QUATRIÈME PARTIE
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE
Des causes fort diverses expliquent la présence insolite des corps étrangers dans les organes génito-urinaires de l’homme et de la femme, et il est nécessaire, pour la lucidité de l’exposition, de grouper ensemble les laits qui sont sous la dépendance d’une étiologie identique. Il ne serait pas rationnel de fondre dans une même étude les corps étrangers introduits par les voies naturelles, c’est-à-dire par l’urètre, avec c°eux qui ont pénétré par l’effet d’un traumatisme, comme les balles, les esquilles d’os. De meme, les calculs simples de la vessie ou de l’urètre
ne constituent pas de vrais corps étrangers, d’après la définition générale, parce qu’ils se sont formés de toutes pièces sans que l’incitation d’un noyau ait été nécessaire. Cette étude n’intéresse donc que les corps qui ont été introduits dans les organes génito-urinaires, à l’exclusion de ceux qui sont d’origine traumatique, et dont l’histoire sera décrite plus tard. Quant à ceux qui pénètrent par suite de quelque communication accidentelle avec les organes voisins, ils ne méritent pas une étude spéciale : je me suis suffisamment étendu ailleurs sur le mécanisme de leur migration ; et, une fois dans la vessie, ils se comportent comme les autres corps, sont soumis aux mêmes lois et subissent des évolutions identi-
ques.
1° Corps étrangers introduits par les voies naturelles. — Parmi
eux, les uns ont une origine chirurgicale ou thérapeutique, comme les sondes, les bougies, les fragments d’instruments, etc. ; d’autres, les plus nombreux, ont été accidentellement introduits dans les voies urinaires par des personnes qui les employaient comme moyens d’excitation génésique, enlîn quelques-uns, le plus^ petit nombre, reconnaissent pour
cause une aberration mentale, une manie de suicide, la malveillance,
l’ivresse.
1° Corps étrangers d'origine chirurgicale ou thérapeutique. — Quand on jette un coup d’œil sur la longue série des corps introduits par l’urètre dans les voies urinaires, on voit qu’un grand nombre d’instruments de chirurgie, de sondes, bougies, etc., y figurent, soit qu’ils aient été brisés dans le canal, la vessie, soit qu’ils aient disparu en totalité. A une époque qui n’est pas encore bien éloignée, les algalies dont se servaient les chirurgiens dans le traitement désaffections des voies urinaires laissaient beaucoup à désirer sous le rapport de la confection et de la solidité. Ce n’estguère qu’au point de vue historique, et pour mieux marquer les progrès de la fabrication contemporaine que je rappellerai les nombreux accidents imputables aux sondes en plomb, aux bougies élastiques, en gomme, en gutta-percha, etc. Au siècle dernier, Morand et ses contemporains attiraient déjà l’attention sur les dangers qui résultaient de l’emploi des sondes de plomb, surtout de celles laites « à la serpe », grossièrement fabriquées. Aujourd’hui, l’usage de semblables engins a complètement disparu, et à peine trouverait-on quelques vestiges de cette ère primitive dans les modèles Mayor ou Béniqué beaucoup mieux confectionnés. Un peu plus tard, l’introduction du caoutchouc dans les arts, puis de la gutta-percha, devint 1 origine d un assez grand nombre d’accidents. Ainsi vers 1850, les journaux français et étrangers abondent en cas d’accidents arrivés par la brisure de^ sondes en gutta-percha ; et ces faits étaient d’autant plus regrettables qu’ils se produisaient entre les mains de praticiens de la campagne, qui n’avaient pas toujours, pour sortir d’embarras, toutes les ressources instrumentales des médecins de la capitale. Malgré les perfectionnements modernes, ces cassures ne sont pas très rares et Mercier attirait, il y a peu d années, l’attention sur ce désideratum.
