‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 9 sur 304 · Lancet . 1876, t. VII, p · texte numérisé non relu

Lancet . 1876, t. VII, p

DU SORT DES COURS ETRANGERS. 10

Ce n’est pas seulement par excès que pèche la première proposition de Delpech, mais encore par défaut, parce qu’il est impossible de ranger dans le cadre qu’il trace toutes les variétés observées. Ainsi, que deviennent d’après lui les corps étrangers fixés aux parties, tels que viroles, anneaux, etc.! Ils ne sont ni éliminés, ni enkystés encore moins résorbés. Ils exercent une action mécanique fâcheuse source d’accidents quelquefois graves, qui n’ont aucun rapport avec leur élimination. D’autre part, d’économie ne peut-elle pas tolérer les corps étrangers sans formation d’un kyste? ou ranger dès lors les cas de tolérance de l’estomac, de l’intestin, des os, et les exemples si nombreux de corps migrateurs? C’est cependant l’opinion du chirurgien de Montpellier quand il dit que : « Les « coi'ps étrangers également incapables d’organisation, d’absorption, de « dissolution, d’exciter dans les parties environnantes une inflammation « susceptible de les expulser, peuvent être supportés par ces dernières a a la faveur d’une condition : les organes qui les entourent doivent éprouver « par leur séjour une altération telle qu’il en résulte la formation d’un « kyste capable de les contenir. » Ne vaut-il pas mieux étendre bien au delà de ces limites trop restreintes le bénéfice de la tolérance et 1 admettre avec ou spns kyste dans tous les tissus, aussi bien les parenchymes que le tissu cellulaire, les membres que les cavités splanchniques? C’est à cette dernière manière de voir que je me rangerai et je la formulerai simplement par la proposition suivante:

Les corps étrangers de V organisme sont tolérés ou bien provoquent des accidents.

Voyons maintenant quelles sont les lois qui régissent ces deux manières d’être, les circonstances qui les favorisent, les modifient, et quelles sont au point de vue pathologique leurs conséquences ultimes.

§ I. — De la tolérance des corps étrangers.

Un corps est toléré quand il ne manifeste sa présence par aucun symptôme apparent ou latent, aucun trouble dans l’harmonie des parties. L’indolence absolue est une condition nécessaire, mais elle n’est pas la seule. Ainsi les corps étrangers de l’œsophage qui provoquent des accidents terribles en ulcérant les parois de gros vaisseaux n’ont le plus souvent attiré l’attention ni des médecins, ni des malades; c’est pour ce motil qu il ne doit se faire autour du corps toléré aucun travail nuisible apparent ou latent.

Si du général on passe au particulier, on ne larde pas à s’apercevoir que la tolérance s’exerce sous trois formes différentes :

1° Tolérance des corps étrangers des voies naturelles ;

2° Tolérance des corps migrateurs ;

5° Tolérance des corps enkystés.

Ce sont là trois variétés fort distinctes et qui n’ont qu’un point commun, la tolérance de l’économie ; mais il est impossible de comparer la manière dont un noyau de cerise reste inoffensif dans l’intestin avec le procédé qui garantit les tissus au contact des aiguilles voyageuses ou des balles. Je passerai successivement en revue chaque variété.

1° Tolérance «les corps étrangers dans les voies naturelles. —

Pour qu’un corps étranger qui se trouve accidentellement dans les conduits naturels soit toléré, il faut qu’il réalise un certain nombre de conditions qui dépendent de lui et du canal qu’il occupe. Jamais il ne doit obstruer la lumière au point d’apporter des obstacles au cours des sécrétions, des excrétions, ou des fluides qui le traversent, condition bien difficile à réaliser quand on réfléchit à l’exiguïté de certains conduits, à l’intolérance des autres. De plus, les parois ne doivent pas être irritées par le contact; en un mot, le corps ne doit manifester sa présence en aucune façon. Quels sont les canaux de l’économie, qui peuvent réaliser ces conditions? 11 y en a fort peu, mais on en a noté des exemples authentiques; et d’abord le corps peut être creux, tubulé, de sorte qu’il permet le libre écoulement des liquides ou gaz. Ce fait n’est pas absolument rare et a été plus d’une lois observé pour les bronches, l’urètre, et même le tube digestif, mais l’autre condition est presqu’impossible à réaliser, à savoir : l’intégrité de la partie en contact. Cependant on a vu des pièces d’os, trouvées dans des autopsies, qui n’avaient provoqué aucun symptôme pendant la vie et n’avaient laissé aucune altération comme traces d’un séjour de plusieurs années dans le poumon. Mais c’est dans l’intestin qu’il était rationnel de trouver des cas de tolérance, parce que la muqueuse du tube digestif supporte bien le contact des corps étrangers, et que les dimensions de ce canal prédisposent moins à l’obstruction, surtout pour les parties largement dilatées comme l’estomac, le côlon. D’ailleurs, cette tolérance est beaucoup plus grande qu’on ne le croit réellement et que les auteurs ne le disent. Elle ne s’exerce pas seulement sur les corps qui séjournent longtemps dans quelque point du tube, mais encore sur ceux qui, entraînés par les matières et les contractions de la paroi parcourent ainsi sept à huit mètres d’intestin sans que l’économie en soit en rien incommodée. Ne faut-il

