L.VTftiNES. en
du prix de 30 centimes, mais le chlorure de chaux absorbe mieux que ces derniers liquides Tammoniaque libre des matières fécales, quoique pourtant il en reste des quantités fort notables. »
M. Fermond a obtenu la même désinfection avec 2o0 grammes de perchlorure de fer (12 centimes) et 250 grammes (4 centimes) d'acide chlorhydrique, au total 16 centimes. Maiis, par contre, ce mélange de perchlorure détériore les matériaux de construction, les vêtements, le linge, et produit une effervescence très gênante des matières de la fosse. Au point de vue de la désinfection obtenue, M. Fermond donne le premier rang au chlorure de chaux ; il place ensuite le liquide Ledoyen, puis le liquide Larnaudès ; au point de vue du bon marché, il les range dans l'ordre suivant : perchlorure acide de fer, hypochloritc de chaux, li(|ueur Ledoyen, liquide Larnaudès.
On a bien des fois essayé do faire ainsi le classement des diverses substances employées pour désinfecter les latrines. Flisch, dans un très bon mémoire expérimental sur les désinfectants, plaçait le sulfate de fer à un rang assez inférieur dans réchclle des substances qui em|)èchcnt la fermentation des matières fécales fraîches, substances qu'il classait ainsi : 1^ acides nitrique et phénique; 2'^ acide sulfuriquc; 3" acide chlorhydrique; 4^ huiie essentielle de térébenthine ; 5** acide pyroligneux impur; C'' sulfate de cuivre; 1° sulfate de zinc; 8" sulfate de fer; d" alun; 10" tannin; 11** solution presque neutre de chlorure de fer; 12" charbon de bois. Roth et Lex, de leur cùté, ont vu (jucn mélangeant des matières fécales solides avec un volume double de solution de sulfate de fer à 2 0/0, au bout de 8 jours il y avait une grande quantité de moisissures, mais pas trace de vibrioniens. Ces auteurs ont calculé que pour désinfecter les matières fraîches rendues en 24 heures par une personne, il fallait environ 24 grammes de sulfate de fer; quand les matières sont anciennes
etg DÉSINFECTION DES HABITATIONS.
et ont fermenté, la dose de 24 grammes par personne et par jour est insuffisante; il faut neutraliser complètement ralcalinité. L'extrême bon marché du sulfate de fer (23 centimes le kilogr.) est un précieux avantage, et il est facile de jeter chaque jour dans une fosse autant de fois 24 jr. de sulfate fer, qu'il y a de personnes qui la fréquentent; malheureusement le sulfate de fer n'a qu'une action antiseptique très faible.
Bien que les lavages et l'aspersion avec le chlorure de chaux aient beaucoup perdu de leur prestige, leur mion palliative n'est pas douteuse; le mélange doit se faire en proportion forte : 500 grammes pour 10 litres, ou 10 parties d'eau de javelle pour 100 parties d'eau. Un meilleur mode d'emploi consiste à laver les surfaces avec des solutions métalliques ou phéniquées, et à répandre du chlorure de chaux en poudre sur le sol ; le chlore qui se dégage lentement détruit une partie des émanations fétides i\ mesure (ju'elles recommencent à se produire. Le chlorure de chaux est hygroscopique ; il forme des taches blanches et boueuses désagréables, qui ne favorisent pas cetto propreté contagieuse qu'il faut provoquer. L'eau de javelle et la liqueur de Labarraque, plus coûteuses, n'ont pas cet inconvénient. Toutefois, dans les latrines mieux tenues où les mauvaises odeurs ne sont qu'accidentelles, on obtient facilement la désinfection en laissant à demeure le chlorure de chaux dans des vases largement ouverts. .\ous avons vu obtenir d'excellents effets, en tenant allumées pendant la durée du fonctionnement une ou deux de ces bougies stéariques soufrées que nous avons mentionnées plus haut (p. 143).
Les agents dont nous venons de parler ne sont que des palliatifs; après avoir absorbé les gaz putrides, il faut empêcher les matières fraîches de se putréfier à leur tour dans la fosse; après l'emploi des absorbants, celui des aniise[>iiques ou préventifs de la putréfaction est nécessaire.
