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CHAPITRE Vil

TERMINAISONS

Quand l’art 11’intervient pas pour enrayer ou prévenir les accidents provoqués par les corps étrangers, qui ne sont pas tolérés, ils subissent diverses évolutions qui peuvent toutes se rapporter aux trois types suivants :

1° Expulsion ou élimination spontanées.

2° Accidents chroniques et éloignés.

5° Mort.

Quelques détails sont nécessaires pour montrer comment arrivent ces diverses terminaisons et par quelles phases successives l’organisme passe avant d’aboutir à chacune d’elles.

1° Mc l’expulsion ou de l’élimination spontanées. — Le mot expulsion indique de la part des organes où se trouvent les corps étrangers une action active qui les pousse au dehors ; elle n’existe donc que pour ces conduits naturels. Mais, même pour ces canaux, l’expulsion n est pas le seul moyen dont se sert la nature pour débarrasser l’organisme des corps qu’elle ne peut tolérer ; ainsi, on sait que les fourchettes, les couteaux, etc., ont perfore 1 intestin et sont venus sortir de l'abdomen

à travers des abcès de la fosse iliaque ou de l’ombilic. A cette seconde variété, on donne le nom d’élimination et j’ajouterai qu’elle n’est pas rare dans les plaies.

a. L’expulsion spontanée se fait de bien des manières différentes, et on peut dire que chaque conduit se sert de procédés particuliers. De phis, tous ne sont pas doués de ce pouvoir expulsif au même degré, et il en est qui sont même assez mal disposés pour atteindre ce but. Deux cléments concourent à favoriser l’expulsion par les voies naturelles : ce sont dune paît le conduit, d autre part les produits ou matières qui en eu ont dans sou intérieur. Tantôt le conduit a une influence pré-

pondérante, tantôt au contraire il n’agit pas ou même peut nuire; enfui les deux éléments peuvent s’ajouter l’un h l’autre. Je prends quelques exemples de la première variété dans laquelle le conduit joue un rôle prépondérant. Tout le monde sait quelle violence présentent les .efforts de vomissement et avec quelle énergie l’estomac et l’œsophage réagissent quand un corps étranger se trouve arrêté dans les premières voies. Le rectum, en se contractant, peut expulser également, sans aucun secours des corps volumineux ; on a vu aussi la vessie contractée, chasser au dehors des corps allongés que le hasard plaçait dans Taxe de l’urèthre. A côté de ces réflexes énergiques des organes musculeux, l’inertie capricieuse du canal de l’urèthre offre un étrange contrast, enfonce-t-on une sonde dans l’urèthre, elle sort d’elle-même, si on ne prend soin de la fixer. Un corps étranger vient-il à y être fourvoyé, non-seulement il n’a plus de tendance à être expulsé, mais au contraire l’action des fibres du canal tend à l’enfoncer davantage et à le faire passer dans la vessie. Ici, le canal ne joue aucun rôle utile dans l’expulsion spontanée. Ces exemples sont heureusement assez rares, mais ils comprennent tous les organes glandulaires, les canaux inextensibles comme le conduit auditif, les fosses nasales, etc.

Le plus souvent, les canaux et leur contenu s’associent pour favoriser l’expulsion et alors on voit les matières contenues dans l’estomac fortement projetées, s’efforcer de déloger le corps étranger fixé dans l’œsophage. Ailleurs, c’est l’air expiré que par leur action spasmodique les muscles expirateurs chassent violemment pour entraîner les corps aspirés ou ceux qui se sont introduits dans les fosses nasales. De même, l’urine s’unit aux contractures de la vessie pour chasser au dehors les corps qui peuvent entrer dans l’urèthre. Quelquefois l’action des sécrétions est plus grande, comme il arrive pour tous les conduits des glandes qui ne sont pas pourvus d’un réservoir contractile. Ce corps que l’urèthre a tendance à avaler, comme je le disais plus haut, pourra par i’eflet

seul de l’urine être repoussé au dehors.

