SIÈGE DES CORPS ÉTRANGERS. — MOBILITÉ. — FIXITÉ
Il est important au point de vue thérapeutique de savoir quel est le siège occupé par les corps étrangers qui sont tombés dans la vessie, qu’ils soient venus du dehors par le canal de l’urètre, par une plaie, ou
\ . Thèse de l’iiris, 1871. Bourdon.
encore par quelque communication anormale avec les organes voisins. I resque tous occupent généralement le bas-fond de la vessie, où ils tombent pai leur propre poids, par la disposition même de l’organe ; et c est la que le lithotiiteur ou les tenctles iront de préférence les chercher pour les extraire.
Cependant, il s en faut que les exceptions à cette règle soient rares ; elles s’observent surtout pour les corps étrangers longs, inflexibles ou flexibles, inéguliers et pointus. Quelques explications sont nécessaires pour démontrer que ce groupe assez nombreux ne suit pas la loi nérale. Les corps longs et inflexibles se placent très souvent transversalement, appuyant leurs deux extrémités sur les parois latérales de la vessie. Tantôt ils sont parfaitement horizontaux, tantôt plus ou moins obliques; il en résulte qu’ils ne descendent jamais dans le bas-fond delà \essie: rien détonnant alors qu’en les cherchant en ce point U*1 instrument explorateur ne les y découvre pas. Tous les crayons, les porte-plumes, les branches de bois, les os, les fragments de sondes métalliques se comportent de cette façon. Ceux dont les dimensions sont supérieures à celles de la vessie restent en partie engagés dans 1 uiètie, de sorte qu ils occupent alors une position constante, l’une de leurs extrémités en contact avec un point de la partie supérieure de la \essie, alors que l’autre plonge plus ou moins avant dans l’urètre.
Les corps étrangers longs et flexibles font quelquefois exception à la règle et se comportent un peu dilféremment; quand ils sont, comme les sondes et les bougies, doués d’une certaine élasticité, ils se moulent contre les parois de la vessie. Mais ils ne gardent pas longtemps cette disposition parce que l’organe, sans cesse irrité par ce contact anormal, se contracte souvent et force la sonde à se pelotonner sur elle-même. Cette disposition a été constatée plusieurs fois sur des calculs formés autour de sondes depuis longtemps abandonnées dans la vessie. Civiale, entre autres, en aurait observé plusieurs exemples. Dès lors il devient évident que cette forme est très défavorable à l’expulsion spontanée par le canal de l’urètre. Quelquefois, les corps plus souples, brasséspar les contractions vésicales, peuvents’enchevêtrer, former des anses, des nœuds, comme il est arrivé dans le cas mentionné plus haut de cette bougie introduite par l’urètre et qu’un jeune homme ne put retirer parce qu’elle était nouée dans la vessie.
Enfin les corps pointus, quand ils ne sont pas très-volumineux, prennent parfois les situations les plus anormales en se fichant dans l’une des parois. Telles sont les épingles et les aiguilles, qu’on a vu plantées
au sommet de la vessie. Mais ici intervient un autre élément, la mobilité ou la fixité du corps étranger. Quand les corps sont ronds ou ovoïdes, assez réguliers, comme les balles de plomb, les noyaux de fruits, les fèves, les haricots, etc., ils sont mobiles dans le bas-fond de la vessie, et, si on vient à imprimera celle-ci un mouvement de latéralité, comme dans la manœuvre dite indirecte de Guyon, ils se déplacent pour venir occuper la portion la plus déclive de l’organe. Les choses se passent autrement pour les corps étrangers longs et rigides (porte-plumes, crayons, etc.) qui occupent un des diamètres de la vessie et sont absolument fixes dans cette position. Il n’est pas nécessaire, pour que cette fixité existe, qu’ils soient très longs, parce que la vessie se contracte sur eux et les immobilise. Si maintenant l’objet introduit est pointu à l’une de ses extrémités, cette contraction aura pour effet d’enfoncer l’un des bouts dans la paroi vésicale et d’assurer encore l’immobilité. Ordinairement une seule des extrémités est pointue , comme il arrive aux crayons, aux fragments de bois, poinçons, etc.; elle seule est fixe, tandis que l’autre, mousse, Tepose sur un point symétrique de l’organe sans le pénétrer. Dans un cas d’aiguille de cuivre de quatre pouces de long, mentionné par Chopart1, le malade avait éprouvé des douleurs fréquentes au fondement et au périnée. On dut faire la taille ; avec le doigt on trouva le corps étranger situé obliquement près du col de la vessie, enfoncé par une de ses extrémités dans la prostate et appuyé par l’autre bout incrusté contre le pubis.
Jusqu’ici j’ai omis à dessein de parler de l’influence de l’urine sur la position occupée par les corps étrangers.; elle n’est cependant pas nulle, et quelques chirurgiens ont expliqué par un déplacement dù à sa présence l’insuccès de leurs tentatives d’extraction. Certains de ces corps, plus légers que l’urine, surnagent, et, quand la vessie est remplie, doivent se trouver à la partie supérieure. Or, c’est précisément dans ces conditions que l’opération de l’extraction par les voies naturelles doit être faite: il ne faudra donc pas insister outre mesure pour chercher à saisir dans le bas-fond un corps qui ne s’y trouve plus. En retournant le bec en haut, la préhension en devient plus facile. J’aurai, en parlant du traitement, l’occasion de revenir sur cetle variété de déplacement, qui a fourni à Ségalas l'occasion d’une manœuvre particulière.