‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 50 sur 304 · Lancet · texte numérisé non relu

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l’œsophage. Elle se présente à l’esprit comme la solution la plus naturelle pour lever un obstacle dans le cours des matières alimentaires, et comme un expédient dans le cas de corps qui se trouvent anormalement dans l’œsophage.

On peut repousser les corps étrangers dans l’estomac par trois procédés différents :

1° Au moyen de substances alimentaires solides ou liquides qui déterminent de grands mouvements de déglutition ;

2° Au moyen de la malaxation qui, en écrasant et fragmentant la sub stance du corps étranger, le déforme et en permet la déglutition ;

5° Au moyen d’instruments ou d’objets divers poussés par le pharynx et l’œsophage.

1 ü Propulsion par les substances alimentaires. — Ce groupe Comprend une multitude de petites recettes vulgaires, qui consistent dans la déglutition de bols alimentaires compactes et volumineux qui, en dilatant lentement le pharynx et l’œsophage, peuvent pousser devant eux des corps petits et mobiles, de citerai, entre autres, la croûte de pain à demi mâchée sans boire, les figues sèches, les pruneaux sans noyaux, des fragments de bœüf bouilli. On a été jusqu’à avaler dans le même but des tiges de laitue, des fragments de navet; il est à peine besoin d’insister sur tous ces moyens qui peuvent rendre de grands services dans la pratique courante non-seulement comme propulseurs, mais encore par les renseignements que leur déglutition plus ou moins difficile ou impossible peut fournir.

Assez souvent l’eau a été administrée, et on en fait avaler de grosses gorgées coup sur coup; au besoin il serait plausible d’essayer des injections d’eau simple ou d’eau de Seltz dans l’œsophage avec de fortes canules. Si le corps n’est pas poussé dans l’estomac, il aura des chances d être rejeté par les vomissements. Tous ces moyens comptent de nombreux succès, quoique les auteurs n’en citent pas beaucoup d’exemples qu’ils jugent sans doute trop simples; mais pour qu ils agissent il est necessaire (pie le corps étranger soit petit et régulier. Des fragments de coquille d’ huître ou d œufs, des noyaux, des pilules sèches, etc., ont pu ainsi être repoussés dans l’estomac.

A ces divers procédés qui sont aussi anciens que le monde beaucoup jugent urgent et utile de joindre de violents coups de poing dans le dos. Ambroise Paré n’y manquait jamais, et cette pratique s’est perpétuée jusqu’à nous. J’ai peine à comprendre l’utilité de ces violences, et il

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est probable qu’elle persiste en raison de l’analogie des accidents avec ceux produits par les corps qui pénètrent les voies aériennes.

2° Malaxation. Je serai bref sur ce second procédé ; il consiste à saisir le corps étranger entre les doigts à travers les téguments de la région cervicale et à le compi imer. Cette manœuvre, qui a réussi dans quelques cas, exige comme condition préalable la connaissance parfaite de la nature du corps. Autrement cette pratique serait très-irrationnelle et dangereuse. Cette condition restreint donc l’application de ce moyen aux quelques cas où une personne a avalé des pommes ou poires très-mûres, des pommes de terre ou autres légumes cuits, une châtaigne bouillie. Dupuvtren aurait réussi par la malaxation a briser et a lanc dcscendie dans l’estomac une pomme de terre un peu volumineuse qu’un individu avait avalée.

A coté de faits semblables il faudrait encore placer ceux dans lesquels h segmentation est obtenue au moyen de sondes ou d’instruments introduits par la bouche à la rencontre du corps étranger.

5° instruments propulseurs. Le troisième groupe comprend tous les instruments véritablement propulseurs. Le plus simple de tous est assurément la sonde œsophagienne ordinaire, ou la sonde exploratrice de Dupuytren. Cependant on a de bonne heure reconnu l’insuffisance de cet instrument dans un grand nombre de cas. En lisant les milliers d’observations publiées, on se convainc de ce fait, à savoir que très-souvent cet instrument ne rencontre pas le corps étranger. Cet inconvénient est surtout marqué quand il s’agit d’arêtes, de pièces de monnaie qui dissimulent leur présence en s’accolant à la paroi.

Je ne citerai que pour mémoire les bougies de cire, les fragments de sarment, les sondes de plomb, les manches de fouet, etc., qui ont pu servir aux anciens chirurgiens dans des cas exceptionnels. D’ailleurs le bilan des accidents qu’on peut leur imputer n’est pas à dédaigner, et n’a pour excuse que la nécessité ou l’impossibilité d’agir plus promptement et mieux.

Il est un instrument qui a bien souvent servi avec fruit en pareil cas : je veux parler de la tige de poireau. On peut se la procurer à peu près partout et son introduction est inoffensive pour l’œsophage. C’est un moyen si simple que des patients ont pu pratiquer sur eux-mêmes la propulsion en l’absence de secours médicaux. Il faudra donc le conserver précieusement pour les cas urgents, en prenant la précaution de couper le bulbe et d huiler la tige avant de 1 introduire. Il n’y a [tas d’exemples

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(1 accidents causés par le poireau, et, si la résistance qu’il rencontre est trop forle, il cède lui-même quelque peu.