Mais combien ce genre d’accident arrive-t-il plus fréquemment entre les mains des particuliers qui, depuis longtemps, sont habitués à se sondei eux-mêmes, et par négligence ou par ignorance, se servent pour cet usage d’instruments imparfaits, usés, détériorés! Ici, c’est unviei ar qui depuis vingt ans vidait sa vessie paresseuse avec la même sonde en çommo : là, c’est un autre sexagénaire dont parle Ségalas, qui employait une sonde faite de deux morceaux ajustés avec un peu de cire à cacheter ; un jour, la moitié resta dans le canal de l’urètre. Peut-on s’étonner de la fréquence de ces accidents quand on voit un individu être assez téméraire pour employer une sonde en argent cassée et resoudée par un
hoilogei de village? Mais, d autres fois, les instruments les mieux conditionnés sont susceptibles de se briser, sans qu’on puisse en saisir la cause. C est ce qui est arrivé pour les instruments lithotriteurs, objets fabriqués avec tant de soin par des spécialistes à juste titre jaloux de leur renommée, pour les sondes porte-caustiques, etc. Jusqu’ici d n a ete question que de fragments ; il n’est pas rare de voir dans les profondeurs de l’urètre des instruments entiers ou de gros fragments. Si cet accident se produit ordinairement entre des mains inexpérimentées, il faut reconnaître qu’il est arrivé également à des praticiens maladroits ou peu soucieux, et encore dans les conditions les plus simples : témoin cette sonde en argent dont l’histoire est rapportée par Chopart, qui oubliée dans la vessie d’une femme enceinte de trois mois donna lieu à de graves accidents. Ailleurs encore, un chirurgien omet la précaution de taire attacher une sonde laissée à demeure dans le canal de l’urètre : le lendemain elle est dans la vessie. Cet accident s’observe bien souvent chez des malades endormis avec la sonde dans le canal, et qui ne prennent pas la précaution de la fixer ; ou bien encore ce sont des personnes habituées a se sonder avec les instruments les plus fantaisistes généralement trop courts, et qui échappent de leurs mains : c’est ce qui arnva a ce citoyen de Grenoble qui se sondait avec une canule bizarre longue de quatre pouces et demi. Il était obligé, pour arriver jusqu’à la messie, de 1 introduire très avant en refoulant l’urètre; un jour, dans cette manœuvre délicate, l’instrument lui échappa, il ne put le retirer et on dut le guérir par la taille.
Je n en finirais pas si je voulais faire passer sous les yeux du lecteur les circonstances variées dans lesquelles, dans un but de thérapeutique, des instruments ont été arretés dans les organes génito-urinaires. Presque toujours 1 accident est la conséquence d’un défaut d’adresse ou de soin dans le maniement des sondes chez des malheureux sans cesse occupés de leurs voies urinaires, comme il arrive ordinairement à ceux qui ont quelque affection aiguë ou chronique de ces organes. Cependant, il faut laire une large part au hasard, à des circonstances indépendantes de la volonté. Ainsi Birket raconte qu’un homme d’un certain càge avait l'habitude de s’introduire une sonde d’argent et de la garder un certain temps dans son lit. Il s’endormit et, en se retournant, brisa la sonde dont la moitié resta dans l’urètre et put être retirée avec une pince. Ce n’est pas un fait unique. J’ai vu un accident semblable arriver à un soldat qui simulait une incontinence d’urine et dont j’explorais la vessie pour en apprécier la contractilité. Au moment où ma sonde d’argent franchis-
sait la prostate, cct homme, pour un motif difficile à saisir, l’arracha brusquement à pleine main : la moitié resta dans le canal : elle s’était désarticulée seulement, et je fus assez heureux pour retirer, par pression d’arrière en avant, l’autre portion pliée et aplatie contre le pubis.
2° Corps étrangers d'origine érotique. — Le lecteur n a pas oublié les histoires monstrueuses dont le rectum a été quelquefois le théâtre, et il a présent à l’esprit cette série variée de corps étrangers dont se servent de vieux débauchés pour assouvir leur passion. Je montrais alors comment ces gens dépravés exploitent les derniers réflexes dont disposent leurs organes génito-urinaires pour provoquer 1 orgasme vénérien. Bien autrement longue est la liste des corps étrangers introduits par l’urètre dans un but inavouable par des enfants, hommes, femmes, vieillards, puisque les exemples se comptent par centaines ! Tous poursuivent le même but et puisent à la même source artificielle et dénaturée des sensations voluptueuses que 1 habitude émousse peu à peu. Insensiblement, chez ces individus, la masturbation devient une manie, et c’est quand leurs organes fatigués par des lrottements frénétiques se refusent d’obéir à leurs désirs sans cesse renaissants qu ils s’adressent à des agents d’excitation plus énergiques, à des attouchements plus rudes. A mesure que la sensibilité naturelle se retire, on les voit la poursuivre et la rappeler en l’excitant au moyen de corps étrangers qu’ils introduisent de plus en plus profondément dans le canal de
l’urètre ou le vagin.
