CHAPITRE III
DU SORT DES CORPS ÉTRANGERS DES FOSSES NASALES. ACCIDENTS QU’ILS PROVOQUENT.
Lorsqu’un corps étranger a été introduit dans est rare qu’il passe complètement inaperçu ; cette
les fosses nasales, il éventualité se pré-
sente quelquefois , quand un phénomène concomitant ou quelque circonstance particulière détourne l’attention des malades. Ainsi la souffrance et le malaise inexprimables pendant les vomissements empêchent de s apercevoir de 1 entrée de quelques parcelles alimentaires ou même de noyaux dans le nez. D’autres fois, le malade insensibilisé au moment de l’accident par la boisson, n’a pas conscience de l’accident qui lui est arrivé, ou bien il l’attribue à une cause différente. Cependant, tôt ou lard, les accidents peuvent apparaître, d’autant plus rapides que les corps étrangers sont plus irréguliers et plus volumineux. L’étude des phénomènes primitifs et consécutifs se divise naturellement
en deux parties, suivant qu’ils sont tolérés ou qu’ils provoquent des accidents.
1° i»c la tolérance. — 11 n’existe pas d’exemple de tolérance absolue, parce que la présence d'un obstacle si petit qu’il soit nuit toujours au passage de l’air ; on peut rapporter à cette variété un certain nombre de faits qui prouvent que, pendant une période d’années très longue, ces corps sont restés indolents, ignorés ou oubliés des malades eux-mêmes. N’a-t-on pas plusieurs fois trouvé dans des autopsies des corps étrangers logés depuis longtemps dans le nez d’une personne qui non seulement ne s’était pas plainte, mais en ignorait l’existence. D’apr es Vidal de Cassis, les Épliémérides des curieux de la nature relataient plusieurs cas de tolérance qui n’auraient pas duré moins de 20 à 25 ans. Ces faits s’expliquent d’ailleurs par suite de l’importance toute secondaire des fosses nasales, par leur étendue et la suppléance de l’autre, quand l’une est légèrement obstruée. D'ailleurs les corps qui restent ainsi longtemps inoffensifs sont, presque tous réguliers, inaltérables ou très durs, comme des noyaux de cerise, des petits cailloux, certaines graines à périsperme corné. D’un autre côté, tout en restant pendant longtemps indolent, le corps peut subir quelques modifications dont la principale et la plus fréquente est l'incrustation calcaire qui transforme le corps en un calcul à noyau ou rhinolithe.
2° Accidents divers provoqués par les corps étrangers «les fosses nasales . — Comme pour tous les autres conduits naturels, ces accidents peuvent être primitifs ou consécutifs; dans l’espèce, ils présentent, une particularité, à savoir qu’après une période initiale de durée variable, en général peu grave, ils passent très souvent à l’état chronique, ne s’amendent presque jamais et se perpétuent très longtemps sans compromettre la vie. Quelques autres ne suivent pas la même évolution, et, après une période primitive semblable à celle des précédents,
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ils restent indolents, s encroûtent de matière calcaire jusqu’à ce que, pai suite sans doute des progrès de celle incrustation, ils deviennent ii ntants et engendrent des accidents à marche essentiellement lente. J’étudierai d’abord les accidents primitifs, ensuite les modifications que subissent certains corps étrangers et enfin les accidents chroniques.
I" Accidents primitifs. — Les corps étrangers agissent à la Ibis par action de présence et par action mécanique. Par action de présence ils déterminent des troubles fonctionnels, réflexes, de l’irritation; par action mécanique des phénomènes de compression, qui en s’alliant aux précédents donnent aux accidents un caractère spécial. Le premier effet produit par un corps qui s’arrête dans le nez est de déterminer une irritation a>sez vive, eu îaison de 1 exquise sensibilité de la muqueuse qui supporte mal le contact de substances étrangères. Elle se traduit bientôt par une douleur d’une nature toute spéciale qui provoque l’éternument; c’est là un fait vulgaire faisant rarement défaut, qui peut se reproduire un grand nombre de fois, et fatigue promptement les malades. En même temps, par un mouvement instinctif et inconscient, la personne fait de grands efforts pour faire passer l’air brusquement, soit par un mouvement d’expiration forcée, soit dans une très forte inspiration. Si le corps est irrégulier, ces mouvements naturels n’aboutissent qu’à l’enfoncer et à le fixer davantage au point où il s’est arrêté. De là des lésions d’abord superficielles de la muqueuse qui saigne très facilement, et le malade 11e tarde pas à voir le mucus nasal qu’il mouche dans ses efforts beaucoup plus abondamment qu’à l’ordinaire, légèrement teinté. Tout ce cortège de symptômes s’accompagne de larmoiement, de douleurs sourdes et mal définies dans le nez, la gorge et la tête.
Le tableau des accidents primitifs diffère assez souvent, et il y a quelques-uns des phénomènes précédents plus marqués que les autres. Les corps sont-ils très petits, réternument domine; sont-ils irréguliers, bientôt apparaît l’épistaxis; sont-ils volumineux, les phénomènes d’obstruction sont plus marqués, et on voit les malades suffoqués, très gênés pour respirer, ouvrir la bouche. Cette obstruction primitive peut amener la compression et Tocclusion du canal lacrymal, quand le corps étranger siège à la partie antérieure du méat inférieur, ce qui n’est pas rare; il en résulte naturellement un obstacle au cours des larmes et un épiphora. Quand les corps irréguliers ou pointus sont introduits avec une certaine violence, on lésa vus déchirer, décoller la muqueuse, briser les cornets ou enfoncer le voilier. Certains projectiles, de même que des
7i0 traité des corps étrangers en chirurgie.
fragments de fleuret, entrés par le nez, ont pu produire ces accidents primitifs qui se traduisent toujours au chirurgien par un écoulement de sang très abondant et rebelle.
