‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 76 sur 304 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DIAGNOSTIC

Le diagnostic est d’une importance qui n’échappera à personne, après l’ctnde précédente sur la marche et les accidents des corps étrangers. Malheureusement il est 1res facile ou très difficile, suivant que les commémoratifs donnent ou non d’utiles renseignements au chirurgien. D’un autre côté, il arrive trop souvent que l’homme de l’art n’est consulté qu’à une période de la maladie où il ne peut plus entrevoir la cause première, à travers les complications graves qui sont survenues. Quand, par exemple, un corps étranger formé dans l’intestin ulcère un organe et détermine une perforation avec péritonite, le début est si brusque, les antécédents si négatifs, les accidents si graves, que l’embarras du médecin est extrême. Voyons donc si par quelques moyens il pourra avec chances de succès soupçonner la cause du mal. Pour tous les corps ingérés, les commémoratifs sont très précieux quand ils peuvent être fournis, parce qu’ils guident le chirurgien dans ses investigations et lui permettent d’interpréter d’une juste façon les phénomènes qu'il observe, de déterminer le siège et les chances de passage du corps étranger. Donc il faut toujours s’enquérir auprès du malade ou des personnes voisines de leur histoire ; il faut leur demander si elles n’ont pas de hernie, si elles n’ont pas eu d’affections antérieures qui pourraient prédisposer à l’arrêt de corps étrangers.

Quelquefois dans les asiles d’aliénés, on n’a pas tenu compte du diie de malades qui avaient avalé des corps volumineux comme des fourchettes ; en pareil cas, s’abandonner à trop de scepticisme serait un tort. Mais, même pour les corps ingérés, et à plus forte raison pour ceux qui se forment dans l’intestin comme les tumeurs stercorales. les commémoratifs sont souvent nuis, à moins que le médecin ne les provoque par une série de questions qui ont pour but de le renseigner sur des particularités fonctionnelles. Si, par exemple, un individu se présente avec des symptômes d’obstruction ou d’étranglement qui sont identiques, les renseignements qu’on tire du malade en le questionnant pourront quelquefois trancher la question entre un iléus et une coucrelion. Aussi faut-il toujours lui demander s’il n’a pas l’habitude

d avaler des noyaux de cerises, de prunes, de dattes, quand bien même on serait en dehors de la saison.

traité des cours

La constipation habituelle, ou des alternatives de diarrhée et de constipation avec prédominance de celte dernière et ballonnenent du ventre constituent un signe des plus utiles qui permet déjà de soupçonner la nature de l’affection et la source des accidents actuels. Mais la difficulté est grande parce qu’on n’arrive au but que par exclusion, en écartant d’autres affections, en tâtant le terrain à chaque pas.

La douleur peut aussi fournir des indications précieuses. En ellemême, elle n’a rien de particulier. Des coliques ne sauraient indiquer l’existence d’un obstacle au cours des matières, si les commémoratifs ne s’y joignent ; elle est si peu spéciale que, dans un certain nombre de cas. on a pu se croire en présence de coliques néphrétiques et se borner au traitement approprié à celles-ci ; de meme, les convulsions ou les souffrances qui forcent un malade à se rouler par terre, n’ont rien de caractéristique. Tout au plus indiquent-elles, parleur acuité, l’imminence d’un danger sérieux. Tout autre est, dans la majorité des cas, la fixité de la douleur pour le diagnostic précis de la région malade. Quand elle n’est pas trop étendue, c’est elle, en effet, qui conduit le chirurgien jusqu’à sa cause, jusqu’au siège même du corps étranger. Soit une douleur dans l’hypocliondre droit chez un individu qui présente de la constipation habituelle ; avec ces seules données, le devoir est d’aller explorer attentivement la fosse iliaque, parce que ces deux signes subjectifs et fonctionnels indiquent déjà un arrêt dans le cours des ma-

tières .

J’ai dit ailleurs ce qu’il fallait penser de la théorie de Laugier sur le ballonnement partiel ou total du ventre, suivant le point ou siégeait le corps étranger. C’est un moyen peu sûr dans la plupart des cas. On peut en dire autant du signe de Barlow fondé sur la quantité d urine excrétée. D’après lui, une obstruction qui siégerait près du pylore produirait une diminution dans la quantité du liquide, tandis que dans une obstruction cœcale, il y en aurait une proportion bien supérieure. Ce moyen d’investigation trop théorique est fondé sur les lois de 1 absorption.

Les signes objectifs fournis par l’examen du malade et de la région sont très précieux dans bon nombre de cas. L’inspection pourra rarement donner des indications utiles, sauf dans quelques circonstances où le corps étranger est venu faire saillie sous la peau, comme dans le cas de Diemerbroëck où une alêne pointue soulevait la peau de la u gion ombilicale. S’il existait une tuméfaction du tégument, on l’apercevrait ainsi. Les auteurs du Compendium font mention d un cas dans leque

DES CORPS ÉTRANGERS DE L’INTESTIN

une anse intestinale herniée produisait un bruit de cliquetis dû à une accumulation de noyaux de cerises.

La palpation est très utile, indispensable ; pour la faire avec fruit, il faut relâcher les parois abdominales autant que l’état du malade le permet. Cela fait, on explore l’abdomen avec la pulpe des doigts enfoncés avec précaution, en se dirigeant vers la région où la douleur existe.

Souvent la pression provoque de la douleur en un point fixe où la main perçoit quelque chose de dur. Toute investigation nouvelle provoque la même souffrance parfois intolérable, ce qui indique un siège précis au chirurgien. S’il existe une tumeur en ce point, il convient d’en rechercherai nature, de déterminer si elle est ou non fluctuante, régulière ou bosselée, mobile ou fixe. Enfin, si la douleur n’est pas trop aiguë, on peut chercher prudemment si cette tumeur conserve l’impression du doigt. Toutes ces investigations auront une importance capitale, parce qu’elles permettront de savoir où siège la tumeur, si elle est inflammatoire, kystique, formée par une concrétion ou un amas de matières fécales, susceptible de se déprimer sous le doigt.

L’examen des organes génito-urinaires peut servir à écarter des chances d’erreur : car on a vu des interventions les plus funestes succéder à des erreurs de diagnostic.

Ruty rapporte1 qu’un individu fut taillé pour retirer une pierre qu’on ne trouva pas. Le malade succomba, et Ton reconnut à l’autopsie que ce qu’on avait pris pour un calcul n’était autre chose qu’une concrétion du cæcum formée d’excréments durcis.

La percussion peut aussi servir au diagnostic; ce moyen a, entre autres cas, servi à Gosselin pour reconnaître le siège et suivre les évolutions d’une pipe en terre; cependant, je pense qu’il est d’un usage restreint. Dans la fosse iliaque, quand le corps étranger est profond, la percussion devient illusoire, si le météorisme est un peu développé.

Tels sont les signes qui permettent de poser un diagnostic. Ils n’ont

rien de spécifique, comme on le voit, et il faut qu’ils soient (ous réunis

pour faire soupçonner la présence d'un corps étranger. Dès que l’idée

naît dans l’esprit, il faut les passer tous en revue, et quand on observe

les symptômes ou les complications qui ont été décrites plus haut, il

laut penser à la possibilité d’un corps étranger ingéré ou d’une concrétion.

Maigre cela, que de difficultés insurmontables dans la pratique I En

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