Si l’esprit étonné se demande par suite de quelle fantasque bizarrerie ces individus sont poussés à de semblables manœuvres, il faudra se souvenir de ces pensées de Montaigne quand il dit que « la volupté même cherche à s’irriter par la douleur. Elle est bien plus sucrée quand elle cuit et quelle escorche ». Si l’expression du vieux moraliste est rude et âpre, elle rend bien le lien étroit qui réunit ensemble le plaisir,
l’irritation et la douleur par une transition graduelle.
Mais, dira-t-on, pourquoi ces corps étrangers si divers, ces étuis, ces tiges de bois, de plantes, ces épingles, ces aiguilles, sont-ils arrêtes dans le canal de l’urètre? Pourquoi cette fatalité qui fait disparaître un rrrand nombre d’entre eux? Caries personnes adonnées à ces pratiques doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter un accident dangereux qui attirera l’attention sur elles, et les forcera peutêtre à faire l’aveu pénible de leurs turpitudes. Quelques-uns prennent bien nombre de précautions pour éviter l’égarement de leur instrument favori : dans plusieurs cas, on a trouvé des crayons ou de petits bâtons
do bois attachés à un iil par l’une de leurs extrémités. Mais ces moyens mêmes ne sont pas infaillibles comme on le voit, parce que la cause première qui lait abandonner les corps étrangers est physiologique, inconsciente.
En analysant les centaines d’observations de ce genre disséminées dans les auteurs, et les aveux de plusieurs, on voit que le plus grand nombre, au moment où l’irritation provoquée parles frottements répétés réalise leurs désirs, perdent le sentiment de leur situation, oublient l’instrument de leur passion pour s’abandonner à la sensation qu’ils n’ont obtenue qu’au prix de tant d’efforts. Si j’ajoute à cela les mouvements convulsifs fréquents et désordonnés, la paralysie momentanée des fléchisseurs qui existe presque toujours, 1 état d hébétude et d’anéantissement qui termine ces scènes solitaires, rien 11e sera plus facile à comprendre que l'introduction, de ces objets dans les organes génitaux. Ces malheureux lâchent prise, et la nature fait le reste, quand, après le paroxysme, elle affaisse ces organes surmenés et turgescents en entraînant dans leur retraite les corps étrangers oubliés.
Quand les victimes de cette brutale passion reviennent à elles, il est trop tard, et tous les essais tentés pour retirer l’objet ne tendent qu’à I enfoncer davantage et à provoquer des douleurs.
Une fois enfoncés dans l’urètre, les corps étrangers égarés appartiennent à la pathologie, et leur histoire sera longuement exposée dans le cours de ce travail. Tôt ou tard, poussés par la douleur, l’insomnie, la perte de la santé, à bout de résistance, ces malheureux viennent demander les secours de l'art. Mais iï est rare qu’ils prennent de bonne heure cette résolution, qui coûte tant à leur amour-propre. Aussi en voit-on arriver mourants dans les hôpitaux ou, parvenus au dernier degré du marasme, venir échouer dans le cabinet de quelque praticien. Mais les aveux qui seuls peuvent guider la conduite du chirurgien ne sont pas fréquents, et il est rare que ce dernier ne soit pas obligé de compléter ou de redresser les histoires qu’il entend. Tant que les malades peuvent résister aux souffrances, ils attendent toujours du hasard ou de moyens empiriques une guérison qui leur épargnera des aveux ; aussi les uns boivent de grandes quantités de liquides, des boissons délayantes, de l'huile, etc.; d’autres cherchent par des manœuvres incroyables à retirer eux-mêmes le corps égaré. Quelques-uns réussissent : ainsi un vieux masturbateur se servait à cet effet d’un ressort de montre plié en anse avec lequel il avait pu retirer un haricot du canal de l'urètre. A quelque temps de là voulant se servir du même moyen
p0Ur extraire une gousse d’ail, le ressort se cassa, et il ne put réussir à le ramener à l’aide d’un crochet de fer qui lui déchira tout le canal. Ailleurs il s’agit d’un moine qui poussa la hardiesse jusqu’à s’opérer luiméme de la taille périnéale pour extraire de sa vessie une clef qui, à la suite d’habitudes solitaires, s’était fourvoyée dans la vessie! Enfin il en est qui préfèrent mourir avec leur secret et il n’est pas très rare de trouver dans les autopsies des corps étrangers de la vessie qui ont causé les désordres les plus graves.
