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Le sabordement est une mesure extrême, plutôt faite pour rassurer les populations par son apparente rigueur, qu'elle n'est vraiment efficace ; c'est une opération longue, coûteuse et difficile, qui rend humide pour toujours le navire ainsi rempli par l'eau de-mer; rien ne prouve d'ailleurs que les miasmes et les vers dont le bois peut être impicgné soient de la sorte détruits par l'eau.
M. Leroy de Méricourt propose de faire le déchargement sanilaire et le lavage à l'eau douce des cales infectées, en munissant les hommes employés d'un appareil respiratoire à air comprimé. L'ouvrier ne respire plus des lors l'air souillé des navires, mais l'air comprimé contenu dans un appareil qu'il poite sur le dos ; on pourrait le mettre d'ailleurs en communication avec l'air pur pris librement à l'extérieur, à l'aide des scaphandres qui servent journellement pour le travail sous l'eau. On peut faire dans les cavités du navire des fumigations désinfectantes, qu'un ouvrier muni d'un de ces appareils pourrait diriger et surveiller. Mais aucun moyen n'est plus efficace que le flambaije et la carbonisation légère des parois par la méthode qu'a préconisée le savant directeur des constructions navales, M. de Lapimrent, M. Leroy de Méricourt propose de généraliser cette méthode d'assainissement et de désinfection pour tous les navires infectés ; il décrit ainsi le procédé de flambage par un gaz inflammable, qui rend tant de service eontie U pourrilure des bois :
« Avec un chalumeau communiquant k un réservoir de gai d'éclairage muni d'un régulateur, on lèche la superficie du bois comme avec une véritable langue de feu. On détermine à sa surface une chaleur considérable qui a pour premier effet de chasser l'eau contenue dans les couches superficielles et de faire passer à l'état sec les parties fcrmentescibles ; en second lieu, au-dessous de la couche externe complètement carbonisée dans l'épaisseur d'un
Vaimn. — Désinfectants 31
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quart ou d'un tiers de millimètre, se trouve Qne sarfate torréfiée, c'est-à-dire presque distillée et imprégnée d« produits de cette distillation qui sont des matières créoeotées empyreumatiques ; sur les navires à parois en fer, b flambage suroxyde et feit tomber en poussière la coache de rouille qui les tapisse. »
On ne saurait trop louer ou généraliser ce procédé si simple, si ingénieux et si efficace ; il est appelé à rendre de grands services, non seulement sur les navires, raab dans nos demeures fixes, sur les murailles de nos hôpitaux après une épidémie. 11 n'est malheureusement p» applicable aux faces opposées et profondes des revêtements intérieurs et extérieurs de la paroi du navire, à ca espaces irréguliers et inacessibles qui recouvrent d'une double cuirasse la carcasse du bâtiment et qui servent de réceptacles à des immondices de toute espèce. 11 uesi guère que la vapeur surchaurfée ou les gaz désinfectante (chlore, acide sulfureux, acide hypoazotique, etc.), qw puissent assurer cette désinfection profonde.
Depuis de longues années, M. le D' Fauvel a préconisé Tutilisation de la vapeur provenant des machines mêmes qui sont à bord, pour purifier toutes les parties du navire. M. Leroy de Méricourt a plus récemment montré combien cette méthode était d'un emploi facile, aujourd'hui que le nombre des navires marchant à la vapeur augmenta de plus en plus.
