CHAPITRE II
DU SORT DES CORPS ÉTRANGERS DES CONDUITS GLANDULAIRES
I" Accidents primitifs. - Avant d'entrer dans l’exposition des accidents pnmitils, je ferai remarquer que la présence d’un corps étranger dans un conduit salivaire ou autre ne détermine pas des accidents immédiats graves, et que sous ce rapport il y a une grande différence avec les aulres voies naturelles déjà étudiées. Presque dans la moitié des cas, les malades ignorent les circonstances de la pénétration; à tel point les accidents primitifs sont parfois légers ! Mais il n’en est pas toujours ainsi, et quelquefois l’attention a été de bonne heure attirée par de vives douleurs qui ont pu être assez intenses pour provoquer des troubles cérébraux. Cette douleur surtout bien constatée dans tous les corps logés dans le canal de Wartlion s’explique de plusieurs manières: tantôt elle est due a l’irritation provoquée par la présence d’un corps insolite dans le conduit, tantôt aux mouvements de la partie; il faut encore faire entrer en ligne de compte la rétention plus ou moins complète des produits de sécrétion, qui donne naissance à un sentiment de gêne, de tension et de souffrance. La douleur s’explique encore par 1 irritation que l’extrémité du corps étranger saillant détermine par ses frottements sur les parties voisines. Tel est le cas pour la conjonctive,
que les cils introduits dans les points lacrymaux ne tardent pas à irriter.
Les autres phénomènes qui apparaissent peu de temps après l’introduction sont l’obstruction du conduit et la rétention du liquide sécrété. Ce symptôme ne se produit pas toujours, et cela pour des raisons diverses. Lorsque le corps étranger est très exigu, comme une soie de sanglier dans le canal de Wartlion, il n’empêche pas le passage de la salive entre la paroi et lui et il n’y a pas de rétention. De même encore,
1 obstruction d’un des points lacrymaux ne s’oppose pas d’une façon absolue au passage des larmes dans l’autre conduit; il n’y a alors qu’une gêne dans l’émission des larmes, tandis que dans quelques autres cas la rétention est beaucoup plus complète. Les symptômes de cette rétention sont assez peu nets, et dans un seul exemple ils ont eu une acuité suffisante pour que les malades aient dû consulter le médecin. Le malade de Cumano éprouvait des souffrances très vives, telles qu’il pouvait, à peine
ouvrir les màcKoires. 11 souffrait de lancées au côté gauche de la base de la langue, dans le trajet de la glande sous-maxillaire correspondante. Bientôt elle devint gonilée et rouge, les mouvements de la langue gênés. Tous les symptômes étaient déterminés par la présence d’une paille introduite peu d’heures auparavant dans le canal de Warthon, et il me semble impossible, en raison delà rapidité de l’apparition, d’y voir autre chose que la rétention.
2° Accidents consécutifs. — Abandonnes a eux-mêmes, les eoips étrangers des canaux glandulaires peuvent être tolérés quand ils ne provoquent pas autour d’eux une trop grande irritation et n’obstruent pas la lumière du conduit. L’existence des calculs indique que cette tolérance dure assez longtemps, et elle a souvent servi de base a des méthodes thérapeutiques. Ainsi, nous ne sommes pas encore bien éloignés d’une époque où Philips et d’autres plaçaient à demeure des canules en plomb ou en argent dans le canal nasal pour rétablir la voie des larmes. Ces canules pouvaient rester pendant de longues années sans déter-
miner aucun accident.
Même dans les cas les plus favorables, il se produit des modifications diverses dans le canal, le liquide qu’il contient et la glande ; enfin, il n’est pas jusqu’au corps étranger qui à la longue n’éprouve certaines modifications, entre autres l’incrustation. Le canal subit de bonne heure l’effet de sa présence ; et la gêne dans l’émission des liquides amène une ampliation insensible, une dilatation sacciforme à son niveau et au-dessus de lui ; le liquide qui s’accumule ainsi n’est pas le produit normal de la glande, car celui-ci ne tarde pas à s’altérer sous l’influence de l’irritation propagée à l’organe et par le seul fait, de sa stagnation. Peu à peu, la sécrétion change de nature, devient trouble, contient du muco-pus en assez grande abondance, mêlé a des parties normales. D’ailleurs, cet écoulement ne reste pas umlormc et subit des alternatives d’augmentation ou de diminution suivant que la glande est plus ou moins surexcitée ; au moment des repas, le flot° de salive ne trouve pas un passage aussi libre, d’où résulte une augmentation dans la douleur comme dans le fait suivant de
Sheller.