Enfin, il faut avouer qu’il est quelques circontances dans lesquelles la nature est très-pauvre en ressources pour se débarrasser des corps ; je citerai, comme exemple, le conduit auditif externe, qui n a pas de sécrétion bien abondante pour favoriser l’expulsion et dont 1 inextensibilité anéantit la puissance. 11 ne paraît avoir pour réagir qu une exquise sensibilité qui ne tarde pas à provoquer des inflammations, souvent inefficaces, et parfois aussi très-dangereuses.

Ces efforts d’expulsion, quand ils existent, réussissent-ils souvent? Il

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faut l’avouer, leur action n’est pas aussi bienfaisante qu’on pourrait le croire et il reste encore beaucoup à faire pour l’homme de l’art. Grande serait la difficulté de préciser la part qui revient à l’expulsion spontanée ; cependant on peut dire que ces efforts naturels sont assez souvent couronnés de succès pour le tube digestif, sauf dans le cas ou un sphincter s’interpose entre l’issue et le corps, comme il arrive, pour le sphincter anal qui par sa contraction spasmodique, paralyse celle du reclum, quelque énergique qu’elle soit, pour la glotte dont l’occlusion arrête le corps lancé par l’air expiré : le volume du corps elles irrégularités ne sont pas indifférentes à cette expulsion. L’efficacité de la toux est bien démontrée pour les corps étrangers mobiles de la trachée, etc. ; mais plus d’une fois ces efforts d’expulsion ont été suivis de fâcheux effets, surtout quand le corps présentait des irrégularités. N’a-t-on pas vu, en effet, des os pointus, des fragments de râteliers arrêtés dans l’œsophage près du cardia, enfoncer davantage leurs pointes dans la muqueuse et les organes voisins à mesure que les efforts de vomissements se succédaient ? De terribles accidents ont même pu en être la conséquence. Dans le même ordre d’idées, on a vu, un corps irrégulier des voies aériennes, projeté contre les cordes vocales inférieures où il allait se fixer, des corps pointus et rigides de la vessie s’enfoncer dans les parois et dans les parties voisines, sous l’influence de ces efforts malheureux et inutiles.

A quelle époque se produit l’expulsion? On peut dire qu’elle a été constatée a toutes les périodes, mais qu’en général elle a d’autant plus de chances de se produire que l’accident est plus récent. Quand un corps pénètre dans les voies aériennes, la toux qui se produit immédiatement indique suffisamment la rapidité des efforts d’expulsion; ils sont un peu plus longs à paraître dans l’œsophage, l’estomac, la vessie. Quelquefois ils sont très-tardifs, surtout quand le corps a été longtemps immobilise et qu’il a fallu un travail inflammatoire pour le mobiliser. C’est ainsi (ju on a vu des corps qui séjournaient depuis des années dans les bronches, être rejetés subitement avec le pus d’une vomique, au milieu d’une quinte de toux; ailleurs ce sont des pièces de monnaie arrêtées

ans 1 estomac et vomies après plusieurs années de séjour dans cet organe.

b ■ 1 el,mina‘ion (les corps étrangers des voies naturelles se fait par un méconnue qu, est le même pour toutes el qui a déjà été décrit en par-

sur in J '1 prima, ves ou secondaires. Je n’insisterai donc pas

arré és h!,sTraC ' * ^ ^ *>us la peau les corps

^p'iage, les bronches, l’intestin, la vessie, le rectum. Elle

traite des CORPS ÉTRANGERS eu CHIRURGIE. 4

n’est guère observée que pour les corps qui sont fixés par leurs irrégularités, arrêtés par un obstacle, ou qui traversent facilement les parois

du canal.

