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CHAPITRE lli

SYMPTÔMES ET ACCIDENTS PRIMITIFS

Les symptômes provoqués par la présence des corps étrangers dans 1 estomac sont très-variables et dépendent d’un élément essentiel, la durée du séjour dans cet organe. Les relations qui unissent l’un à l’autre ( es deux Licteurs sont laciles a comprendre, puisque l’estomac est un lieu de transition où les matières alimentaires ne font que subir une préparation dont la durée ne dopasse pas quelques heures. Aussi le plus

COUPS ÉTRANGERS DE L’ESTOMAC

irranil nombre des matières réfractaires qui tombent dans l’estomac son t- :,les soumises aux lois fonctionnelles de l’organe, et entraînées a manière des aliments cbymifiés ordinairement avec elles Que si, pa* suite de conditions énumérées plus liant, .1 y a. quelque obstacle d 011- „ine organique ou fonctionnelle, quelque incompatibilité de dunensmn entre le pylore et les corps ingérés, alors ces derniers s arrêtent.

Dans la' grande majorité des cas, les corps étrangers qui ne séjournent pas ne provoquent aucun accident. Bien plus, .1 arrive assez souvent que le malade n’en a même pas la perception, et que le bien etre fréquemment constaté à la suite de la chute dans l’estomac persiste indéfiniment jusqu’à l’issue du corps étranger par les selles. Bette tolérance de l’estomac est si grande qu’elle a été l’objet de l’exploitation des htbopliages, cultrivores, elc.

Légers symptômes fournis par les corps étrangers qui ne séjournent

pas. L Cependant la règle admet des exceptions, et l’on rencontre quelquefois de légers symptômes par lesquels le corps étranger manifeste sa présence dans l’estomac. Tantôt le malade éprouve un sentiment de pesanteur pendant la digestion, tantôt une douleur épignstnque intumittente, susceptible de varier de caractère à T infini suivant les cas particuliers.

Telle est l’innocuité à peu près absolue de l’estomac pour tous les corps qui sont petits et réguliers ; elle peut môme s étendre a des coips fort volumineux et fort irréguliers. La science en offre de curieux exemples.

On a observé des pièces de monnaie, des lames métalliques irrégulières, des noyaux de pèche, des épingles, des clous, des dents de fourchettes, une tlùte, des couteaux, qui, avalés plus ou moins lâchement, avaient été digérés d’emblée sans avoir déterminé d’accidents sérieux pendant leur court séjour dans l estomac.

Accidents provoqués par les corps étrangers qui sont arretés.

A côté de ces cas heureux, exceptionnels, il en est bon nombre d autres où les choses ne se passent pas aussi simplement. L’estomac fait bien, comme pour les précédents, des ellorts de digestion; mais ces essais sont vains, et c’est à partir du moment où le corps ne suit pas les matières alimentaires qu’il s’arrête et qu’il devient réellement corps étranger. Sa présence seule suffit pour expliquer les accidents qu’il provoque, et qui ne sont pas toujours en relation avec scs propriétés physiques.

Ouand un individu a un corps étranger arrêté dans l’estomac, il éprouve un malaise indéfinissable accompagné d’angoisses, d’anxietc

précordiale ; il se trouve dans cet état si pénible qui précède les nausées, et qui retentit bien vite sur 1 état général. La lace devient pâle, grippée. A mesure que le sentiment de gène épigastrique augmente, le malade éprouve une douleur de plus en plus nette, de plus en plus grande. Tantôt elle est limitée, ressemblant aux points de coté de la pleurésie ou de la névralgie intercostale. On observe surtout ce cas particulier quand le corps est pointu et volumineux comme dans le cas de l’homme à la fourchette de Labbé. Langius rapporte qu’un paysan qui avait avalé un morceau de bois oblong et pointu, quatre lames de couteau, deux morceaux de fer de figure irrégulière et dentelée, fut tourmenté de si violentes douleurs qu’elles l’obligèrent à se tuer lui-même. On retrouva ces corps retenus dans son estomac.

Parfois, au contraire, la douleur est sourde, gravative, transversale, s’étendant de l’un à l’autre hypochondre. Elle s’accompagne alors d’un sentiment de pesanteur quand le corps étranger est lourd, comme les barres de plomb, les morceaux de fer volumineux, lîn des caractères de cette souffrance qui a été observé quelquefois, c’est qu’elle diminue sous l’influence de l’ingestion des aliments. On comprend facilement l’effet delà masse alimentaire en pareil cas : elle isole le corps étranger de la paroi en dilatant l’estomac et en évitant sa contraction spasmodique sur les irrégularités de l’objet.

