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Ann.de Lillér. Méd. étrangère

PHARYNX ET ŒSOPHAGE

accidents parfois d’une très-grande gravité. Presque tous les cas de mort par hémorragie appartiennent à ce groupe. Les individus n oui ressenti aucun malaise, à la suite de l’introduction ; ils ne s’en sont pas préoccupés, en perdent même le souvenir jusqu’au jour où des accidents terribles surviennent. Quelques exemples feront encore mieux ressortir ce fait.

Observation. Bégin [Recueil de mémoires de médecine militaire , t. 20) rapporte qu’un caporal avait avalé" une pièce de 6 francs, ce qu'il faisait assez souvent par bravade. 11 ne se trouva nullement incommodé pendant les jours qui suivirent ét ne pensait plus à la pièce qui s’était arrêtée au niveau de la bifurcation des bronches comme on le vit plus tard. Le quatorzième jour, cet homme eut une hémorragie abondante ; le sang était semi-liquide. Le lendemain, il en eut une nouvelle de quatre à cinq livres qt mourut. A l’autopsie, on trouva la pièce placée de champ entre deux érosions communiquant avec l’aorte.

Observation. Un morceau de gutta-percha resta plus de six mois dans l'œsophage d’un homme, sans qu’on s’en doutât. Mais un jour, en mangeant, il eut tout à coup par la bouche une hémorragie mortelle. Le corps étranger s’était créé une poche sur les côtés de l’œsophage et avait ulcéré un vaisseau important. (. Erichsen , vol. I, p. 189, The Lancet.)

Ce sont surtout les fragments d’os et les pièces de monnaie qui se conduisent de la sorte. Cette tolérance du tube pour les corps étrangers est évidente dans beaucoup d’observations, et si elle n’existe pas tout de suite, elle s’établit assez souvent peu de temps après. Ainsi on voit des individus avaler pendant leur sommeil des corps placés dans leur bouche, ne pas être incommodés, se réveiller inconscients et se rendormir. 11 est arrivé même qu’une personne rêve avaler quelque chose et que son rêve se trouve réalisé. Cock a rapporté un exemple de cette indolence primitive.

Observation, lïn homme de 53 ans avala en donnant une plaque portant de fausses dents. Le corps tomba dans le pharynx. Cet homme se réveilla légèrement incommodé, puis se rendormit. On dut plus tard pratiquer Uœsophaqotomie pour le quérir. [Guy' s Hospital's reports , 1808.)

»e la suffocation . La suffocation est le symptôme le plus fréquent des corps étrangers du pharynx et de l'oesophage ; son début est en général brusque. Elle n’est pas plus facilement produite par les corps volumineux que par les petits, car si le volume est une cause puissante, les irrégularités des petits produisent la suffocation par un autre mécanisme, tandis que les tendons de bœuf, les fragments de poumons suffoquent par compression, les épingles, les arêtes, les corps irréguliers en pénétrant dans les chairs déterminent un spasme de tous les organes. La douleur est si aiguë à chaque mouvement spontané du pharynx, que la

respiration est entravée. Parfois, la suffocation est si intense, que les individus privés de secours meurent peu d’instants après, llévin rapporte qu’un particulier avala en mangeant un gros morceau de viande, qui s’arrêta dans l’œsophage. Cet homme sortit de table précipitamment et mourut asphyxié dans milieu voisin. Ses commensaux étonnés de ne le point voir revenir et le croyant sorti pour tout autre motif, le trouvèrent mort.

Par quel mécanisme se produit-elle ? Aussitôt le corps étranger arrivé dans P œsophage, la face devient congestionnée et vultueuse. La respiration s’arrête presque complètement en même temps qu’il existe une contraction spasmodique de tous les muscles de la région pharyngienne et du larynx, contraction qui a pour but un effort d’expulsion considérable.

