Colin . Thèse de Paris
S’il n’est pas possible d’inlroduire les rétropulseurs, il Faut chercher à attirer le corps au dehors au moyen des agglutina tifs. La substance estelle molle, on pourra la désagréger avec le stylet (coton) ; est-elle friable, on essayera de la briser, sans insistance, et mieux vaut savoir temporiser que de vouloir réussir à tout prix. Tel est l'avis de Bonnafont et de hou nombre de chirurgiens. En résumé, pour les corps étrangers réguliers, les injections doivent être employées les premières, et si on est obligé de recourir à d’autres moyens, on s’adressera de préférence aux crochets simples.
w2° Corps etrangers irréguliers. — Comme les précédents ils peuvent être lixes ou mobiles; dans le premier cas, on cherche à les mobiliser, ce qui n’est pas toujours très facile, quand ils sont par plusieurs points implantés dans la paroi. Sont-ils irréguliers et durs, on ne doit pas se hâter outre mesure et surtout ne pas recourir aux instruments avant d’avoir bien précisé leur position, leur forme et leur siège. Plus que tous les autres corps ils s’accompagnent d’un gonflement de la muqueuse qui restreint encore le champ d’exploration et celui des manœuvres. Encore dans ces cas mobiliser le corps étranger par des injections et, à leur défaut, au moyen d’un crochet, est la meilleure conduite. Sont-ils pointus comme les aiguilles, les grains d’avoine, il peut arriver que les deux pointes ou une seule soient enfoncées. Dans la seconde variété on se sert de l’extrémité libre pour dégager l’autre; dans la première les injections sont inutiles et par un moyen quelconque il importe d’arriver à couper en deux le corps étranger. Celte section se fait assez facilement pour les corps de consistance moyenne, comme un grain de blé ; elle est plus dillicilc pour une aiguille, comme dans un cas de Fleury cité plus haut. Il faudrait dans des circonstances aussi perplexes recourir aux duplicateurs qui plieraient l’épingle ou briseraient l’aiguille, dont on retirerait 1rs fragments isolés ; mais déjà ces manœuvres sont dangereuses et elles ne sont indiquées qu’en raison de la certitude des accidents'graves que provoquerait le séjour d’un pareil corps. 11 sera plus que jamais nécessaire de ne pas se départir de la plus grande prudence.
L’extraction des corps étrangers irréguliers et mobiles n’est pas plus difficile que pour les corps réguliers, elle demande seulement plus de précaution. Il faut utiliser les injections, et si elles ne réussissent pas, à l’aide d’un bon éclairage, saisir directement le corps entier ou fragmenté au moyen de pinces, de crochets, etc. On pourra d’ailleurs, suivant les cas et les indications particulières, recourir aux procédés multiples exposés dans la première partie de ce chapitre.
Traitement «les complications. — Le médecin n’est souvent appelé à donner ses soins aux malades qu’après que les accidents aigus ou chroniques se sont déclarés : I inflammation locale ou diffuse est de tous le plus frequent ; la douleur <*t les réflexes viennent ensuite. Evidemment d y aurait indication à ne pas laisser en place le corps qui a produit et qui entretient 1 irritation ; mais lorsqu’il y a gonflement du conduit, on ne peut qu useï de la méthode de douceur, faire des injections émollientes et expulsives, appliquer des sangsues, des cataplasmes, en un mot faire un traitement antiphlogistique. C’est l’avis d’itard et de la plupart des chirurgiens, et il est très juste, parce que toute tentative instrumentale aveugle a pour conséquence de refouler le corps, de produire de très violentes douleurs, de faire saigner le conduit, et quelquelois d entraîner des perforations du tympan. Ces manœuvres ne réussissent souvent qu’à aggraver la situation. L’indication serait différente si le conduit était sain et que le malade lût affecté de convulsions ou seulement d’une névralgie insupportable. Dans ce cas il faut faire des tentatives, car le gonflement ne gêne pas; mais on doit les faire avec beaucoup de prudence et bien examiner avant de rien entreprendre. C’est dans les faits de ce genre qu'à bout d’expédients, le chirurgien pourra recourir à la section supérieure du conduit auditif; ce moyen, sans être aussi mauvais que le dit Malgaigne, n’est pas d’une grande efficacité si le corps est très profond.