11 nous semble évident que cette ressource est supérieure à toutes les autres, autant par son efficacité à peu près absolue que par la facilité de Texécution j car, poor les navires qui ne possèdent pas eux-mêmes de machine, il suffirait de faire approcher un remorqueur ou tout autre bâtiment à vapeur, qui assuri\t ainsi leur désinfection. Cette opinion a recueilli i^cemment Tunanimité des suffrages dans la discussion sur les quarantaines maritimes, qui a eu lieu le 6 mai 1819 au Congrès de l'Associatioo
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médicale américaine, à Atlanta. H. le V K.-H. Bell, de New-York, est venu faire le récit des opérations d'aseainissement dont il a été chargé en 1841, lur lea steamers le Viicen, le Mahonei et le Cumberlatid, tous trois sus^ pects ou inrectés de fièvre jaune (1). La cargaison fut portée sur le pont, les éooutillea furent fermées, et au moyen d'une manche en cuir la vapeur de la chaudière fut directement projetée sur toutes les parois intérieures du navire; pendant 3 heures, la vapeur fut lancée avec toute la force que les chaudières pouvaient déployer. Puis on ouvrit les ècoutilles, et en quelques minutes toutes les surfaces étaient parfaitement sèches ; la peinture était sou* levée en ampoules, quelques minces cloisons étaient fondues ou fissurées, mais les rats et les cancrelats qui infestaient le navire furent tous détruits; ils avaient été cuits et bouillis dans leurs repaires et on les ramassait à pleins seaux. A la campagne suivante, l'état sanitaire de l'équipage fut excellent, et bien qu'on croisât a Port-au- Prince, à Saint-Domingue,, à Kingston, aucun cas de fièvre jaune ne reparut à bord. 1/opinion tat généralement admise, au Congrès d'Atlanta, que la vapeur surchauffée était le plus puissant de tous les désinfectants, et que les agents chimiques donnaient trop souvent une sécurité trompeuse.
A cette époque, les hygiénistes américains étaient encore aous te coup du dépit causé par les tentatives infructueuses de désinfection par le soufre, du navire le Plymouth, revenu des Antilles avec la fièvre jaune à bord, en 1818. Non seulement on avait évacué le navire, on l'avait remis sur les chantiers, on l'avait lavé et réparé dans toutes ses parties, on l'avait laissé pendant 3 mois exposé, durant l'hiver rigoureux de Boston, k une température de
(I) Tli» American madiful Asiorialiou iTht Sanitariatt. Juin 1B79, D* 75, p. 356>S86i — RivHe ^hgaiint et 4e police ianitaire, octobre
in9, p. sm).
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— n<> C. ; mais encore on avait feît brûler dans sesavités jusqu'à 100 livres de soufre, et on avait retenu p» dant 48 heures dans ses flancs cette atmosphère purifiaDif. Au bout de 3 mois, le 15 mars, il appareille de nouveau, il emporte un équipage neuf, et huit jours après soû départ, en pleine mer, sans avoir eu aucun contact sigpect depuis Boston, deux cas de fièvre jaune se dévdofpent à bord !
Cette expérience prouve assurément combien il est # ficile de désinfecter un navire contaminé : il ne feat pas cependant exagérer son importance et sa signification. U navire, quoique de construction assez récente, était aiteint do pourriture, c est-à-dire que le bois avait subi cette transformation humique dont la nature et la cause soflt encore si obscures et qui semble rendre plus facile Timprégnation du navire par les miasmes ou les germes >irulents. En outre, on avait bien débarqué tout l'équipage; mais une partie du matériel débarqué avant la désinfection avait été placée dans des magasins, y resta plusieurs mois enfermée, et fut replacée dans le navire au moment do départ sans avoir été soumise à des fumigations purificatrices. Quel désinfectant pourrait être efficace, si on inocule de nouveau la maladie au navire avant de renvoyer faire une nouvelle campagne dans les régions tropicales? Ici, dès que les conditions de température deviennent favorables, dès que le navire arrive dans la zone méridionale, les germes introduits à Boston avec le matériel réintégré se développent et créent une nouvelle épidémie; il ne faut point se presser d'accuser Tinefficacité de Tadde sulfureux.
En 1817, à la suite de la conclusion de la paix et pendant Tévacuation de Tarméc russe de Turquie, des bateaux à vapeur transportèrent les blessés de Tarmée des Balkans à Odessa, Sébastopol, Nicolaievv, Théodosie. Un grand nombre de malades atteints de fièvre typhoïde ou de
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typhus avaient souillé les navires ; ceux-ci furent désinfectés par le chlore qui rendit peu do service, par le soufre qui paraît avoir mieux réussi ; mais le D' Kowalew- Runski (1) nous apprend que le mécontentement' ftit général, parce que les vêtements des soldats transportés conservaient une odeur désagréable de sonfrc longtemps après ta désinfection.
