Loc. cit., t. II, p
DES CORDS ETRANGERS DE L’INTESTIN
pas d'accord sur celte question qui n’a pas été résolue depuis. Les uns, avec Claudinus, pensaient que l’intestin grêle avait des connexions assez intimes avec les parois de la vessie pour qu’on put expliquer ce passage. Pour d’autres, parmi lesquels Ilévin, la perforation se ferait entre le rectum et la vessie. Je crois que longtemps la question restera indécise, jusqu’à ce qu’on saisisse la nature sur le fait dans des autopsies ; mais rien ne s’oppose à ce que la perforation fasse communiquer l’intestin grêle, l’uretère, le rectum avec la vessie. Resterait à séparer ce qui appartient à l’un ou à l’autre, ce qu’on ne saurait faire actuellement. On devra, en pareil cas, examiner la nature des matières, leur degré de digestion, et procéder par exclusion. Enfin, je rapprocherai des faits précédents ceux dans lesquels la perforation se fait d’un point à un autre de 1 intestin .mode de formation de la perforation est rare, et l’on ne connaît guère que l’exemple de P. Dubois dans lequel un corps étranger métallique pût [tasser ainsi de l’estomac dans le côlon. En ce cas, le travail ulcératif peut rester inaperçu, et ce mode de terminaison serait même avantageux.
Des fistules. À proprement parler, la terminaison par fistules n’est que la conséquence des divers processus précédents; mais elles affectent dans le cas présent des allures si spéciales et sont si fréquentes, qu il est utile de les étudier à part. Elles prennent toujours naissance a la suite des abcès, surtout quand le corps étranger n’est pas libre dans la cavité phlegmoneuse. Que pour des motifs divers le corps étranger ne quitte pas 1 intestin, ou qu’il soit retenu au milieu des adhérences, la suppuration continuera et l’abcès se transformera en fistule.
Tour que ce travail s accomplisse, il faut qu’un certain nombre de
modifications surviennent dans la constitution de l’abcès. Le cloaque
diminue soit par bourgeonnement, soit par rapprochement des parois,
car les adhérences péritonéales sont éminemment rétractiles à la façon
du tissu modulaire. Il en résulte que la cavité de l’abcès se transforme
en un canal plus ou moins sinueux, ordinairement assez étroit, qui
conduit sur le corps étranger. Au lieu d’un seul orifice, on en observe
quelquefois un plus grand nombre, jusqu’à cinq ou six. Dès que la
fistule est ctabbe, la nature du pus change. Il n’est plus franchement
phlegmoneux, mais assez souvent séreux, avec des retours à son état primitif.
Quant à la fistule, elle présente à considérer un conduit et deux extrenutes. L onl.ee externe est en général déprimé, assez étroit, quelquefois pourvu d une saillie en cul-de-poule formée par des bourgeons
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chamus. Autour de lui, les tissus sont durs, œdématiés, et la peau irritée est ordinairement rouge. A l’autre extrémité de la fistule, il n’y a pas d’orifice, sauf dans les cas d’anus contre nature qui ne nous occuperont pas ici; on y observe un cul-de-sac, ordinairement assez îestieint, dans lequel se trouve le corps étranger ou la portion qui lait saillie hors Je l’intestin. Voilà pour les extrémités. Par quoi le canal est-il constitué? C’est presque exclusivement par du tissu fibreux et du tissu cellulaire induré. Quand on a pu observer ces fistules on a trouvé partout du tissu comme lardacé, et des adhérences très-épaisses et trèsrésistantes qui fixent l’intestin à une ou plusieurs portions de la paroi voisine. L’intérieur du conduit est tapissé par des bourgeons charnus. En dehors du tissu fibreux de nouvelle formation, produit de la suppuration, se trouvent les adhérences péritonéales préservatrices.
Telle est la constitution de ces fistules abdominales si fréquentes à la suite des phlegmons produits par les corps étrangers. Elles se produisent lentement, et. ce fait môme suffit pour expliquer la lenteur de la cicatrisation. Quand bien même le corps étranger est sorti ou a été retiré, si la fistule est déjà ancienne, elle ne se cicatrise que très-dillicilement, quelquefois jamais, parce que les tissus fibreux qui la constituent n’ont pas de tendance à la régression. D autres fois, il arme que la cicatrisation se fait, mais ne dure qu’un temps limité, avec des récidives très-fréquentes qui produisent des abcès successifs suivis de reproduction du trajet.
Cette hyperplasie du tissu conjonctif et cette formation modulaire ne se bornent pas toujours à la région malade et s’étendent assez loin. C’est ainsi qu’on a vu l’induration se communiquer aux ganglions inguinaux dans un cas de fistule de la fosse iliaque droite.
Enfin, ces fistules peuvent ctre l’origine d accidents très-graves. En dehors des infections auxquelles cette porte ouverte peut donner accès dans l’économie, il existe des dangers inhérents à la fistule elle-meme et au corps étranger qui la produit : ce sont les déchirures et la rupture des adhérences voisines. Un corps étranger irrégulier, après un mouvement spontané ou communiqué par le chirurgien, peut rompre les tissus qui l’entourent et les adhérences qui préservent le péritoine. A peine est-il utile de dire que la mort est la conséquence fatale de la lésion produite. Il y a là une particularité à noter que le chirurgien 11e doit pas oublier quand il se propose d’intervenir pour extraire un coips étranger situé au fond d’une fistule abdominale. C’est la vie ou la moit suivant qu’il se décidera pour l’intervention active ou lente.
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