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Bull. del’Ac. de méd. belge

TRAITÉ DES CORPS ÉTRANGERS EX CHIRURGIE g

près de l’articulation sterno-claviculaire, d’où on le retira trois mois après par une incision.

4° Accidents provoqués par le séjour des corps étrangers.

Sons ce titre, je rangerai tous les accidents inflammatoires aigus ou subaigus et les perforations qui mettent l'oesophage et le corps étranger en communication avec l’air (trachée), le sang (vaisseaux), et les cavités séreuses (plèvre, péricarde).

i. Accidents inflammatoires. — Les phénomènes inflammatoires débutent tou jours quelques jours après l’ingestion du corps étranger, et passent assez souvent inaperçus quand ils sont légers. Le malade et le chirurgien sont naturellement portés à ne pas attribuer une trop grande importance à des symptômes qui sont souvent communs aux cas simples ; ces phénomènes sont d’ailleurs les mêmes que ceux qui suivent une extraction un peu pénible. Sensation de chaleur et de cuisson dans le cou; douleur aiguë au moindre effort de déglutition, gêne de la respiration, sensibilité exagérée delà région : tels sontles symptômes locaux. Mais les symptômes généraux sont d’une gravité qui n’échappera pas à l’homme de l'art attentif. D’une part, c’est une réaction fébrile qui dépasse les limites d'une simple congestion traumatique; de l’autre, des accidents nerveux et circulatoires qui tiendront le chirurgien en éveil. Quand un corps étranger n’aura pas été retiré ou repoussé et qu’on verra cette réaction, il y a gros à parier qu’il va se déclarer une œsophagite aiguë circonscrite ou diffuse qui aboutira à la formation d’un abcès périœsophagien.

Ce mode de terminaison était si connu des anciens, qu’ils l’attendaient et fondaient même leurs espérances sur sa production, pensant que sa réaction amènerait tôt ou tard l’évacuation du corps étranger qu’ils n’avaient pu ni retirer ni repousser. Heureusement de nos jours une pareille conduite n’est plus qu’liistorique, et nous avons les moyens d’éviter d’aussi

sérieuses complications.

Ainsi l’abcès est devenu inévitable ; il proémine dans le canal dont il entrave presque complètement les fonctions. En même temps, il décolle toutes les tuniques autour de lui, fuse entre les interstices celluleux et peut acquérir dans certains cas la plus haute gravité.

Pendant ce temps, que devient le corps étranger? Dans quelques cas (épingles, fragments d’os pointus, morceaux de verre), il joue le rôle d’épine irritante, et c’est par une sorte d’effort médicateur naturel que l’abcès s’est produit. Rien n’est plus simple à comprendre ; en est-il de même quand le corps est aplati ou régulier, accolé à la paroi à la manière des pièces de monnaie? Ici le mécanisme de formation diffère, et il

PIIAUYNX ET ŒSOPHAGE.’

faut attribuer l’œsophagite aux manœuvres thérapeutiques, à la compression latérale des bords du corps et môme à un commencement d’ulcération du conduit par la pièce. En pareil cas, la réaction inflammatoire est plus tardive.

L’œsophagite aboutit à la formation d’un abcès dans les parois mêmes du conduit; s’il y a eu périœsophagite, il siège dans le tissu cellulaire périphérique. La gravité est bien différente dans les deux cas, ainsi que l’évolution ultérieure.

1° L. abcès est circonscrit dans la paroi. — Il a plllS SOUVCllt pour

origine l’irritation produite par la présence d’une des aspérités du corps étranger. Dès lors il s’acumine dans l’intérieur du conduit, et après un temps variable, ne signalant sa présence que par la gêne fonctionnelle et la douleur, il s’ouvre dans le canal, entraînant avec lui le corps étranger libéré. En général, les choses se passent de la façon suivante. Les symptômes deviennent insensiblement plus intenses, la douleur moins lancinante, mais plus pongitive et plus profonde. Le malade tourmenté par la faim inassouvie fait de vains efforts pour déglutir quelque aliment même liquide. Tout à coup, il est pris d’accès de toux, de suffocation, d’efforts de vomissements ; la face s’injecte, se contracte, l’anxiété est à son comble. Quelques secondes après le malade vomit un flot de pus jaunâtre et assez souvent en même temps le corps étranger. Ensuite, le pus devient sanguinolent, plus rare, et les symptômes fonctionnels diminuent insensiblement jusqu’à la guérison avec ou sans altération organique de l’œsophage.

