‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 82 sur 304 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

CONSIDERATIONS GENERALES

Tous les corps étrangers du rectum peuvent être rangés dans trois groupes bien tranchés, suivant leur origine. Les uns, introduits par la bouche, n’arrivent dans le rectum qu’au terme de leur parcours ; les seconds sont formés dans le rectum ou dans les parties voisines (côlon, S iliaque); enfin les derniers y ont été introduits directement par l’anus.

1° Corps étrangers introduits par la liouclic. — Chacun de CeS groupes donne lieu à un certain nombre de considérations propres, exclusives, que j étudierai successivement. Mais, pour les mêmes raisons que précédemment, je passerai sous silence les causes et le mécanisme de l’introduction des corps étrangers venus des parties supérieures de l’intestin.

D’ailleurs ce sont, à peu de chose près, les mêmes corps étrangers et leur histoire a déjà été faite plus haut. 11 est évident qu’ils sont moins nombreux, diminués du nombre de ceux que leur volume, leur forme, ou leurs irrégularités arrêtent dans leur premier parcours. Cependant, les corps les plus dangereux ont pu être observés dans le rectum, tels que couteaux, fourchettes, pipes, après avoir avec un sort quelquefois diflicile, plus ou moins compromis l’existence des malades. Les objets de moyennes dimensions passent très fréquemment dans le rectum et n’attirent même pas l’attention dans la plupart des cas. Tels sont les

noyaux, les graines, les légumes, les clous, les aiguilles, les pièces de monnaie qui se rencontrent bien souvent dans l’ampoule rectale au terme de leurs pérégrinations. Malgré cette immunité presque absolue, il est un certain nombre d’accidents qu’ils peuvent engendrer dans cette région, et que j’étudierai bientôt.

0° Corps étrangers formés <lans lmtestiii. blCll autieilieilt înte*

ressantc est l’étude des causes qui favorisent ou déterminent la production de masses stercorales ou pierreuses de l’intestin; car elles s’observent très fréquemment dans la pratique journalière et elles sont très variées. Je n’aurai en vue dans cette étude que les corps étrangers qui se forment dans le rectum, bien que beaucoup de ceux d’entre eux qu’on y rencontre naissent sous l'influence de causes générales, physiologiques ou pathologiques, qui agissaient déjà sur les matières, quand elles étaient contenues dans le côlon. Toutes les causes que l’on peut invoquer pour expliquer la production des concrétions, tumeurs stercorales ou scybales, sont le plus souvent des causes prédisposantes et sont rarement déterminantes, ce qui s’explique du reste assez bien, eu égard au temps assez long nécessaire pour leur production. Dès lors les causes prédisposantes sont ; anatomiques, physiologiques et pathologiques.

1° Causes prédisposantes anatomiques. — Les cellulosités du gros intestin n’existent plus au niveau du rectum, et par suite celte cause ne peut être invoquée; mais elles y sont remplacées par un certain nombre de replis transversaux décrits par Houston comme une valvule. Sans préciser leur mode d’action, on peut a priori comprendre l’effet qu’ils produisent sur les matières un peu dures, surtout quand quelque autre prédisposition fonctionnelle vient s’y joindre. Outre ces replis valvulaires de Houston, il en existe encore d’autres situés à la partie inférieure du rectum, et qui sont surtout bien visibles sur l’intestin coupé longitudinalement et étendu. Ils se présentent à l’observateur sous la forme de petits nids de pigeon, de petites valvules analogues aux sygmoides, n’ayant pas un relief bien considérable; mais qui se prolongent en haut en s’accolant latéralement. Morgagni leur avait déjà donné le nom de colonnes de l’anus et Hihesles a décrites. Grâce à cette disposition anatomique, quelques corps étrangers pourront être arrêtés dans les concavités des replis et donner lieu à des accidents consécutifs. Il y a là une sorte de lieu d élection pour les très petits corps irréguliers, stercoraux ou autres. Huguier dit avoir souvent rencontré des abcès de la marge de 1 anus qui contenaient des clous de tapissier. De

