CHAPITRE V
DIAGNOSTIC
Le diagnostic des corps étrangers du rectum est très simple ou très difficile, parfois même impossible. Il est simple quand le malade peut donner des renseignements sur l’origine de son mal, quand il dit avoii avalé quelque corps étranger avec les aliments. 11 est au contraire très embarrassant lorsque les commémoratifs font défaut, ou que le malade altère à dessein la vérité pour s’éviter la honte d un aveu. Enfin, il est presque impossible si aucun symptôme primitif ne met sur la voie des complications ultérieures comme les abcès, etc. A coté de ces vagues indications fournies par le malade, qu’on place les nombreuses chances d’erreurs qui éloignent le chirurgien de la vérité. Quand on réfléchit à l’existence d’hémorrhoïdes antérieures surtout chez les vieillards, à la répugnance de certaines personnes pour converser de la région et pour y laisser pratiquer des explorations qui sont quelquefois refusées, lorsqu’on songe enfin aux variétés des symptômes, aux troubles sympathiques des organes génito-urinaires, etc., on comprend pourquoi la liste des erreurs de diagnostic est si longue. — Il n y a pas une maladie des organes voisins, à plus forte raison du rectum, d n’est pas une tumeur néoplasique ou autre qui n’ait donné le change à d’éminents praticiens, dans des cas de corps étrangers ou de tumeurs stercorales. C’est ainsi qu’on les a confondus avec le carreau, avec des
tumeurs spléniques, utérines, avec des affections prostatiques, des enchodrômes, des sarcomes et des cancers! J’en rapporterai un bel exemple que j’emprunte à Jobert, et qui est remarquable par la composition de la tumeur :
Observation. — Tumeur slercorale prise pour une tumeur cancéreuse.— La femme qui fut le sujet de cette observation vint consulter M. Richerand pour une prétendue affection cancéreuse du rectum, du moins telle était la manière de voir des médecins que celte malade consulta dans son pays. On ne pouvait pas être trompé par les paroles de la malade, car une longue consultation indiquait parfaitement tous les phénomènes qu’elle éprouvait, et était terminée par cette phrase latine, an carcynoma ? nostra est sententia. Le professeur (pie je viens de citer lit raconter à la malade ce qu’elle ressentait. Le récit de celte femme lui lit élever des doutes sur la nature vraiment cancéreuse de l’affection ; elle déclara qu’elle éprouvait des pesanteurs au fondement, que souvent elle ressentait des contractions expullrices qui n’étaient suivies d'aucune évacuation de matières fécales, et que des douleurs se propageaient jusqu’aux cuisses, accompagnées d’engourdissements, ce qui indiquait une compression et non une affection cancéreuse, qui se dénoté par des élancements et des douleurs intermittentes. Elle était atteinte d’insomnie ; elle éprouvait «les envies . e vomir et un dégoût complet pour toute nourriture, de sorte qu’elle était devenue maigre, et que tout l'extérieur du corps était jaunâtre, ce que l’on aurait pu croire élre l’effet du cancer, et ce qui, au demeurant, n’etait que le résultat de l'absorption de la bile. Celle malheureuse aurait probablement fini par succomber d’inanition ou de l'inflammation d’un des organes abdominaux, si une main habile n’etait venue à son secours. M. Richerand, après avoir ainsi prêté une sérieuse attention au récit de la malade, pour plus de certitude, introduisit le doigt dans l'anus, explora cette cavité, et bientôt il prononça qu'il existait un calcul intestinal. Dès lors il substitua aux fondants et autres médicaments prescrits par les médecins, un traitement chirurgical énergique. 11 commença, la malade étant placée sur le bord de son lit, une cuisse étant fléchie sur le bas'iu, par inciser, à l’aide d'un bistouri boutonné, la partie postérieure de l'anus vers le coccyx, après quoi il put introduire une espèce de curette trempée dans l’huile, entre les parois du rectum et le calcul, puis il lit l’extraction de celui-ci ; mais il ne put l’extraire qu’en plusieurs morceaux, car il avait un volume considérable. 11 prescrivit des potions et des lavements huileux. Les bords de l’incision se rapprochèrent et se cicatrisèrent, l'appétit revint, l’extérieur du corps reprit sa couleur naturelle, le sommeil se rétablit, et bientôt la malade fut complètement guérie. Ainsi un diagnostic sur et un traitement rationnel ont débarrassé cette malade d’une affection qui existait depuis six ou sept mois.
L’analyse de ce calcul a prouvé qu’il contenait de l’albumine, une matière noirâtre, du phosphate de chaux, des débris de végétaux et un peu de bile. Ce calcul était volumineux -, extérieurement, il était d’une couleur blanchâtre, recouvert de mucosités sanguinolentes ; intérieurement, et coupé dans le sens de son diamètre, il était composé de trois couches concentriques : celle du centre était blanche et renfermait des os d’oiseaux et une petite pierre de carbonate de chaux ; ces différentes substances étaient répandues dans la matière blanche ; la couche intermédiaire était verte et renfermait des pépins ; la troisième était grise ; ces couches se séparaient très bien les unes des autres. (Jobert. Mal. chir. du canal intestinal, p. 1H, t. 1)
Dctiis un ods cite pur Gtbert , ou ûttribuîi tous les symptômes orcli-