‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 89 sur 304 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Les corps étrangers du rectum manifestent leur présence par des symptômes qui sont presque tous subjectifs et qui n ont rien de spécifique le plus souvent. Aussi arrive-t-il que la nature du mal reste fort douteuse pour le malade comme pour le chirurgien. Cependant il est rare que ces symptômes ne guident pas un observateur sagace et consciencieux vers la véritable cause des phénomènes qu’on lui rapporte ou qu’il constate.

1° Symptômes subjectifs. — Je laisse de côté pour le moment l’histoire des concrétions, desscybales et de la coprostase, parce que cette maladie affecte des allures particulières, et que les descriptions suivantes ne s’y rapporteraient pas.

La douleur est le symptôme le plus ordinaire que l'on observe dans le cas de corps étranger du rectum, qu’ils aient été introduits ou qu’ils viennent de la bouche. Mais elle varie beaucoup suivant les cas et paraît être le résultat d’un phénomène physiologique ordinaire, le besoin de la défécation. De là des divergences très grandes suivant la forme, les aspérités et le volume. Quand le corps étranger est pointu, il arrive qu’il blesse les parois du rectum pendant les efforts de défécation, et il peut aussi arracher des cris subits au malade qui éprouve une douleur suraiguë • et auudaine. La même chose se produit encore quand le corps étranger est tranchant par un de ses bords, parce qu’alors il coupe la muqueuse fort sensible.

Observation — Un enfant avait avalé un petit couvercle de fer-blanc qui détermina quelques accidents dans l’œsophage, puis passa dans l’intestin. 11 ne se lit plus sentir qu’à l’anus, et provoqua les cris de l’enfant. La mère, soupçonnant la cause de ces douleurs, le lui retira.

Tous les corpsaigus, comme les précédents, les fragments d’os pointus, les noyaux de fruits, etc., agiraient ainsi ; mais ils ne deviennent aussi douloureux qu’au moment de la défécation. Si celle-ci n’est pas provoquée par l’existence du corps étranger, et qu’il ne soit pas volumineux,

on n’observe aucun phénomène, et le malade ne souffre pas. Lorsque les corps étrangers ont été introduits, les choses se passent différemment; car ils sont ordinairement plus gros et plus longs ainsi qu’on l’a vu plus haut. Il serait difficile d’admettre que les chopes, bouteilles, cuillers, pilons, etc., introduits dans le rectum ne déterminent pas des symptômes très-douloureux, et il y a lieu de croire que les souffrances de ces malheureux sont Irès-grandcs, si l’on réfléchit à la fausse honte qu’ils surmontent, et à laquelle ils ont dû résister, en venant demander les secours du médecin. Les douleurs sont plus obtuses en pareil cas, mais le plus souvent accompagnées d’autres accidents de voisinage qui seront bientôt mentionnés.

Un caractère qui se rencontre assez fréquemment dans la douleur, c’est son aggravation par tous les efforts et par certaines positions déterminées. C’est ainsi qu’on a vu la flexion du ventre sur la cuisse accroître

beaucoup les souffrances.

L’irritation produite -par le corps étranger sur la muqueuse rectale autant que le besoin de la défécation provoquée par la présence d’un corps dans le rectum, ont pour effet de déterminer des contractions spasmodiques de la musculeuse et des autres muscles du plancher du bassin. Quand les efforts souvent inconscients n’aboutissent pas à un résultat heureux, ce qui est le cas le plus lréquent, alors les douleurs croissent en intensité et prennent la forme de véritables tranchées très aiguës que les malades supportent péniblement. Elles peuvent durer assez longtemps, présentant des intermittences pendant lesquelles des élancements plus sourds succèdent à la douleur première. Plus les malheureux font des efforts pour provoquer 1 issue du coips etrangei, plus ils souffrent, d’autant qu’ils essayent souvent de le retirer eux-mêmes et que les manœuvres, ordinairement vaines, qu’ils répètent pour y arriver sont très douloureuses.

