Gaz. hebdomadaire
PHARYNX ET ŒSOPHAGE
et fort rare de péricardite purulente consécutive à l’ingestion d’un corps
étranger. Voici ce fait :
Observation. Un particulier avait avalé deux dents artificielles montées. Douleur à l’épigastre lelendemain, puis tout rentre dans l’ordre. Accidents plus sérieux au cinquième jour. Douleur vertébrale. Malaise, anorexie, insomnie opiniâtre, fièvre, vomissements, délire au quatrième jour. Péricardite suppurée, mort. A l’autopsie on trouva du pus dans le péricarde et le corps étranger à sept centimètres au-dessus du cardia où il avait perforé la paroi postérieure du péricarde ( Daist . Charleslown Journal , 1858).
ï>e !a mort par ïes corps étrangers «lu pharynx et de l'œsophage.
— À toutes les périodes de l’affection, les accidents provoqués par le séjour des corps étrangers de l’œsophage peuvent amener la mort. Cependant, pour la facilité du sujet, on peut distinguer les cas de mort primitifs et ceux qui n’arrivent qu’au bout d’un certain temps, par le fait de complications diverses. Dans le premier groupe se rangent les morts par asphyxie, suffocation, compression laryngée, en un mot, tous les cas qui se produisent dans le cours de l’accès initial. Dès que les accidents augmentent d’intensité, ils compromettent la vie et leur persistance seule suffit pour amener la mort. J'ai déjà dit ailleurs qu’on avait trop souvent compris dans le cadre des corps étrangers de l’œsophage des cas qui appartenaient en réalité au larynx. Aussi la proportion de dix-huit sur quatre-vingt-huit faits réunis par Lavaeherie est-elle beaucoup supérieure à la vérité.
Cauchois a publié un exemple bien curieux de mort par asphyxie à la suite de compression de la trachée, et je reproduirai succinctement cette observation.
Observation. Corps étranger de V œsophage, asphyxie par compression de la trachée; mort, tn jeune homme de 27 ans entre à Lariboisière, le 25 août 1872, avec une toux légère et un rhume qu’il a depuis le mois d’avril, mais la suffocation ayant augmenté, il entre à l’hôpital. Corps thyroïde développé à gauche et mobile. A distance le malade fait entendre un véritable cornage. Cyanose; signes de. suffocation; l’examen du pharynx ne fait rien découvrir. A l’auscultation, silence absolu du poumon gauche, qui est sonore. Pdcn à la palpation du cou. En présence de ces accidents obscurs, on ne fil qu’un traitement médical (vomitif, huit sangsues à la hase du cou). Lelendemain les accidents augmentèrent et le malade mourut dans la journée, au cabinet.
A l’autopsie, en dehors des lésions ordinaires de l’asphyxie, la paroi postérieure de la trachée cervicale au niveau des quatre premiers anneaux fait une saillie notable du volume d une noisette, oblongue longitudinalement, et arrive presque au contact de la paroi anterieure légèrement déprimée par le goitre. En incisant l’œsophage, on trouve au-dessous du cartilage cricoïdcunc excavation creusée sur le bord droit delà paroi antérieure. On en retire un corps étranger couvert de détritus purulents ressemblant à un os palatin (Cauchois., Bull. Soc. anatomique, 1872, p. 447).
Dans cel exemple, la mort n’est survenue qu’un temps indéterminé
après l’ingestion du corps étranger, mais, en raison de l’analogie qui existe entre le mécanisme de production et celui de la mort dans l’accès initial, il est intéressant.
Beaucoup plus fréquemment la mort est consécutive, et alors elle arrive à la suite de la réaction inflammatoire, ou par inanition et marasme, ou enfin par quelque perforation d’un organe important. Des exemples de chacune de ces variétés ont été rapportés et je n’insisterai pas davantage sur leur histoire. Mais il faut encore, pour être complet, mentionner la possibilité de la mort par accidents nerveux. A cet ordre d’idées se rattache le fait suivant survenu chez une petite fille qui mourut d’éclampsie provoquée par un corps étranger.
Observation. Une petite fille d’un an et demi avala le 17 mai 187G un kreutzer d’Autriche. Elle fut prise aussitôt de vomissements, mais ne parvint pas à rendre le corps étranger. Le lendemain l’enfant ne présentait d’autres symptômes que de la difficulté à avaler; pendant les huit premiers jours, elle ne put prendre que des aliments liquides , et cinq semaines durant, tout alla bien; mais le 22 juin l’enfant fut prise tout à coup de convulsions éclamptiques qui se répétaient chaque fois qu’elle voulait boire. Jamais il ne se produisit de régurgitation. Tout symptôme de dyspnée manquait également. L’enfant succomba le 23 juin à la suite de ces attaques d’éclampsie. A l’autopsie, on trouva dans l’oesophage la pièce de monnaie placée de façon à laisser la voie libre. Les deux bords qui étaient en contact avec la muqueuse avaient ulcéré cette membrane ; l’œsophage n’était pas perforé (Mayer De utch. Arch. fürklinik. Med., Y, 17, p. 120).
Cet exemple unique est l’exagération de ce qui a été souvent constaté au début, à savoir l’existence d’accidents convulsifs ou spasmodiques, mais il n’en constitue pas moins un cas très-curieux, qu’on pourrait peut-être rapprocher de quelques autres du même genre, provoqués par des corps arrêtés dans les voies respiratoires.
Accidents éloignés provoqués par le séjour des corps étrangers. —
Piien d étonnant que le séjour persistant de corps arrêtés dans l’œsophage engendre des rétrécissements cicatriciels de cet organe. La dysphagie du début dans quelques cas ne disparaît pas entièrement ; il s’y ajoute un peu de régurgitation, d’autant plus sensible que la muqueuse primitivement enflammée, ulcérée, s’est cicatrisée sur une plus grande étendue.
Mais il est beaucoup plus difficile d’admettre avec quelques auteurs anciens que le séjour des corps étrangers favorise le développement du squirrhe. Mondière, à une époque rapprochée de nous, insistait encore sur ce mode de génération des néoplasmes, qu’il attribue en bonne partie à l’irritation et à l’inflammation lente ou chronique, favorisée par des dispositions individuelles. Les partisans de cette opinion peu fondée
PHARYNX ET ŒSOPHAGE
citent à l’appui le fait de Littré, relatif à une demoiselle qui mourut de squirrhe produit par une arête de poisson, et celui deGodelius1, qui a vu une épingle arrêtée dans la portion thoracique de l’œsophage amener un rétrécissement squirrheux de cet organe. Sans nier positivement la pos-
sibilité de ces faits, j’estime qu’il faudra de nouvelles observations pour trancher la question, et, jusqu’à nouvel ordre, il est permis decroire qu’on a pris pour des néoplasmes fibreux ce qui n était que le résultat de la cicatrisation d’abcès ou d’ulcères.