L’élimination des corps étrangers des plaies n’est pas moins intéressante. Ici aussi, comme pour les voies naturelles, il existe deux mécanismes d élimination : 1° Par le trajet de la plaie ; 2° par une voie naturelle ou accidentelle. Une première condition, indispensable, et qui explique la persistance si fréquente des accidents, est la mobilité du corps vuinérant. Elle arrive d’autant plus promptement que le cor ps se trouve plus superficiellement et qu’il siège dans les parties molles. Les deux facteurs qui jouent le rôle principal dans ce tr avail sont la suppuration et l’action des bourgeons charnus. En effet, l’un isole le corps étranger, produit du pus, qui a tendance à entraîner le corps, 1 autre le repousse dans une certaine' limite. Si ce travail est parfois assez rapide, il est an contraire très-souvent d’une lenteur désespérante, surtout pour les corps enclavés dans les os.

Le corps est-il si profondément situé qu’il ne puisse être toléré, il aura tendance à être éliminé par la voie la plus courte et il se dirigera vers la région où se trouve le tégument cutané ou muqueux le plus proche de lui. Depuis longtemps les chirurgiens, et surtout ceux qui servent aux armées, savent que les corps vulnérants se font jour vers la peau la plus voisine, au moyen d’abcès ; mais le même précepte est encore vrai quand un corps se trouve placé plus près d’une cavité muqueuse que de la peau. Dans les deux cas d’ailleurs, le mécanisme est le même. Un phlegmon se forme autour du corps étranger, et aboutit à une collection qui a tendance, d’après un précepte de pathologie générale bien connu, à venir proéminer sous la peau de la région la plus proche et à s’y ouvrir. Ce pus entraîne le corps cl l’amène ainsi dehors dans les cas les dus heureux, c’est-à-dire ceux dont il est question dans ce chapitre. La

même chose se passe quand une balle par exemple se trouve au voisinage d’un conduit excréteur, ou d’un tube à deux ouvertures, comme l’intcslin. Plus d’une fois ces corps, après avoir formé des abcès, ont passé dans la vessie, le canal de l’urèthre, l’intestin, par ce procédé.

Le travail d’élimination existe toujours quand le corps étranger n’est pas toléré, mais il marche souvent très-lentement et on l’a vu inachevé plus de cinquante ans après la blessure. En effet, un gi and nombre de circonstances mettent obstacle à son action; parmi elles il faut citer la dureté des parties osseuses qui enclavent le corps, ou empêchent son

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déplacement, les irrégularités du corps lui-mème qui ne sont pas favorables à scs mouvements.

Accidents ciiroiiiqucs et éloignés. — Sous ce titrcj étudierai maintenant les accidents qui accompagnent la présence des corps étrangers qui n’ont pas été tolérés ou qui, après une période silencieuse plus ou moins longue, deviennent une cause d’irritation pour les parties. Comme précédemment j’examinerai successivement à ce point de vue, les corps des voies naturelles et ceux des plaies. Bailleurs, les détails dans lesquels je suis entré en parlant des accidents primitifs me permettront d’ètrc bref sur cette seconde partie.

Comme on l’a vu, les corps étrangers peuvent engendrer dans les voies naturelles des troubles réflexes, fonctionnels, des accidents d’obstruction et inflammatoires, enfin ils agissent encore par compression. Presque tous les accidents qui résultent de ces nombreuses causes peuvent passer à l’état chronique, et par conséquent être observés longtemps après leur introduction. Cependant les symptômes réflexes du début disparaissent ou perdent de leur intensité. Dans quelques cas ils font place à d’autres troubles très-graves et qui ont la même origine. L’épilepsie a été plusieurs fois la conséquence du séjour prolongé des corps étrangers dans quelques conduits. Boyer, Wilde, par exemple, l’ont notée à la suite de corps du conduit auditif; dans le premier cas, une boule de verre y séjournait depuis huit ans. Ailleurs des corps étrangers paraissent avoir provoqué l’apparition d’accidents bizarres, tels que des troubles de l’intelligence, par le seul fait de leur séjour dans les voies aériennes. Il est assez ditticile de comprendre comment un pois arrêté dans une bronche a pu amener l’amnésie, etc.

