Gaz. mêd. de Paris. 1841, p
dont très longtemps ; malgré la formation de dépôts sur le corps oublié, ils peuvent vaquer «à leurs occupations au point de se croire hors de souci. N est-il pas curieux de voir un porte-plume rester pendant quatre ans avant de déterminer quelques accidents? Cependant ce. fait a été constaté, et j aurai l occasion de revenir sur cette observation en taisant ressortir la gravité des accidents ultérieurs comparée à la bénignité du début. *
Quelquefois les malades ne souffrent pas. Ils s’aperçoivent bien que leurs urines sont troubles, mais ils n’en sont pas trop étonnés ; on en a vu qui pensaient que les petits graviers qu’ils rendaient en urinant n’étaient que des fragments de corps étranger et qui regardaient ce phénomène comme un symptôme favorable.
En dehors de ces exceptions, assez rares d’ailleurs, les concrétions formées autour des corps étrangers traduisent leur présence par un ensemble de symptômes communs à tous les calculs, et qui n’existent pas toujours réunis chez le même malade.
Au point de vue spécial qui intéresse le sujet, on peut diviser les accidents produits par ces calculs à noyau en trois périodes.
Dans la première, ou période d’accroissement, l’affection, compatible avec le fonctionnement régulier, retentit peu sur l’organisme. La seconde commence au moment où le calcul, arrivé à son entier développement, provoque autour de lui des troubles locaux et fonctionnels graves. — Enfin la dernière période, à laquelle je donnerai le nom de période de marasme, est caractérisée par le dépérissement progressif, par l’altération profonde de la santé et par des désordres locaux d’une gravité incompatible avec l’existence.
Je me bâte d’ajouter qu’il est rare (pic les malades arrivent à la période de marasme; parce que les souffrances qu’ils endurent les obligent à demander les secours de l’art, et que la thérapeutique active du chirurgien les délivre le plus promptement possible. Aussi est-il assez difficile de trouver beaucoup d’exemples appartenant à cette dernière période, car les observations anciennes, plus nombreuses que les modernes, sont souvent trop incomplètes pour permettre d’appuyer sur elles une étude sérieuse.
1 re période ou période d’accroissement. — Au bout de quelques jours du séjour des corps étrangers dans la vessie, les douleurs s’accentuent un peu, et les symptômes de cystite apparaissent s’ils n’existaient pas auparavant; mais ordinairement ils sont très légers, fugaces, et n’incommodent pas beaucoup; le besoin d’uriner se fait sentir un peu
plus fréquemment qu’à l’état normal. Dans les efforts de miction, le malade ressent quelques douleurs, tantôt sourdes si le corps est obtus et pesant, tantôt vives s il est pointu ou irrégulier comme une aiguille un fragment de bois taillé, etc. Parfois il éprouve dans la verge et principalement a 1 extrémité du gland une sensation réflexe bizarre, des picotements qui le iorcent à tirailler la partie et deviennent l’occasion d’érections fréquentes. Les nuits sont encore assez bonnes, et rarement le calculeux est oblige de se lever plusieurs fois pour uriner. Si la cystite
augmente, une douleur aiguë apparaît au bas-ventre, accrue par la pression, les efforts, etc. 1
Le besoin de miction devient beaucoup plus fréquent, et le liquide excrété change de nature. D’abord clair ou à peine troublé dans quelques cas sanguinolent, il est rendu avec peine et laisse déposer au fond du vase une couche plus ou moins forte de pus, de mucus et de depots épais, jaunes, terreux. Ce qui est caractéristique de la formation t u calcul, c’est le trouble de l’urine qui est ammoniacale et qui ne s éclaircit pas par le repos.
La fièvre est très rare à cette première période dont la durée peut être assez longue, variable entre quelques mois et un an au plus. L’état vénérai n est nullement affecté, et la constitution reste bonne. Je ne pense pas que les accidents soient plus hâtifs dans le cas de corps étranger que
tans 1 affection calculeuse ordinaire, dont on ne connaît pas le début d une façon précise.
l:" résumé> ce q»> caractérise cette première période, ce sont les troubles fonctionnels, la cystite légère, les douleurs du gland, les urines troubles, les douleurs sourdes ou aiguës.
'T période ou période d’état.- Arrivé à son développement, le calcul provoque insensiblement des troubles beaucoup plus marqués. Les symptômes sont les mêmes que précédemment, mais inquiétants par leur intensité, leur durée, leur accroissement. La dysurie, qui n’était que amie et passagère dans la première période, devient persistante, et les malades ne sont plus occupés que de satisfaire leurs besoins sans cesse renaissants. Ils éprouvent constamment le besoin de la miction et leurs 1 «rts, accompagnés des plus atroces douleurs dans le ventre, les reins Ct ° l’f'l"*’ " aboutissent qu’à l’expulsion de quelques gouttes d’une m-me brûlante, trouble, assez souvent sanguinolente. Cette dysurie ces envies persistent jour et nuit; au bout d’un certain temps l'incontinence arrive, soit par regorgement, soit par impuissance de la vessie, qui ne peut se contracter sans d’horribles souffrances.
Les choses ne se passent pas toujours de la même façon, et il n’est pas rare de voir les malades ne pouvoir uriner qu’en prenant les attitudes les plus bizarres. Quelques-uns s’accroupissent comme les individus qui ont des corps étrangers dans le rectum et qui font de violents efforts pour aller à la selle. D’autres ne peuvent arriver à diminuer leurs douleurs qu’en se couchant sur les genoux et les coudes, dans les positions les plus fatigantes et, les plus anormales. La plupart en urinant éprouvent un phénomène tout particulier aux calculeux, je veux parler d’une rétention subite qui est due à ce que le calcul, se présentant au col de la vessie, empêche l’écoulement. Peu de temps après, l’urine reparaît, quand le corps étranger a changé de position.
