DANS LE CANAL. — THÉORIES DIVERSES
Plusieurs circonstances font varier l’état de fixité on de mobilité du corps étranger dans le canal en dehors de la forme et de la régularité, qm jouent le îole principal. Tantôt c est le volume du corps qui dilate une portion de l’urètre a son maximum et empêche tout mouvement spontané ou communiqué; tantôt ce sont les aspérités, les pointes des épingles, des aiguilles, qui s’engagent dans la muqueuse et suppriment toute mobilité. Mais on a vu dans quelques cas des corps réguliers et lisses s’enfoncer dans une des valvules de la portion pénienne et ne pouvoir être mobilisés. Enfin, la longueur des corps étrangers qui siègent dans la région prostatique et qui buttent contre la paroi de la vessie par une de leurs extrémités, favorise encore l’immobilité.
Cependant, la fixité est chose assez rare et malgré les assertions fcrroiiées de quelques auteurs, en décomposant la longue série des observations dans lesquelles des corps étrangers ont été introduits dans le canal de l’urètre, on voit que plus des deux tiers, surtout ceux qui sont réguliers, passent dans la vessie. La fixité des corps qui séjournent plus long-
temps peut être telle que le corps s’implante profondément dans les parois. Ségalas eut l’occasion de donner ses soins à un officier qui, dans un but supposé chirurgical, s’était introduit une épingle à cheveux dans l'urètre. Au moment où il se présenta à lui et par suite des manœuvres faites pour l’extraire jointes à l’action expultrice du canal les deux pointes avaient traversé le gland et donnaient à l’organe quelque ressemblance avec la tête d’un escargot armée de ses deux cornes1.
Ilutin a observé un cas un peu différent, mais bien remarquable de fixité de corps étranger dans la portion pénienne de 1 urètre. 11 s agissait d’un vieil invalide de soixante-dix-huit ans qui, pour s ouvrir des abcès du canal, à ce qu il disait, s introduisait une petite tige de bois blanc attachée à un fil. Quand ce vieillard voulut retirer ce singulier instrument, il ne put le faire sortir parce que le bout antérieur buttait contre la paroi dans laquelle il s’était même enfoncé assez profondément. On verra plus tard, en parlant du traitement, à quelle série de complications cet accident singulier donna naissance.
Une certaine mobilité est donc la règle pour les corps étiangeis de l’urètre; mais il s’en faut qu’elle soit absolue, car le plus souvent elle n’a lieu que dans un sens. L’observation a depuis longtemps rnis cos faits hors de doute, et la forme du corps, de même que son mode de pénétration, déterminent le sens de son mouvement. Dès lors, il est lacile de comprendre qu’un épi, une épingle à cheveux introduits par leui extrémité mousse et régulière ne sont animés que d’un mouvement centripète, parce que le mouvement inverse est empêché par 1 enfoncement des pointes dans la muqueuse.
D’autres corps sont susceptibles de voyager sous 1 influence de la moindre pression dans un sens ou dans 1 autre, et ils obéissent ordinairement à l’action de la cause qui agit la première. Que l’urine soit expulsée après l’introduction du corps étranger, celui-ci pourra être rejeté au dehors. Au contraire, que le canal agisse seul, peu a peu il iera passer le corps dans la vessie, d’après un mécanisme sur lequel je vais m’expliquer. ,
La progression des corps étrangers introduits dans le canal de 1 urctre
a été connue de tout temps, mais elle n’a été bien étudiée que depuis notre siècle. Si le fait en lui-même ne laisse aucun doute, il n’en est pas précisément de même des explications diverses qui en ont été données par les divers auteurs qui ont écrit sur ce sujet : Civiale, Ségalas, Mei ciei ,