Nous devons placer au premier rang une substance dont le mode d'action est multiple, qui agit sans doute par ses propriétés antiseptiques, mais dont le rôle comme agent physique est incontestable, toutes les fois que Tocclusion hermétique est impossible parce que Teau fait défaut. C'est V huile lourde de houille (voy. p. 112) ou hydrocarbure phéniqué. Ce résidu d'un grand nombre d'usines où l'on traite la houille(usines à gaz, couleurs d'aniline, etc.) a été particulièrement employé sur une large échelle par M. le D"" Emery-Desbrousses (1), médecin-major de l'armée, qui a réussi à désinfecter pendant plus de deux ans les latrines jusque-là infectes d'une caserne, et à y conjurer une épidémie de fièvre typhoïde.
L'huile lourde de houille ne sup[)rime pas seulement la mauvaise odeur, elle emprisonne les germes morbides et arrête la fermentation. Ce liquide brunâtre, à reflets argentés, gluant et onctueux, est un mélange très complexe où l'acide pliénique et les phénols tiennent une place importante; il a une densité de 1,030; mais quand on le projette dans l'can, une partie tombe au fond du réservoir, l'autre surnage comme de l'huile. La couche légère et insoluble qui se répand à la surface des matières, quand on verse cette huile dans une fosse, produit donc une sorte d'interception hermétique qui empêche Faction de l'air extérieur sur les matières et arrête le dégagement des émanations méphitiques (2); la partie soluble, l'acide phéni-
(1) D*" Emcry-Dosbrousjcs, De la désinfection des fosses d'aisances par Vhuile lourde de houille. [Société de médecine publique et Revue d'hygiène et de police ianitaire, ISiO, p. 30,-511.)
(2) Dans son rapport général en 1878 sur les travaux «îc la commission des logi'mciUs insalubres, M. le D' E.-R. Perrin rappelle qu'il y a une douzaine d'années, un des anciens présidents de ceito commission, H. UobincI, avait proposé rintrodiiclion, dans chaque fosse d'aisauces, d'un»^ quantité convenable d'huile végétale quelconque; cette huile, en raison de sa moindre den«ité, devait, on formant une couche au-dessus des maii>'>rcs, isoler ces dernières du contact do Tair et on prévenir la fermentation. {Rapport eilé, p. 34.)
630 DÉSIiNFECTION DES HABITATIONS.
que et les phénols qui constituent des antiseptiques asseï puissants, retardent singulièrement la fermentation de toute la masse. Il ne s'agit donc pas ici seulement d'un agent absorbant ou fixateur comme les sels métalliques, mais bien d'un véritable désinfectant.
M. Dussard (Académie des sciences, 3 août 1874) jetait 3 litres de cette huile par mètre cube de matières, ou de préférence introduisait cette huile lourde dans la fosse vide, après la vidange. M. Emery-Desbrousses croit que ce liquide agit surtout à la surface des fosses par sa couche surnageante, en formant une sorte d'écran qui intercepte les émanations délétères et leur substitue une odeur de goudron et de phénol très prononcée. Un litre à la fois de cet hydrocarbure, mélangé d'eau, lui a paru suffisant pour une fosse de 50 mètres carrés superficiels. Voici d'îiilleurs quel est le mode d'emploi propose par M. Emerv- Desbrousses :
« Je suis partisan d'une désinfection quotidienne, et môme bi-quotidienne en cas d'épidémie. L'huile tend à s'agglutiner aux parois de la fosse, et les matières sans cesse projetées doivent chasser l'huile à la périphérie et laisser le centre du liquide non recouvert. Parconséqui^nt, en ne faisant l'opération que chaque semaine ou doux fois par semaine, la désinfection ne serait complète que jiendant les premières heures. Voici le modus faciendi que j'ai toujours fait appliquer à la caserne de Vaucelles, à Caen :
« La fosse de cette caserne a environ 50 mètres carrés. Chaque matin, à huit heures, on plaçait près des latrines et préalablement vidés, les baquets faisant office de tinettes dans les locaux disciplinaires, les postes isolés, etc. Deux de ces baquets étaient remplis d'eau presque complètement (chaque baquet a une contenance de 35 à 40 litres); on versait alors i/2 litre d'hydrocarbure dans chacun de ces baquets et on agitait le mélange avec un bâton. Le contenu d'un de ces baquets était alors successivement
versé dans tous les baquets vides, lesquels par ce fait se trouvaient désinfectes. Cette opération terminée, deux hommes saisissaient le dernier baquet et en projetaient le contenu sur les urinoirs ; le baquet resté plein était également lancé sur les urinoirs et sur l'autre extrémité des latrines. Une partie de l'huile de houille s'attachait aux parois des urinoirs, mais la plus grande partie, en raison de la pente, allait tomber dans la fosse et s'y étalait en une couche plus ou moins épaisse suivant la quantité employée.