môme des matières fécales pourraient s’y loger et former de petites concrétions,

2° Causes prédisposantes physiologiques. — Elles sont assurément très efficaces dans la production des concrétions, et si elles ne suffisent pas toujours à elles seules, elles y contribuent puissamment. A l’état normal les matières fécales doivent séjourner pendant un certain temps dans l’intestin, de sorte que la coprostase, ainsi qu’on appelle le séjour plus ou moins prolongé des matières dans l’intestin, est un phénomène physiologique; d’un autre côté, les matières stercorales, au moment où elles parviennent dans l’S iliaque et le rectum, sont déjà très épaissies par suite de l’absorption des produits nutritifs. Ce sont ces deux facteurs, arrêt momentané des matières et épaississement variable, qui jouent un rôle très intéressant dans la formation des concrétions; suivant qu’ils deviennent plus actifs, celles-ci auront plus de tendance à se produire. Rien n’est plus variable que la durée normale du séjour des matières, et il est difficile, d’après la connaissance exacte des tempéraments, de déterminer le temps qu’elles doivent passer dans la partie supérieure du rectum. Ces limites sont bien étendues puisque certaines personnes habituellement constipées ne vont à la selle dans les conditions de santé irréprochables, qu’une fois la semaine! Il y a des raisons étiologiques bien connues auxquelles les habitudes, les professions, le genre de vie plus ou moins sédentaires viennent ajouter leur influence. Quant à l’autre élément de la question, le degré de consistance des matières, il est jusqu’à un certain point sous la dépendance du mode d’alimentation. C’est un fait trop connu que certains aliments donnent plus de résidus que d’autres pour qu’il soit utile d’insister. Aussi, la cohésion et l’abondance des matières réfractaires qui constituent la matière fécale est bien différente chez un même individu selon qu’il varie son alimentation, chez un même peuple selon la nature de sa nourriture. Plus les farineux dominent, plus la proportion des matières et leur cohésion augmentent; au contraire, l’augmentation de la viande la fait diminuer. Enfin, les propriétés ordinaires ou anormales de certains aliments généralement répandus peuvent encore expliquer la fréquence inusitée de la coprostase sur tous les habitants d’un même pays.

N’est-ce pas à cette cause prédisposante qu’il convient de rapporter cette épidémie de coprostase qui a été observée par bon nombre de médecins (Banks, Donovan, Popham) en Irlande pendant l’année 184G. Un grand nombre d’individus, surtout appartenant à la classe pauvre, furent pris de rétention de matières fécales qui se concrétaient dans le

rectum. Los uns ont cherché la cause d’une épidémie si bizarre dans l’altération des pommes de terre qui constituaient la plus giande paitie de la nourriture de ces Irlandais, pendant cette année de disette; d’autres y ont vu une action élective spéciale du suc des Solanées, famille dont la pomme de terre fait partie; d’autres enfin ont plus judicieusement invoqué pour expliquer le fait le défaut d équilibre entic le* aliments féculents et azotés, qui avait pour conséquence une augmentation et un épaississement anormal des fèces. Ce n’est pas le seul fait de ce genre que l’on connaisse, mais la plupart sont moins souvent cités. L’usage de la farine d’avoine, dont il a été question en parlant des corps étrangers de l’intestin, joue encore un certain rôle dans quelques cas; en un mot, toute nourriture à résidu abondant végétal ou inorganique

prédispose à la coprostase et h la formation des concrétions.

