‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 238 sur 304 · Boston méd. and Surgical J · texte numérisé non relu

Boston méd. and Surgical J

On s’est encore servi de gorgerets ; ces instruments sont loin d’être aussi utiles et aussi sûrs que le doigt. Quelques chirurgiens n’ont pas craint de remplacer la dilatation simple par un débridement du canal, qu’ils font latéralement au moyen d’un bistouri boutonné. C’est ce qu’a fait Billroth dans un fait cité plus haut. Je pense qu’il ne faudrait recourir à ce procédé que dans les cas extrêmes pour des corps étrangers volumineux.

Observation cle P. Bruns de Tubingue.— Épingle à cheveux dans la vessie. Dilatation. Extraction. — Une jeune fille de vingt-quatre ans, qui avait depuis plusieurs mois une épingle à cheveux dans lu vessie, entra à la Clinique de Tubingue, alors qu’on avait déjà fait trois essais d’extraction au moyen d’une pince.

Après avoir chloroformisé, on fit au bord supérieur et inférieur du col de la vessie, deux incisions superficielles et on introduisit les sept numéros du dilatateur de Simon. On put alors, avec l’index, conduire une étroite pince dans la vessie et sans difficulté retirer l’épingle à cheveux, quoique celle-ci fût fortement recourbée, sous l’action sans doute des opérations antérieures : la longueur de chacune des branches de cette épingle était de sept centimètres. L’opération fut finie en quelques minutes et ne fut suivie d’aucun accident. On s’assura, au moyen d’injections d’eau, que le sphincter fermait bien la vessie ; et dans la suite jamais il n’y eut d’incontinence d’urine (, Schmidts Jahrbiicher , 1875. t. CLXVllh p. 27).

Plus récemment Ledentu a présenté à la Société de chirurgie (1878) un calcul vésical formé autour d’une épingle à cheveux tombée depuis cinq mois dans la vessie d’une fille. Ce chirurgien, après anesthésie, dilata l’urètre à l’aide d’un dilatateur à trois branches, puis il lit deux petits débridements latéraux; cette manœuvre préparatoire lui permit de fixer l’une des extrémités de l’épingle, avec l’ongle d’un doigt, de glisser sur lui une pince et de faire l’extraction.

Les autres opérations préparatoires sont les mêmes que pour la vessie de l’homme et consistent en injections diverses qui ont pour but de faciliter l’action des instruments, sans blesser les parois vésicales. Quant au déplacement du corps étranger avec le doigt , il ne constitue à proprement parler qu’une manœuvre secondaire dans le cas où le doigt introduit peut loucher le corps, le mobiliser, le faire basculer de manière à le présenter au col vésical dans la position la plus convenable à son issue. Beaucoup de chirurgiens en ont retiré d’excellents résultats et je ne saurais trop la recommander, surtout si on associe le toucher vaginal, qui permet à travers la cloison de mobiliser, de déplacer, de retourner le corps étranger, et facilite ainsi son extraction ultérieure.

Pour éviter les spasmes de l’urètre, les contractions exagérées de la vessie, l’issue de l’urine et la douleur, il faudra endormir les malades pendant toutes les manœuvres. Plusieurs fois on s’est repenti d’avoir négligé cette précaution. Ainsi, au moment où Monteil retirait un étui

a pu servir pour

COUPS ÉTRANGERS DANS LES ORGANES URINAIRES DE LA l-’EMME.

incrusté de 8 centimètres, sa malade eut une attaque d'hystérie, des mouvements convulsils très gênants, un prolapsus de la muqueuse du vagin et du rectum,

Extraction avec le doigt seul. — Le doigt seul extiaue un coips étranger de la vessie; en réalité on se borne alors à faciliter 1 expulsion spontanée par une dilatation convenable du canal, en plaçant le corps étranger dans son axe même. En voici deux exemples assez curieux.

Observation de Chapman. - Extraction d'un corps etranger de la vessie avec les doigts seuls. — « Dans un moment où l’opérateur avait quille la malade pour aller prendre un bassin placé sur une table, l’instrument avait plissé dans la vessie qui était considérablement distendue par l’urine.

