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CHAPITRE IV

DU DIAGNOSTIC

Comme la présence des corps étrangers des fosses nasales ne se traduit par aucun phénomène caractéristique, le praticien s’adressera, pour poser le diagnostic, aux commémoratifs d’une part, à l’exploration par la vue et le toucher de l’autre. Celte dernière a même une valeur de beaucoup supérieure à la première source de renseignements, parce que les commémoratifs n’existent pas toujours, et. qu’ils peuvent même induire le chirurgien en erreur. Ne voit-on pas, en effet, des enfants, par

Fig- 9”- — Spéculum nasi de Duplay.

ci ainte de blâme ou par peur d’une opération, 11e pas avouer l’aceident qui Joui est arrivé? Ailleurs, il est narré qu’une servante n’osa dire qu un entant confie .1 sa garde s était introduit un corps étranger dans les narines. A ces faits, qui 11e sont pas rares, il faut joindre ceux dans lesquels la pénétration a eu lieu par le pharynx, presque toujours sans que les malades en aient conscience (Hickman). Cependant il sera bon de ne pas négliger les commémoratifs, et de puiser à cette source avant de s’adresser à l’autre.

L’exploration comprend deux sortes de procédés, suivant qu’on se sert à cet effet de la vue ou du toucher ; l’exploration visuelle doit toujours précéder la seconde. Grâce à l’éclairage naturel, on peut inspecter les premières parties des voies nasales; mais le plus souvent on doit recourir à la rhinoscopie au moyen du spéculum nasi de Duplay et du miroir ophthalmoscopique. Sauf dans quelques cas très difficiles, ces moyens simples suffiront. Ils ont permis de découvrir la véritable origine d’accidents chroniques et rebelles à tous les autres moyens de traitement, comme dans le cas de Ru Hier.

Observation — Corps étranger dans les fosses nasales méconnu pendant trois mois. — « Il s’agit d’une petite tille qui avait depuis plusieurs mois le nez dans un état inquiétant dégonflement douloureux et de suppuration intérieure. On la croyait atteinte d ulcère scrofuleux. Une foule de remèdes inutilement employés faisaient regarder sa maladie, sinon comme incurable, du moins comme très rebelle. Ce fut alors qu’examinant avec soin et à un beau jour l’intérieur du nez de celle enfant, Huilier aperçut un corps etranger obliquement dirigé en travers et arrêté dans la narine droite à huit ou neuf lignes environ de l'ouverture du nez. L’extraction fut facile et la cessation des accidents prompte. C’était un morceau de bois déjà altéré, ramolli, long d’un demi-pouce au moins. La petite fille l’avait laissé échapper dans le nez et la crainte d’èlre grondée lui ht garder le silence sur cet accident. » ( Dict . des Sciences médicales.)

Cependant l’exploration visuelle est plus difficile pour les corps qui siègent à la partie postérieure des fosses nasales, et il y aurait utilité à se servir alors du laryngoscope retourné. La vue permet bien de reconnaître quelque gonflement insolite dans la région, mais il est plus difficile de préciser d’emblée la nature du corps, surtout s'il est recouvert de mucosités, ou enchatonné, ou devenu le centre d’un calcul. Dans ces cas, il faut confirmer les renseignements par l’exploration tactile.

La recherche des corps étrangers ne peut se faire avec le doigt que pour ceux qui siègent dans l’arrière-cavité des fosses nasales, et les sen-

sations qu'il donne sont très précieuses; mais il faut recourir aux sondes et aux stylets pour ceux qui occupent les fosses nasales proprement dites. Grâce h ce moyen, on évitera de prendre les corps étrangers pour des polypes ou autres productions molles; souvent il restera encore quelque incertitude dans le diagnostic différentiel avec une nécrose. Cette sensation, surtout quand le corps est recouvert de dépôts salins, a pu mettre en défaut la sagacité des chirurgiens ies plus éminents et entre autres celle de Tillaux, Lemaistre, etc. C’est alors qu’on doit pen • sera la possibilité d’un corps étranger et ne rien tenter avant plus ample information.

Si le diagnostic présente des difficultés quand on explore consciencieusement, combien les erreurs ne seront-elles pas plus fréquentes lorsqu’on ne fait pas d’examen régulier. Plusieurs fois des médecins ont pris pour des polypes des noyaux de cerises, et leur ont appliqué les traitements les plus anodins, comme ce chirurgien qui insufflait depuis quelque temps de l’alun dans les fosses nasales d’un homme porteur d’un corps étranger. De même, au dire de Boyer, « on prit chez un enfant un pois pour un polype, et la méprise ne fut reconnue qu’après l’extraction du corps étranger qui avait germé et poussé dix à douze racines dont la plus longue avait 5 pouces 4 lignes ». L’ozène qui accompagne si souvent le séjour prolongé dans les fosses nasales, l'ichor fétide qui en découle, expliquent la confusion qu’on a pu faire avec des ulcères scrofuleux, syphilitiques, des nécroses et des caries des os du nez. Tôt ou tard, un examen sérieux, l'échec des spécifiques, l’inefficacité du traitement, éclairciront le diagnostic.