€ L'huile lourde de houille coûte environ 45 centimes le litre et je sais que plusieurs établissements pénitentiaires, entre autres celui de Gaillon (BouIogne-sur-Mer^, en font usage avec succès depuis plusieurs années. Pendant fort longtemps, ce désinfectant a été employé à la maison centrale de force de Melun. Depuis le mois de sej)tcmbrc 1878, on a remplacé l'huile lourde par le désinfectant Saint-Luc (chlorure de zinc). Le motif de cet abandon me paraît être de nature économique et a tenu peutêtre aussi à l'exagération des doses quotidiennes. On employait en effet 3^,51)0 d'huile lourde par jour; il résultait de ces doses massives une odeur un peu trop forte dans des locaux fermés et étroits, tels que le quartier cellulaire et l'infirmerie. Quoi qu'il en soit, le directeur de la prison de Mclun n'a jamais constaté d'épidémie dans son établisr sèment, pendant toute la durée de son emploi. »
Reste à savoir si dans de grandes maisons d'habitation privée, à Paris par exemple, la projection d'un hectolitre de cette huile de houille dans une fosse commune ne dégagerait pas, [)ar les orifices si incomplètement obturés des latiines de chaque appartement et de chaque étage, des odeurs goudronneuses et empyreumatiques dont sç plaindraient les locataires.
Malheureusement, l'huile lourde de houille, qui est un résidu encombrant des usines, ne se trouve pour ainsi
dire pas dans le commerce courant, tout au moins dans le commerce de détail. A Paris, nous n'avons pu en obtenir un litre dans les plus grandes maisons de vente de produits chimiques; il faudrait s'adresser directement aux usines à gaz et en demander plusieurs tonneaux. Il e<t à désirer que cette substance vraiment désinfectante et jusqu'ici à vil prix se répande dans la pratique journalière de rhygiène : que de maisons particulières, de garnis, de cités ouvrières, d'écoles, de casernes, voire d'hôpitaux, profiteraient de son emploi ! Nous savons que, dans certaines garnisons, le service du génie militaire a passé des marchés avec les usines locales et mis l'huile lourde de houille à la disposition des casernes pour la désinferiion des latrines; c'est une excellente mesure qu'il faut gênérahser en attendant des réformes plus radicales.
On a également préconisé la projection journalière d'acide yhénique dans les fosses. Théoriquement, on pouvait espérer prévenir ainsi la putréfaction des matières, à une époque où l'acide phénique était considéré comme un puissant destructeur de la vie des germes. Depuis qu on a réduit cette action à une \A\\% juste valeur, il faut abandonner cette illusion. D'ailleurs, au point de vue pratique, Parkes a montré depuis longtemps que la dépense occasionnée par l'acide phénique serait, dans ce cas, énorme. Les expériences sont si précises que nous croyons utile d'en donner un résumé (1).
A la température de + 10° à -f 36° cent., dit-il, l'acide phénique et ses sels empochent la putréfaction des matières d'égouts et de vidange {sewage)\ à égalité de poids, il est décidément supérieur à toutes les autres substances connues. Ainsi, tandis que 3 à 4 grammes d'acide phénique cristallisé empêchent toute altération ultérieure de
(l) Parkes, On Ihe relative power of ceriain ithcailed dUinfeelant t« preventing thê putréfaction of human tewage (Army médical Report f$r 1866, T.vni,p. 318.)
H2 grammes de matières, une quantité double de sulfate' de fer (1,80) n'a pour ainsi dire aucun effet préservatif sur le même poids de matières. Il en est de même pour la solution de permanganate de potasse : 56 grammes de liqueur de Condy ne suffisent pas pour prévenir Taltération de 112 grammes de matières; le mélange de liqueur de Condy et de sulfate de fer n'agit pas mieux. Les sels de zinc sont inférieurs, à poids égal, à Facide phénique; avec le chlorure de chaux, quand Todeur du chlore s'est dégagée, Todcur reparaît extrêmement désagréable.
Mais pour que cet elfet soit obtenu, il faut des doses d'acide phénique bien supérieures à celles qu'on emploie d'habitude. Avec une quantité de 3?»" gg (qq grains) d'acide phénique cristallisé du coipmcrce, et par une température de + 1^'* C., on n'arrête pas absokunent le développement des vibrions à mouvements rapides dans 112 grammes de matière et l'odeur fécale est encore appréciable; à mesure que la température ambiante s'élève, l'effet préventif n'est obtenu que par des doses croissantes.
