‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 213 sur 304 · ACCIDENTS TARDIFS. — TERMINAISONS · texte numérisé non relu

ACCIDENTS TARDIFS. — TERMINAISONS

Tolérance. Durée (lu séjour. — Si on compare l’époque à laquelle les corps étrangers ont été introduits, je parle ici des plus nombreux, les pessaires par exemple, avec celle à laquelle les malades viennent se plaindre, on trouve des différences très considérables. Ainsi, il n’est pas rare de voir une vieille femme venir consulter pour des accidents produits par un pessaire qui séjourne depuis dix, vingt, vingt-cinq ans dans le vagin, et dont elle a même perdu le souvenir. Ailleurs, c’est une fille à qui on ne découvre qu’à trente-six ans une bobine de bois qu’elle s'est introduite dans des manœuvres lubriques à l’àge de quatorze. Je ne prends que des exemples extrêmes; mais beaucoup sont du même genre, et il n’y a guère que les corps étrangers très volumineux, très pointus ou tranchants qui forcent les femmes à consulter un médecin. La période latente ou de tolérance des corps étrangers du vagin, d’après cela, serait très longue; et on pourrait croire à une bénignité relative, qui n’est qu’apparente. Plusieurs de ces femmes avaient depuis nombre d’années des accidents auxquels elles n’apportaient pas une grande attention, et quelques-unes des péritonites ou des hémorrhagies. C est surtout la fistule vésico-vaginale, infirmité dégoûtante, qui existait chez plusieurs de ces malades longtemps avant qu’elles ne vinssent demander des secours, et presque à leur insu, tant la négligence, la malpropreté sont grandes chez certaines lemmes, surtout dans 1 âge mur.

De l'incrustation. — Altérations diverses (les corps étrangers. —

Pendant cette longue période de tolérance relative qui s’écoule entre l’introduction et l’apparition des symptômes graves, les corps étrangers subissent un certain nombre d’altérations et de transformations dont rincruslation de dépôts calcaires est la plus fréquente. En raison de la

forme des corps étrangers et de leur volume assez considérable, on comprend que ces concrétions ne soient jamais assez étendues et épaisses pour former une gangue aux corps étrangers dont ils recouvrent partiellement la suilace. Il ne s agit donc, en parlant d’incrustations, que d amas moitié oiganiques, moitié calcaires etphosphatiques, qui se déposent dans les points ou le corps étranger n est pas en contact direct avec

t ig. 71. — l'essaire incrusté de dépôts phosphatiques après un long séjour dans le vagin.

(Musée Dupuvtren.)

la paroi : car à ce niveau, s’il n’y a pas de perforation, le corps conserve son aspect ordinaire. Très souvent, quand le médecin est appelé à observer quelqu’une de ces concrétions, les désordres locaux sont déjà considérables, etil existe une fistule urétro ou vésieo-vaginalc, de telle sorte que l’action d’une urine altérée s’ajoute aux causes de formation spéciales dans le vagin et contribue puissamment à l’accroissement des concrétions. Mais on sait très bien qu’elles existent en dehors des perforations urinaires, et même qu’il ne faut pas un temps très long pour qu’on constate leur présence. Ainsi Hubbauer1 raconte qu’il trouva dans le t Journal de, Wurtemberg, I86'2.

vagin d’une jeune fille de dix-neuf ans un verre incrusté très solidement fixé ; il était là depuis six mois, et le chirurgien eut beaucoup de difficulté pout en lano 1 extraction. La raison première de l’incrustation iésule dans 1 altéiation de la sécrétion des glandes muqueuses du vagin : celles-ci, enflammées, sécrètent des liquides dont l’odeur, l’abondance, la nature, la plus grande richesse en sels démontrent l’altération, et les corps étrangers, par une sorte de sélection spéciale, deviennent le centre de ces dépôts qui, d’abord isolés comme des points, finissent par se réunir tout en restant grenus, peu consistants et très nauséabonds, l'ius tard, quand une perforation vésicale s’est produite, la portion qui lait ainsi saillie dans la vessie peut devenir le siège d’une concrétion calculeuse d’origine vésicale, et l’urine, s’écoulant sur le corps étranger par le vagin, continue son action sur ce dernier. Holmes raconte qu’un col de bouteille fut trouvé dans le vagin d’une femme : une pointe de verre avait pénétré la vessie et un calcul y était formé aussi bien qu’autour de la portion vaginale *. Quelquefois même, sans que le corps étranger pénètre dans la vessie, l’existence seule d’une perforation favorise la formation d un ou plusieurs calculs vésicaux. Dans un tait qui sera rapporté plus loin, leur nombre ne s’élevait pas à moins de cinq enchatonnés dans les loges d’une vessie à colonnes.

Tous les corps étrangers paraissent susceptibles de recevoir des dépôts incrustants ; mais il en est quelques-uns qui y sont plus prédisposés, tels que le liège, le bois, le verre ; les éponges oubliées dans le vagin peuvent aussi, d’après Capuron, A. Cooper, devenir le siège de noyaux incrustants très durs et irritants. Au contraire, les métaux y seraient plus réfractaires, a moins que la nature et les propriétés de la sécrétion ne soient pas les mêmes chez toutes les personnes, chose possible et qui pourrait expliquer la singularité du fait suivant emprunté au savant mémoire de Morand 1 2.

Observation. — Séjour prolongé d'un pessaire d'argent sans incrustation. Usure. — Une femme âgée de plus de soixante ans portait depuis plusieurs années un pessaire d’argent. Morand appelé trouva le pessaire environné d’excroissances fongueuses plus ou moins dures et décida qu’il fallait ï’ôter ; mais il se trouva fort embarrassé : le pessaire semblait comme attaché et fixé en plusieurs endroits, et il ne put le retirer qu'avec quelque violence et en déchirant plusieurs des mamelons qui le retenaient. Lorsqu'il eut retiré le pessaire, Morand fut fort étonné de le voir troué en plusieurs endroits, apparemment par l’effet des matières âcres qui exsudaient de la partie. Ces trous irréguliers étaient remplis par des portions de la membrane interne du vagin (pii, gonflées

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