Le frère du médecin
Observation. — Corps étranger dans le cariai de Stenon. qui rapporte l’observation avait senti huit mois auparavant, à la partie postero-superieure du muscle masséter, une induration large comme une piece de 50 centimes, indurat o indolente qui devenait légèrement sensible pendant la mastication. Depuis deux semaines la douleur était devenue plus vive, surtout pendant les efforts de n.astieal.on, e en même temps il se développa le long du masséter une tuméfaction elendue de 1 oieille
CORPS ÉTRANGERS DANS IÆS CONDUITS GLANDULAIRES
l’angle (lu maxillaire, telle que le malade était défiguré. Au bout de quelques jours il remarqua qu’un corps étranger faisait saillie dans la bouche, dans la région de l’orifice du canal parotidien. On le lit sortir par la pression des parties molles et on reconnut un petit grain d’avoine dont la substance avait été digérée par la salive jusqu’à la gangue restée inattaquée. Il est difficile d’expliquer la pénétration du grain d’avoine dans le canal. Le gonflement périodique et apparent du masséter était occasionné par l’augmentation passagère du volume de la parotide. ( Schmidt' s Jahrbücher, 1877. V. 170,
La dilatation du canal donne lieu insensiblement à la formation de véritables kystes, ainsi qu’on le voit dans l’observation précédente ; le canal de Wartbon est, plus que tout autre, sujet à cette altération, et il en résulte une curieuse variété de grenouillette sur laquelle Claudot a récemment attiré l’attention. N’est-il pas évident que la dilatation du canal nasal est à peu près impossible et que le sac lacrymal pourra seul subir l’influence de l’obturation du conduit? mais l’émission des larmes se fait encore par regorgement, de sorte que l’inflammation du sac n’arrive que très lentement.
La glande elle-même ne tarde pas à éprouver les effets de la gêne dans l’écoulement du liquide sécrété, et elle est dans les cas les plus simples irritée d’une façon persistante. L’obstruction mécanique produit au début une accumulation de liquide, une rétention, qui se traduisent par un gonflement de l’organe et surtout une sensation très pénible de distension ou de réplétion. La région devient douloureuse, elle est au bout de peu de jours le siège d’une fluxion qui peut dans quelques cas passer à l’inflammation; cette terminaison, la plus rare, a été quelquefois observée, pour la parotide comme pour la glande sous-maxillaire. Quand la suppuration en est la conséquence, le pus se collecte dans la glande dégénérée et ramollie et proémine toujours vers l’extérieur ; en voici un exemple.
Observation de II. Sénator. — Parotidite suppurée par obstruction du canal de Stenon. — Un enfant de G mois, au moment où Sénator le vit pour la première fois, avait 40", G de température, avec une inflammation apparente de la parotide droite ; à l’examen de la bouche, on trouva à l’orifice du conduit de Stenon un point grisâtre. On en retira avec une pince un corps étranger de 4 centimètres de long, de forme allongée comme un ver. A un examen plus attentif on reconnut une plume très fine de duvet. Malgré cette petite opération on fut obligé d’ouvrir l’abcès parotidien. 11 a été impossible de se rendre compte du mode d’introduction du corps étranger (in Schmidt' s J arhbûcher , 1877, V. 174. p. 2 G 5 ) .
La même terminaison est notée dans quelques autres observations de corps étrangers du canal de AVartlion; alors le pus apparaît au niveau de l’angle de la mâchoire ; dans un cas, la suppuration donna issue au corps
étranger qui avait enfilé tout le conduit avant d’enflammer la glande. L obsti ut tion du canal nasal peut-elle avoir quelque retentissement sur les glandes lacyimales ? Je ne le pense pas, mais on connaît bien aujourd hui la coexistence de la conjonctivite dite lacrymale quand il y a un obstacle a 1 émission des larmes par la voie nasale ; pareil accident se produit encore quand l’obstruction est mécanique.
Il n est pas nécessaire que 1 altération du parenchyme glandulaire soit aussi marquée pour que le liquide sécrété change de nature, car la composition se trouve promptement modifiée même dans les cas les plus légers. Sous l’influence de l’irritation sympathique, la richesse saline de la salive ou des larmes augmente sensiblement et ce liquide, trouvant sur son parcours un corps étranger favorable à son dépôt, abandonne chemin faisant une partie de ses phosphates ou carbonates, etc. Telle est l’origine des concrétions calculeuses qui ont été rencontrées quelquefois, assez rarement, dans les conduits glandulaires.
Si 1 on tient compte de 1 étroitesse des canaux, de la gêne que produisent ces calculs en s accroissant, le petit volume de ces concrétions n étonnera personne. Cependant elles sont souvent volumineuses relativement aux calculs toujours très petits qui se trouvent accidentellement dans ce conduit. Ils en diffèrent non-seulement par le volume, mais encore par la consistance, la régularité, et même la coloration ; ceux qui se forment autour des corps étrangers sont en général allongés, grenus, irréguliers, friables, tandis que la régularité, la consistance, la forme sphérique, caractérisent les autres.