Je 11e ferai que mentionner la perte de l’odorat du côté lésé dans les cas d obtruction : car c’est un accident qui a d’autant moins de gravité que les malades 11e s en aperçoivent pas, et que l’autre narine saine supplée aux défauts de celle qui est obstruée.
Les ace ulcnls piimitifs dilfèrent un peu quand les corps siègent dans les parties postérieures; alors les corps gênent la déglutition, et jusqu’à un cei tain point 1 audition, comme il arrive à ceux qui occupent la trompe d’Eustache. Dans cette région, ils produisent une sensation de plénitude toute particulière, et une irritation fatigante bien connue des malades affectés de polypes. Enfin, ils peuvent, dans une certaine mesure, modifici le timbre de la voix qui devient nasonnee. Je citerai ici le fait de Heisclimann qui appartient aux corps étrangers de cette partie.
Observation de Fleischmann -. — Corps étranger enfilé dans la trompe d'Eustache. — « Ln homme s’est plaint pendant quelques années d’un bruit continuel dans l’oreille et d une sensation toute spéciale dans le pharynx qu il compara h celle d’un cheveu arrivé dans la bouche et dans la gorge. A l’autopsie on trouva une arête d’orge qui faisait saillie à l'orifice pharyngien et de là s’étendait jusque dans la portion osseuse delà trompe. » (Troltsch et Ilufeland und Osan's Journal 1855.)
Presque toujours les accidents primitifs se calment, quand les corps étrangers ne sont pas expulsés par les efforts naturels ou l’intervention chirurgicale, et il se produit alors des modifications diverses dans leur forme ou leur substance, en même temps qu’ils déterminent l’irritation de la muqueuse. Voyons en quoi consistent ces modifications.
- * Des altérations «les corps étrangers. — Gonflement. — Incrustation. — Toute substance susceptible de se laisser imbiber par le mucus nasal finit par se gonfler et augmenter de volume. Ce phénomène peu accentué pour le bois, les noyaux de fruits très durs, a une influence beaucoup plus réelle sur les changements de volume des haricots, fèves, pois, et en général de toutes les substances hygrométriques, comme le papier, le liège, la mie de pain, etc. Est-il besoin d’insister pour expliquer que les conditions dans lesquelles ils se trouvent sont très favorables à cette imbibition ; elles peuvent même amener la germination, ainsi qu’011 en a cité des exemples plus ou moins authentiques. O11 aurait vu un pois pousser dix ou douze racines et de l’autre côté la gemmule faire saillie. Assurément, ce sont là des faits exceptionnels qui démontrent toute 1 influence de cette imbibition. Les corps métalliques eux-mêmes subis-
sent par leur séjour dans les fosses nasales une altération lente de leur surface qui les rouille quand ils sont en fer, les recouvre d’une couche superficielle de sullures lorsqu’ils sont en plomb, connue les halles.
Mais les phénomènes produits à la surface de ceux qui séjournent longtemps sans provoquer de graves accidents sont encore plus intéressants. Par leur origine, ils se rattachent étroitement à la genèse des calculs dans toutes les cavités, aux dépens des produits de sécrétion altérés. D’ailleurs il y a plus d’une analogie entre les corps étrangers du vagin ou de la vessie et ceux des fosses nasales. De môme qu’il existe des calculs spontanés dans la vessie, de même aussi on a rencontré des ' rhinolithes dans les fosses nasales. Ces concrétions phosphatiques et calcaires se forment aux dépens du mucus sécrété par la membrane de Schneider. Cette variété de corps étrangers était connue longtemps avant le travail de Demarquay1, puisque, en 1654, Bartholin avait déjà observé un calcul de ce genre gros comme un œuf de pigeon et formé autour d’un noyau de cerise. Ruysch a rapporté le fait d'un grain de succin d’un assez gros volume qui séjourna pendant neuf ans dans les fosses nasales d’une petite fille; pendant tout le temps, elle souffrit beaucoup jusqu’à ce qu’en éternuant elle rendit le corps étranger entouré d’une matière pierreuse et plâtreuse. C’est sous cet aspect que ces calculs à noyau se présentent le plus souvent, mais avec quelques variétés qui tiennent soit à la nature du corps, soit aux modifications de la sécrétion. Quelquefois, en effet, les concrétions sont plus foncées, grisâtres, brunes et noirâtres, et offrent quelques analogies avec les calculs muraux. Leur forme est presque toujours sphérique ou cubique ; leur volume varie depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’un œuf de pigeon, comme dans le cas de Bartholin. Sous le rapport de la consistance, elles présentent deux lypes différents; les unes sont très compactes et très dures, se laissent scier comme des pierres, tandis que d autres sont si friables que la pression des pinces ou les stylets en sépare des fragments grenus. Quant à leur composition, elle est à peu de chose près la même que celle des autres concrétions calculeuses, et d apres les analyses de Bouchardat, elles seraient composées de phosphates et de carbonates de chaux et de magnésie, ainsi que de chlorures alcalins et d oxysu II lires ; ces éléments sont réunis par un mucus desséché. La plupart de ces concrétions sont formées autour de noyaux de cerise; la science en possède un certain nombre d’exemples qui ont presque tous été réunis