Mais les troubles réflexes les plus graves sont ceux qui retentissent sur les glandes, quand le corps siège dans un conduit. J’ai déjà eu l’occasion d’attirer l’attention sur ce point, et je n’insisterai ici que sur les résultats de cette action. Dans beaucoup de conduits, la sécrétion altérée a tendance à déposer ses matières salines sur le corps étranger, d’où résultent des calculs à noyaux; les organes qui se prêtent le mieux à ce genre de concrétions sont : la vessie, les canaux salivaires, biliaires, l’intestin. On en a observé également dans les bronches, mais leur mode de formation n est plus le même et ces dépôts restent ordinairement isolés des corps étrangers.

Peu à peu ces dépôts en s’accroissant deviennent plus irritants pour les oiganes et peuvent provoquer des accidents d’obstruction, de compiession ou intlammatoires suivant les cas. Sanchez de Toca a vu une

de ces pierres formées dans l’intestin et qui atteignait le poids de six cents grammes. Quelquefois la nature du corps détermine des bizarreries dans la forme de ces concrétions. De là les calculs en chapelet dans l’intestin, la vessie, formés autour de tiges, de plantes, etc.

L’altération réflexe porte aussi sur les parenchymes glandulaires euxmêmes et amène peu à peu des lésions graves des reins, des glandes, du foie, de la parotide, etc. De là les néphrites, si fréquentes dans l’affection calculeuse accidentelle et qu’on ne saurait expliquer par une simple propagation de proche en proche, de l’inflammation vésicale.

Les voies naturelles ne sont pas seules le point de départ de troubles réflexes, et lescorps qui s’arrêtent dans les tissus peuventinsensiblement amener de graves désordres dans d’autres parties du corps. De même qu’on a vu l’épilepsie succéder au séjour de corps étrangers dans les conduits, on a observé cette affection à la suite de l’enclavement d’un petit corps dans la joue ; un fragment de bois arrêté dans une dent est devenu l’origine d’accidents névralgiques du trijumeau.

Faut-il rappeler encore les douleurs qui succèdent au séjour des balles dans les membres, le tétanos qui a pu en être la conséquence et les troubles trophiques plus ou moins éloignés du siège du corps vulnérant? Mais tous ces faits le cèdent de beaucoup en évidence aux troubles sympathiques que les corps étrangers d’un œil peuvent produire dans l’autre. Tout le monde sait, en effet, combien il est dangereux d’abandonner un corps qui paraît toléré dans un œil, parce qu’au bout d’un temps qui n’a pas été moindre de trente ou quarante ans quelquefois l’ophthalmie sympathique apparaît.

Les troubles fonctionnels sont en corrélation directe avec les précédents, et avec les accidents inflammatoires ou mécaniques. Pendant un certain temps, quand le séjour du corps est compatible avec la vie, les troubles locaux sont seuls appréciables ; mais bientôt ils retentissent sur l’état général. Est-il nécessaire de dire que l’importance de la fonction joue le rôle principal dans la rapidité de ces accidents, que le marasme arrivera plus vite à la suite du séjour des corps étrangers dans la trachée, l’intestin, que dans la vessie, et en général tous les conduits glandulaires. Jamais une soie de porc entrée dans le canal de Warthon ne provoquera des accidents assez graves pour compromettre la vie, parce que la fonction d’une des glandes sous-maxilaires, fut-elle abolie, ne serait pas de nature à faire courir des risques à l’existence. Donc tantôt il y a gêne de la fonction, ce qui est le cas le plus ordinaire, tantôt abolition. Rien d’étonnant à ce qu’un enfant qui a un pois dans

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l'oreille n’entende pas de ce côté, qu’un œil qui est le siège d un corps étranger soit amblyope, qu’une fosse nasale bouchée par quelque corps anormal ne fonctionne plus.

