Campagne d' Égypte, p
réunies. Dans la majorité des autres cas, la douleur est peu intense, ou n’existe absolument pas. Bon nombre de corps volumineux arrivent dans l’estomac et l’intestin sans avoir produit de vives douleurs dans la première partie du tube digestif. Cependant on a fait jouer à ce symptôme un rôle assez important pour qu’il soit utile d’insister.
Quand elle existe, elle prend deux caractères différents : ou bien elle est fixe, localisée en un point que le malade reconnaît, ou bien elle est diffuse et sourde. Cette dernière forme se rencontre quand un corps volumineux a été arrêté ; la première quand il s’agit d’un corps relativement petit, comme une pièce de monnaie, une aiguille, un fragment d’os, surtout quand les corps sont irréguliers. U y a encore une autre différence entre ces deux formes de douleurs. Tandis que la douleur aiguë des corps irréguliers est accrue par tous les mouvements, surtout le mouvement qui porte la tète en arrière, par celui de déglutition, au contraire, la douleur sourde et pongitive n’est pas ou peu modifiée, en tout cas peu accrue. Ces variétés ne sont pas sans importance pour le diagnostic, non-seulement pour juger de l’existence du corps étranger, mais encore pour déterminer son siège. De nos jours, on a beaucoup insisté sur la douleur comme élément de diagnostic et je l’étudierai plus tard à ce point de vue. Je me borne à dire ici qu’elle est accrue par la palpation, par les manœuvres d’exploration quand le corps siège au-dessus de l’anneau supérieur thoracique, par ces dernières seules quand il siège audessous.
Quelquefois la douleur est le seul symptôme appréciable, ainsi que le montre le fait suivant.
Observation. Ilofer rapporte qu’un cordonnier étant ivre, cassa un verre avec ses dents et en avala des fragments. Il éprouva une douleur pongitive très-vive vers l’articulation de la clavicule gauche avec le sternum. Malgré toutes les tentatives d’extraction et de propulsion, on ne trouva pas l’os que cethomme accusait avoir avalé. Les douleurs s’accrurent à tel point que cet homme mourut avec des symptômes fébriles. On trouva des fragments de verre dans l'estomac et une plaie de l’œsophage.
Toux et expectoration. La toux fait rarement défaut et cela se conçoit, parce qu’elle est la conséquence forcée du spasme glottique. Aussi estelle au début, sèche, saccadée, suffocante, et démontre l’énergie des efforts de l’organisme pour se débarrasser du corps irritant. Ce sont les mêmes accès de toux qui existent chez les personnes qui vomissent à vide, chez les pituitaires, etc. L’air, après l’effort, force l’orifice glottique, s’échappe avec bruit et par saccades. 11 provoque alors l’expectoration de mucosités, de salive assez souvent striée de sang, rejetées à
PHARYNX ET ŒSOPHAGE
grand’peine et sans aucun soulagement. Les crachements de sang, lcb vomissements et l’expectoration muco-sanguinolente se rencontrent encore quelquefois. S’il n’y a que des stries de sang au milieu de glaires, on pourra attribuer ce sang à la déchirure de la muqueuse produite par le corps étranger ou les manœuvres du chirurgien ; mais si l’expuition persiste, est intermittente, si le sang est rouge et qu on se trouve dans un pays chaud, il faudra penser à l’ingestion des sangsues. M. Baizeau a résumé tous les symptômes de celte affection dans un travail spécial. En général, les sangsues mettent un certain temps avant de pioduire cette expuition sanguine sur laquelle Velpeau avait déjà attiié 1 attention1. Il insistait aussi sur une sensation particulière de succion qui accompagne 1 hémorragie et sur 1 expectoration quinteuse sanguinolente. L’intervalle entre l’issue du sang et l’ingestion de la sangsue ne
dépasse jamais vingt-quatre heures.
Le sang est tantôt d’un rouge vil, tantôt plus foncé; le plus souvent la sangsue logée dans le pharynx échappe aux regards, et le malade n’éprouve réellement la sensation de corps étranger que quand l’animal a pris des dimensions un peu considérables. Alors, il peut en sentir les mouvements. La perte de sang, quand elle dure plusieurs jours, ne tarde pas à entraîner l’affaiblissement, l’anémie et à plonger les individus dans un état de marasme grave.
La dysphagie est la règle quand les corps arretés sont un peu volumineux; mais elle n’est pas constante, et présente des degrés trèsvariables. Ainsi, il existe nombre d’observations où l’on rapporte que des personnes ont pu continuer leur repas après avoir avalé le corps étranger. D’autres, après la disparition des premiers symptômes, ont pu manger sans difficulté.
Quand elle existe, la dysphagie est subordonnée au volume du corps et à sa forme, d’autant plus grande que celui-ci est plus irrégulier et plus gros. Elle peut atteindre sa limite extrême et l’on a vu des personnes mourir d’inanition à la suite de ce genre d’accident. Tous les cas d’œsophagotomie présentent ce symptôme à un haut degré, et depuis que la pratique de cette opération est devenue régulière, les cas de mor par inanition sont plus rares. D’ailleurs, la difficulté de la déglutition n existe pas toujours pour les aliments et les boissons. Dans beaucoup d observations, il est dit que les aliments liquides étaient avalés alors que ceux qui étaient demi-solides ou pâteux étaient arrêtés. Il y a là un mo}cu qui est facile et bien connu d’apprécier le degré de la dysphagie, et