L’éponge montée sur une tige de baleine qui se trouve à l’extrémité du panici de de Gracie est un des propulseurs les meilleurs et les plus souvent employés. 11 est constitue par une petite boule d’éponge préparée qu on fixe solidement a la tige de baleine ou à une sonde ordinaire.

L éponge qui se trouve à 1 extrémité de la sonde œsophagienne écouv illon agit plutôt à la façon d un propulseur que d’un extracteur. Ces derniers instruments, qui sont susceptibles de se gonfler, ont sur les piecedents 1 avantage de rencontrer toujours le corps etranger, d’agir plus suiement et de pouvoir 1 atteindre jusque dans les régions les plus inférieures, ce que ne fera jamais la tige de poireau.

lels sont les instruments dont dispose le chirurgien qui veut pratiquer la piopulsion. lime reste a donner quelques préceptes sur leur emploi. Il faut les introduire huilés, en se servant du doigt comme conducteur jusqu au fond de la gorge ; on les pousse d’autant plus lentement qu on approche de la région occupée par le corps. La pression doit être douce quand la résistance se fait sentir, et il faut s’arrêter dès qu’elle devient trop vive. Si le corps a été mobilisé, il peut se faire qu il tombe tout de suite dans l’estomac, mais souvent il est arrêté audessus de 1 orifice du cardia. De là la nécessité de pousser le propulseur jusque dans l’estomac. On retire ensuite l’instrument, toujours avec les mêmes précautions qu’en descendant, pour éviter d’irriter le canal et surtout pour s assurer que le corps n’est pas resté. Que de fois le chirurgien a cru avoir repoussé dans 1 estomac un corps qui s’était appliqué contre la paroi ou 1 avait perforée! Le meilleur moyen de s’assurer de 1 état des choses est de retirer aussi doucement que possible au dehors le propulseur et de 1 examiner. La présence de taches de sang serait un indice fort précieux, car elle indiquerait, ou que le corps est enfoncé dans la paroi ou bien que les manœuvres ont eu pour effet de déterminer une érosion ou une perforation de l’œsophage.

Le malade doit aussi après l’opération accuser un soulagement immédiat, avaler les liquides et même les aliments demi-solides sans trop de difficultés. S’il restait quelque doute au chirurgien, il devra recommencer ses tentatives, d’abord avec une sonde exploratrice, ensuite avec le propulseur, en mettant un certain intervalle entre chaque opération.

Peut-on dans tous les cas avoir la certitude que le corps étranger est tombé dans l’estomac? Je me hâte de répondre négativement. Bien sou-

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vent le propulseur agit eu aveugle, et chirurgiens et malades, rassurés par une amélioration insidieuse et passagère, ne tardent pas à voir les accidents reparaître.

Il faut encore prendre une précaution quand on est décidé à se servir des propulseurs, celle de s’assurer que l’éponge ou le corps analogue qui est à l’extrémité de la sonde est bien solidement lixé. C’est faute d’avoir pris garde à cet accident que des mésaventures sont arrivées à quelques praticiens. Le fait suivant que j'emprunte aux annales du siècle dernier en est un exemple :

Observation. Un jeune liouimeavait avalé un morceau de viande, qui s’arrêta au commencement de l’œsophage. Un chirurgien appelé n’imagina pas d’autre moyen que de le pousser en avant avec une baguette dont il avait garni le bout avec un petit morceau de linge; mais ses efforts furent vains et il fut obligé de retirer la baguette dont le linge s'était détaché. Fort heureusement l’administration d'un émétique guérit tout. (Observations de médecine des hop. milit. 1772.)

Eu traitant des avantages et des indications de chaque méthode, je montrerai les accidents parfois graves auxquels la propulsion forcée peut donner lieu. Mais avant de quitter ce sujet, il faut ajouter que plusieurs fois il est arrivé qu’en voulant refouler un corps étranger, celui-ci s est implanté dans le poireau ou dans l’éponge. Il ne faudrait pas compter sur cette heureuse éventualité, mais quand elle se produit, elle met un terme à toute inquiétude. Entre autres faits, Torry Couper a vu un malade qui avait avalé un os de brochet. L’os se planta dans l’éponge du propulseur.

• » ' i>c i Œsophagotomie. — L’œsophagotomie constitue la troisième grande méthode de traitement. Son histoire est beaucoup plus réccnle et depuis quelques années, grâce aux recherches de Terrier1, elle est entrée dans la pratique chirurgicale.

Cette opération a pour but d’aller à la recherche du corps étranger à travers les téguments du cou. Elle nécessite, par suite, la section de la peau, des aponévroses et des parois du canal œsophagien, qui supportent mieux les traumatismes qu’on ne le croyait autrefois, d’après des préjugés malheureux. Cependant il ne faudrait pas s’exagérer les avantages qu’on a retirés de cette méthode, puisque depuis deux siècles qu’elle a été enfantée dans l’esprit de Vcrduc (1643) elle n’a pas été pratiquée plus de quarante lois en France et à l’étranger. Pendant un siècle, 1 œsophagotomie reparaît dans les travaux des auteurs comme une res-

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