CHAPITBE V

DU TRAITEMENT

i>es indications à remplir. — Bien que les corps étrangers des fosses nasales par leur séjourne compromettent pas la vie, il faut cependant les extraire dans tous les cas, parce que, plus tard, ils deviendront l’origine d’accidents inflammatoires chroniques et d'une infirmité gênante. D’ailleurs les moyens que nécessite l’extraction ne sont pas dangereux et ne mettent jamais en péril la santé des malades. Mais les indications diffèrent un peu, suivant que le corps occupe les parties

antérieures ou postérieures : car il y a intérêt à faire sortir le corps étranger par la même voie que celle d’entrée. Le chirurgien se laissera guider dans le choix d une méthode par la forme, le siège, les irrégularités et même la consistance du corps. Lu e 1 1 et , il sera préférable de réduire en fragments un corps qui, comme les concrétions, serait friable et dont l’extraction en niasse présenterait des dil'licultés.

1° Moyens d’expulsion naturels. — Souscenom, je rangerai les procédés fondés sur des actes physiologiques, comme l’inspiration, l’expiration, l’action de se moucher, l’éternumcnt. Ces petits procédés vulgaires ont souvent au début une eflîcacité très grande, et il est rare qu’ils n aient pas été employés avant l’arrivée du médecin. Je n’entrerai pas dans le détail de leur mode d’action, me bornant à dire qu’ils ont pour base l’action du courant d’air volontairement ou involontairement inspiré ou expiré. L éternumnt est de tous celui qui a la plus grande puissance, en raison de l’extrême violence de l’expiration; pour leprovo. quer, on a dû souvent s adresser à des sternutatoires, à des poudres excitantes et irritantes, comme le tabac, le poivre, le gingembre. Breschet cite un exemple de succès dû au tabac.

Observation. — En 1718 un pci it garçon s’était introduit un pois dans le nez; ce pois se gonfla, de manière que trois jours après il remplissait la narine. Le doigt ou un instrument porté dans les fosses nasales faisaient couler le sang en abondance. Lamotte fit priser du tabac au petit malade, qui éternua, et le pois fut rejeté.

Cependant, ces procédés ne sont guère susceptibles de fournir des résultats que si on s’adresse tà eux peu de temps après l’accident et si le corps est régulier et d’un moyen volume. Il faut, en effet, pour que le courant d’air agisse dans l’un ou l’autre sens, que l’obstacle oppose une résistance suffisante au passage de l’air, sans qu’elle soit trop forte. Or, un corps petit et irrégulier, ou trop gros, ne réaliserait pas ces conditions.

2° Extraction des corps étrangers. — Deux procédés permettent de les retirer : ce sont, d’une part, l’extraction par les narines; de l'autre, parle pharynx. L’extraction nasale se fait au moyen des mêmes instruments que pour l’arrachement des polypes et pour les opérations qui se pratiquent dans les fosses nasales. Ainsi tous les auteurs recommandent la pince à polypes ordinaire; à son défaut, des pinces à pansement, des pinces de tous genres pourront les remplacer. D’une façon, tous les instruments décrits au chapitre dés corps étrangers de l’oreille sont susceptibles d’application aux fosses nasales et avec beaucoup plus de chan-

ces de succès. Je citerai entre autres la curette de Leroy et toutes les curettes du même genre, les pinces et les forceps articulés. Durham conseille l’emploi de ces derniers pour retirer un corps mobile qui fuit

devant les pinces ordinaires. Chaque branche est introduite séparément et ensuite elles sont articulées. Déjà Pauli1 avait imaginé, dans le même but, un petit lorceps miniature. On s’est encore servi d’un autre moyen

qui consiste à passer un tampon de charpie assez petit dans l’arrièrecavité des fosses nasales au moyen de la sonde de Belloc ; l’extraction de ce tampon entraînerait celle du corps étranger. Mais il me semble que

dans les cas où on peut introduire une sonde de Belloc, les autres in struments peuvent agir.

Quand l’extraction par les moyens qui précèdent ne réussit pas, on doit chercher à enfoncer le corps étranger et à le retirer par le pharynx; à

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