Les chiffres qui précédent équivalent à 33 grammes d'acide phénique cristallisé par litre de matières de vidange, soit 33 kilogrammes par mètre cube!
Parkes a confirmé ces résultats par des expériences physiologiques faites sur lui-même. Pendant les mois d'octobre à décembre 1861, occupé à des expériences sur l'action des gaz d'égouts, il inhalait presque chaque jour dans son laboratoire des odeurs de vidanges. Quand les matières étaient putrides et non désinfectées, il éprouvait une indisposition et un malaise qui duraient de 6 à 24 heures : constriction pariiculière de tout le voile du palais, d'une partie de la voûte palatine, de la muqueuse nasale; augmentation de la sécrétion salivaire, état nauséeux, sensation de frisson, mal de tète et dépression. Ces effets étaient constants. En mars 1868, il reprit ses expériences en traitant les matières fécales avec des désinfectants. Il
laissa de la matière de vidange se putréfier, puis il y ajouta 6»',8 d'acide phénique pur pour i,000 grammes de liquide; Todeur fécale n'était pas entièrement détruite. Le émanations eurent encore quelque action sur lui, mais à un moindre degré; les symptômes ne durèrent que de 2 à 3 heures, et le soir il était tout à fait rétabli. Il doubla alors la dose d'acide phénique, soit 13^,6 pcflir 1,000 grammes de liquide putride; 2 heures après l'addition, les émanations étaient percei>tibles et produisireBi encore quelques légers symptômes; mais deux jours après, en renouvelant cette expérience, les effets éprouvés ne se reproduisirent pas ou du moins furent à peine appréciables. En résumé, il faudrait d'après Parkes 13 à 15 i?raramcs d'acide phénique pur, par liire de liquide de vidangfé pour empêcher toute action nuisible des émanatioas ?or l'organisme, soit 13 à 15 kilogrammes par mètre cube dans une fosse !
Les solutions d'acide phénique sont plus actives que les acides en cristaux, les poudres, etc.; mais les produits impurs sont plus actifs que les produits chimiquement purs. Dans les dernières séries d'expériences, 60 grains (3?',88) d'acide cristallisé furent trouvés beaucoup moins aciib qu'une demi-once d'acide phénique liquide de Calvert, à bas prix.
Parkes a comparé l'action des deux poudres désinfectantes de Calvert et de Mac-Dougall, qui sont journellement employées en Angleterre. Celle de Calvert coniicnl 20 à 30 0/0 d'acide phénique, mêlé à de Talumine et du silicate d'alumine; celle de Mac-Dougall est un mélange de phénates et de sulfites de chaux et de magnésie ; cette dernière ajoutée aux matières de vidanges leur donne une réaction franchement alcaline, tandis que la première ne modifie pas la réaction des matières alvines fraîches. Ces deux poudres à la dose de 15 grammes préviennent Tune et l'autre assez bien la fermentation de 112 grammes
de matières fécales solides pendant 17 à 18 jours; mais comment peut-on songer à introduire dans la pratique journalière une poudre coûteuse, dont il faut 125 grammes pour désinfecter 1 litre de matières, soit 125 kilogrammes par mè(re cube?
Erismann (1), dans un excellent mémoire publié en ces dernières années, a ajouté à la matière des fosses fixes des poids égaux de substances réputées désinfectantes, et il a cherché quelles quantités d'acide carbonique, d'ammoniu(iue, d'hydrogène sulfuré ou hydrogène carboné, se dégageaient ensuite de ces matières. Il a expérimenté sur le sablimé, le sulfate de fer, l'acide sulfurique, la terre de jardin, le charbon de bois. Il a constaté IVfficacité d'action antisepti(|uc du sublimé et de Tacide sulfurique, mais il rejette le bichlorure de mercure à raison de sa cherté ? Ces expériences sont à reprendre en ce qui concerne le sublimé; ce que nous savons de In puissance antiseptique de cet agent à des doses extrêmement faibles, doit faire oublier ce qu'il y a d'étrange au premier abord à employer un tel poison à des usages industriels : mais n'est-ce pas surtout parce que c'est un poison qu'il est antiseptique?
