CHAPITRE VI
PRONOSTIC
D’une façon générale, le pronostic des corps étrangers n’est pas grave; Mignon donne comme mortalité la proportion de 7,56 °/0. Sans attacher aucune valeur à ce chiffre, il prouve du moins que le nombre des morts rapporté par les auteurs est assez faible. Peut-être serait-il plus fort si l’on y ajoutait les cas nombreux dans lesquels le diagnostic n’a été posé pendant la vie et où le malade ayant présenté tous les symptômes de l’obstruction on a retrouvé des tumeurs stercorales ou des concrétions, noyaux, etc.; pour ma part, j’ai déjà été témoin depuis dix ans de plusieurs faits de ce genre.
Cependant, il faut reconnaître que le pronostic est assez bénin, sur-
tout pour les corps étrangers de moyen volume. Ainsi on voit très rarement des accidents causés par des pièces de monnaie; mais il s’aggrave singulièrement quand le volume do corps étranger est excessif (fourchettes, couteaux, entérolithes) ou qu’il est très petit et que celui-ci va s’arrêter dans un diverticule. Aussi les corps possédant l’appendice cœcal présentent-ils une gravité exceptionnelle qui tient à ce qu’ils peuvent s’encroûter de matières durcies ou calcaires, grossir sur place, créer des connexions extérieures et préparer des complications redoutables. On n’a pas oublié sans doute qu’un pépin de raisin a pu, en pareil cas, causer la mort. Si le corps arrêté est acéré, le pronostic est moins grave. Il devient au contraire plus fâcheux suivant le siège de l’arrêt du corps étranger, d’autant plus grave qu’il se trouve plus élevé, suivant l’existence de douleurs persistantes et exacerbantes, de vomissements, de constipation, de météorisme, etc.
La durée du séjour est un élément important dont on n a pas suffisamment tenu compte ; -car le marasme et 1 affaiblissement parfois mortels peuvent en être la conséquence.
Les tumeurs phlegmoncuses sont plus fâcheuses que les non phlegmoncuscs ; les fistules sont plus redoutables encore, tant pai les adhérences qu’elles provoquent que par les accidents moi tels que lcui rupture peut entraîner.
La mort peut survenir de plusieurs manières:
1° Par le marasme produit par le séjour du corps étranger dans 1 intestin. — Elle résulte alors des troubles incessants que sa présence apporte toujours dans la digestion ; ils engendrent à la longue la cachexie et l’amaigrissement; mais elle est duc également aux ulcérations intestinales qui altèrent la muqueuse et provoquent la diarrhée purulente.
o° par marasme après expulsion. — Ce sont les mêmes causes que précédemment, mais le corps étranger est sorti spontanément. La nature, ruinée par les troubles antérieurs, ne peut réparer la désorganisation produite et fournir aux frais de la réparation. C’est ce qui arriva dans les cas de Gosselin, Corbett. De même Bayle 1 rapporte qu’une femme avala des épingles; elle eut des selles dysentériques, des tianchees et des convulsions fréquentes; elle mourut au bout de cinq semaines, bien que les épingles fussent sorties par différents points du ventre et par les selles. Je cite cet exemple entre un grand nombre d’autres.
1 Nouvelles de la république des leltres. Octobre 1085.
DES CORPS ÉTRANGERS DE L’INTESTIN
5° Mort par obstruction intestinale, qui s’observe surtout dans les cas de concrétions et de tumeurs stcrcorales.
Observation. — Mort par un corps incrusté dans te cæcum. — Jouberl de Lamolfe rapporte qu’à l’autopsie d’un homme, mort de tympanile, on trouva dans le cæcum, très volumineux, des cerises entières dont la couleur était d un noir foncé. On tira en outre un corps dur comme une pierre, du volume d une grosse orange, qui ressemblait assez à ces pommes de terre un peu ramassées ; sa pesanteur était de i onces, sa couleur externe brunâtre, sa substance, comme une bourre très fine bien pressée, sa couleur interne a peu près celle d’une éponge commune ; il parassait aussi compact, que l’agaric de chêne. ( Journal (jéncr. de médec., t. XXIV, p. G/, 17GG).
4° Mort par péritonite, consécutive à une perforation de l’intestin sans adhérence, ou à la rupture de ces adhérences pendant le cours d une périentérite ; enfin à la rupture d’une fistule.