CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Qu’ils passent ou qu’ils séjournent dans le canal de l’urètre, les corps étrangers donnent lieu àMes considérations très intéressantes, physiologiques dans le premier cas, pathologiques dans le second. Mais au moment où ils sont introduits, comme au moment où des instruments se luisent, ils se trouvent tous dans 1 urètre, et ce n’est que par une évolution toute spéciale que j’étudierai bientôt qu’ils tombent dans la vessie.
I»u siège «les corps étrangers dans le canal de l’urètre. — Toutes les parties du canal peuvent être le siège de corps étrangers, et je ne crois pas qu on puisse admettre avec certains auteurs qu’il y a un lieu de piédilection en un point plutôt qu en un autre. Quand on parcourt la sei ic des objets qui sont abandonnes dans 1 urètre, on en voit qui siègent dans la portion pénienne très près du méat urinaire; quelquefois une partie fait même saillie au dehors, et Ségalas a relaté] l’observation d’épingles à cheveux dont les pointes traversaient le gland. Dans d’autres circonstances non moins curieuses, le (il attaché au corps étranger égaré d ins l’urètre pendait au dehà du méat. Cependant, le] chirurgien ne voit pas ordinairement les cas de corps situés aussi près de l’orifice extérieur,
parce que les malades en font eux-mêmes l’extraction, à moins que, comme dans les cas précédents, quelque circonstance insolite ne nécessite l'intervention de l’homme de l’art. Un peu plus bas, r l’arrêt des corps étrangers est assez commun, car entre le méat et la racine des bourses se trouvent des lacunes normales qui retiennent souvent les aiguilles, les épingles, les agrafes, etc. Plus le corps est exigu, moins il a de chances de se rencontrer très avant dans les organes génito-urinaires chez 1 homme, et les exemples d épingles ou d’aiguilles qui auraient
franchi toutes les portions du canal de l’urètre sont très rares. Aussi verra-t-on que c’est pour la région pénienne spécialement qu’ont été imaginés un certain nombre de procédés d'extraction auxquels je donne les noms de Süe-Dieffenbach et de S. Cooper-Boinet; peut-être la région bulbeuse est-elle le plus fréquent rendez-vous des corps étrangers de l’urètre bien que, comme le dit Voillemier, les auteurs, sans bien analyser les faits, attribuent cette préférence à la portion membraneuse. Comme les corps étrangers ont toujours une certaine longueur, qu’ils déforment plus ou moins la disposition normale du canal, je pense qu’il est bien difficile de trancher la question et si on presse sur eux dans la région membraneuse par le rectum, ils font saillie au périnée. Yient-on au contraire à exercer une pression sur le périnée, on les fait proéminer dans le rectum. Quoi qu’il en soit, les deux régions sont le siège de corps étrangers et si nombre d’aiguilles, d’épingles, de crayons s’arrêtent au niveau du cul-de-sac du bulbe, la région membraneuse a presque exclusivement le monopole des bouts de sonde cassés qui presque toujours se brisent au niveau de la courbure la plus lorte du canal, soit en se redressant, soit en se pliant sur elles-mêmes. En résumé, les corps réguliers sont plus souvent rencontrés dans les parties les plus profondes du canal, tandis que les corps volumineux, irréguliers, jouissant d’une certaine élasticité, comme les épingles à cheveux doubles, séjournent
plus volontiers dans les parties antérieures.
11 y a lieu de ranger dans un groupe spécial les corps qui occupent la région prostatique et qui font saillie partiellement dans l’urètre. Ils ne sont pas absolument rares et constituent une classe curieuse de corps étrangers qui participent à la fois des caractères de ceux de la vessie et du canal. Des circonstances de nature physique les maintiennent ordinairement dans cette situation anormale ; ou bien leur rectitude ne leur permet pas de redresser suffisamment la courbure de l’urètre sans accrocher quelque point du canal, ou bien leurs dimensions quand ils sont rigides, s’opposent à leur introduction dans la vessie, dont ils occupent le°col. Déjà Bourdon 1 avait brièvement attiré l'attention sur cette variété de corps étrangers ; il en rapporte un bel exemple emprunté à la clinique du professeur Spilmann du Val de Grâce. En raison de leur nombre relativement restreint et de la similitude des symptômes avec ceux des corps étrangers de la vessie encroûtés de sels calcaires et partiellement engagés entre le col et la prostate, je n’ai pas jugé devoir en faire une
j. Bounlon. Thèse de Paris, 1871.
étude spéciale et je renvoie pour tout ce qui les concerne au chapitre des corps étrangers de la vessie.
Knlin, dans quelques cas fort bizarres, le canal de l’urètre entier a été occupé par un corps étranger qu’on ne pouvait plus retirer. Je ne pa itérai pas de la dilliculté que des chirurgiens ont éprouvée pour retiîei des lithotriteurs fausses, détériorés ou qu’ils ne pouvaient fermer, niais de corps en apparence inollensifs dont je citerai un exemple emprunté à Morand.
Observation. — Bougie introduite et nouée dans la vessie. - On conseilla à un homme qui se lassait d’un écoulement opiniâtre de s’introduire une bougie dans la verge et pour cela on lui en donna une fort longue qui composait en grande partie un petit pain de celles qu’on emploie pour les petites lanternes à papier. Le malade, aussi mal endoctriné sur la façon d’employer la bougie que sur le choix, en fit entrer dans la vessie un bout si long que, s’étant ramollie et ayant été poussée en différents sens, elle se noua dans la vessie. Le jeune homme, après l’y avoir laissée quelque temps, eut beaucoup de peine à la retirer, et la ramena enfin ainsi nouée. Mais cette extraction forcée lut suivie d une grande hémorrhagie, de tension au ventre, de gonflement de la verge
fluxion des bourses, etc. Il huit par en guérir. ( Mémoires de l'Académie de cliirurqie ’ t. II, page 420.) y