Que faire, quand le corps étranger, poussé par les tentatives malheureuses ou spontanément, a pénétré dans la caisse à travers le tympan? Avec Voltolini, Roosa, etc., il vaut mieux s’abstenir alors que de tenter l’extraction, quel que soit l'état du tympan. Mais il faudrait sortir de cette réserve prudente, si les accidents étaient trop intenses et menaçaient l’existence du malade. Si la présence du corps était bien certaine, le chirurgien ne craindra pas de fendre le tympan ou d’ouvrir les cellules mastoïdiennes pour faire des injections liquides cxpulsives, et au besoin pour manœuvrer des instruments extracteurs; cependant on ne doit rien livrer à l’imprévu, ne pas agir aveuglément et penser à ce cas malheureux dont parle Duplay, d’un médecin exerçant des tractions sur le promontoire, qu'il prenait pour un corps étranger! Ménière et Ledentu, grâce à cette intervention aussi habile que hardie, réussirent à extraire un petit caillou de la caisse d’un enfant.
Observation. — Petit caillou dans la caisse. Incision et injections. Expulsion du corps étranger. Guérison. — Un enfant de cinq ans s’introduit dans l’oreille un petit caillou
aplati qui, par des manœuvres intempestives faites avec divers instruments, est repoussé tout au fond du conduit Les injections répétées qui viennent après, échouent complètement; puis l’onrant est laissé au repos pendant quelques jours. Cependant des phénomènes généraux et locaux d’une certaine gravité attirent l'attention et, parmi ces derniers, une paralysie faciale inquiétante nécessite une intervention immédiate. L’examen à l’aide de l’otoscope ne laisse voir aucun corps étranger sur toute la longueur du conduit auditif externe, la membrane du tympan semble même inlacte mais elle est un peu tuméfiée et présente à sa surface une ligne blanchâtre. Jugeant que le corps étranger a pénétré dans la caisse par une ouverture du tympan qui s’est ultérieurement cicatrisée et par conséquent refermée derrière le caillou, M. Ménière fait, en présence deM. Ledentu, avec un bistouri droit, une petite incision à la membrane tympanique : un stylet bien fin et introduit avec une extrême précaution permet alors de sentir le corps étranger au milieu de 1 oreille moyenne, mais on se contente de cette seule exploration. Des injections sont immédiatement pratiquées et répétées plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Le troisième jour, le caillou sortait de lui-même pendant une de ces injections. (Union medicale, 1873, p. 805.)
Enfin, on pourra aussi recourir aux insufflations par la trompe d’Eustache, à l’exemple de Deleau. Quant à la combustion préconisée par Vol toi in i, j’estime qu’il vaut mieux abandonner le corps à lui-même que d aller pour un bénéfice hypothétique faire courir à des organes si sensibles et si voisins du cerveau des dangers difficiles à éviter.
Du manuel opératoire de l’extraction . — J'ai dit de quelle façon 011 devait se servir des injections ; il ne sera donc question ici que des manœuvres d’extraction instrumentale. En raison de l’excessive sensibilité du conduit, il est préférable d'anesthésier les malades, surtout les enfants très indociles, quand on doit pratiquer des opérations. Tous les chirurgiens ne partagent pas cette manière de voir, etTillaux repoussej’anesthésic comme dangereuse. En général, on se sert du chloroforme; avant celui-ci, Ratier avait eu recours h l’ivresse chez un enfant de sept ans auquel il fit boire du vin de Saumur pour lui retirer un caillou de l’oreille i. D’autres se sont bornés à verser quelques gouttes d’éther ou de chloroforme dans le conduit ou à placer un tampon imbibé de ces liquides dans le méat; ces moyens réussissent moins bien. Je pense qu’on ne devra recourir à l'anesthésie qu’autant qu’il y a un peu d’irritation du conduit, qu’autant que les enfants seront très indociles, et que le chirurgien présumera des difficultés.
Si le malade n’est pas anesthésié il sera placé dans un bon jour et oi fera tomber dans son oreille préalablement nettoyée les rayons directs ou réfléchis de la lumière solaire et, à son défaut, de la lumière d’une bonne lampe. Burckhardt-Mercan, dans un travail présenté à la Société