Si quelquefois les malades racontent franchement leur histoire, bien plus souvent ils cherchent à induire en erreur, soit en trompant sur la nature du corps étranger introduit, soit en donnant des explications fantaisistes sur leur mode de pénétration. Les femmes surtout sont assez disposées à ce genre d’invention, et les échappatoires sont presque toujours les mêmes. Tantôt les malades racontent que pour soulager des douleurs, des démangeaisons qu’ils éprouvaient dans le canal de l’urètre, ils ont cru bien faire de se frotter avec quelque objet; d’autres, pour provoquer l’émission de l’urine retenue, ont essayé de déboucher leur canal et cherchent ainsi à donner à leur mésaventure une apparence thérapeutique ; mais toutes ces histoires sont autant de mensonges que bien souvent la seule inspection des parties génitales et de la nature des objets réduit à néant. Comment croire le récit de cette fille qui racontait qu’ayant quelque peine à uriner, sur les conseils d’une sage-femme, elle aurait essayé de déboucher son canal avec un étui qui serait tombé dans la vessie? Le médecin s’aperçoit en explorant l’urètre que le doigt y entre facilement, ce qui n’eùt pas été si depuis longtemps ce canal n’avait été soumis aune dilatation anormale. C’était encore pour déboucher son canal qu’un capucin s’était introduit un bout de cordelière, un vigneron, un pampre de vigne, un autre homme, un tube de baromètre !
Du moins cette raison invoquée par les malades a quelque apparence de raison, mais il n’en est plus de même des accidents les plus singuliers qui seraient arrivés à quelques-uns. Ici c’est une fille qui cueillait du lierre sur un arbre et qui, en tombant, s’est enfoncé clans la vessie un petit bâton, que des enfants avaient en jouant planté en terre. Ailleurs, c’est une autre fille qui dit sérieusement qu’à l’école, montée sur un pupitre, elle a glissé, et que, dans sa chute, elle est tombée sur un étui à aiguilles. Là, c’est une paille entrée dans l’urètre à travers les vêtements en tombant sur un chaume. Enfin, même chez l’homme, on a signalé semblable allégation. N’a-t-on pas vu un masturbateur raconter
(juo, dans sa chute, un crayon qu’il avait dans sa poche avait pénétré dans sa vessie ! tant il est vrai que l imagination de ces gens dépravés est bien peu fertile en expédients !
H y a encore une autre explication qui sert de thème à ces masturbateurs. Quelques-uns disent qu’ils ont avalé les corps étrangers soit en jouant, soit en voulant se faire vomir et qu’ils sont portés à croire que pour le moment ils sont passés dans la vessie. Voilà comment des femmes ont pu expliquer la présence d’étuis, d’aiguilles d’ivoire, etc., dans leurs organes génito-urinaires, comment un moine espérait par celte pieuse supercherie surprendre la sagacité du chirurgien qui retirait un corps étranger de sa vessie! Tout au plus ces raisons auraient-elles quelque vraisemblance dans les cas d’aiguilles, de haricots ou d’autres petits objets peu volumineux ; mais alors la marche des symptômes est bien différente de celle d’un corps introduit dans la vessie.
Corps étrangers d'origine accidentelle, et résultant de la perversion des idées. — Ce dernier groupe, qui ne comprend pas des faits très homogènes, concerne tous les corps étrangers introduits par les voies naturelles en dehors d’un but thérapeutique ou érotique. Presque tous sont le résultat de la perversion des idées, momentanée ou définitive, de de la malveillance, la curiosité, la stupidité, etc. Le plus fort contingent de ces cas appartient à l’ivresse qui, sans éteindre les ardeurs, affaiblit beaucoup la sensibilité et, en supprimant la raison, pousse aux actes les plus déraisonnables. Ici, c’est un homme ivre dans l’urètre duquel des femmes avinées introduisent une fève de marais, ailleurs un médaillon ou une épingle. Si ces faits sont réels, et plusieurs d’entre eux sont piouvés, ils s expliquent assez bien par les manœuvres honteuses auxquelles se livrent ces femmes âpres au plaisir pour réveiller la vitalité des organes génitaux de l’homme.
