DE L’INTESTIN
véedans le duodénum ou leur formation et le passage dans l S iliaque. Évidemment cette donnée est toujours fort peu exacte, parce qu on ne sait pas, d’une part, l’époque précise où le pylore se laisse traverser, et, d’autre part, celle'où la concrétion a pu naître. Cependant, l’observation permet de reconnaître que cette durée peut être très longue. On a vu des couteaux, des fourchettes, mettre plusieurs années avant d’avoir franchi tous les obstacles, avec des alteinati\es de soufliances et de repos.
Observation. — Un officier espagnol âgé de 41 ans avala une fourchette de table, dont il se servait pour se nettoyer, avec le manche, la racine de la langue. Elle fut rendue sans «rands accidents par la voie des selles un an et trois mois après (454 jours). Planque, Bibl. de Médecine, t. 111, p. 558, 1750.
Dans quelques cas exceptionnels, la durée peut atteindre les limites extrêmes de dix ou douze ans, comme on en trouve plusieurs exemples ; le plus souvent elle se compte par mois, et en moins de trois ou quatre mois le passage s’est elfectué.
5° Corps étrangers qui sosni arrêtés d'une manière permanente en
un point de imtestisi. — Les corps étrangers qui s’arrêtent définitivement en un point, soit qu’ils proviennent de plus liant, soit qu’ils s’y soient formés comme certaines tumeurs d’origine stercorale, offrent des variétés très grandes au point de vue de leur marche. Pour mettre un peu de méthode dans l’exposé de leur histoire, je rangerai dans sept chapitres tous les faits qui les concernent.
1° Tolérance de l’intestin pour les corps étrangers arrêtés ;
2° Modifications qui peuvent survenir dans les corps étrangers;
o° Lésions qu'on peut observer dans l’intestin ;
4° Phénomènes d’obstruction ;
5° Perforations primitives et accidents qu’elles peuvent provoquer ;
6° Complications inflammatoires des corps étrangers;
7° Fistules consécutives.
1° Tolérance de l'intestin pour les corps étrangers arrêtés. — La
tolérance de l’intestin est un fait admis par tous les auteurs depuis fort longtemps, et la relation des autopsies journalières dans lesquelles on trouve des corps ou des matières concrètes arrêtées confirme cette manière de voir.
Observation. — Cas de tolérance dans V appendice cœeal. — Lewis (New-York J . of nied., nov. 1856) fit l’autopsie d’un homme mort à 1 âge de 88 ans et chez lequel on trouva à l’autopsie dans l’appendice vernaculaire 122 grammes de plomb. Cet homme, gland amateur de g i b i e i , n avait jamais pendant sa vie présente le moindre symptôme pouvant faire soupçonner une lésion de cet organe.
Mais quel est le degré de cette tolérance? C’est ce qu’il est assez difficile de préciser ; si l’on réfléchit à l’imminence incessante d’accidents graves qui peuvent être la conséquence des influences les plus diverses, on comprendra qu’elle doive être assez restreinte. Soit comme obstacle mécanique (tumeurs stercorales avec ou sans éléments organisés, corps étrangers ingérés), soit comme corps étrangers arrêtés dans des appendices, presque toujours les matières solides ou demisolides qui séjournent dans l’intestin produisent, au bout d’un temps variable, des perturbations dans la santé. Les victimes de leur présence sont exposées à une foule d’accidents, dont les plus légers seront les troubles fonctionnels mentionnés à propos des symptômes ; dont l’obstruction intestinale, les perforations et les phlegmons seront les degrés les plus effrayants. Ainsi, tout en admettant la possibilité d’une tolérance absolue, il faut reconnaître qu’elle n’est pas indéfinie et que surtout dans les cas où l’obstacle est situé dans l’intestin même il peut devenir dangereux. Je sais que les observations ne manquent pas, pour prouver que des concrétions volumineuses ont été longtemps indifférentes. Cruveilhier a même signalé une d’entre elles, véritable pudding formé de noyaux de cerises et de matières fécaloïdes, criblée de trous, qui permettaient le passage des matières digérées. Ces faits curieux ne font qu’appuyer ce que nous disions de la tolérance temporaire. Une autre preuve de la tolérance existe dans l’encroûtement des corps d’origine organique et dans la formation des entérolithes dont je vais parler.
T Modifications que les corps étrangers arretés peuvent présenter.