L'acide sulfurique dilué paraît à Erismann l'un des meilleurs désinfectants des fosses d'aisance; quand on projette une solution d'acide sulfurique au centième dans une fosse, l'acide carbonique continue h se dégager; nous sommes môme étonné qu'il ne s'en dégage pas plus que de la fosse non désinfectée; mais il n'y a plus de gaz ammoniac ni d'hydrogène sulfuré libres, et la quantité d'oxygène ab- 8orlx3 par une fosse de 18 mètres cubes se réduit en 24 heures de 13,860 litres à 2,800 litres. L'acide sulfurique paraît être un agent très utile ; non seulement il fixe ou absorbe l'ammoniaipie, non seulement il empoche
(1) Eri.imann, Untersuchungen uber die Verunreiniffnng der Luft durch gewnhfil.che AbttriiUgruben und iiber die Wirkuamkeit der gebrauchliilen DeêiufeclioMmittel [ZeiUchrift f. Biologie, 1815, T. XI, 2« Hj.
la putréfaction des matières fraîches, mais encore il i>m la virulence des principes morbides que les matières f^vent contenir. La dépense est très minime; malheurto^r ment cet acide dégrade un peu les conduits en h.^' même désagrège ou corrode les matériaux de conslrucik les ciments, etc. 11 ne faut pas exagérer ces inconvénœ de nouvelles recherches sont nécessaires pour nioni^r ^ en le diluant assez pour ne pas dégrader les matériaux, il conserverait cependant une action antiseptique et nectralisante.
Nous mentionnons ici un certain nombre de formules oc de procédés très fréquemment employés à l'étranger, rais dont les inconvénients compensent les avantages dans b pratique journalière.
Le désodorant de Siivern a joui d'une très grande v(ygue en Allemagne et en Hollande; pour l'obtenir, on ^Im dans un tonneau 55 litre» de chaux vive qu'on êteini; on remue avec soin, en y n\élangeant 4 kilogrammes 500 grammes de coaltar, de manière à bien diviser celui-ci. On y ajoute 6 kilogrammes 750 grammes de chlorure de magnésie dissous dans de l'eau chaude, on mélanse intimement toute la masse, et on continue à verser de Fea» chaude de manière à obtenir une consistance sirupeiî>e. Le chlorure de magnésie forme du chlorure do c^leiiui déliquescent, la magnésie devient libre; ce mélan^^e enlève la mauvaise odeur des matières de vidanges liquides et diminue leur adhérence aux conduits.
Avec la méthode de Sûvern, on ne peut songer à écoukr directement les matières à Tégout; ces matières doiveoi être reçues dans un vaste réservoir en briques, de la dimension de nos fosses fixes communes et plein du liquide désinfectant au fond duquel elles se déposent lentement; le liquide qui surnage s'écoule à l'égout par un trop plein î le dépôt est de temps en temps enlevé, mis à sécher ci transporté au loin dans des charrettes. La masse déso-
dorante de Sûvern, analysée par le professeur Hoffmann de Leipsig a donné la composition suivante pour 100 parties :
Eaa Gl,5
Chaux 30,r>
Chlorure de magnésie 1,5
Goudron 1,2
Matières étrangères «5,3
La masse a la consistance d'une pâte épaisse, ayant l'odeur du goudron, un reflet argentin et une couleur que M. B.-G. Beyer (1) compare à celle des selles décolorées des ictériques. La proportion notable de matières étrangères provient de l'état d'impureté de la chaux et de la magnésie employées.
Le mode d'action de cet agent parait être le suivant : la chaux se combine avec l'acide carbonique qui se dégage des matières de vidanges, et le carbonate de chaux ainsi produit se précipite au fond du réservoir en raison de son insolubilité. Mais en même temps, il entoure chaque parcelle de matière fécale divisée d'une mince couche de carbonate de chaux; le développement ultérieur de l'acide carbonique du centre des masses fécales divise celles-ci indéfiniment, et multiplie les surfaces de contact de ces matières avec le sel de chaux. Le précipité se compose donc en définitive de parcelles extrêmement fines de matières fécales enrobées de carbonate de chaux ; les protorganismes ne peuvent se développer ou être dangereux sous cette mince, mais solide enveloppe. Le chlorure de magnésie transforme l'ammoniaque volatile en chlorhydrate d'ammoniaque non volatil, qui reste en solution dans le liquide surnageant et s'écoule à l'égout avec ce dernier. Le chlorure de magnésie qui est très hygrosco-
(1) H.-G. Bcjcr, Art account of SRvern's melhod of the diêposal of exeretoy cic, (The New-York Sanitarian, janvier 1882, n» 106, p. 1).
pique a encîore pour effet de maintenir la masse &. )i\ vern dans un état d'humidité convenable. Le gomiw de houille, outre ses propriétés désinfectantes, a eacl l'avantage de former à la surface de la masse un ea::. gras qui empêche l'action rapide de Tacide carboni^/ sur la chaux du mélange, pendant tout le temps que dai^ ci est en service.