L ivresse est encore une cause assez commune, bien qu’elle agisse un peu différemment. De même qu’on a vu des hommes pris de vin avaler du verre, par forfanterie ou gageure, de même on en rencontre quelqueiois qui, pour la plus puérile vanité, ne craignent pas de s’introduire dans l’urètre les corps les plus bizarres.
Au même ordre d’idées appartiennent les corps que des aliénés poussent sans motif dans tous les orifices de leur corps, quelquefois dans un but évident de suicide. Est-il besoin de rappeler ici l’histoire de cette femme dont Sonnié-Moret a transmis les aventures1 et qui. pour
t. An-h. gènèr. de méd., 1855, ‘2° série, l VIII.
496 TRAITÉ DES COURS ÉTRANGERS EN ClIIRURGIE.
en finir avec la vie, s’était introduit les corps étrangers les plus bizarres dans presque tous les orifices naturels, par la bouche, le pharynx, le rectum. En particulier, elle avait au moment de sa mort un petit paquet de fils de fer dans l’urètre et un compas ouvert dans le vagin. Une branche de cet instrument présentait son extrémité rompue et libre dans le vagin à deux pouces de la vulve, tandis que 1 autre branche, appuyée contre la paroi gauche, s’y était enfoncée à une certaine profondeui. Cependant les personnes atteintes de la monomanie du suicide s adressent assez rarement aux organes génitaux pour exécuter leur projet, et bien que la malheureuse dont il est question plus haut n ait survécu que quelques jours à l’introduction d’un grand nombre d’objets, cette terminaison n’en reste pas moins une exception. Si la mort arrive, c est beaucoup plus souvent par le fait de complications étrangères que par l’accident lui-même. Malgré cela, des malheureux égarés, sous 1 influence de préjugés, n’ont pas craint d’introduire des tubes métalliques pleins de poudre dans Te canal de l’urètre et d’y mettre le feu au moyen d’une petite mèche. Dans un fait de ce genre dont j’ai été témoin il y a quelques années, l’explosion n’eut d’autre effet que de dilacérer la verge
et de produire des mutilations hideuses.
Enfin l’oisiveté, la solitude, l’hébétude sont autant de raisons qu’il faut invoquer pour expliquer cette curiosité malsaine qui pousse des individus à plonger des corps quelconques dans le méat. Si des enfants imprudents s’amusent à s’introduire des épis dans la bouche, il en est d’autres qui soumettent leur verge et le méat urinaire à des manipulations grotesques. A quoi attribuer la bizarre occupation de ce jeune enfant qui, après avoir attaché une chaîne de montre à un fil, introduisait celle-ci dans le méat urinaire? 11 avait compté sans la puissance aspiratrice du canal et le fil se cassa quand il voulut, en tirant sur lui, retirer de la vessie le corps étranger qui, s’étant noué par son milieu, ne pouvait plus traverser l’urètre.
Quant aux faits inexplicables de corps étrangers introduits dans la vessie de très jeunes enfants, âgés d’un an au plus, il est fort difficile de comprendre le mécanisme de leur production, à moins d’admettre la méchanceté et l’ignare stupidité de nourrices qui, par plus d un point, ressembleraient à ces gouvernantes libidineuses, que Itabelais adjoint à son héros imaginaire.
Ici se termine la série des causes qui portent les hommes et les femmes à introduire des corps étrangers dans leurs organes génitourinaires. Ce sont de beaucoup les plus nombreuses et je ne ferai qu ef-
fleurer les autres qui concernent les corps étrangers introduits par des voies accidentelles on formés dans l’organisme.
2* Corps étrangers introduits par effraction. — ÎOUS les Corps pOUSses a travers la peau rentrent dans cette catégorie et par la nature même du traumatisme présentent une évolution spéciale qui m’a en •enté à les séparer des autres pour les étudier à part au chapitre des corps étrangers par elfraction. On trouvera donc leur histoire aux chapitres des coips etrangers dans les plaies d’armes à feu et par effraction simple.