Les parenchymes eux-mêmes, quand ils sont depuis un certain temps le siège de corps étrangers, finissent pars altérer et leurs lonclions U Guidées apportent toujours un désordre grave dans l’harmonie générale. Depuis longtemps on sait que des corps vulnérants, des armes, des piojectiles ont pu s’arrêter dans le cerveau sans que la vie en soit gênée. Ce fait est vrai, mais aussi que de fois, au bout d’un temps plus ou moins lonu, l’intelligence est devenue plus obtuse, la mémoire s’est perdue, des paralysies partielles se sont produites ! De la meme manicie, les balles qui se sont arrêtées dans les poumons gênent sensiblement la fonction respiratoire et engendrent la phthisie. En un mot, tous les corps étrangers des voies naturelles comme ceux des plaies peuvent amener lentement un

état de marasme.

L’obstruction chronique est plus rare que l’aiguë, parce que la gravité des accidents qui eu résultent attirent l’attention du chirurgien, ou aboutit à des terminaisons fatales. En tous cas, il faut nécessairement que la solution soit prompte. Peut-on admettre que l’urèthre reste obstrué pendant longtemps, que l’œsophage ne déglutisse plus, etc. Évidemment non, et si l’obstruction devient chronique quelque part ce sera dans un conduit peu important ou secondaire dont le contenu pourra s’éliminer par une autre voie. Tel est par exemple le canal nasal qui peut être le siège de corps étrangers persistants qui en obstruent la lumière et lorcent les larmes cà s’écouler au dehors par le grand angle de l’œil.

En somme, l’obstruction passe très-rarement à l’état chronique, à moins qu elle ne soit, comme je le dirai bientôt, le résultat du travail inflammatoire.

Je me bornerai à constater ici les effets de l’inflammation chronique, dont j’ai longuement parlé en traitant des accidents dus à l’irritation. Quand elle est localisée, dans les voies naturelles ou dans le cul-de-sac des plaies, elle peut passer à l’état chronique et alors se présente dans le premier cas sous la forme d’ulcérations du conduit, dans le second sous celle de fistules; toutes deux sont entretenues par le séjour persistant du corps étranger et ces affections n’ont pas de tendance à se guérir tant que l’épine irritante est présente. Si quelquefois la suppuration se tarit momentanément, c’est pour reparaître au bout d’un temps plus ou moins long. Que le corps vienne à disparaître, soit qu’il passe dans les tissus voisins ou soit expulsé ou éliminé, alors l’inflammation fait

place à la cicatrisation, qui procède comme toujours du fond à la superficie. Ainsi se tarissent les fistules des plaies, les ulcères des muqueuses; mais il s’en faut que tous les accidents aient disparu dans ce dernier cas, parce que les muqueuses des canaux ne peuvent se cicatriser sans production d’un tissu modulaire rétractile qui, en se resserrant, diminue assez la lumière du conduit pour amener des rétrécissements cicatriciels et tous les désordres qui en sont la conséquence. L’œsophage, l’intestin, le rectum ont présenté cette variété de complications tardives.

D’autres fois, les ulcérations persistent malgré l’expulsion ou l’élimination, soit que le temps nécessaire à la cicatrisation soit très-long, soit que les parties dans lesquelles siégeaient le corps, devenues malades 11e soient plus susceptibles d’une guérison rapide. Voilà pourquoi les diarrhées persistent après l’expulsion d’un certain nombre de corps étrangers de l’intestin, pourquoi les fistules osseuses suppurent encore très-longtemps malgré l’extraction des projectiles.

