PRODUIRE
Tous les corps étrangers de l’ intestin peuvent rentrer dans le cadre suivant :
1° Le corps étranger passe, en suivant le cours normal des matières fécales, de l’intestin dans le rectum ;
2° Le corps étranger progresse plus lentement que les matières intestinales, avec des périodes d’arrêt variables;
5° Le corps étranger s’arrête en un point et donne lieu à des complications diverses.
La division est, comme on peut le voir, analogue à celle qui a été adoptée dans l’examen des symptômes; elle a Davantage d’être fondée
sur un fait clinique et de donner une idée précise des éventualités que peut faire naître la présence d’un corps étranger. Au point de vue pathologique, la gravité augmente en passant de chaque groupe au suivant, et le dernier contient presque tous les accidents les plus graves, tels que perforations, péritonites, abcès, phlegmons, etc. Fort heureusement ce sont les plus rares, et la première catégorie renferme le plus grand nombre.
1 Le corps étranger suit le cours normal «les matières. — Si 1’ 011
réfléchit au nombre considérable de corps réfractaires à la digestion que l’homme ingère, on est naturellement porté à admettre que l’intestin en arrête fort peu. Des milliers de personnes avalent des noyaux sans précaution et n’en éprouvent aucun accident; même en dehors de ces corps peu volumineux d’origine alimentaire, il en est d’autres qui ne signalent leur présence dans l’intestin par aucune complication : ainsi rarement les pièces de monnaie, les cailloux, déterminent des accidents au-dessous du pylore, et -il y a une tolérance plus grande qu’ailleurs. Bardinet a rapporté l’exemple d’une femme qui avait avalé successivement des morceaux de verre, un étui, une clef, des fragments de porcelaine, par manie de suicide, sans grands accidents1.
Observation. — Lame de couteau avalée et rendue en quatre jours. — Une fille de 20 ans, ayant un couteau à la main, fut surprise par un amoureux, entreprenant, et prit la fuite en tenant la lame du couteau entre ses dents. Elle tomba à terre. La lame longue de sept centimètres se cassa et fut avalée. 11 s’ensuivit une violente hémorrhagie du palais et du pharynx.
Lorsque le médecin vit la malade, le couteau se trouvait déjà dans l’estomac. On lui administra de l’opium et une quantité d’aliments épais. Au quatrième jour, selle copieuse au milieu de laquelle se trouva la lame du couteau déjà noircie et rouillée. La coloration des selles démontrait que l’hémorrhagie intestinale avait été très faible. [Millier in Schmidt' s Jahrbucher , 1 87 5 , t. 167, p. 153.
Le musée du Val-de-Grâce possède un fragment d’os volumineux et
irrégulier qui a pu traverser toute la longueur du tube digestif sans provo-
Fig. 2.‘i. — Os très irrégulier avalé et rendu
quer d’accidents. Il suffit de jeter un coup d’œil sur ce corps pour se faire une idée de la tolérance bizarre de l’intestin de certaines personnes.
Marcé a publié, dans les Bulletins de la Société Anatomique, l’histoire d’un
par les selles sans accidents. (Musée du Val-de-Grâce.)
aliéné qui, dans un but de suicide, avait avalé un porte-crayon d’argent
1 Société de Chirurgie, 1859.
plie en deux; ce corps avait une longueur de 8 centimètres; il lut expulsé au bout de quatre-vingt-seize heures.
Tous ces faits démontrent la possibilité dupassage de corps même volumineux, mais en réalité constituent seulement de curieuses exceptions.
-1° Corps qui progressent plus lentement que les matières a\ee
temps «l’arrêt. — il n en est plus de même de ceux qui, poui des causes diverses, cheminent lentement, par saccades, et mettent un temps parfois considérable pour traverser les diverses portions de (intestin. Petits ou gros, il doivent à leur forme cette marche intermittente. Mais même dans leur divergence de volume, il y a une certaine proportionnalité qui a pour effet de ralentir le mouvement de progression des corps les plus longs et volumineux, comme celle des plus petits. De sorte que, pour des motifs différents, une fourchette ou une cuiller se comporteront comme un pépin d’orange arrêté momentanément. Nous avons vu qu’il arrive assez souvent que ces corps étrangers, quand ils sont de petit volume, ne produisent aucun effet, ne se manifestent par aucun symptôme. Telle n’est pas la conduite des premiers qui sont en général volumineux, tout à fait étrangers au tube digestif, si je puis m’exprimer ainsi, et qui peuvent produire des complications assez sérieuses pendant leur passage.