O Corps étrangers introduits par suite d’une communication accidentelle a,ee les organe, voisins. —De tous les organes qui environ, nent la vessie, il n’en est aucun dont la communication fortuite avec elle ne soit plus souvent suivie du passage de corps étrangers que l’intestin, hn eflet, les fonctions du tube digestif, la nature des matières qu’il renferme, sont autant de circonstances qui permettent de comprendre cette fréquence relative ; mais il convient encore d’y ajouter que la perforation entero-vesicale n’est pas absolument rare après les cas d’irmeshon de corps étrangers parla bouche. Cette dernière variété de faits a'été 1 objet de développements spéciaux aux chapitres des corps étrangers des voies digestives, et il serait hors de propos de’ revenir longuement ici sur les circonstances de production de ces perforations accidentelles. Je me bornerai à rappeler qu’elles peuvent également se produire par la perforation de l’iléon et du rectum et que, dans bon nombre de faits de ce genre, le doute est permis sur l’existence d’une perforation de l’une ou de l’autre de ces portions du tube digestif.
Les autres organes sont beaucoup plus rarement, chez les personnes saines, le siège de corps étrangers et les exemples de communication avec la vessie sont assez exceptionnels. Cependant on a vu des objets fourvoyés dans le vagin, ou oubliés comme des pessaires, perforer les parois de la vessie et même tomber dans son intérieur. De même des épingles, des aiguilles, des balles, des grains de plomb d’origines fort diverses ont pu pénétrer dans la vessie, après avoir perforé l’urètre ou les parois vésicales par une ulcération lente dont le lecteur trouvera de
beaux exemples au chapitre des corps étrangers des plaies par armes à feu.
ISicn autrement curieuse est l’histoire des corps étrangers organiques formés de toutes pièces dans l’économie et qui, après avoir subi un déve loppement momentané ou continu, passent dans la vessie. L’ovaire chez la femme a été le plus souvent l’origine de ce genre d’affections ; et pour la plupart, tous les corps étrangers organiques appartiennent a là calé.’o-
TRAITÉ Obis CORPS ÉTRANGERS EN CHIRURGIE.
rie de ceux qu'on observe dans les kystes dermoïdes ou dans les cas de grossesse extra-utérine. Ces collections anormales, développées au voisinage de la vessie, produisent quelquefois mais toujours fort lentement une périentérite ulcérative et déversent leur contenu tant liquide que solide dans l’organe. Voilà pourquoi on a signalé assez fréquemment dans la vessie des femmes des cheveux très-longs de couleurs diverses, des dents isolées ou implantées dans une gangue amorphe moitié osseuse, moitié cartilagineuse. D’autres fois les corps étrangers ainsi produits et trouvés dans la vessie appartiennent à une organisation un peu supérieure et on y reconnaît les vestiges de fœtus développés en dehors de l’utérus. La pilkniction a fourni à Rayer le sujet d’un très intéressant mémoire; et si, dans quelques faits obscurs, on peut douter de 1 origine interne des poils, il n’est plus possible d’admettre comme Cruveilhier irue quelques uns avaient été introduits par une sonde ou spontanément, en vertu du pouvoir d’aspiration qui caractérise l’urètre. D’ailleurs les faits pareils deviennent fort rares, et il est inutile, dans un travail où l’étude des corps étrangers venus du dehors doit seule être en vue, de donner plus d’étendue à cette variété de productions accidentelles nui à proprement parler, ne font que jouer le rôle de corps étrangers.
Considérations étiologiques générales. - De tout ce ([U, précédé,
on peut tirer quelques considérations générales intéressantes sur 1 origine des corps étrangers des voies urinaires de l’homme et de la femme, suivant qu’on se place à des points de vue différents. Le sexe, âge, a profession, les habitudes, les maladies ne sont pas indifferents dans la production de ce genre d’accidents ; et Denucé ‘, de l’étude comparée d'un -rrand nombre de faits, a pu tirer des conclusions assez curieuses qui sont presque vérifiées par la pratique des vingt dernières années,
que j’ai pris soin d’ajouter à ses documents.
1» Influence du sexe. - Toutes proportions gardées, les hommes sont plus que les femmes sujets aux corps étrangers dans les organes «énito-urinaires. Ce n’est pas ici le lieu de rechercher les causes morales qui peuvent expliquer cette différence ; mais il est évident que la multiplicité des afiections des voies urinaires chez l’homme augmente sensiblement les chances de pénétration des corps étrangers. Que de fragments de sondes, de bougies, d’instruments lithotnteurs, brises dans l'urètre et arrêtés dans ce canal ou dans la vessie! Chez la femme rien do pareil, et je ne connais guère que quelques cas ou des instruments