ACCIDENTS PRIMITIFS ET SYMPTOMES
les accidents primitifs provoqués par la présence des corps étrangers dans la vessie sont le plus souvent assez peu intenses. Ce qui le prouve bien, c'est que dès qu’ils ont quitté l’urètre où ils étaient la source de grandes douleurs et de troubles fonctionnels sérieux, les malades éprouvent un sentiment de soulagement très marqué : l’émission de l'urine se fait plus facilement qu’auparavant, et ils peuvent satisfaire leur besoin d’urmer sans appréhension des douleurs les plus aiguës. Mais cette bénignité apparente du début n’est pas générale ; elle n’a de raison plausible que pour les corps peu volumineux cl réguliers qui tombent dans le bas-fond de la vessie sans provoquer des contractions réflexes de l’organe. Si le corps est long, rigide, surtout s’il présente des pointes ou des aspérités comme les épis, les épingles, etc., les choses se passent un peu différemment. En se contractant sur le corps étranger, la vessie détermine des douleurs aiguës qui reparaissent à chaque contraction et qui retentissent dans le bas-ventre et les reins. Dans quelques cas, ces douleurs étaient telles qu’elles forçaient les malades à pousser des cris et a se placer dans les positions les plus bizarres. Quand le corps est plus inoflënsif pour la vessie, la souffrance est moins vive et n’apparaît que
vers la lin de la miction, tandis que dans le cas précédent elle n’offre presque pas de rémission.
Les troubles fonctionnels primitifs, quand ils existent, sont assez peu marqués; ils se bornent à ceux d’une cystite légère du col et se traduisent par une dysurie plus ou moins forte, une incontinence, ou bien de fréquentes envies d’uriner qui reviennent jusqu’à vingt, trente, quarante lois par jour. A chaque miction, il ne s’écoule que quelques gouttes d’un liquide brûlant, quelquefois teinté en rouge par un peu de sang provenant d’érosion de la muqueuse urétrale ou de blessures des parois vésicales par le corps étranger. Jamais on n’a constaté l’hématurie franche, ni dans aucun cas la rétention d’urine absolue. Il se produit cependant quelquefois un phénomène assez curieux, quoique rare au début : je veux parler de l’arrêt complet et subit du' jet d’urine pendant la miction. Il suffit du plus léger mouvement d’un changement de position du corps, pour que le liquide s’écoule de nouveau. Ce phénomène est dû au déplacement du corps étranger qui tend
à suivre le cours de l’urine et qui vient obstruer l’orifice cervical, interceptant ainsi le passage du liquide.
Dès les jours suivants, l’indolence absolue du début disparaît assez souvent pour faire place à des symptômes de cystite d’autant plus accentués que le corps étranger est plus gros et plus irrégulier. A la douleur primitive s’ajoute du ténesme vésical et rectal, de la constipation. Les envies d’uriner deviennent plus fréquentes et la miction s’accompagne d’un sentiment de brûlure dans la vessie et le périnée; un peudefièvre apparaît. Insensiblement les urines claires ou légèrement teintées au début deviennent troubles et laissent déposer du mucus. Mais presque jamais la cystite ne dépasse primitivement un degré assez modéré, et quand elle ne se calme pas, elle passe à l’état chronique.
En résumé, les symptômes primitifs font presque absolument défaut; le chirurgien n’a pas souvent l’occasion de les observer, parce qu’il n’attend pas leur développement pour intervenir quand l’introduction du corps étranger est le fait d’un accident, et surtout parce que jamais les masturbateurs victimes 'de leur passion ne viennent au début demander les secours de l’art. Soit que par une résistance morale énergique ils préfèrent souffrir plutôt que de faire des aveux, soit qu ils ne soutirent pas beaucoup, ce qui est plus probable, ces malheureux ne recourent au médecin le plus souvent que des mois et meme des années après; et encore, aucun d’eux ne parle des accidents du début, qui passent inaperçus à côté de la gravité de ceux qu’ils éprouvent alors.
En parcourant les nombreux faits rassemblés par Denucé et tous ceux que j’ai pu réunir depuis son travail, il ne m a pas été possible de tiouver un seul cas de mort primitive chez l’homme, par perforation, péritonite ou autre affection.