Toute pression exercée sur la région épigastrique détermine la douleur. Elle s’accroît encore après les repas, surtout quand le corps étranger est pointu : ce fait tient à ce qu’en ce moment l’estomac est soumis à des contractions péristaltiques qui irritent la muqueuse en la pressant contre les aspérités. C’est ainsi qu’on cite le fait d’une jeune fille qui souffrit de douleurs violentes après chaque repas, occasionnées par une épingle à cheveux avalée.

Quelquefois la douleur est le seul symptôme appréciable, et encore est-elle assez peu accentuée même dans les cas de corps étrangers trèsirréguliers. C’est ce que tend à prouver l’observation suivante de Blake. (Boston méd. and surqical Journal, 1871.)

Observation. Une jeune fille avale une cuillerée de verre concassé, dont les plusgros fragments étaient de la grosseur d'un pois. Tous les corps étrangers furent évacués par l’anus sans autre trouble que de violentes douleurs à l’épigastre et dans la région de l’ombilic.

La souffrance entraîne assez souvent avec elle d’autres phénomènes intéressants. Telle est, entre autres symptômes, l’attitude que prennent les

malades quand ils ont été pris d'un violent accès de douleur, avec se"“ lions de déchirements, de tiraillements intérieurs qu. s accroissent ou. les influences les plus minimes, un mouvement une lorte respiration ,

ils cherchent instinctivement à les supprimer. Pour y réussir, ils respirent aussi peu que possible, sans faire intervenir le diaphragme don les contractions intermittentes secouent 1 estomac. Aussi prennent-ils position caractéristique, inconsciente, que l’on retrouve dans un assez. !,rand nombre d’observations. Us tiennent la partie supérieure du corps en avant, se replient sur eux-mêmes, et, pour mieux assurer I iminohilitéde la région, ils portent leurs mains a la région épigastrique, ans quelques cas, les malades prennent des attitudes pour réaliser le même but d’immobilisation, qui diffèrent de la précédente. Quelquesuns refusent de faire aucun mouvement et éprouvent une grande gene respiratoire. D’autres, comme cet aliéné dont parle Ramou et dont on trouvera ci-jointe l’histoire, se tiennent le corps porté en avant, la lelc eu arrière et les mains appuyées sur l’epigastre.

Observation. Rainon, faisant l’autopsie d’un aliéné qui s’était suicidé /{p°“''înX fourchette d’étain dans l’estomac : les dents étaient tournées vers le cardia et le manche vers le pvlore. Cet homme avait avoué avoir avalé une fourchette cinq ou six an& auparavant et "se plaignait assez souvent de douleur épigastrique. « Sa démarché et sa manière habituelle de se tenir quand il était debout confirmaient celte opinion. Il avait toujoui* le tronc droit et semblait gêné dans ses mouvements ; il portait toujours la région épigastrique en avant; souvent, en parlant, il lui arrivait encore de se redresser davantage et de porter sa main comme involontairement sur cette région; sa physionomie se crispait alors, comme s’il eût éprouvé quelque douleur aigue. » (Ann. médic. 184.», t. U.)

Si l’art ou quelque autre ressource naturelle ne vient apporter du soulagement à ces douleurs, elles peuvent entraver les fonctions les pins indispensables à la santé : la respiration, la déglutition, les digestions, le sommeil, etc. Barnes a rapporté un exemple bien saisissant de l’mfluence de la douleur sur le sommeil et de 1 instinct qui rend les malheureux ingénieux.

Observation. Un jongleur ayant avalé un couteau, ce corps séjourna dans 1 estomac. 11 y détermina d’assez vives douleurs: ce malade ne pouvait se procurer un peu de sommeil qu’en se tenant couché en supination. Ses digestions étaient très-penibles. Un du lui proposer la gastrotomie, qu’il refusa. (The Edinburgh Philos. Journ. 182o.)

C’était encore là un moyen d’immobilité qu’on pourra conseiller dans quelques cas. Ce besoin instinctif, qui préserve ces malheureux de la douleur, se fait encore sentir pendant les digestions. Ce fait n’avait pas échappé à l’observation sagace de Labbé, qui avait remarqué que peu-

<lant une cei taine période de temps Lausseure, l’homme à la fourchette, était obligé de s immobiliser complètement dans un siège pour faciliter ses digestions pénibles, et cela pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que l’estomac se fut vidé.

