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ET CONSÉCUTIFS

Tout corps étranger arrêté dans le canal de Warthon détermine des accidents variables en intensité, qui sont le résultat de son action de présence et de son action mécanique. Comme ces deux facteurs coïncident presque toujours, il est assez difficile de savoir bien exactement la part qui revient à l’irritation et celle de la gêne dans l’excrétion de la salive. Cependant, en raison de la brièveté du conduit, de son étroitesse, il est permis de penser que toutes deux s’associent pour engendrer la série des accidents. Du reste, dans certains cas la part qui revient à l’irritation est très marquée, et c’est surtout alors que les accidents primitifs sont précoces et très aigus. Je diviserai donc les accidents en deux catégories, suivant qu’ils sont primitifs ou secondaires.

1* Accidents primitifs. — Tandis que certaines personnes n’éprouvent qu’une sensation vague après la pénétration du corps étranger, il en est d’autres chez lesquelles en moins de vingt-quatre heures elle a pris une intensité effrayante. Chez les premiers (Chauvet, Claudot, Robert), les malades n’éprouvent rien ou une sensation peu intense qui ne les empècbe pas de dormir ou de vaquer à leurs occupations ; ils éprouvent plutôt une sensation de gène, d’agacement, qui présente un caractère de soudaineté sur l’importance duquel Claudot insiste avec raison. Comme exemple d’accidents primitifs légers, je citerai le fait suivant de Vielle, publié par Chauvet.

Observation de Vielle. — Poil de brosse à dent dans le canal de Warthon. — Le 6 avail 1877, vers dix heures du soir, j’ai senti dans la région de la langue une cuisson, une chaleur, un picotement assez intense; j’étais agacé plutôt que je ne souffrais des mouvements de déglutition, de succion; tout déplacement de la langue augmentait ma petite souffrance. Voulant me rendre compte de ce phénomène insolite, j’examinai la région avec la plus grande attention ; malgré toute ma bonne volonté et les soins les plus scrupuleux que je mettais dans mes recherches, je ne pus l ien découvrir. Pas de rougeur, pas d’ulcération, pas de corps étranger pour me donner la raison du symptôme, douleur qui m’inquiétait et éveillait en moi la curiosité d’une explication. Je me couchai; le sommeil en rien incommodé par ce léger agacement fut celui de tout homme bien portant, calme et profond. Au réveil, les déplacements de la langue faisaient naître la même douleur que la veille ; mais l’examen direct montrait au milieu de l’ostium umhilicale une petite rougeur. La muqueuse était, dans ce point, gonflée, tendue, œdéma-

liée, et la chaleur et le picotement trouvaient ainsi, jusqu’à un certain point, leur raison d’ètre. 11 fallait s’en tenir là pour le moment; il n’y avait aucune indication a remplir. Le malin, je vais-à l’hôpital comme d’habitude; à midi, dans un moment de déglutition, j’éprouvai une douleur un peu plus vive, et, de plus, la sensation d’un corps etranger qui change de position. Alors un jet de lumière traverse mon cerveau ; je me rappelle une clinique entendue à Saint-Louis dans le courant de décembre, clinique publiée depuis par le Progrès médical, et ayant trait aux accidents de la lithiase salivaire. Sans prendre le temps de regarder dans une glace si rien n’apparaissait à l’ouverture du conduit excréteur de la glande sous-maxillaire, je priai mon excellent ami Chauvet de me retirer un corps étranger du canal de Wharton. Celui-ci vit à l’ouverture du conduit découvert par Van Ilorne quelque chose ressemblant à un poil. Je me mets en face d’une glace el je fais la même constatation. 11 n’y avait plus qu’une chose à laire, 1 enlever; mais pas d’instrument, pas de pince. L’extrémité était trop peu saillante pour donner prise aux doigts ; d’ailleurs la crainte de le faire enfoncer nous fit immédiatement renoncera ce mode d’extraction.Comme au moment du danger on fait flèche de tout bois, mon ami prend deux allumettes et saisit l’extrémité du corps étranger entre les deux arêtes vives du morceau de bois. À la troisième tentative, il arracha un poil de Um ,015 de long. Comparé aux poils de ma Imosse à dents, il en avait la longueur, la couleur, la consistance, et aucun doute n’était possible sur ce point. Toute sensation douloureuse disparut immédiatement ; la rougeur seule persista pour disparaître le lendemain. » ( Thèse de Chauvet , 1877.)