Un autre symptôme assez fréquent est la constipation, mais il exige plusieurs conditions pour qu’on l’observe. Il faut que le corps étranger ait un certain volume, ou qu’il ait déterminé un arrêt dans les matières fécales, conditions qui se trouvent assez fréquemment réalisées comme on le sait; elle est ordinaire, mais peut manquer ou être marquée par des symptômes qui trompent les malades. En elfet, on voit quelquefois cette constipation coïncider avec des selles muco-purulentcs ou sanguinolentes qui sont produites par la sécrétion intestinale et des corps comme des bouteilles, ont pu ainsi tromper sur la nature des accidents. Les hémorrhoïdes internes, etc., ne se manifestent-elles pas par les mêmes

symptômes, et, si le porteur de semblables corps n’aide pas le chirurgien, celui-ci pourra se méprendre, s’il n’a le soin de pratiquer le toucher. Quand la constipation existe, elle peut être absolue, rebelle à tous les minoratifs, ce qui 11e se voit pas dans d’autres affections de la même région.

Presque dans tous les cas, des troubles du côté des organes génito-urinaires apparaissent à une époque plus ou moins rapprochée du début des accidents; quelquefois meme, ils débutent seuls et acquièrent une telle intensité que le malade ou le médecin induits en erreur cherchent dans ces troubles l’origine du mal. Évidemment la compression joue un grand rôle dans la production des rétentions d’urine qu’on observe alors, mais les réflexes auxquels les malheureux se sont parfois adressés au début de leur mésaventure, n’y sont pas étrangers. En tous cas, les douleurs urinaires s’accroissent promptement et joignent leur intensité à celles des tranchées, de sorte que la situation est intolérable, et que le secours est absolument necessaire. Aussi est-il rare d’observer des accidents plus avancés, parce qu’une solution est indispensable et que l’imminence d’une mort rapide lève tous les scrupules des malades. Combien seraient morts emportant le secret de leur accident, si ces douleurs et l’instinct de la conservation ne les eussent forcés à faire des aveux !

Enfin on peut quelquefois observer des sueurs froides, et meme des convulsions, ce qui n’a rien d’étonnant, en raison de l’intensité des troubles fonctionnels. Pendant tout le temps que durent les accidents dans le rectum, l’appétit est perdu, ainsi que le sommeil ; l’affaiblissement s’accroît promptement alors.

Symptômes physiques. — Le plus souvent les symptômes physiques font défaut, surtout quand le corps étranger vient des voies supérieures. Il n’y a aucune déformation des parties, le ballonnement du ventre est très modéré, et l’on ne sent aucune tumeur extérieure. Si l’on se trouve en presence d’un corps introduit par l’anus, pour peu qu’il soit volumineux, ce qui est la règle, on pourra observer des lésions de l’anus qui ne sont pas rares, et qui consistent en un boursouflement œdémateux et cyanosé • te plus, cet organe est assez souvent infundibuliforme. A l’aide d’une mam le chirurgien écarte les fesses et voit l’orifice anal comme forcé

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En somme, l’état de l’anus est rarement normal, et l’on constatera même, dans les cas simples, une constriction très forte des sphincters ; elle a été surtout signalée par Alibran *, qui eut de la peine, pendant des tentatives d’extraction, à lutter contre la constriction du rectum.

Dans quelques circonstances, cette constriction fait place à un relâchement momentané qui ne se produit que dans certaines positions. Ainsi l'on a vu des corps étrangers volumineux, comme des chopes, qui déterminaient une contracture spasmodique du sphincter, sauf quand le porteur se baissait comme pour aller à la selle ; alors ce mouvement s’accompagnait de l’issue de déjections muco-sanguinolentes. L hémorrhagie est rare et constitue plutôt un accident qu un symptôme, sauf dans le cas de sangsues introduites par l’anus, parce qu alors 1 écoulement du sang constitue, avec une douleur piquante anormale, le seul symptôme appréciable.

Mentionnons encore l’existence d’une tumeur qui repousse le périnée en bas dans le cas où le volume du corps est un peu gros. Ce signe est utile parce qu’il peut mettre sur la voie du mal, et 1 attention du médecin est assez souvent attirée sur lui ; en effet certains malades diminuent la douleur que cette pression provoque au périnée, en

comprimant la région de bas en haut.