— 11 a déjà été question, en parlant de la nature des corps de l’intestin, des entérolithes et des productions calculeuses qu’on peut y rencontrer. C'est ici qu’il convient de dire dans quelles conditions elles se forment de préférence, par quel mécanisme se produisent ces calculs. Et d’abord on a vu qu’ils avaient presque constamment un centre formé do, corps divers, organisés (pépins, noyaux) ou amorphes (matières alimentaires réfractaires). C’est une première condition qui n’est pas absolument indispensable dans la production de ces pierres moitié calcaires, moitié stercorales, mais qui existe dans le plus grand nombre. Une seconde, beaucoup plus nécessaire, est le séjour très prolongé dans la cavité intestinale. Il faut plusieurs mois, même des années pour qu’un corps s’incruste dans l’intestin. Grâce à l’action nerveuse incessante produite par la présence du corps, la nature des sécrétions change et permet cette formation pierreuse. Si l’on n’admet
pos cctlo genèse d’origme réflexe, par alteration (les seciélions, il c>t fort difficile de comprendre comment le carbonate, les phosphates on les sulfates de chaux et de magnésie, iront se déposer sur un noyau de cerise ou sur des caryopses d’avoine. A moins qu’on ne préfère admettre une sorte de sélection de ces sels pour certains corps, ce qui est beaucoup
moins admissible.
Il est à remarquer que les concrétions calculeuses se développent toujours autour de corps organisés et que leur présence autour de coip^ inorganiques ingérés a etc peu rencontrée. Cette paiticularite s explique peut-être en observant que les calculs se loi ment dans des loges ou des culs-de-sac, précisément où s arrêtent les corps organisés dont il est question. Il en est de même, d’ailleurs, pour les concrétions qui sont encroûtées de sels calcaires. O11 voit aussi que l’appendice cœcal fournit à lui seul près des deux tiers des calculs de l’intestin, probablement parce que c’est un diverticule constant. La nécessité d’une poche abritant le corps qui s’encroûtera est de toute évidence pour qu’on puisse s’expliquer le dépôt de couches calcaires successives. Ces dépôts 11e sont pas en effet balayés par les matières digérées, et, quand ces dernières arrivent jusqu’au calcul, elles l’englobent, l’enrobent et déterminent la stratification des couleurs successives qui est fréquente. — Ne pourrait-on pas voir dans la différence de siège entre les corps métalliques, par exemple, et les corps organisés la raison de ce processus différent, puisque les uns peuvent devenir des entérolithes, les autres rarement? On ne saurait refuser une certaine influence à cette action continue des matières qui empêchent les dépôts salins sur les corps mobiles dans l’intestin. Ce qui le prouve, c’est que si, par sa forme, ce corps métallique vient à enfiler quelque retraite, comme l’appendice vermiforme, alors il pourra s’encroûter de matières calcaires et stercorales, comme Peter l’a observé dans un cas. Il s’était formé un cylindre concentrique autour d’une aiguille qui était entrée dans l’appendice cœcal.
Dissolution des corps étrangers. — Du reste, les corps étrangers ingérés, s’ils sont métalliques, ce qui arrive assez souvent, peuvent se comporter autrement : non-seulement ils ne deviennent pas centre de calculs, mais ils peuvent même être attaqués, si les sucs digestifs ont quelque action sur le métal. On sait déjà que le fer est de tous celui qui subit les plus profondes atteintes pendant son séjour prolongé dans l’intestin ; après lui vient le cuivre, qui résiste beaucoup plus, puis le plomb, etc. ; quelques-uns, comme l'or, sont inaltérables. Cette action
peut être assez intense pour modifier la forme et les propriétés des objets : elle peut, de cette façon, émousser les pointes des aiguilles, des épingles, produire la division d’une fourchette au niveau de sa partie la plus rétrécie, et les conséquences peuvent avoir une importance capitale, ainsi qu’en fait foi l’observation suivante :
Observation de Velpeau. — Fourchette avalée. — Un homme avala un os et ensuite sa fourchette. U vint de Saintes consulter à Paris. On lui conseilla l’expectation. De retour chez lui, on reconnut que la fourchette était dans le grand cul-de-sac de l’estomac, les dents tournées du côté gauche. Le malade éprouvait des douleurs intolérables et ne pouvait prendre presque aucune nourriture. Le corps étranger resta quinze jours dans cette direction, puis se dirigea vers le pylore où il séjourna plus de quatre mois. Vomissements noirs, souffrances excessives ; digestions pénibles. Il franchit le pylore et parcourut en six semaines P intestin grêle pour s’arrêter pendant treize mois dans le flanc droit. Le malade continue à souffrir et en se palpant le ventre sent très bien les dents de la fourchette. Après un séjour de cinq mois dans le côté droit, la fourchette commença à se dissoudre. Coliques, selles noirâtres et briquetées. Constipation. Accidents du côté des organes génito-urinaires. Bientôt les souffrances deviennent moins vives et le malade satisfait largement une faim dévorante. Enfin, vingt mois après l’ingestion, il rend par les selle-s un énorme morceau de fourchette : c’était la partie comprise entre le pavillon et les dents. Dissipation de tous les accidents. Guérison.