Nous croyons cependant que ce moyen praUque, économique, peu dangereux en ce qui concerne le danger d'incendie, peut rendre, quand il est convenablement appliqué, de bien autres services que le chlorure de chaux et même que le chlore gazeux.
On ne peut méconnaître que l'aspersion avec un lait de chlorure de chaux, recommandé par Mélier, soit d'une efficacité bien incertaine quand il s'agit de fléaux comme la fièvre jaune, le choléra, la variole, etc. Les médecins russes ne paraissent pas en avoir tiré grand profit pour la désinfection des paquebots ramenant les malades de la Turquie d'Europe. Et cependant on employait la dose élevée de 3 kilogrammes de chlorure de chaux mélangés à 3 kilogrammes d'acide chlorhydrique pour 20 mètres cubes, et les écoutilles restaient fermées pendant 2i heures après le début de l'opération. Puisque le chlore n'a en qu'une action douteuse à une telle dose, comment aurait pu agir la solution plus faible de 1 partie de chlorure de chaux pour 20 parties d'eau, avec laquelle on humectait le lest et les parois de la cale? Si le chlore gazeux ainsi prodigué n'a pas empêché quelques cas de contagion de se produire, c'est peut-être qu'ici encore, immédiatement après la désinfection, on introduisait dans le navire, avec le matériel réintégré ou les passagers, de nouveaux germes de contagion. On n'a pas tout fait quand on a laissé fumer du
(Ij !>■ KowaJaw-Ruaaki, Ditinftetion dit paqittbatt tmployi$ au trawfort ie tarmée rutu de la Turquie d'Europe à Kicelaiew, (Coiupitrendu p&r H HiEliot, Gautlt mAUeali de ParU. 1B8U p. 160>.
s Sa DÉSI^TEGTI01f QUARANTEIYAIRE.
soufre ou du chlorure de chaux dans an local infecté, 01 b désinfection comprend une série d'opératÎQfis et de soiis vigilants qu^un médecin insiryH et attentif est seul capable de bien diriger.
Le flambage, la vapeur 8ur<;hdu(fée, lea fumigations è soufre, celles de chlore gazeux, voilà, dan^ leur rang ié ficacité, les moyens qui nous paraissant véritablement » pables d'assurer Tassainissejnenl; des p^irois, des espaces, de la cargaison d'un ncfvire.
Même en Tabsence de tQUt^ souillure épid^miqne, k navire a une tendance naturelle k ^'inf^ct^r, et l'eapy des désinfectants est souvent nécessaire. La cale fsi k véritable foyer d'infection d'un navire; c'est sur ce P*"*^ que s'est concentrée depuis plusieqr§ siècles |a yigiiaiK< des hygiénistes de la maripe. l.a sontina est |e copflw»^ des divers égouts de la cale ; au milieu d'qn Union farur gineux qui se décompose par l'action dps n^atièras orginiques et qui déverse des émanations sulfureuses, soil ensevelis des monceaux de blattes, de cancrelats, de rm. de débris animaux et végétaux de toutes sortes ; Teau qw délaie cette boue noire et infecte constitue le marais nautiqoe dont M. Fonssagrives a rendu la notion classique. En tom temps il faut nettoyer, désinfecter la cale ; à plus forte raison, quand le navire est en quarantaine (i).
Un navire est rarement étanche, même quand il ^ neuf; les vaisseaux en fer, les cuirassés, donnent seuls à cet égard une satisfaction presque complète à l'hygiéniste: la cale contient donc inévitablement de Teau. Les uns pensent qu'il y a toujours trop d'eau dans la cale d'un navire en bois et qu'il ne faut pas remuer les houes; d'aqtres, qu'il vaut mieux délayer et entraîner cette boue noire et fétide et la laver à grande eau. C'est cette dernière opinion qui S3mble aujourd'hui prévaloir dans la marine. Les grands
(i) fmtrucHons mniêtéritllêi du 80 aoûi fSftt, fl du 14 Jttim fâtl
prises sur le rapport de MAlier. ' ' ' .