Dans le réservoir placé sous les latrines, le liquide \i surnage est presque incolore, a une odeur pronono-e k goudron de houille, une réaction alcaline et ne sembl-» p se décomposer, même au bout d'un temps assez lui?. H contient 0,333 de résidu solide par litre, constitué surt«a: par du chlorhydrate d'ammoniaque et du chlorurt^ 'ichaux. Chaque jour, on dissout une quantité variable J*l^ masse de Siivern dans de Teau, et on verse le/n'l.inirî dans le tuyau de chute des cabinets ; les matières ftV.iles et les parties insolubles du mélange Sùvern se pnkipUi^nt lentement, pendant que la partie du liquide clair q^isu^ nage se déverse à Tégout par un trop plein. TK*s fréqn^rament on vide la fosse; on enlève le dépôt, on le (à égoutter sur une claie, où il se dessèche lentement. Ce A'put ne dégage pas de mauvaise odeur, peut servir oriiût engrais, mais nécessite une manutention encom^nnte. Cette méthode est très appréciée en Hollande.
Le mélanf/e de MuUer-Schur est composé de I00^1^ ties de chaux, 20 parties de charbon de bois en pouJr^, 10 parties de poussière de tourbe ou de sciure de bois, el d'une partie d'acide phénique du commerce, représent.ini 60 à 70 0/0 de son poids d'acide cristallisé. Quand le m"'lange est fait, on le laisse pendant une nuit sous un Iwngar couvert pour éviter les chances de combustion s|H'ntanée, on le fait sécher et on le met en barils (Parkesi.
Nous n'avons pas d'expérience personnelle de ce composé qui n^ semble pas avoir été employé en Franco; mais le discrédit dans lequel il est tombé dans son pnvs
d'origine nous encourage peu h. l'expérimenter chez nous.
Dans l'armée allemande, une Instruction du 21 février 1868 avait recommandé l'emploi du désinfcctitnt Siivern pour les latrines des casernes. Mais l'expérience a montré que la dépense était considérable (10 à 13 silbcrgr. par tète et par an ; 200 à 500 llialcrs, soit 730 à 1,000 francs par an, pour un bataillon); une décision ultérieure du 16 octobre 18T1 a recommandé de préférence l'emploi de la chaux pUéniquée, qui produit un aussi bon effet. Ce ■dernier mélange est lait de la façon suivante : on prend 100 parties de chaux récemment cuite, on la réduit en poudre et on la mélange avec GO parties en [>oids d'eau ; après complet refroidissement, on arrose la masse avec S parties en poids d'acide phéniquc pur en paillettes, on mêle et on agite la poudre à l'aide d'un tamis. On l'emploie en aspersion ou en mélange intime avec les matières, juscju'à ce que l'odeur d'acide phénique devienne manifeste. La poudre se garde dans des barils en un lieu sec; elle se conserve sans altération pendant 2 à 3 mois (Roth, T. I, p. 481). (Voyez en outre Vidasges).
Il est inutile de dire que la ventilation la plus libérale ]>ar des fenêtres constamment ouvertes est une condition indispensable do la désinfection des latrines. Lorsque les «abinets fimt partie d'un apparlemeni bien clos et bien chauffé, l'air tiède des corridors voisins détermine un app<'l d'air des parties profondes et froides vers les locaux habités, et l'odeur devient désugi-éable. 11 est donc indispensable que la sépiiialion scil complète, et que l'air aspiré vienne des fenêtres, non de la fosse.