L incrustation nécessite toujours un séjour très prolongé pour arriver à produire des dépôts un peu volumineux; au bout de peu de jours 1 existence d’une légère couche a été bien constatée dans plusieurs observations. — Je citerai ici un exemple peu commun d’incrustation dans le canal de Stenon :
Observation. Calcul du canal de Stenon formé autour d'un petit fragment de bois. Le 25 fructidor an VI se présenta à l’hospice Saint-Eloi, Marie Martin, âgée d environ cinquante ans, atteinte d’un gonflement érisypélateux à la joue gauche avec tension et dureté de la parotide du même côté ; les mouvements de la mâchoire étaient gênés et la difficulté d’ouvrir la bouche s'opposait à l’examen de l'intérieur de celte cavité. La maladie, qui avait commencé depuis 7 jours, n’étant point accompagnée de fièvre ni d aucun symptôme de gastrite, je la croyais entretenue par la carie des dents, comme cela arrive assez fréquemment : la malade se plaignait de quelques élancements vers la partie antérieure de la parotide lésée.
Je me contentai de fomenter la partie affectée avec l'infusion de fleurs de sureau saturnisée : , et à 1 aide de ce traitement topique la diminution des symptômes fut telle, le troisième jour de ce traitement, que les élancements, la rougeur et la tension étaient
CORPS ÉTRANGERS DANS LES CONDUITS. GLANDULAIRES
presque effacés et que la liberté des mouvements de la mâchoire me permit d examiner la bouche. Je vis alors les dents en très bon état; mais je trouvai dans l’épaisseur de la joue malade une dureté circonscrite, sensible à la face interne, très peu à l’externe, située sur le trajet du conduit de Stenon et près de tson orifice dont la dilatation plus grande que dans l’état ordinaire me laissa aisément introduire un stylet. Je m’assurai par ce moyen de l’existence d’un corps solide dans l’intérieur même de ce conduit. Je lis aisément, à l’aide de pinces déliées, l’extraction de ce corps qui u’avait contracté aucune adhérence avec les parties environnantes ; il sortit un peu de pus après l’extraction et la malade fut guérie le huitième jour de son entrée à l’hospice.
Je trouvai cependant à celle époque, où tout le gonflement était dissipé, une dureté semblable à la première, située plus près delà parotide, et que je présumai formée par un corps analogue à celui que j’avais extrait; la malade ne voulut point se soumettre à une petite incision nécessaire pour le retirer de suite. J’eus cependant la satisfaction de l’ôter 4 mois après, époque à laquelle il se présenta comme l’autre, sans aucun appareil inflammatoire.
Les deux corps présentaient chacun la grosseur et la forme d’une semence d’orange; leur substance avait beaucoup d’analogie avec cette couche friable qui tapisse ordinairement les pierres de la vessie. Un petit filet de bois sur lequel s’étaient formées les incrustations, traversait la première pierre extraite; la seconde manquait de noyau. Cette femme n’avait éprouvé d’autre douleur ni d’autre embarras que ceux qui se manifestèrent à l’époque du gonflement érysipélateux ; elle en fut exempte aussi pendant l’intervalle de l’extraction des deux calculs. (Séguignol. Journ. Gén. de méd., t. XVIII, p. 09.)
Los, exemples de corps étrangers incrustés clans le canal nasal ne sont pas moins rares, et leur présence après une période de tolérance variable aboutit à des complications inflammatoires, à des ulcérations lentes qui déplacent peu à peu les corps étrangers. Plus d’une fois ces canules laissées à demeure ont insensiblement quitté le canal pour tomber dans les fosses nasales ou même à travers les os dans la cavité buccale. Desmarres a observé quelques-unes de ces curieuses terminaisons. Cependant des faits authentiques démontrent la formation des concrétions dans le canal nasal, et je reproduirai comme exemple le fait suivant emprunté à la thèse deMaunoir; le corps étranger était une canule, qui séjournait depuis quinze ans dans le canal.
Observation. — Canule oubliée dans le canal lacrymal. Incrustation. Extraction. — Mme H. de Neuchâtel fut, il y a quelques années, opérée à Londres d’une fistule lacrymale par Philips et Wathen. Elle ignorait quelle opération lui avait été faite et le résultat en fut parfaitement heureux pendant plusieurs années, mais au bout de 10 ans les larmes recommencèrent à tomber sur les joues, la région du sac lacrymal s engorgea, et bientôt on vit survenir une tumeur qui alla en s’augmentant, s’enflamma, s’ouvrit, ne se referma plus et laissa une nouvelle fistule lacrymale bien complète et d’un mauvais caractère. Je ne doutai pas qu’on lui eut introduit une canule laissée a demeure et ma sonde confirma ce jugement. Je l’opérai en incisant le sac lacrymal et introduisant dans son fond une sonde d’acier très pointue, légèrement courbée, avec la pointe de la quelle je pénétrai à travers les incrustations dans l’orifice de la canule; inclinant alors la sonde de manière à faire avec la canule un angle très obtus, j'en fis pénétrer ou du
IHAIlh DES COUPS ÉTRANGERS EN CHIRURGIE.
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■ ’ , , a Cdvl e entièrement bouchée par la même matière- le canal nasal
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Ulules lacrymales ordinaires. .