De l'entérite aiguë. — Celle qu’on observe le plus souvent est l’entérite sous diverses formes, aiguë dans quelques cas, avec fièvre, douleur du ventre, ballonnement, sensibilité exagérée localisée. À une période de constipation peut succéder la diarrhée séreuse, fétide, accompagnée parfois de lienteric, quand le corps étranger séjourne dans- la portion moyenne de l’intestin. L’affection peut même dépasser ce degré et prendre des formes plus graves.
Entérite ulcéreuse. On peut avoir ainsi ulcération de valvules, desquamation épithéliale et suppuration d'une portion du conduit. Alors les symptômes changent un peu, s’aggravent et s’accompagnent de phénomènes nerveux. Ainsi, on a noté assez souvent en pareil cas les convulsions, les accès épileptiformes, etc. Mais ce qui caractérise cette entérite ulcéreuse, ce sont les alternatives de constipation et de diarrhée purulente. La présence du pus indique toujours quelque ulcération. One si, par suite de la structure du corps étranger, les selles sont noires, on aura une idée beaucoup plus précise encore sur la cause des accidents. Quant aux intermittences des phénomènes, elles s’expliquent facilement, par suite de la progression successive du corps qui reprend son cours dès que l’obstacle qui s’y opposait est vaincu, ou dès qu’il a
pris une position qui lui permet d’enfiler l’intestin. Je pense, d’après les auteurs, que c’est en forçant les obstacles que le corps étranger reprend son cours. C’est ce qu’ont démontré d’une façon évidente les autopsies de personnes qui ont succombé pendant le travail d’expulsion ou peu de temps après.
En pareil cas, on a vu la valvule iléo-cœcale ulcérée, épaissie, boursouflée, détruite même, témoigner suffisamment du processus ulcératif dont la nature s’était servie pour aider au passage de corps étrangers volumineux. En des points plus ou moins éloignés, on constatait encore des cicatrices, derniers vestiges d’ulcérations anciennes et guéries après la disparition de leur cause. Le cas de la pipe de terre de M. Gosselin cité un peu plus liant en est un exemple saisissant. Dans un fait de Caron l, les accidents avaient été provoqués par des noyaux de cerises qui séjournaient depuis douze ans. On trouva à l’autopsie deux rétrécissements intestinaux et des brides cicatricielles. Ailleurs, il existait encore des ulcérations. -
Péritonite subaiguë adhésive et périentérite plastique. — Une autre complication des corps étrangers, ou mieux un autre effet de leur passage est la formation d’adhérences entre les divers feuillets du péritoine, et par suite entre une ou plusieurs anses intestinales. D’autres fois, l’adhérence se fait à la paroi ou à quelque organe voisin, le foie, la rate, la vessie, etc. Le mode de formation de ces fausses membranes est des plus simples; il s’explique aisément par l’entérite dont il vient d'être question et par la propagation de 1 inflammation au péritoine. Seulement, il arrive rarement que la cause continue assez longtemps son effet pour produire une inflammation suraiguë. Aussi, la péritonite est-elle très bénigne, comparée à celle que nous verrons survenir quand le corps étranger s’arrête définitivement. Cependant, si ces péritonites adhésives ne sont pas primitivement bien dangereuses, elles ne laissent pas que d’entraîner à leur suite des lésions graves qui apportent une gêne constante dans les fonctions en diminuant les déplacements physiologiques du paquet intestinal.
Quant aux abcès ou phlegmons circonvoisins, on les voit très rarement survenir quand le corps étranger progresse par intermittences. Ordinairement, après un nombre d’étapes successives fort variable, l’objet arrive au rectum.
Durée du séjour. — Ce qui intéresse dans l’étude de ces corps étrangers, c’est la durée du séjour, le laps de temps qui s’écoule entre l’arri-
1 Bull.dc la Soc. Anal., T 855.