Mais les seuls symptômes objectifs sérieux sont fournis par le touchei rectal. Il peut arriver que la situation du corps étranger, très élevée, gène l’exploration ; alors il faut s’aider du spéculum, et l’examen de l’S iliaque fera découvrir l’origine des accidents. Ordinairement, on atteint le corps étranger, ce qui permet de déterminer sa forme, sa situation, sa position, et quelques-unes de ses qualités physiques. Ils sont en général fixes, à moins que le poli de leur surlace ne les rende mobiles, ils dilatent le rectum dans un ou plusieurs sens, et siègent de préférence à cinq ou six centimètres de l’anus quand ils sont un peu gros. Au contraire, ceux qui ont un petit volume et qui viennent de l’intestin s’arrêtent le plus souvent au niveau de l’anus, où ils sont fixes,

implantés dans la paroi, parfois accolés à elle.

On a pu, dans le cas de corps volumineux ou très longs, percevoir le corps étranger à travers les parois abdominales. Quelquefois même, comme dans le cas de Velpeau, les fioles, bâtons et bouteilles viennent faire une tumeur sous les fausses côtes ou à l’abdomen. G est sous l’influence des mouvements antipéristastiques et des contractions du

\. GaX. des IIôp. 1869, p. 561.

sphincter que quelques corps peuvent remonter très-haut dans le rectum. En général, la forme conique contribue puissamment à iaunisu cette ascension en sens inverse du cours des matières; ainsi le nécessaire du forçat de Closmadeuc était tronc-conique, la pierre du marin américain était ovoïde.

Symptômes «les eoncrctioïis et de la coprostasc. Les concrétions

et les amas de matières stercorales présentent des symptômes très différents suivant la période où on les considère. La première, caractérisée par une indolence presque absolue, peut durer très longtemps, en raison de la formation assez lente des concrétions. Dans la seconde, les phénomènes subjectifs apparaissent, d’autant plus intenses que le volume du corps étranger est plus considérable. À peu de choses près, les symptômes sont les memes que ceux des autres corps étrangers, mais ils sont plus sourds, moins aigus et trompent plus facilement les malades et le médecin. La constipation habituelle en est le phénomène dominant ; mais cette constipation n’est pas absolue et n’exclut pas l’issue, par les efforts de la défécation, de selles muqueuses ou muco-sanguinolentes parfois très liquides ; ordinairement elles sont abondantes, et par les progrès de la maladie, quand elle est méconnue, peuvent devenir purulentes.

Un sentiment de pesanteur tout particulier accompagne celte constipation ; il a pour siège l’extrémité inférieure du rectum, s'irradie dans le périnée, les lombes et quelquefois môme dans les membres inférieurs. Tous les mouvements l’exagèrent, et les malades compriment eux-mêmes, par un mouvement instinctif, les régions anale et périnéale antérieure afin de diminuer un peu cette sensation désagréable. La marche, l’équitation sont des causes de souffrances, de sueurs froides et, de faiblesses, et tous ces accidents prennent encore un caractère plus douloureux pendant les efforts de défécation. Presque toujours on observe alors des hémorrhoïdes qui trompent les malades sur la cause réelle de leurs souffrances, et elles peuvent même être le siège d’ulcération et la cause des stries qu’on trouve dans les déjections muqueuses du rectum irrité. En même temps, il existe une tumeur qui fait proé-

miner le périnée en bas et qui donne à la région une physionomie spéciale.

L’abdomen est quelquefois le siège de ballonnement, d’autant plus marqué que la gène dans la détécation favorise l’accumulation des matières fécales. D ailleurs, on peut jusqu’à un certain point se rendre compte de 1 existence d une tumeur par l’exploration du ventre et du

rectum. La palpation de l’abdomen, principalement de la fosse iliaque gauche, peut permettre de découvrir une tumeur, assez indolente, qui siège profondément, et que le toucher rectal parvient à déterminer souvent. Cependant on n’arrive pas toujours avec le doigt jusqu’au siège du corps étranger, quand il occupe la partie supérieure du rectum. J’ai vu un cas de ce genre où l’amas de matières lécales était venu faire saillie au-dessus du ligament de Fallope gauche, et dans la région inguinale, où il formait une tumeur si bizarre qu’on put la prendre pour un néoplasme. En ce cas, le toucher rectal ne permettait pas de l’atteindre. Quoi qu’il en soit, l’exploration directe donne ordinairement des renseignements très utiles sur la position, le volume et la mobilité de la tumeur stercorale.

Les symptômes sont encore les mêmes pour les corps étrangers peu volumineux et multiples, qu’ils aient été introduits par la bouche ou par l’anus; c’est ainsi que des pois secs et des escargots ont pu se comporter comme des scybales.

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