Pendant toute cette période, la cystite reste ordinairement chronique avec des exacerbations ; entretenue par la présence du calcul elle est ravivée par les frottements des pointes ou des extrémités des corps étrangers. La muqueuse, profondément altérée, suppure en abandonnant à l’urine des lambeaux gangrenés qui se déposent avec le pus et les phosphates au fond du vase. 11 n’est pas rare d’observer à cette période des signes de néphrite qui se traduisent par de la douleur dans les reins, une altération plus profonde dans la sécrétion rénale, la présence de tubes dans l’urine et quelquefois des symptômes généraux éloignés.
L’urine est encore as,sez abondante, toujours trouble, quelquefois sanguinolente, très chargée en dépôts blanc jaunâtre et exhalant une forte odeur ammoniacale, même au moment où elle sort du réservoir urinaire.
C’est ordinairement à cette période que les malades qui ne sont pas venus primitivement demander les secours de l’art se présentent au médecin, et lorsqu’ils cachent l’origine de leur mésaventure on les traite pour des calculs ordinaires avec lesquels la maladie peut être confondue, l’affection calculeuse, dans la plupart des cas, effaçant complètement les symptômes propres au corps étranger.
Il est assez rare de rencontrer à la période d’état des complications voisines très graves comme les perforations, les abcès péri-vésicaux, les fistules rectales ou périnéales, etc. Ces accidents appartiennent presque toujours à la période ultime avec laquelle je les étudierai.
3e période ou période de marasme. — Abandonnés à eux-mêmes, les corps étrangers de la vessie, devenus calculs à noyau, entraînent la mort à échéance plus ou moins longue, si l’art n’intervient pour retirer le calcul.
Peu à peu, l’état général s’altère et les malades dépérissent en proie aux plus vives souffrances, à l’insomnie; l’appétit disparaît, l’amaigrissement
f;iit des progrès rapides et tout le corps prend un aspect caractéristique jaune terreux.
Les organes génito-urinaires offrent une physionomie spéciale qui existait déjà à la période précédente, mais moins accentuée; la verge est longue, hypeitiopliiée et flasque, le prépuce acquiert chez certains d’entre eux des dimensions démesurées, comme dans un cas cité par Bouisson l. Les poils du pubis deviennent rares en même temps que la racine des bourses, et la base de la verge forme une saillie anormale d’autant plus frappante que les individus sont arrivés à un degré d’émaciation plus avancé. Si 1 on approche de ces malheureux, ils exhalent une odeiu intecte, fortement ammoniacale, due à l’écoulement incessant de I mine que la vessie impuissante 11e peut plus conserver. Jour et nuit cette urine altérée s écoule, souille les parties voisines, les cuisses, les draps, et produit cette infection. A cette période la marche est devenue impossible, tout mouvement le plus insignifiant provoque d’atroces douleurs; les efforts de défécation eux-mêmes sont très pénibles, et il faut sans cesse lutter contre une constipation opiniâtre. Peu h peu la fièvre s allume, le soir d abord; les reins se prennent, s’altèrent, les membres s’œdématient, l’ascite, la diarrhée apparaissent et la mort arrive dans le marasme et la cachexie.
Observation de Roux. - Os rie mouton. Taille. Mort. - Pierre Legrain, berger (Sc.ne-e -Marne), a I âge de cinquante ans, fut taillé à Motel-Dieu par Dupuytren pour un calcul orme autour d un corps étranger qu’il disait être une mèche de coton mais qui en réalité était un petit bâtonnet de racine de guimauve. Il guérit bien. En 1858 cinq ans après, il rentra dans le service de Roux au même hôpital. 11 se présente pour se (mre pratiquer l’extraction d’un os de mouton qu’il a dans la vessie, et dont il ne se senai , c isait-i , qu en guise de sonde. Lors de son premier séjour, scs parties géni- ;a °.S eli'!ent ,nlactfS, tandis que la seconde fois il a le canal de l’urètre divisé dans toute sa longueur depuis le méat jusqu’à l’origine du scrotum ; les bords de la solution ne sont pas unis et présentent des hachures qui indiquent autant de coups de l’instrumenl qui a servi a la division. A la partie inférieure existe une large ouverture par ou s écoulé 1 urine et par où le malade avait l'habitude d’introduire l’os de mouton tombé dans la vessie depuis quelques mois seulement. - État de maigreur extrême, intelligence lente, obtuse, il refuse de donner aucun détail sur l’origine de sa mutilation géniale Le malade a été taillé par Roux. L’os qui a été extrait de sa vessie est cylindrique de deux pouces deux lignes de long, ses bouts sont mousses et comme arrondis avec un instrument. Sa partie moyenne présente une concrétion phosphatique fusiforme. Il inouï ut i eux jours après : il s est éteint ayant sa pleine connaissance, sans* symptômes de péritonite ni d’aucun autre accident. A l’autopsie, on n’a trouvé qu’une ulcération assez vaste de la muqueuse vésicale paraissant dater de loin et un peu d’épanchement •ans la cavité péritonéale. (Bull, de thérapeutique, t. XIV, p. 320.)
Complications diverses. — Tous ccs accidents sont communs aux