Des faits de ce genre ne sont pas très rares, moins heureux et moins patents, il est vrai.
Une autre modification a été mentionnée par quelques auteurs, je veux parler de la germination des graines de noyaux de cerises ou autres. Ces faits ont été authentiquement rapportés à plusieurs reprises et ont pu, dans quelques cas, jeter du jour sur la date précise à laquelle on pouvait faire remonter les accidents observés.
Observation. — Noyaux germés. — Landais raconte l’histoire d’un individu qui rendit par les selles 400 noyaux de cerises. Parmi ces noyaux on en voyait plusieurs qui avaient visiblement subi un commencement de végétation. Le noyau était entrouvert et il sortait de l’amande un germe de plusieurs lignes. Ce germe et la semence à laquelle il appartenait étaient desséchés tandis que la chair des autres noyaux n’avait subi presqu’aucun changement. [Ancien journal de médecine , t. 57.)
5° Des lésions que l'on peut observer dans ! intestin. — il est b) 1 011
rare qu’un corps séjourne un certain temps dans un point de l’intestin sans y marquer sa présence par des modifications profondes. La plus simple de toutes est la formation de poches intestinales de volume variable aux dépens d’une des parois de l’organe. Faut-il voir là un effet de cette tendance centrifuge qu’on prête à la nature toutes les fois qu’elle a besoin de se débarrasser d’un corps qui entrave les fonctions?
N’est-il pas plus rationnel d’admettre que la pesanteur, les contractions péristaltiques et les conditions anatomiques favorables jouent le
rôle principal? C’est à cette manière d’expliquer les choses qu il vint mieux sc rattacher, parce que c’est de cette façon que les coips étrangers se comportent dans d’autres cavités. Quoi qu il en soit, ^ la dilatation dans quelques cas peut s’étendre à toutes les parois et 1 on a alors une vraie ampoule qui n’a d autres limites que 1 élasticité
des tuniques intestinales.
Les tumeurs stercorales, par exemple, peuvent sc comporter ainsi. Mais assez fréquemment la loge est plus nette, porte sur une poition de l’intestin, et le corps est comme enfoncé dans un diverticule. A partir de ce moment, il va se trouver dans des conditions favorables à l’encroûtement ou à l’empierrement, et les chances d obstruction diminueront. En revanche, ce bénéfice est perdu par 1 imminence des accidents inflammatoires du péritoine, dont le calcul n’est séparé que par une portion des tuniques intestinales très amincies, doublées d un tissu cellulaire légèrement infiltré, partant très propre à propager rinflammation.
Qu’il suffise de connaître la possibilité de ces loges en quelques cas, et de les considérer comme la première période d’un enkystement dont on trouve de rares spécimens.
Iles ulcérations. — Mais il est des corps qui, par leur volume, par leur nombre, leur forme, ne pourront jamais quitter l’axe du canal et seront arrêtés sans cesse malgré les vains efforts de la nature; tels sont ces couteaux, ces fourchettes, ces amas concrétés de noyaux de tous genres, et même les entérolithes arrivés à un développement complet. Ici il ne faut plus s’attendre à la formation de loges; il faut voir ce que devient l’intestin soumis continuellement à l’action du corps étranger qui le presse en tous sens, l’irrite et détermine des contractions spasmodiques.