5° Causes prédisposantes pathologiques. — Dans le plus grand nombre des cas, ces causes fonctionnelles n’ont d’action effective qu’autant que la portion inférieure de l’intestin se trouve dans des conditions anormales, et l’on peut sans crainte avancer que presque toutes les maladies de l’anus et du rectum doivent à un moment donné de leur évolution prédisposer à la formation des concrétions. Tels sont, parmi les plus ordinaires, les rétrécissements du rectum, les paralysies, les hémorrhoïdes, les fistules, etc., qui arrivent au même but par des moyens différents, les unes en produisant un arrêt mécanique au cours des matières, les autres en déterminant des phénomènes réflexes dont la résultante est une constipation opiniâtre. Ces données générales suffiront pour faire comprendre l’importance de ces vues étiologiques relativement à la prophylaxie, car on remédiera souvent à l’effet produit, en supprimant d’abord la lésion du rectum.

Les vieillards dont l’intestin fonctionne mal sont assez souvent affectés de coprostase, et sous ce rapport l’âge mûr est particulièrement prédisposé. La paresse de l’intestin joue le rôle principal dans sa production. Quant aux rétrécissements où coarctions qui siègent à une hauteur variable au-dessus de l’anus, il est difficile de dire s’ils sont la cause ou l’effet des tumeurs stercorales; mais la coexistence des deux phénomènes est un fait à peu près constant quand la concrétion a acquis un volume un peu considérable.

') étrangers introduits dans le rectum. — La liste des COl’pS

étrangers qui ont été introduits par l’anus dans le rectum est si variée, les causes en sont si diverses qu’il est utile de ranger dans quelques groupes ceux qui ont les plus grandes analogies étiologiques. Il faut

diviser en cinq groupes tous les corps étrangers introduits dans le rectum, d’après les causes qui interviennent dans leur introduction.

1° Corps étrangers introduits par le fait d’un traumatisme ;

2 Coips étrangers introduits intentionnellement par le fait de la malveillance ;

ü° Corps étrangers introduits accidentellement dans des manœuvres de lubricité ;

4° Corps étrangers volontairement cachés dans le rectum ;

5° Corps étrangers introduits dans un but curatif par des ignorants ou par des hommes de l’art.

Si l’on passe en revue chacun de ces groupes, on ne tarde pas à reconnaître que les causes les plus bizarres président souvent à l’introduction des objets solides les plus fantastiques, ainsi qu’on pourra s’en 1 en dre compte par les détails suivants.

, r CorPs étrangers introduits par le fait d'un traumatisme. — Si 1 on ajoutait loi aux histoires fantaisistes des individus qui se présentent au chirurgien, porteurs de corps étrangers du rectum, le traumatisme serait la cause la plus ordinaire de ces accidents. N’a-t-on pas vu, poussé par un sentiment de honte trop légitime, ces malheureux raconter qu’ils étaient tombés sur la bouteille qu’on retirait de leur rectum; que c’était en vertu de la vitesse acquise dans une chute que des chopes de bièie qui se trouvaient par hasard sur leur trajet avaient dû pénétrer dans lanus! En restreignant à leur jusle valeur ces commémoratifs imaginaires, il faut reconnaître que très rarement Je traumatisme est 1 oiigine de la présence des corps étrangers du rectum. Cependant on en connaît quelques exemples bien authentiques. Les choses ne se passent pas ainsi ordinairement, et l’action de la violence ne se borne pas a une simple pénétration, car il y a presque toujours des désordres plus graves qui intéressent les organes voisins. Tel est, entre autres, le cas suivant rapporté par Camper.

Observation de Camper. ( Prix de l'Académie de chirurgie , tome XII, page 105.)

- « Un matelot tomba du haut d’un mat sur des éclats de bois dont quelques fragments lui entrèrent par 1 anus jusque dans la vessie : il en résulta une fistule urinaire par le rectum. Consulté au bout d’un an, je sentis les morceaux de bois ; mais ils résistaient a 1 extraction : 1 algalie introduite dans la vessie me lit soupçonner que l’extrémité de ces éclats était encroûtée de matières calculeuscs; j’incisai le trajet listuleux, et parce moyen, je tirai deux pierres oblongues lormées au bout de deux morceaux de bois ; le malade guéiit en fort peu de temps et la callosité n’y porta aucun obstacle. »

Ivst-il besoin de rappeler I horrible exécution du pal que quelques

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