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navirea de l'Etat ont presque tous des robinets dits de cale, situés bien au-dessous de la ligne de flottaison et permettant de faire arriver avec une grande force l'eau extérieure dans les bas-fpnds qu'il faut laver ; les pompes expulsent ensuite l'eau qui a remué et ontrainé les boues. Parfois, on ouvre le soir les robinets de cale et on laisse séjourner r^u (oi)te la nuit, afln que le marais nautique soit couvert et que l'exhalation des miasmes putrides soit moins active : oq ne Mit jouer les pompes que le malin. Ifi. Fonssagrives (1) approuve ce mode de lavage, employé sur certains vaisseau^ de l'État.
Mais avant de verser au dehors h l'aide des pompes une eau infecte et corrompue qui, lorsqu'on l'agite, empeste l'atmosphère autour du navire, il est bien préférable de la désinfecter. M. leD'Forné (â) a, dans ce but, expérimenté le Bulfote de fer dont M- Fonssagrives, dès lS5fi, avait proposé l'emploi ; 15 kilogrammes de sulfate de fer projetés à l'état de cristaux, sufiisaient pour désinfecter chaque tojs les eau? vannes d'unbàliment-écurie, pendant l'expédition du Mexique ; le sel coûtant âO centimes le kilogramme, U. Forné estimait que pour une somme de 100 francs un bâtiment peut ainsi désinfecter sa cale tous les six jours pendant un an. U. Fonssagrivea pense même que le sulfate de ier peut avoir une action favorable pour la conservation des bois, ou arrêter la marche de la carie du bois en détruisant les champignons qui la produisent. M. Leroy de Héricourl a proposé d'utiliser pour cet usage les eaux de décapage qui abondent dans nos arsenaux ; elles sont très riches en sulfate do fer et leur valeur vénale eht presque nulle. Les observations ultérieures de M. Bourel-Iton-
(I) Fonsîagriïcs, Traitrf d'hygUne navale ; Pwiï, Baillifro.lSTÎ, î* Edition, p, 407,
(1) Forné, Dit ^retotalfate de fer comme détlnfectant da eau^ de (a eate lÀriliivet de miéêciM navale, 1B61, T. I. p. ^3?).
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cière semblent toutefois avoir diminué les espérances et satisfaction qu'avaient causées les premiers essais.
M. Bérengcr-Féraud(i),qui a eu d'ailleurs Toccasionik constater les bons effets du sulfate de fer, donne la jwvférencc au permanganate de potasse; deux litres d'ofir solution au centième lui ont suffi pour désinfecter la cà du Jérôme-Napoléo7i.Mdiis la dépense est grande, puisqn*: la désinfection d*un vaisseau coûterait ainsi 300 fraD«> par mois; ne fût-ce que par cette raison, le moyen esifiec praticable.
Nous avons déjà parlé des expériences rigoureuses faii*^ par Max Pettentkofer (2), en 1876, sur plusieurs na\ins de Tempire d'Allemagne et sur la proposition du gouvtfnement ; en voici le résultat sommaire :
Ainsi que nous Tavons dit plus haut (p. 71), kto de chaux agit comme absorbant bien plus que comme aotiseptique; il n'est donc pas étonnant qu'il fasse incomplètement disparaître la mauvaise odeur. En outre, il forme des dépôts lourds qui encrassent les pompes é\> cuatrices et les mettent rapidement hors de service.
Le chlorure de zinc a donné au contraire d'excellente résultats. En dissolvant une partie de chlorure de zinc cristallisé dans 200 parties d'eau de cale, ou 1 partie de liqueur de Burnett (qui contient 1 kilogr. de sel pour 2 kilogr. du liquide) dans 100 parties d'eau de cale, toute odeur disparaissait, et au bout de 4 semaines le mélange était sans changement. Mais ces doses énormes ne sont pas pratiques.
La dose adoptée par la commission allemande, àU suite d'expériences répétées sur une très vaste échelle et sur plusieurs vaisseaux de la flotte, est de 2 litres de
1) Bérenger-Féraad {Archives navales, 18G4» T. 1).
(2) Max von Petlenkofer, Berichi ûber Désinfection von Sckiffen, (Berichleder Cholera-Kommission fur das Deutsche Rcich; B«rlio. Cari Heymann's Verlag, 187i), in-4% p. 319.)