Le premier effet produit est l’hypertrophie de la musculeuse intestinale qu’on a trouvée alors triplée d épaisseur. Eu même temps, connue il y a parfois arrêt momentané des matières fécales, l’intestin se dilate plus ou moins; telles sont les lésions macroscopiques. A l'intérieur, la muqueuse présente tous les signes de l’entérite à diverses périodes; au début, elle est simple, se manifestant par la congestion ; plus tard, la cause continuant d’agir, elle devient ulcéreuse et toute la portion de l’intestin située au niveau du corps étranger métallique ou organique, couteau ou concrétion, lisse ou rugueux, n’est plus qu’un vaste ulcère. C’est à cette période que I on constate un flux diarrhéique intense, avec des matières purulentes ; c'est aussi à ce moment que les troubles
fonctionnels atteignent
eur maximum avec les vomissements, le hoquet, les coliques, et que l’amaigrissement et le marasme compromettent la vie des malades.
Toutes ces lésions, aussi bien externes qu’internes, engendrent à la longue de véritables rétrécissements organiques de l’intestin qui embarrasseraient fort les anatomistes s'ils n'en connaissaient la cause. Dans un grand nombre d’autopsies, ces coarclions de l’intestin au niveau du corps existaient, et Pollok (Holmes) les a signalées depuis longtemps. J’emprunte un exemple frappant au traité de ce dernier :
Observation. — Rétrécissement intestinal. — Clément de Schrewsbury a opéré une malade qui souffrait d’une obstruction intestinale, pour laquelle on dut ouvrir le côlon ascendant. Le résultat fut si avantageux qu’au bout de six semaines elle pouvait marcher. Mais une semaine après, vives coliques, obstruction à l’orifice artificiel, qui se termina soudain par l’expulsion d’une masse dure. Cette substance était composée ■ de cinq noyaux de prune fortement agglutinés. Ils furent suivis de seize autres et d’une abondante évacuation. Le jour suivant, trois noyaux et deux os furent retirés. À sa mort, le nombre des noyaux sortis se montait à cent seize. On trouva le cæcum et le côlon ascendant d’un volume démesuré; à la portion transverse, il était brusquement interrompu par un rétrécissement très serré. Si une corde de fouet avait été liée fortement autour de cette partie de l’intestin, l’occlusion n’aurait pas été plus complète. Tout le reste de l’intestin formait un tube flasque et mince. Le rétrécissement avait la consistance cartilagineuse, et l’occlusion du canal était si complète qu’elle n’aurait pas admis une soie de sanglier. Ce rétrécissement avait une couleur blanche perlée et ne paraissait pas plus vasculaire qu’un tendon. ( Transactions mcd. chir. Society, vol. 25, p. 209.)
Ici comme dans bon nombre de cas la question reste indécise au sujet de l’origine de ces rétrécissements. Préexistait-il aux corps étrangers? 11 est difficile de le dire.
Mais en même temps que l’entérite passe de l’état simple à l’état ulcéreux, il se produit un épaississement inflammatoire, par infiltration dans toutes les tuniques de l’intestin. L’épanchement s’étendant de proche en proche aux masses intestinales voisines, on peut constater par la palpation l’existence d’une tumeur qui embarrasse toujours le chirurgien, loin de soupçonner souvent la présence do grosses concrétions stercorales alors que la diarrhée lui fait illusion. Les ulcérations de l’intestin existent assez fréquemment, mais ne prennent pas toujours une forme aussi étendue et aussi grave. Souvent la forme du corps ingéré détermine les dimensions de l’ulcère gangréneux qu’il produit par sa pression. Au contraire, les corps volumineux comme certaines grosses concrétions ou entérolithes peuvent produire des plaies circulaires, annulaires, qui bourgeonnent et ne se cicatrisent pas. Quelquefois, il arrive que la mort survient à celte période, produite autant par l’épuisement consécutif à
la suppuration que par l’inanition et le marasme. Que de fois 1 au^°l u; est venue montrer la véritable cause d'une série d’ accident-, qm trompent le médecin, l’induisent eu erreur, tant sont insidieux la marche et les symptômes de ces corps étrangers lixés en un point l’intestin, tant le diagnostic est hérissé de difficultés sans nombre.
4° De» phénomènes d’obstructio» «!«i lèvent être produits par les corps étrangers. — Cette redoutable complication n’est pas très rare, et elle est assez souvent causée par la présence des corps étrangers. Ce n’est pas à dire que dans tous les cas ce soit le corps lui-memc qui produise primitivement l’obstruction, mais il y prédispose puissamment en déterminant de la constipation, en gênant le libre écoulement des matières, et en modifiant, comme on l'a vu, la structure de 1 intestin, qui devient moins élastique, plus épais, boursouflé, et qui forme un véritable anneau coarcté au niveau de l’obstacle.