Fait singulier! l’ensemble de tous ces symptômes est précisément celui que je décrivais en parlant de l’accès initial. Et cela se comprend, si 1 on réfléchit qu au moment ou le pusse vide le corps étranger irrite plus que jamais les parois qui se contractent sur lui et détermine ainsi toute la série des réflexes.

Le corps n’est pas toujours rejeté par les vomissements. Il est arrivé que l’abcès se soit ouvert et qu’on n’ait pas observé le corps. Assurément, il peut s’engager de nouveau dans la paroi ou suivre la marche normale des aliments et tomber dans l’estomac. Cette terminaison a été observée quand le corps étranger occupe la partie inférieure du conduit.

Plusieurs abcès isolés et circonscrits peuvent s’ouvrir séparément et successivement. Mais ces exemples sont plus rares, et on peut attribuer ces formations successives à l’évolution d’un abcès qui se serait refermé.

Dans le lait suivant, après une suppuration prolongée, le corps tomba dans 1 estomac.

Observation de Gaslellier (Journal général de médecine , t. 23, p. 147). — Un jeune homme de seize ans avala un écu de six livres. Cette pièce de monnaie s’arrêta à la partie moyenne de l’oesophage, d’où il fut impossible de la déplacer. Elle y resta dix mois pendant lesquels la vie du jeune homme fut dans le plus grand danger, sans cesse en proie aux douleurs les plus aiguës, aux convulsions, aux vomissements de matières tantôt alimentaires, tantôt muqueuses mêlées de pus et de sang. Il tomba dans le dernier degré du marasme. Enfin, après dix mois de souffrances, à la suite d une forte convulsion et d’une syncope, l’écu descendit dans l’estomac. Aussitôt le jeune homme rendit une grande quantité de pus. Ce corps n’était pas encore rendu trentecinq ans après.

Les abcès entretenus par la présence du corps étranger peuvent suppurer indéfiniment. Alors l’émaciation arrive et la mort peut en être la conséquence. D’autres lois, comme dans l’observation suivante intéressante à plus d’un titre, le malade ne doit la vie qu à un hasard heureux.

Observation de Gauthier de Glaubry. — Os arrêté pendant quatorze ans daiis l'œsophage simulant une phthisie. Guérison ( Recueil périodique , t. 54, p. 15).

En 1780, une jeune fdle avala en mangeant la soupe un fragment d’os. Accidents graves qui se calmèrent spontanément. Il resta seulement de l’enrouement, une voix rauque, et un léger malaise que l'on attribua aux essais de propulsion et d extraction. Au bout d’un certain temps la maigreur devint considérable, la voix s’éteignit, et il survint une toux vive qui augmenta en peu de temps. La malade devint jaune, la fièvre s’alluma, des douleurs à la poitrine se manifestèrent, les crachats devinrent épais, grisâtres et sanguinolents; les forces diminuèrent et la malade, considérée par les médecins comme phtisique au 2e degré, fui traitée en conséquence. Quatorze ans se passèrent dans cette succession d’accidents. Gauthier, qui la vit alors.au premier aspect la jugea parvenue au dernier terme de la phthisie. Un examen plus attentif le lit revenir de so°n premier jugement, et il attribua cette longue série d’accidents à la présence du corps étranger. 11 trouva le fond de la bouche rempli de pus et de sang, le pharynx enflammé. Il fit °de légères pressions le long du cou, la malade fit un mouvement et dit sentir de la douleur lorsque les doigts pressaient le cou auprès de la clavicule. L’auteur se décida alors à employer l’émétique; mais au moment où il allait commencer son traitement, elle eut des vomissements, dans l’un desquels, après avoir senti une douleui dans lu "orge, comme si quelque chojse se déchirait, elle rejeta 1 os qui depuis quatorze ans lui avait causé tant d'accidents. Avec un traitement approprié, il se fit en peu de jours une amélioration notable. Rétablissement complet en six semaines.