Parmi ces accidents chroniques ou éloignés d’origine inflammatoire il faut ranger toutes les complications des corps étrangers tolérés; j'ai dit que l’enkystement mettait les parties voisines à l’abri du contact irritant du corps vulnérant, et que celte protection n’était pas indéfinie mais susceptible de modifications par un grand nombre de causes. Or, les changements qui surviennent dans ces cas de tolérance sont toujours les mêmes et appartiennent aux accidents inflammatoires. Ici c’est une balle logée dans le cerveau depuis vingt ans et dontla poche s’enflamme ot devient purulente; là c’est un vieux tibia qui depuis trente ans supportait sans s’irriter une balle reçue pendant les campagnes du premier empire. Soudain les accidents se réveillent, avec une telle intensité qu’ils compromettent la vie et qu’il faut amputer l’invalide. Peu importe le temps qui s’est écoulé depuis l’accident, puisque des vieillards ont vu se rouvrir leurs plaies qui contenaient des projectiles tolérés depuis plus de cinquante ans.

Je signalerai encore dans le meme ordre d’idées les abcès qui se formentsous la peau quand les corps étrangers migrateurs sont devenus superficiels, les ulcérations el les perforations des os par des projectiles qui séjournent depuis un certain lemps dans la face; les transformations caséeuses du poumon si fréquentes à la suite du séjour des corps vulnérants dans la poitrine, les thromboses produites par des corps pénétrants du cœur, les anévrysmes de voisinage, etc.

Il n’est pas jusqu’aux néoplasmes qui n’aient été expliqués parle séjour prolongé des corps étrangers, et les auteurs anciens rapportent sans

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émettre le moindre doute la possibilité de cette origine avec un certain nombre de faits à l’appui. Ainsi, ils ont accusé les corps étrangers de l’œsophage de favoriser le développement du squirrbe. Si par la, eu égard à leurs connaissances primitives sur les rétrécissements, ils voulaient désigner cette affection, ils avaient raison; mais rien jusqu’à présent ne permet d’affirmer que les corps étrangers déterminent là où ils séjournent un locus minoris resistentiæ où les diathèses feront leur apparition.

i>e la mort par les corps étrangers. — Tout d abord il laul reconnaître que tous les corps étrangers ne* sont pas susceptibles de compiomeHic la vie. Jamais ceux qui se sont arretés dans les canaux salivaires ou dans l’ urèthre n’ont occasionné la mort, et il faut pour que cette terminaison ait lieu, que le conduit ou 1a partie intéressée ait quelque importance.

Fidèle au plan que je me suis tracé, je passerai successivement en revue les divers accidents que peuvent produire les corps étrangers dans les voies naturelles et dans les plaies, en signalant à l’attention ceux qui amènent le plus souvent cette terminaison fatale.

D’un côté se trouvent les causes de mort qui résultent de Faction de présence (obstruction, imflammation), de l’autre toutes celles qui sont la conséquence de Faction mécanique (compression, periorations de tous genres). Chacune de ces variétés mérite quelques développements.

Rien n’autorise à dire que les troubles réllexes peuvent amener la mort, et les quelques exemples de mort au milieu d’attaques épileptiformes, outre qu’ils sont très-rares, peuvent s’expliquer encore d’autres

manières. Mais en revanche l’obstruction a souvent eu des suites funestes, principalement dans les conduits naturels importants comme les voies respiratoires, le tube digestif. Un fragment de viande vient-il à obturer le vestibule du larynx, l’individu tombe et meurt comme foudroyé, par asphyxie immédiate. Je ne connais pas d’autres exemples de mort subite par les corps étrangers des voies naturelles. Elle arrive par le môme mécanisme, mais plus lent, quand un corps s’arrête et obstrue 1 entrée d’une crosse bronche. La déglutition des matières alimentaires vientelle à être arrêtée, le malade court les risques de mourir d’inanition, et la science possède des exemples de ce genre. Dans les portions inférieures du tube digestif on a plus d’une fois constaté les fâcheux effets de l’obstruction intestinale, qui amène des perforations, des ruptures avec péritonites foudroyantes et des gangrènes.

