ressenti de douleurs dans la poitrine; la respiration était facile, il toussait peu et sans peine, l’expectoration se faisait aisément , malgré ces heureuses apparences, la mort termina la maladie de ce soldat trois jours

après l’événement qui avait semblé si favorable.

A l’ouverture du corps on trouva le poumon droit dans l’état naturel ; le gauche était en pourriture. M. Lenglet, qui fit l’ouverture de la trachée-artère dans toute sa longueur, parvint aux bronches, et il y trouva, environ quatre pouces au-dessous delà bifurca-

Don du côté gauche, une cavité contre nature capable de contenir une grosse noix muscade; c’est dans cet endroit que le corps étranger a séjourné pendant l’espace de dix mois. Le point douloureux avait désigné dès les premiers temps l'endroit où le corps étranger avait été porté déprimé abord. [Méni. de l'Acad. Royale de chir., t. XIV, in-12, p. 441 .)

Les symptômes les plus importants sont fournis par la percussion et l’auscultation ; leur étude est de la plus haute importance au point de vue du diagnostic; quand on percute du côté du poumon qui est le siège d un corps étranger, la sonorité normale est perçue dans toute la hauteur du poumon, et il est très diflicile de découvrir une légère différence entre l’un et l’autre côté du thorax. Cependant elle a été quelquefois constatée, et le fait était connu depuis longtemps, car Johert l’expliquait déjà par la suppléance fonctionnelle de l’autre poumon.

Au premier abord on peut se demander quelle peut être la valeur d’un signe négatif comme celui qui est fourni par la percussion; pour s’en rendre compte, il faut opposer cette sonorité aux renseignements recueillis par l’auscultation.

L’oreille, appliquée à la partie postérieure de la poitrine, constate une notable différence entre les deux poumons et même entre les diverses parties d un même poumon. Tandis que du côté sain on entend très nettement le murmure vésiculaire, il a disparu complètement dans tout ou partie de 1 autre poumon, et cet état persiste, aussi bien pendant l’inspiîation que pendant 1 expiration. Or ces deux laits, la persistance de la sonorité et l’absence du mumure vésiculaire, sont tout à fait caractéristiques et particuliers a l’arrêt d un corps étranger dans une division bronchique, tantôt il n y a qu un lobe, assez souvent le supérieur, dans lequel 1 air ne pénètre plus, tantôt dans deux, plus rarement dans toute la hauteur du poumon.

I our que ces signes soient bien nets, il faut que l’obstruction de la bronche ou de la trachée soit complète comme elle l’est dans les cas de haricots, qui en se gonflant obstruent absolument la lumière du conduit. Les choses ne se passent pas toujours ainsi, soit que le corps étranger ne bouche qu’une partie du coi duit et permette un peu le passage de 1 air dans le lobe pulmonaire correspondant, soit qu’il se place de champ, comme pourra le faire un petit corps aplati ; dans ces cas, le murmure vésiculaire déjà signalé par Hamburger ne fait pas absolument defaut, mais il est notablement diminué comparativement avec le côté opposé surtout. De plus, il n’est pas rare de percevoir un bruit particulier qui provient des vibrations du corps étranger de la division de l’air sur lui’ ou dc 1 ébranlement des mucosités adhérentes ; on a donné le

nom de bruit striduleuxà ce phénomène qui est un excellent signe quand il existe, et qui est perçu aussi bien à distance qu’en auscultant la poitrine.

D’après ce qui précède, il est évident qu’un corps peu volumineux et fixe dans la trachée ne donnera lieu à aucun signe stéthoscopique, et c’est pour n’avoir pas connu toutes les conditions du problème que B. Brodie regardait l’auscultation comme un moyen inefficace.

« Hogdson de Birmingham, dit-il, m’a communiqué l’histoire d’un cas qu’il a observé, dans lequel la graine d’une plante appelée Blciddcr-scnna , du volume d un gros pois, avait penetie dans la tiachée d’un enfant de 6 ans. Des explorations répétées avec le stéthoscope ne révélèrent rien d’anormal dans l’état de la respiration ; cependant, le septième jour de l’accident, l’enfant mourut subitement, et à l’autopsie on trouva la graine logée dans la trachée, à environ un pouce au-dessous du cartilage cricoïde. »

Dans un autre cas, chez une petite fille de deux ans, un médecin très familiarisé avec l’emploi du stéthoscope explora la poitrine avec cet instrument à plusieurs reprises, et avec grande attention, sans découvrir rien de particulier dans la respiration; et cependant l’autopsie fit voir qu’un fragment de pince de homard était solidement fixe dans la trachée un peu au-dessus du niveau du bord supérieur du sternum.

La pratique est parfaitement d’accord avec la théorie, et il serait surprenant qu’un corps étranger fixé dans la trachée donnât lieu a des signes stéthoscopiques, puisqu’il ne gêne pas très sensiblement l’accès de l’air dans les bronches et, à coup sûr, pas plus dans l'un que dans l’autre poumon ; de sorte que l’auscultation n’est pas passible du

reproche que lui i rusait Brodie .

Tels sont les symptômes objectifs fournis par l’examen du malade, on pourrait encore ajouter qu’il n’y a pas de fièvre au début, mais que

néanmoins le pouls est assez souvent accéléré. ^ ^

4° Corps étrangers tabulés. — J’ai déjà eu l occasion d attirer 1 attention sur ce groupe de corps étrangers, et leur histoire est surtout intéressante au point de vue des symptômes. rJout d’abord il est évident qu’ils laissent passer une certaine quantité d’air par leur conduit, et ils en laisseront pénétrer une quantité d’autant plus grande que leur calibre sera plus large. 11 est dès lors facile de saisir les différences qui

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