Si le corps étranger produit déjà des lésions graves sur l intestin sain, combien son action sera plus dangereuse encore quand il agit a sui une portion d’intestin herniée à travers un orifice, ou qui est le siège d’adhérences angulaires. Alors les chances d’obstruction croissent beaucoup, ainsi que le prouvent les nombreux exemples d engouement de hernies à la suite de l’arrêt des corps étrangers. La marche de 1 obstruction diffère un peu dans les deux cas, les conditions n’étant pas les mêmes, et je passerai en revue chacun d’eux.
1° Obstruction d’une portion intestinale libre. — Parmi les corps étrangers qui ont pu déterminer l’obstruction, on trouve un bon nombre de noyaux de cerises, de prunes, d’abricots, des osselets de pied de mouton, etc. Ailleurs, ce sont des bagues, des portions de râteliers, des épingles, des couteaux, des fragments d’os de poulet, des entérolithes qui sont la cause première de la gène dans le passage des matières. Les uns, comme les aiguilles, les arêtes, servent, en s’implantant dans les parois, de noyau sur lequel se déposent les matières réfractaires qui forment insensiblement les tumeurs stercorales ; les autres, comme les pièces de monnaie, les balles de plomb, les boules d’antimoine, les pelotons de lombrics, les fragments de sonde œsophagienne, les viroles d’étain de Denans pour suture intestinale, agissent en déterminant assez promptement une obturation presque complète ( Piriou , Thèse de Paris). Enfin, il faut ajouter à ces faits ceux qui sont rapportés par nombre d auteurs, et qui sont relatifs à des corps étrangers qui par leur nature produisent l’obstruction.
Observation. — Un jeune idiot mâchait continuellement des enveloppes de graine de cacao. Depuis seize ans, cette habitude n’avait déterminé aucun accident, quand il fut pris d’obstruction intestinale et mourut. Une masse du volume d’un œuf de poule constituée par des fibres d’écorce de cacao obstruait complètement l'iléon à douze pouces au-dessus du cæcum. ( Lamjclon Down. Transact. of the palliolog. Society , 1868.)
Observation. — Obstruction intestinale par une masse de cheveux chez une jeune l'iUe . — Mort. — (Dr Tefl.) Une jeune fille de 17 ans, d’aspect maladif, avait depuis longtemps pris l’habitude d'avaler toutes sortes d’objets. Elle eut vers l’âge de 15 ans deux menstruations successives, puis elles ne reparurent plus. Celte fille devint malade, se plaignit de cardialgie, de céphalalgie; des vomissements, de la diarrhée survinrent qui amenèrent un grand amaigrissement et une notable perte de forces. Les vomissements augmentèrent au point d’empêcher toute nourriture. Peu à peu le ventre devint douloureux à la palpation, et l’on y constata l’existence d’une tumeur peu dépressible et assez indolente, dure, cylindrique, sans fluctuation, qui occupait tout l’espace situé entre la portion antérieure de la neuvième côte et l’épine iliaque antéro-supérieure. Cette tumeur rendait un son mat pendant que tout le reste du ventre était sonore. Le traitement resta sans résultats; bientôt les vomissements devinrent fécaloïdes, la constipation absolue et la mort arriva. A l 'autopsie on trouva que la tumeur était formée par le côlon ascendant et le cæcum remplis par un corps étranger volumineux. Cette masse amincie à sa partie supérieure en pénétrant dan$ l'iléon à travers la valvule de Bauhin, avait 15 centimètres de longueur et se composait à sa partie inférieure d’une masse de cheveux entremêlés d’excréments; la portion supérieure consistait en une masse de coton et celle qui pénétrait dans l’iléon se composait de toutes sortes de fils de chanvre et de minces ficelles. (In Schmidt' s J ahr bûcher, 1807, t. 135,;;. 7-4.)
Comme les symptômes de l’obstruction ne diffèrent pas en pareil cas de ceux qu’on observe dans l’ileus et le volvulus, il suffira d’esquisser l'ensemble des phénomènes qui se produisent alors. Ou bien les accidents débutent brusquement, ou bien ils sont annoncés par des prodromes lents. Dans cette dernière éventualité, on constate des troubles antérieurs dans la défécation, de la constipation à laquelle succède une véritable débâcle avec flux diarrhéique. A plusieurs reprises, au milieu de ces irrégularités fonctionnelles, le ventre s’est ballonné, est devenu douloupeux surtout en un point, et les selles ont été supprimées. Tous ces accidents disparaissent spontanément ou sous l’influence de l'intervention médicale la plus légère. Puis, les symptômes augmentent et une autre fois on se trouve en présence d’un arrêt complet.