Ce ne sont pas les seuls phénomènes d’origine nerveuse; il en est encore quelques autres qui sont plus rares et aussi plus graves, tels que les syncopes, les lipothymies et les faiblesses, les mouvements convulsits que l’on constate plus ou moins longtemps après l’ingestion. Ces accidents ne se produisent pas d’emblée, mais sont plus souvent la terminaison d un accès de souffrance et d’anxiété précordiale arrivé à son paroxysme, h ab. de liilden rapporte qu’on a vu des épingles rester inoffensives plusieurs jours, puis déterminer dans la région du pylore des douleurs, « avec frénésie et convulsions horribles. » Par quel mécanisme se produisent ces syncopes, ces mouvements épileptiformes qui ont été observés? Il est assez difficile de le dire avec précision, mais les relations de l’innervation gastrique et cardiaque sont assez étroites pour que semblables faits ne paraissent pas surprenants.

Après la douleur qui se manifeste sous tant d’aspects variés, un des symptômes les plus fréquents est le vomissement. On peut, si on veut, le considérer comme un et f ort naturel pour débarrasser l’organisme du corps étranger qui le gène. Quoi qu’il en soit, il peut survenir à des périodes différentes, prendre les allures les plus bizarres et les plus dissemblables, tantôt continu, tantôt intermittent. Il provoque l’expulsion des aliments ou de matières sanguinolentes, bilieuses, parfois même, de sang pur. Les vomissements, le plus souvent précédés de nausées, apparaissent quelquefois peu de temps après l’ingestion du corps. C’est une question de susceptibilité individuelle, et aussi, dans certains cas, le résultat de la nature du corps étranger. Si l’estomac est vide au moment de l’ingestion, si le corps est piquant, irrégulier, si on a fait des manœuvres pour l’enfoncer, il y aura beaucoup de chances pour que le vomissement se produise promptement. Mais dans d’autres observations on les voit apparaître très-longtemps après, à une époque où le corps étranger a été presque oublié. Entre ces deux extrêmes, il y a place pour une infinie variété de laits intermédiaires qui représentent les irrégularités naturelles. Au début, les matières vomies sont presque toujours constituées par des aliments; les efforts eux-mêmes provoquent une irritation qui entretient les vomissements en les rendant de plus en plus douloureux. Les choses se passent ainsi quand le corps étranger est irrégulier, qu d irrite, écorche et ulcère les parois de l’estomac. Alors aussi la

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nature des vomissements change t les matières rejetées deviennent muqueuses, quelquefois bilieuses et striées de sang. Ces taches e sang son ordinairement rouges, parce que le sang n’a pas encore eu le temps être altéré par les sucs digestifs. Quand ce fait se produit , il doit attirer I attention du chirurgien, qui y verra l’effet de la déchirure de la muqueuse par les aspérités. Les vomissements de sang pur ou noir qui ont etc rapportés par plusieurs auteurs sont d’une gravité bien supérieure. (,<• sont des symptômes très-graves que l’on observe seulement dans des cas où la vie se trouve eu jeu. Dans l’observation de John Marshall les accidents produits par l’ingestion de plus d’une livre d’épingles débutaient par l’expulsion d’une pleine cuvette de sang, qui devait sans doute provenir des piqûres de la muqueuse. Le vomissement de sang fut avec la douleur, dans le cas suivant rapporté parHeymann (Arch. gén. de méd., 1834, t. I, p. 676), le seul symptôme de cette ingestion bizarre.

Observation, lin berger habitait avec ses enfants une cabane dans laquelle chaque nuit voltigeaient une grande quantité de chauves-souris. Un des enfants s’endormit la bouche ouverte et une chauve-souris y pénétra brusquement. L’enfant, par un mouvement de déglutition involontaire, poussa la chauve-souris dans 1 estomac. 1 nul cuis, vomissements de sang. Au bout de quarante-huit heures, l'enfant rendit par les selles une -rosse chauve-souris; elle était comme écrasée dans sa longueur et le poil qui la recouvrait était enlevé ça et là. L’enfant fut longtemps souffrant, mais il guérit.

1 tuant aux vomissements noirs dont on trouve des exemples (Velpeau, etc.), il est difficile d’après le récit des auteurs de se faire une idée précise de leur nature. Dans le cas de Velpeau, entre autres, ils se produisirent chez un individu qui avait depuis longtemps une fourchette arrêtée dans l’estomac.