Les accidents aigus ne sont pas toujours aussi bénins que dans le fait précédent, et le malade de Deléry eut une période initiale d une intensité très grande qui ne tarda pas à diminuer insensiblement. Il faut évidemment tenir un peu compte dans ce cas de l’irritabilité individuelle ; cet homme fut réveillé pendant son sommeil par des douleurs atroces ; il y avait un gonflement notable de toute la région sous-maxillaiic et des douleurs irradiantes dans la tête et la face. En même temps on a vu la fièvre se déclarer à cette première période et les accidents continuer a croître en intensité pendant quelques jours. Si l’affection est enrayée a temps, le chirurgien ne constatera que ces symptômes primitifs, mais si l’extraction n’a pas été faite, deux éventualités peuvent se produire : ou bien le corps devient indolent, et les accidents se calment momentanément pour faire place à une période silencieuse qui dure des mois, ou bien, comme dans* le cas de Cumano, l’irritation continue, l'inflammation survient; elle ne tarde pas à se propager à la glnn de sousmaxillaire et au tissu cellulaire périphérique. Cette variété d accidents complète l’étude de Claudot, et donne une idée précise de la propagation de l’inflammation au tissu glandulaire lui-même ; les symptômes sont nettement décrits, bien observés, et on voit à une première période la glande enflée, la gêne dans les mouvements de la langue, tous les symptômes de la sous-maxillitc et du phlegmon péri-glandulairc. Dans ce cas, il n’y a pas de rémission comme dans ceux de Délery, Claudot, et en

moins do quinze jours la suppuration se forme ; un premier abcès est bientôt suivi d un second qui s’ouvre dans la bouche comme le précédent. Ces abcès se reforment tant que le corps étranger persiste, et le jour où la paille est enlevée ils disparaissent insensiblement. Toute cette succession de phénomènes appartient en même temps à l’irritation et aussi à l’obstruction du conduit ; d’abord locale, l’affection ne tarde pas à envahir la glande, et on trouve toujours cet organe augmenté de volume, plus sensible à la pression, avec un empâtement diffus de la région sous-maxillaire qui a quelque chose d’analogue à celui de la parotide dans les oreillons. Quant aux abcès, ils appartiennent à la variété a laquelle Chassaignac a donné le nom de canaliculaires, et ils ne sont pas tonnés au centre de la glande, mais dans le tissu cellulaire périphérique, ainsi que le prouve leur cicatrisation et la conservation du tissu

glandulaiie. Je reproduirai ici cette intéressante observation de Cumano.

Observation. Corps étranger introduit dans le canal de la glande sous-maxillaire, par M. Cumano. Le 22 Juillet, M. Guastalla, médecin, nettoyait ses dents avec un lu in de paille de la longueur de 8 lignes. Voulant faire saigner les gencives inférieuics, il porta ce cure-dents derrière les dents incisives, et sous la langue en même temps qu il parlait; il lui échappe des doigts et un instant disparaît. M. Guastalla éprouve aussitôt des douleurs très vives : 24 heures après, les douleurs étaient si intenses qu il pouvait à peine ouvrir les mâchoires. 11 éprouva des lancées au côté gauche de la hase de la langue dans le trajet de la glande sous -maxillaire correspondante. Peu de temps après, ces douleurs se propagent à l’articulation maxillaire correspondante, à la fosse temporale et dans l’oreille. Le malade ne peut mâcher, il est obligé de se nourrir d aliments liquides; la glande sublinguale est gonflée et rouge ; les mouvements de la langue gênés; il y a menace de suffocation par suite de la propagation de la phlogose dans rarrière-bouche.

Ces phénomènes sont attribués par M. Cumano à la présence d’un brin de paille dans le conduit de la glande sous-maxillaire; il prescrit des saignées générales et locales. Le / août, un abcès se forme et s’ouvre dans la bouche au-dessus de la glande en question, il en sort une humeur salivaire et purulente très fétide ; le malade est soulagé ; mais on cherche en vain le corps étranger.

Le 9 août, un second abcès se forme vers la glande sous-maxillaire gauche et est accompagné de douleurs pulsatiles. Le 15, on l’ouvre; il donne issue à beaucoup de pus fétide; mais pas de corps étranger. Le 24, l’ouverture est cicatrisée; mais la cicatrice reste dure et douloureuse; le malade y accuse de temps en temps des élancements. Nouveaux accès inflammatoires ; abcès près de la glande thyroïde ; incision, pas de corps étranger. 3 heures après on voit sortir par l’ouverture de cet abcès un brin de paille de la longueur de trois lignes. 7 jours plus tard, un autre abcès se déclare à côté du dernier. La glande sous-maxillaire n’est pas dure , mais le malade y accuse des élancements : nouvel abcès ; puis des végétations fongueuses se déclarent par des ouvertures dans la bouche ; on sonde avec un stylet et l’on y sent un reste de corps étranger.

Le 15 septembre, au moment où le malade rinçait sa bouche, il voit sortir spontanément un brin de paille de la longueur de 5 lignes et demie. Guérison. » (Gaz. médicale de Paris, 1858.)