Que si ce dernier débute d’une façon soudaine, alors les symptômes atteignent promptement une très grande acuité et l’affection ne tarde pas à se manifester par une perturbation de toute l’économie. Le premier phénomène perceptible après la douleur est le ballonnement du ventre, au-dessus du point de l’intestin obstrué. Il est dû à l’accumulation des gaz qui se forment en pareil cas en grande abondance et produisent insensiblement une distension considérable des tuniques ; l’insertion incomplète du mésentère sur l’intestin permet de comprendre comment
cct organe peut subir une telle ampliation. Ce ballonnement était connu des anciens; mais c'est surtout Laugier qui, vers 1840, attira 1 attention sur les modifications de la forme du météorisme suivant le siège et l’étendue de l’obstruction. Il avait remarqué que, suivant le point obstrué, la forme du ballonnement variait; que quand l’obstacle occupait le jéjunum, le météorisme était surtout supérieur; au contraire il était plus étendu et plus uniforme quand l’arrêt se trouvait près du cæcum.
Malheureusement ces données ne sont pas toujours vérifiées dans la pratique, et il est bien difficile de déterminer, même avec une approximation assez large, le point précis de l’obstruction. N’est-il pas arrivé h des chirurgiens d’être sur le point d’opérer une hernie de l’iléon qu’on supposait la cause des accidents produits en réalité par une obstruction de l’S iliaque?
Quant cà la douleur, elle est souvent le premier symptôme, mais elle n’attire pas autant l’attention des malades qui sont sujets à des coliques. Dès que l’obstruction est confirmée, elle se manifeste par des éructations d’abord gazeuses, inodores et peu douloureuses ; la respiration devient plus ample et plus pénible ; la salive coule en abondance dans la bouche, un vague sentiment de malaise s’accroît insensiblement. Bientôt, au bout de quelques heures, parfois après un jour ou deux, les vomissements apparaissent, d’abord sans caractères particuliers, composés des aliments, des boissons, et surtout de mucosités et de bile. L’appétit est à peu près aboli. C’est à ce moment que le ballonnement devient inquiétant et se traduit par une tumeur résonnante. Quelques gaz et quelques matières lécales peuvent encore passer par l’anus et donner le change sur la vraie cause de l’affection. Même quand les matières fécales ont été complètement. rejetées il y a encore des selles muqueuses et expulsion de quelques gaz. Ce sont les produits de la sécrétion intestinale qui s’éliminent ainsi. Les premiers vomissements sont muqueux, puis deviennent bilieux, jaunâtres, à odeur acide.
Insensiblement, à mesure que l’affection suit son cours, la coloration des matières devient plus foncée et peut même dépasser la couleur verte pour prendre une teinte noire. En même temps l’odeur change : franchement acide d’abord, elle devient pénétrante et désagréable quand les vomissements sont bilieux, fécaloïde quand les vomissements sont noirs. Y a-t-il quelque relation entre la coloration des matières et le siège de l’obstruction? Évidemment on peut jusqu’à un certain point dire où siège l’obstacle au cours des matières, en remarquant qu’une obstruction
de la première portion de l’intestin grêle ne donnerait pas lieu â des vomissements fécaloïdes. De même les matières sont d’autant plus vertes qu’on s’éloigne du gros intestin.
L’anxiété augmente, le pouls devient plus dur, plus petit et plus fréquent; ces vomissements bilieux et stercoraux sont le résultat d’une série de mouvements antipéristaltiques convulsifs très douloureux. Aussi, la face reflète-t-elle ces souffrances : elle est pâle, grippée; le corps se couvre d’une sueur froide, les yeux s’encavent et le nez s elfile. Ions les mouvements sont alors très pénibles, et les malades se condamnent à l’immobilité.
Si le plus grand nombre de ces symptômes existent dans tous les cas, ils peuvent manquer ou différer un peu. La douleur est de tous le plus variable, tantôt intolérable, tantôt plus sourde, parfois même présentant des intermittences, des moments d apaisement qui ne correspondent presque jamais à une amélioration dans l’état local.