2° Abcès consécutifs à la péricesophagite . Leurs causes SOllt

les mômes que pour les abcès de la paroi; il laut y ajouter encore la présence en totalité du corps étranger que le tissu ccllulauc ambiant n’a pas toléré. Ce sont: lacontusion par les manœuvres exléiieures ou les corps étrangers, et toutes les irritations (pii proviennent de ses irrégularités. Mêmes symptômes que précédemment, mais plus intenses. En outre, la formation de l’abcès se traduit par des phénomènes de dyspnée intense, par du gonflement œdémateux de toute la région du cou où l’on peut percevoir la fluctuation.

PHARYNX ET ŒSOPHAGE

Arrivée a son entier développement, cette périœsophagite peut causer la mort, en raison de l’intensité des symptômes et des troubles qu elle provoque dans les principales fonctions1. Le marasme et 1 inanition se joignent à ces troubles et la terminaison fatale a lieu avant l’ouverture

de l’abcès.

Quand la périœsophagite suppurée suit une marche régulière, elle peut se terminer de plusieurs façons différentes :

1° La collection s’ouvre dans l’œsophage ;

2° La collection s’ouvre à l’extérieur ;

5° Elle s’ouvre dans un organe voisin.

1° L'abcès s’ouvre clans l'œsophage. — Cette terminaison a d’autant plus de chances de se produire que le corps étranger presse un point de la paroi, et qu’il y a une eschare ou une ulcération à ce niveau. Une fois ouvert, l’abcès se comporte comme ceux de la paroi, entraîne quelquefois le corps étranger et guérit plus ou moins lentement. Mais il peut arriver que les choses ne se passent pas aussi simplement : témoin ces cas où on a vu la suppuration se prolonger indéfiniment et ceux de carie vertébrale consécutive à cette périœsophagite.

Observation. — Un soldat avale un os en mangeant sa soupe; on fit descendre le corps étranger avec un poireau, et le malade sembla guéri. Huit jours après, gène respiratoire qui augmente insensiblement. Douleur sourde à la région antérieure du cou et entre les épaules. Pas de tumeur appréciable. Vois rauque et grave. On appliqua des sangsues et un traitement local énergique. Des vomissements provoqués n’amenèrent que l’expectoration de stries noirâtres. Le marasme augmentant, le malade mourut le trente et unième jour.

A l’autopsie on trouve une rougeur légère du larynx dont la paroi postérieure offre une saillie molle et allongée comme une plume de corbeau. Perforation de l’œsophagi vis-à-vis delà quatrième et de la cinquième vertèbre cervicale, dont le corps est superficiellement ramolli, noir et carié. A la partie antérieure il existe une deuxième crevasse de six millimètres communiquant avec la saillie laryngée, qui est un foyer purulent où flottent les débris du cartilage cricoide. On ne découvre aucun corps étranger. Sans doute les efforts de propulsion ont déterminé cet accident ( Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie militaires).

Grcllois a présenté à la Société anatomique un fait analogue (1855). Un os avait également produit une carie vertébrale et la mort chez un cuirassier.

Observation.— Os arrêté dans l'œsophage. Carie vertébrale. Mort. Un enfant de vingtdeux mois avala, le 15 janvier 1806, un petit os plat et triangulaire. Ce corps arrêté au pharynx détermina de la douleur, des quintes de toux, des vomissements, une altération sensible de la voix. Le lendemain le cou est tuméfié, la voix rauque et la tète penchée

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