Pour empêcher le i-eflux des gaz de la fosse par des orifices W'ants ou mal fermés, l'ordonnance du préfet de police tiu 2i septembre 1819 impose l'établissement de tuyaux d'évent, de 23 cenlimêtres au moins de diamèti-e, conduisant les gaz méphitiques à la hauteur de la bouche des
610 DÉSINFFXTION DES HABiTATIONS.
cheminées de la maison où ils se trouvent, ou des maism contiguès, si celles-ci sont plus élevées. On a discni^ b question de savoir si cette ventilation des fosses n*a>ii pas plus d'inconvénients que d'avantages; le renouvellement continuel de Tair favoriserait la fermentation puiri^. en mettant incessamment de nouvelles quantités d'oijgène en contact avec les matières putrescibles; les pu rejetés au faîte des maisons, en souilleraient lair, leu^^^ flux en sens inverse par un tuyau serait parfois unecauv* plus grande d'infection de la maison et des quartiers plus élevés. Nous croyons avec M. de Hennezel (1) qw les dangers d'asphyxie et d'explosion seraient singnlièf^ ment augmentés dans des fosses complètement clos»*s, ^ qu'il n'y a pas lieu de rejeter, dès à présent, la veniilarion par les tuyaux d'évent. Mais l'éminent ingénieur en chef des mines a montré par des expériences anémoméu-iques très rigoureuses que dans ces tuyaux d'évent le courant était presque aussi souvent descendant (10 fois) qu'ascendant (7 fois), nul ou presque nul (6 fois). Il est donc indispensable d'y assurer un fort tirage en plaçant un fover, et en particulier en faisant brûler un bec de gaz, dans U partie du tuyau qui est au-dessus des derniers orifices ées cabinets. On ne se contente pas ainsi de produire un courant qui ferait passer les gaz méphitiques dans Tatmosphère des maisons ou des quartiers plus élevés, car on peut espérer les détruire en les brûlant. Toutefois, quelques explosions survenues par la projection d'allumettes enflammées dans les fosses des latrines ont montré que ces feux de tirage n'étaient pas sans quelque danger (i^;
(1) de Hennezel, happort fwr la ventilation des fones ei ra^sainissement des cabinets d'aisances, {Happorls généraux de la commission des loaemnUt imalubres (i85I-i8()9; Paris, 1877, p. 228 à 244).
(2) Perrin, Rapport sur llnflammation des gaz produits dans les fosset d'aisances, [Rapports généraiu de la Commission des logements insalwh'et; Paris 1877, p. 245 cl 1878, p. 82.)
LATRINES. Wl
I leB becs devraient être par précaution entourés d'une toile , métallique. La dépense en outre est très forte et rend l'ap- , plication du moyen difficile dans les établissements mal te- : nus qui en auraient le plus besoin. M. de Uennezel indique le résultat d'expériences qu'il a faites à ce point de vue; il pense qu'on peut assainir le tuyau de chute desservant un seul cabinet d'aisance à siège béant et de 4 mètres cubes, en faisant brûler par heure 26 litres de gaz dans le tuyau d'évent ; on évacue de la sorte 47 mètres cubes d'air [)ar heure. La dépense sera donc de G24 litres par jour, soit, à 30 centimes le mètre cube, 19 centimes par jour ou "iO francs par an. Un bon appareil d'occlusion hermétique et une bonne installation coûteraient moins cher.
En faisant passer le tuyau d'évent au contact extérieur ou dans l'intérieur des cheminées, et surtout en le faisant déboucher directement dans la cheminée comme en Belgique, comme à Lille (1), on augmente singulièrement la force d'aspiration; mais il faut craindre que les gaz fétides qui s'échappent au sommet des tuyaux d'évent, à plus forte raison ceux qui se dégagent directement dans les cheminées, ne refluent de haut en bas par celles-ci quand on n'y fait pas de feu, et ne viennent infecter l'appartement.
Le type le plus complet de ce mode de désinfection des latrines et des fosses par un courant aspirateur est fourni par la prison de la Santé, où la ventilation, le renouvellement de l'air de chaque cellule, se fait par la cuvette du siège affecté à chaque prisonnier. Le luyau de chute s'arrête à quelques centimètres au-dessus de la tinette mobile, placée dans un couloir souterrain. Ce couloir fermé de toutes parts communique par une large ouverture avec une haute cheminée où l'on entretient à cet effet un feu
(1) Lcllro de H. la profeueur Joiro, do Lillo, [UfUtem, p. 93). Vallin, — Desinfectaxt*. 41
très vif : Tair chaud qui s'élève est remplacé par Vair de la cellule, lequel traverse le tuyau de chute pow arriver dans le couloir souterrain. Malheureusement quand les portes de ce couloir restent largement ouvertes, soit par négligence, soit pendant Tenlèvement des tinettes, rappel se fait non plus par la cellule, mais par cm porte, et les mauvaises odeurs provenant de la vidange arrivent alors directement jusqu'aux prisonniers.