Les accidents inflammatoires ne le cèdent en rien aux précédents au point de vue de la gravité, surtout quand ils se propagent au voisinage

r,G TRAITÉ DES CORPS ÉTRANGERS EN CHIRURGIE.

et envahissent les séreuses ou des parenchymes délicats. La bronchite, la pneumonie, pour les corps des voies aériennes, l’œsopbagite et les collections prolondes du cou et du inediastin pour l’œsophage, la péritonite pour les corps étrangers des organes contenus dans 1 abdomen sont de redoutables complications qui pardonnent peu. Le voisinage du cerveau et des méninges rend pour la même raison les suites du séjour des corps étrangers de l’oreille beaucoup plus grave.

A 1 action mécanique revient une bonne part dans la mortalité à la suite de l’introduction de corps étrangers, parce qu’elle agit d’une laçon persistante et qu’elle met au moyen des perforations primitives ou gangréneuses, les tissus en contact avec le contenu des cavités. Ce sont des perforations qui amènent la mort en faisant communiquer deux canaux, dont les fonctions sont absolument incompatibles, comme la trachée et l’œsophage; elfes ouvrent les séreuses (plèvre, péritoine) et déterminent les accidents inflammatoires les plus aigus et les plus redoutables. Aussi ont-elles à leur actif un nombre de morts plus considérable peut-être que toutes les autres causes réunies. La seule péritonite a enlevé bon nombre de malades affectés de corps étrangers de l’intestin, de l’estomac, de la vessie et du rectum. 11 ne faut pas oublier également les perforations des gros vaisseaux du thorax et de l’abdomen dont les lésions incurables amènent fatalement la mort en peu de temps.

loutes les causes de mort qui précèdent agissent assez promptement; d’autres sont très-lentes et aboutissent à la cachexie ou au marasme des corps étrangers. On les rencontre surtout dans les grandes voies naturelles, comme le tube digestif, les voies respiratoires, les organes génitourinaires. Dans les voies aériennes, la mort arrive par une pseudophthisie pulmonaire, dans l’intestin par l’amaigrissement général et le dépérissement qui résulte des troubles digestifs, dans les organes génitourinaires parla néphrite, la pyélite et la désorganisation des reins.

La mort est peut-être moins souvent la conséquence du séjour des corps vulnérants au fond des plaies, et cela se conçoit parce que l’action mécanique, si nocive pour les voies naturelles, fait dans ce cas presque complètement défaut. Mais que d’autres complications, en dehors des troubles fonctionnels, qui peuvent être la conséquence du séjour d’un projectile au centre d’un organe important! L’un des effets les plus évidents du séjour des corps étrangers dans les plaies est de retarder la cicatrisation. Or, par ce moyen ils exposent beaucoup plus l’organisme au développement des affections contagieuses ou autres, l’érysipèle, la lymphite, la scepticémie, le tétanos, etc. Ce sont les complications qui

DU DIAGNOSTIC

noircissent singulièrement le tableau des corps étrangers par effraction. Eux aussi peuvent provoquer la mort longtemps après leur pénétration, qu’ils siègent dans le poumon, au voisinage d’une cavité séreuse ou articulaire, etc. Les plus beaux cas de tolérance ont été bien souvent suivis de réveils terribles, inflammatoires ou autres. N’est-il pas curieux de voir une aiguille implantée dans le cœur où elle était tolérée depuis longtemps, provoquer la coagulation d’un caillot qui va former une embolie soit dans l’artère pulmonaire soit dans quelque artère cérébrale? En résumé, la mort par les corps étrangers des plaies succède : l°aux accidents inflammatoires du début; 2° aux complications secondaires ; 3° aux accidents éloignés.

Après ce qui précède je crois inutile de traiter du pronostic dans un chapitre spécial, car il serait difficile de donner des préceptes généraux sans répéter ou inverser tout ce que contient ce dernier paragraphe.

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