Peut-être a-t-on fait jouer à la compression un rôle trop grand dans la production de la suffocation. Ainsi, au niveau du cartilage cricoïde qui, comme on lésait, est un lieu d’élection des corps avalés, la présence d’un corps ne détermine pas la suffocation par simple compression, puisqu’il ce niveau le tube aérien est résistant. Il faut surtout tenir compte de l’action incessante des muscles du pharynx et de l’œsophage, et de l’extension de l’état spasmodique au larynx. Ce spasme gloltique serait dù à une excitation réflexe du pneumogastrique, et s’observe bien plus souvent quand le corps étranger est situé à la partie supérieure du conduit. Il se produit alors le même phénomène que pour les violents efforts de vomissements provoqués. Là aussi, il y a de la suffocation, une gêne circulatoire de la face et du cou, un effort énorme dans lequel la glotte joint une contraction spasmodique et irritative à la contraction nécessaire à tout effort.

L’individu ainsi suffoqué, avec cette physionomie vultueuse, l’œil fixe, injecté, sorti de l’orbite, la figure affreuse, ne peut rester tranquille. 11 est en proie à l’angoisse et à une vive agitation intellectuelle. Il va et vient, quitte la table s’il mange et demande du geste plus que de I a voix un secours quelconque. Maclean dut pratiquer rœsophagotomie sur un enfant qui avait avalé un os. La mère s’en était aperçue parce que la figure de son enfant devint noire. — Si cet épiphénomène n'atteint pas dans tous les cas un degré aussi intense, il en existe cependant des traces.

Spasme*. Convulsions. Quoique moins fréquents que la suffocation, ces deux symptômes se rencontrent encore assez souvent, à des degrés divers. Le rétrécissement spasmodique du pharynx et de l’œsophage a été

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constaté directement par Dupuy1, qui eut le doigt tellement serré pai les contractions des parois de ce canal, qu’il eut peine à 1 en retirer, li dut pour les vaincre pratiquer une saignée continuée jusqu à délaillance, et ensuite le corps étranger fut facilement extrait.

Ce spasme trouve encore sa raison d être dans 1 irritation de la muqueuse et aussi dans la position du corps étranger, en général situé en arrière et au-dessous du cartilage cricoïde. C’est ici encore que l’opinion de Krishaber sur là physiologie de l’œsophage permet de comprendre en même temps que l’arrêt, le spasme des parois du canal. La délimitation entre deux portions du tube dont l’action est inverse, l’une ayant pour effet de rejeter le corps étranger, l’autre de le faire descendre, est mal définie, et le corps sollicité par deux actions inverses reste immobile; la neutralisation de ces deux forces produit de part et d autre cet état spas-

modique signalé par les auteurs.

Un des trois sièges ordinaires des corps étrangers prédispose-t-il aux spasmes? La question est difficile à trancher, mais on a noté assez fréquemment des troubles spasmodiques quand le corps était situé à la partie inférieure. Dans un cas de Pommier2, il existait des mouvements péristaltiques involontaires, spasmodiques, tandis que la respiration était gênée par une constriction périphérique qui paraissait s’opposer a la dilatation des poumons. Quelques mouvements convulsifs se manifestaient aussi dans les membres.

L’action réflexe produirait également les convulsions qui ont quelquefois suivi la pénétration d’un corps étranger, llévin cite, d’après Fabrice de Hilden et Tastain, plusieurs cas de convulsions qui succédèrent à l’introduction. Une jeune tille observée par Gondinet d’Yrieix, ayant avalé une arête de poisson, eut des convulsions si fortes, qu’elle brisa entre ses dents le verre dans lequel elle buvait et avala les fragments.

Larrey3 a vu une arête de poisson produire chez un militaire des symptômes tétaniques avec soubresauts qui ne cessèrent que sous 1 influence des antispasmodiques; l’arête fut éliminée par la suppuration.

La douleur est un symptôme très-variable et qui n’existe primiti-

vement que dans deux conditions bien déterminées : 1° quand le corps étranger par son volume peut produire une distension du canal; 2 quand par sa forme il irrite les parois, foutes deux peuvent se trouver

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