Cette matière colorante est-elle due à du sang ou a autre chose ? L observation d’autres faits et l’anatomie pathologique autorisent à croire que cette coloration tenait à l’altération de la fourchette de fer par les sucs gastriques et les matières alimentaires. En eliet, cette lomchettc est sortie plus tard en morceaux par l’anus, et dans plusieurs autopsies de corps étrangers métalliques arrêtés dans l’estomac on a trouvé la lace interne de la muqueuse imprégnée d’un mucus noirâtre.

Symptômes généraux. Amaigrissement. Marasme. Oliaild le COI

étranger n’est, pas promptement expulsé par les efforts de l’estomac, comme cela arrive dans quelques cas, il peut produire les mêmes effets d’une façon assez persistante pour compromettre la santé et même l'existence. Ces résultats fâcheux ont d’autant plus de chances de se produire promptement, que l’inappétence est lin des symptômes concomitants

oïdinaires. H n est pas rare de trouver des cas où les malheureux ont dû rester plusieurs jours sans boire, manger ni dormir. Même dans les exemples où l’intolérance de l’estomac est moins absolue, on voit l’amaigrissement arriver à grands pas, le marasme se produire en très-peu de jours. Il y a là une relation de cause à effet très-intéressante, qui engendre ces accidents graves, et qui ajoute encore son action à celle de l’insuffisance des matières absorbées : c’est l’altération des sécrétions gastriques, peut-être même intestinales, consécutive à la présence seule du corps etranger, qui produit des accidents dans d’autres parties du tube digestif.

De lu constipation et «le lu diarrhée. — Ne serait- ce pas dans ces alterations réflexes qu’on doit chercher la cause des constipations et des diarrhées qui accompagnent très-souvent le séjour des corps étrangers dans 1 estomac? L’analogie permet de l’admettre. La constipation est au début plus souvent observée que la diarrhée. On l’a attribuée à l’usage des narcotiques qu’on ne manque pas de donner en pareil cas ; mais elle a été bien constatée chez des malades qui n’en avaient pas pris. Elle peut alterner avec la diarrhée qui ne présente rien de particulier ordinairement, sauf dans quelques cas où les selles étaient franchement noires et à odeur ferrugineuse. Ces phénomènes étaient dus à l’altération d une lourchette de fer par les sucs digestifs.

Tels sont les principaux symptômes des corps étrangers de l’estomac. Il laut y ajouter une soif vive qui existe souvent.

Ions ces symptômes n existent pas simultanément, ils sont au contraire rarement réunis et ne se produisent pas d’une façon persistante. Ils peuvent se succéder les uns aux autres, disparaître pour reparaître après un laps de temps variable, de sorte qu’il y a de véritables intermittences dans ces accidents primitifs. De même, il peut arriver que les corps les plus volumineux, comme des fourchettes, restent assez longtemps sans manifester leur présence par aucun symptôme, et se révèlent par des accidents aigus assez longtemps après. Dans le cas de Labbé, Lausseure avait pu rester dix-neuf jours sans accidents sérieux: après les phénomènes primitifs, il eut une période de calme assez complet pour pouvoir reprendre ses occupations antérieures.

En résumé, l’appareil symptomatique des corps étrangers de l’estomac n’a rien de caractéristique. C’est un ensemble de phénomènes subjectifs qui sont communs a d autres allections, et qui sont très -insuffisants poui le diagnostic. Quant aux symptômes objectifs, ils sont nuis dans le plus giand nombre des cas. Il est arrivé que des chirurgiens ont pu, en relâchant les parois du ventre, percevoir le corps étranger qui for-

CORPS ÉTRANGERS I)E L’ESTOMAC. ljl

mail une tumeur à la région épigastrique. Mais je donnerai a« locleur une idée de l'insuffisance de ee moyen en rapportant 1 nu'1' efforts de nombre de chirurgiens pour percevoir des cm 1ers ou d fourchettes. Enfin il faut citer pour mémoire le bn.it produit pa. a succussion qui pourra être perçue dans quelques cas de corps cl ^ fi,, les. Tels sont, par exemple, le cas du jeu de dommos de Fov.lle e celui de ce Cassandre de Nancy qui donnait a ses spectateurs la p u de l'authenticité de ses exploits en faisant entendre le bru, t des cailloux que la percussion de sa poitrine déterminail.

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