Après les vomissements stercoraux apparaît le hoquet, qui est un symptôme de très mauvais augure, et annonce le plus souvent une issue fatale. La température baisse, le pouls devient filiforme, irrégulier; la voix s’éteint, et les yeux s’entourent d’un cercle livide. La mort arrive sans délire après une longue agonie. La marche de 1 affection est assez lente, sauf dans les cas aigus, puisqu elle accomplit toute son évolution en quinze ou vingt jours. Tel est 1 ensemble des symptômes
fâcheux produits par T obstruction quand la mort en est la conséquence, ce qui, malheureusement, est assez fréquent. Si l’art a pu intervenir à temps, ou si la nature est venue rétablir le cours des matières, tous les symptômes s’amendent et le rétablissement aura lieu, lorsque la santé
générale n’a pas été trop ébranlée.
Quand la mort survient, elle peut être la conséquence : 1° d’une solution de continuité de l’intestin au niveau du point obstrué. Il arrive assez souvent que le corps étranger détermine la perforation et la péritonite foudroyante. 2° Les tuniques de 1 intestin peux en tse ïamolln et se gangréner au niveau de 1 obstruction et au-dessus. La dilatation produite par l’accumulation des matières sous forme d une colonne semi-pâteuse au-dessus de l’obstacle, la pression excentrique que ces masses déterminent expliquent sulfisamment la production de cette gangrène. Jamais elle n’évolue complètement, et l’on trouve dans les autopsies l’intestin gris bleuâtre, ardoisé, friable, se déchirant sous le doigt ou par la moindre traction. Les limites sont mal définies entre lui, le péritoine et les anses voisines qui participent de ses lésions. Le tout
cours ETRANGERS DE L’INTESTIN.
exhale une odeur d’une fétidité qui n’a peut-être pas d équivalente et qui pénètre les mains avec une grande ténacité. La lace interne est également le siège de ramollissement et d’ulcérations souvent très profondes; mais la portion sous-jacente à l’obstruction contraste singulièrement avec celle-ci. Au lieu du tympanisme, on trouve une diminution du calibre; à la place de l amas des matières fécales, on tiomsc un intestin complètement vide, atrophié, ratatiné sur lui-même.
Observation. — Calcul biliaire intestinal. Obstruction. Moit. 1 ti jeune mendiant, de 14 ans, vint à l’hôpital de Vernon pour une passion iliaque qui avait été négligée. 11 rejetait les cxcrements par la bouche et a\ail un Loquet continuel tics fatigant. 11 mourut la nuit suivante.
Autopsie. — Intestins grêles très dilatés. Ils étaient la plupart gangrenés; 1 intestin i lé u ni était exactement bouché par une assez grande quantité d’excréments si durs qu’en les jetant sur une table ils rendaient le son d’une pierre, ils prenaient feu a la chandelle comme les pierres biliaires. [In. liée, cl Obs. de médecine militai) e , 1 / /2, p. 625.)
Quelques réflexions ne seront pas inutiles pour se rendre compte de tout le cortège d’accidents consécutifs à l’obstruction. Il semble en effet ressortir de quelques observations que les vomissements fécaloïdes constituent un moyen dont la nature se servirait pour vaincre l’obstacle qui ne peut être chassé dans les portions inférieures de l’intestin. C’est ainsi qu’on a vu des noyaux de cerise accumulés être rejetés à plusieurs reprises avec les matières stercorales. Le malade en avait rendu quinze au moment de sa mort après laquelle l’autopsie fut faite; elle démontra que l’obstacle au cours des matières était insignifiant et n’était plus constitué que par cinq ou six noyaux de cerise arrêtés au niveau de la coarction intestinale. Dans un autre cas 1, un malade pris d’obstruction rendit un grand nombre de noyaux du même fruit.
Les faits semblables ne manquent pas, et il est rationnel de considérer tous ces efforts antipéristaltiques comme un remède naturel extrême.
2° Obstruction d'une portion intestinale herniée. — C’est à dessein que les corps étrangers arrêtés dans les hernies ont été passés sous silence dans tout ce qui vient d’être dit. Leur histoire est si spéciale qu il y a intérêt à l'isoler, parce que les symptômes varient beaucoup ainsi que les accidents. Le séjour de corps étrangers dans les hernies est connu depuis très longtemps, et llévin en mentionne déjà quelques cas dans son mémoire. On y a observé des noyaux de fruits, des por-