L extraction de 1 instrument a été effectuée avec le seul secouis du doigt et sans qu’on ait eu recours préalablement 1 à l’introduction de l’éponge préparée. Bien que l’opération eut piésenté quelques difficultés, elle ne causa que peu de j douleurs a la malade, malgré les circonstances défavorables au milieu desquelles elle fut entreprise : il était en effet nécessaire de cacher à la malade et à la famille la nature de 1 accident. J’ignorais que l’urètre fut susceptible d’une dilatation si facile. Lorsqu après avoir introduit une pince ordinaire à plusieurs reprises et sans résultat, j’imaginai de faire pénétrer mon petit doigt dans l’intention de reconnaître d’une manière plus positive la situation exacte de l’instrument. Mon petit doigt ayant pénétré sans effort, j’introduisis le doigt indicateur de ma main droite jusqu’à ce qu’il lût amu au contact de la grosse extrémité de 1 instrument.

Je soulevai alors celui-ci légèrement et le dirigeai vers l’oriîce supérieur du canal et par des mouvements combinés de mon indicateur droit dans la vessie et de ma main gauche appliquée sur l’abdomen, je parvins à faire sortir l’in— ruinent sans que la malade ni aucune des personnes présentes se doutassent de ce qui se passait. Celle algalie était restee près de trois semaines dans la vessie. » ( Œuvres dA. Cooper p. 508.)

Observation. — Morceau de bois dans la vessie. Expulsion après déplacement. — « Une jeune femme de vin <n et un ans, mère de trois enfants, s’était introduit un morceau de bois dans la vessie. L’index entrait facilement dans l’urètre jusque dans la vessie. La malade éprouvait de vives douleurs dans le bas-ventre. Les urines étaient.

sanguinolentes. On reconnut que le corps étranger était placé en travers* un des chi-

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Fig. 79. — Morceau do bois retiré de la vessie; grandeur naturelle. ( Union médicale, 1875.)

lu canal le corps étranger, qui fut expulsé presque spontanément. C'était un bâton taillé en pointe mousse d’un côté, l’autre était entouré d’un fil brisé. » ( Union médicale. 1875. t. XV. p. 13G.)

Billroth lit basculer avec sou doigt une épingle à cheveux et facilita ainsi l’extraction.

Instruments préhenseurs. — Comme pour l’urètre de l’homme, les anses simples, les crochets sont bons, surtout s’il s’agit de corps mousses, souples ; mais ils sont très inlidèles et même dangereux poulies corps pointus et rigides comme les passe-lacets, les épingles, etc. Le hasard a quelquefois permis l’extraction de certains corps au moyen d’une simple sonde métallique dans les yeux de laquelle ils venaient s’engager et qu’ils suivaient dans son mouvement de retrait.

Observation. — Epingle retirée par une sonde. — « Lamotle, en cherchant, pour la quatrième fois, une aiguille à tête dans la vessie d’une femme, ne put retirer sa sonde parce que, par hasard, l’épingle se trouva embarrassée au travers des deux trous de la sonde. Il réussit néanmoins à les retirer, mais l’aiguille déchira un peu l’urètre. »

Les préhenseurs ordinaires sont souvent utiles ; on leur a reproché d’agir un peu au hasard : leur action est beaucoup plus sure quand

Fig. 80. — Rince pour l’extraction des corps étrangers de la vessie de la femme.

la dilatation du canal permet, comme cela est arrivé quelquefois, de les introduire sur le doigt ou d’associer à leur action le toucher vaginal qui, en soulevant les deux bas-fonds latéraux de la vessie, facilite beaucoup la préhension.

On s’est servi de toutes les pinces urétrales, des brise-pierres, des tenettes, etc. Ce qu’on peut reprocher à ces instruments, c’est de ne pas saisir le corps étranger dans une bonne position et d’être un peu incertains dans leur mode d’action. En tous cas, si on les emploie* il faut se souvenir de la manœuvre de Caudemont et chercher à saisir le corps étranger par son extrémité, bouchacourt 1 eut recours, pour retirer une aiguille, au brise-pierre d’IIeurteloup ; cette opération fut brutale et il

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