-° Accidents consécutifs. — Les accidents du début calmés, le malade ne se plaint pas et il eu perdrait le souvenir, si d’autres phénomènes très lents ne se produisaient. L’inflammation reste subaiguë pendant tout le tempsqui s’écoule entre l’introduction et l’apparition des accidents. Quand le malade demande des secours, il accuse une sensation de gêne, une douleur intermittente dans la région sublinguale, une certaine difficulté dans les mouvements de la langue. L’exploration par la vue et par le toucher permet de découvrir sous cet organe une double tumeur qui se compose de deux parties, l’une antérieure, l’autre postérieure et externe; la première est formée par une dilatation kystique du canal de Warthon ; elle est fluctuante, molle, ovalaire, piriforme à pointe tournée vers l'ostium, et participe des symptômes ordinaires de la grenouillette. Quand on presse sur elle, on fait sourdre par l’ostium umbilicalc quelques gouttes d’un liquide trouble. Vient-on à jeter un peu de sel sur l’ouverture, il en sort de la salive qui provient du côté sain.

L’autre tumeur diffère de la précédente ; elle est plus dure, résistante, douloureuse à la pression, mal délimitée; elle fuit sous le doigt et la palpation, entre la main placée sous l’angle delà mâchoire et l’indicateur placé dans la bouche, fait facilement reconnaître qu’elle est constituée par la glande sous-maxillaire.

Telles sont les lésions qu’on observe au bout d’un certain temps et qu’on peut résumer en disant qu’il se fait une dilatation kystique du canal, un catarrhe du conduit, et une sous-maxillitc chronique.

De son côté, le corps étranger ne reste pas toujours inerte et on l’a vu subir les mêmes modifications que les autres corps étrangers de la vessie, par exemple, c’est-à-dire qu’il devient le noyau de concrétions phosphatiques et calcaires. Quatre fois sur les .cinq cas de séjour prolongé cette modification eut lieu.

Les altérations qui se produisent dans le conduit méritent de fixer quelques instants l’attention; d’ailleurs elles sont identiques à celles des canaux glandulaires et consistent : 1 dans une irritation chronique et une inflammation catarrhale du conduit; 2° dans une série de phénomènes qui ont pour origine l’obstruction incomplète. D’abord, la salive épaisse et filante s’accumule en arrière du corps étranger et sa rétention ne tarde pas à amener un retentissement notable dans la glande ;

c est alors qu apparaissent le gonflement et les douleurs du début. A une période plus avancée, la salive s’écoule entre le corps étranger et la paroi, d où résulte à ce niveau une dilatation ampullaire qui transforme le canal en une véritable grenouillette. En meme temps, la poche irritée par le contact du corps étranger s’enflamme et sécrète un liquide mucopuiulent qui sort spontanément mêlé à la salive ou qui ne sort que pendant les mouvements de la langue ou sous la pression du doigt. Cette inflammation chronique, propagée aux glandules eux-mêmes, produit la sous-maxillite chronique. Il n’est pas jusqu’à la salive sécrétée dont les piopriétés ne soient modifiées et qui se charge d’une plus grande quantité de sels, d ou proviennent les dépôts incrustants.

Le fait suivant rapporté par Chassaignac correspond bien à la description précédente.

Observation de Chassaignac. — « J’ai communiqué à la Sociélé de Chirurgie (18 juillet 1849) l’observation d’un homme qui présentait un exemple d’inflammation franche de la glande sous-maxillaire avec dilatation du canal de Warthon. ha lésion avait été produite, au dire du malade, par un fragment de paille qui aurait pénétré dans 4 Abouche. Si. la pointe, de la langue étant relevée, on projette un peu de sel sur le plancher buccal, on voit sourdre la salive en abondance par le canal de Warthon sain. Si au contraire on comprime avec les doigts du côté malade, on fait sortir une goutelettc de pus. L’affection finit par guérir spontanément ».

Malgré l’incertitude du diagnostic précis et de l’origine, il est permis en raison de 1 analogie des phénomènes d’ajouter foi au dire du malade. Le doute n est pas possible dans le suivant dont l’indication succincte se trouve dans un journal étranger.

Observation. — Calcul dans la glande sous-maxillaire. Abcès. Expulsion. —

I n homme entre h l’hôpital Middlessex pour un abcès dans la région sous-maxillaire. 11 s’ouvrit spontanément et il en sortit un calcul dont le noyau était un petit éclat de bois.

II avait dù pénétrer dans le canal de Warthon et de là dans la substance de la glande. (Monlhly Review of dental Surgerg.)

Quand le corps n’est pas rejeté spontanément, l’affection peut évoluer un peu différemment. Peu à peu le corps étranger devient plus irritant et il finit par ulcérer la paroi du pseudo-kyste qui le contient, comme on le voit dans l’observation de Robert. Dans ce cas, il s’était fait un petit orifice accidentel à quelque distance de l’ostium umbilicale. Ces ulcérations sont produites par la pression incessante du

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