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pns voir là des exemples de tolérance au même titre (pie ceux où le corps après avoir parcouru la moitié du corps sans aucun accident vient au dos du pied attirer l’attention. La tolérance des muqueuses existe donc réellement, que le corps étranger soit mobile ou confiné dans un district qu’il ne quitte pas. 11 est vrai que c’est cette dernière variété qui a fourni les exemples les plus étonnants; nombre de fois, la surprise du médecin a été grande en trouvant dans l’estomac de quelque aliéné ou autre personne, des couteaux, de* cuillers, des pierres, des fragments de toutes espèces, dont on ignorait l’existence. Si on prenait la peine d’examiner toujours l’appendice caecal, il n est pas douteux qu on trouverait un plus grand nombre d’exemples de noyaux, pépins, etc., logés dans son intérieur. Quant à l’indolence absolue, elle n est pas un fait rare, et on a vu un écu de 6 livres dans un cas, une boucle de soulier dans un autre qui n’étaient pas encore rendus plus de vingt-cinq ans après l’ingestion. Les faits de ce genre abondent dans la science, et chemin faisant le lecteur en trouvera plusieurs mentionnés dans cet ouvrage.

2n Tolérance des corps mâ^raieurs. — Les corps etrangers qui parcourent un certain espace dans les tissus sans provoquer aucun accident. et que pour cette raison on a appelés migrateurs, proviennent de deux sources différentes : les uns, introduits par les voies naturelles, n’entrent dans les tissus qu’après avoir perforé les parois des canaux de dedans en dehors ; les autres appartiennent au groupe des corps étrangers par effraction et ont perforé la peau. Il serait assez difficile de dire quelle est la part qui revient à chacun, mais il y a plus d’une analogie entre ceux qui par des voies différentes subissent cette évolution curieuse. Ce sont surtout des aiguilles, des épingles ou des corps analogues qui sont pointus à l’une de leurs extrémités (pii peuvent aussi progresser sans irriter les parties et même sans les léser; les épis de graminées, les grains de plomb peuvent aussi se comporter de la même façon. On comprend plus difficilement la présence sous la peau de corps volumineux comme une portion de cuiller; dans un cas de ce genre rapporté par un auteur la migration pouvait seule rendre compte de son existence dans la région scapulaire. Quelques lois générales régissent tous ces faits. Ce sont les suivantes :

R- lous les corps étrangers migrateurs cheminent dans V épaisseur des tissus et surtout dans le tissu cellulaire sans s' entourer d’une enveloppe protectrice.

b. Le sens dans lequel ils progressent n est pas toujours indéterminé.

<K> TRAITÉ des corps étrangers en chirurgie.

et ils ont une tendance manifeste à obéir à l'action de la pesanteur

ainsi qu'à se rapprocher de la peau.

c. Leur innocuité est d'autant plus grande quils sont situés plus

profondément.

Ces propositions exigent quelques développements. D’abord, quand on a découvert dans les autopsies des corps étrangers migrateurs perdus dans les tissus, trcs-rarement ils étaient enfermés dans une enveloppe à moins qu’ils ne fussent superficiels. En tout cas, il n’était pas possible de suivre dans les tissus la trace du chemin qu ils avaient dû suivre. Non-seulement le malade n’en avait pas conscience, mais encore la perforation d’organes aussi sensibles que l’intestin n’a donné lieu a aucun symptôme. Cependant, dans quelques cas, le nombre de ces corps migrateurs était si grand que le corps était littéralement couvert de cicatrices provenant de leur extraction. La malade de A il 1 ai s a\ail « l’intérieur de la main, le bras, l’aisselle, le dessous du sein gauche, « le bas-ventre jusqu’au genou du même côté » comme étoilés d’une infinité de cicatrices pratiquées par le bistouri. Les faits rapportés

par Silvy, Peter, Otto de Copenhague ne sont pas moins surprenants ; c’est par milliers qu’on a vu ces aiguilles migratrices arriver ainsi a la surface. Il est vrai que leur tolérance n’a pas toujours été absolue, et même la mort a pu être la conséquence de perforations de vaisseaux ou d’autres organes trop irritables pour permettre le passage. Ces faits connus depuis longtemps ne sont pas admis sans conteste par tous les auteurs, et déjà Peter avait mis en doute l’authenticité de quelques-uns d’entre eux, alléguant avec juste raison, la fréquence de l’hystérie chez les personnes qui présentaient les aiguilles, et la possibilité d’une supercherie d’autant plus admissible que l’anesthésie dans cette affection n’est pas un fait rare. Elles s’introduiraient successivement toutes ces aiguilles sous la peau en faisant croire qu’elles les oui avalées. Plus récemment Alban Doran, médecin à l’hôpital Saint-Barthélemy à Londres, a repris la question, et il admet que ces faits ne sont pas tous authentiques, et que cette bénignité qu’on regarde comme la règle n est pas aussi fréquente qu’on le pourrait croire. 11 appuie sa manière de voir sur un très-grand nombre d’exemples ; cependant quelques laits bien constatés permettent d’affirmer que celte tolérance pour les corps

étrangers migrateurs existe réellement.

Quant à la force qui porte ces corps vers la peau, elle est assez obs-

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