Les appareils ventilateurs, turbines, girouettes à gueule de loup, etc., établis sur Torifice supérieur des tuyaoi d'évent, augmentent généralement le tirage et rendent plus difficiles les courants renversés. Dans quelques maisons mises en expériences, M. de Hennezel a trouvé parfois des vitesses ascensionnelles produisant l'évacuation de 94 à 116 mètres cubes par heure dans la fosse; mais quand la température était presque la même à Viniériem du tuyau et à l'extérieur, l'appel était très faible et Févacuation n'était que de 20 mètres cubes par heure, soU une vitesse de 10 centimètres par seconde dans le tuyau. 11 semble donc avantageux de garnir l'orifice supérieur des tuyaux d'évent avec les ajutages qui réussissent pour te cheminées ordinaires (ventilateur Noualhier, appareil Leroy, système Gilles, bonnet de prêtre, etc.); ces tuyaux doivent en outre être élevés de quelques mètres ou de quelques pieds au-dessus du faîte même de la maison.
Malgré tout, on déplace le méphitisme, on ne le détruit pas. Cela nous semble surtout vrai par ces appareils ventilateurs à force centrifuge ou tarares, qu'on actionne à l'aide de poids, de ressorts, de l'eau ou d'un mouvement d'horlogerie ; on prétend ventiler ainsi les fosses d'aisance comme on ventile un puits de mine ou une salle de spectacle. On a pu avec certains de ces appareils évacuer 40 i 60 mètres cubes d'air par heure; on désinfectait le cabinet, mais c'était aux dépens de l'atmosphère. Qu'on suppose un instant que les 86,015 fosses fixes de Paris soient
L\THINES. 6*3
ventilées et désinfectées de la sorte; Paris ne sera plus qu'une sentine.
On a parfois conseillé de maintenir une lanterne ou un bec de gaz allume au-dessous ou au devant d'une cheminée d'appel s'ouvrant au sommet eu sur une des parois du cabinet. Lorsque le tuyau de chute n'est pas hermétiquement fermé, cette disposition ne peut avoir qu'un effet : remplacer par l'air de la fosse, l'air du cabinet transformé en cheminée d'appel. Au contraire ce moyen peut rendre de grands services quand toute communication est interrompue avec la fosse; l'air aspiré ne peut dès lors se renouveler que par les portes ou les fenêtres. Cette ventilation supplémentaire a d'ordinaire pour but d'entraîner toute odeur fétide qui pourrait être produite par la cuvette mai tenue, par les matières dont elle n'est pas débarassée ou par l'extrémité supérieure du tuyau de chute. Ce système fonctionne au Pabis de Justice pour les cellules des détenus, aux bâtiments d'administration du chemin de fer du Nord ; il est dispendieux, mais très efficace.
Un espace hbrc ménagé entre la tablette du siège et le bord supérieur de la cuvette communique avec un petit conduit ventilateur, et celui-ci débouche dans une cheminée principale de ventilation où se rendent les conduits correspondants à tous les sièges. Un bec de gaz brlile dans chacun de ces conduits, à l"',oO au-dessus du siège, et détermine un courant d'air aspirateur qui assainit le cabinet, la cuvette et l'extrémité supérieure du tuyau de chiite (de Hennezel). Pareille ventilation peut être établie à la partie su|>crieure do chaque dalle verticale servant d'urinoir. L'on peut utiliser ce bec de gaz, a l'aide d'une glace dormante fixée dans la muraille, pour éclairer le cabinet; le grand jour ou la grande lumière fait fuir la malpropreté, prévient l'accumulation des immondices, les accidents et , les maladresses.
Nous avons vu fonctionner rJcemmjnt ce système à
644 DESINFECTION DES HABltATIONS.
récole Monge, et Ton ne perçoit aucune odeur dans k vaste local fermé où sont réunies toutes les latrines. îfalheureusement la dépense est forte ; chaque bec allumé oe chaque siège coûte 65 francs par an ; c'est une désinfecii&a de luxe, qui n'est praticable que dans le cas où chaque cabinet est fréquenté par un grand nombre de personoe*. Il ne nous est pas démontré qu'un lavage supplémentaire représentant une dépense égale en eau simple n'assurerai: pas une désinfection plus complète. Car la moindre interruption dans l'occlusion du tuyau de chute transforme c-î moyen de désinfection en une cause active d'infection \^ l'appel des gaz de la fosse.
Même en laissant constamment brûler un bec de irai dans le tuyau d'évent qui dessert chaque fosse, on n^ aucune garantie que les gaz seront détruits et n'iront pas contaminer l'atmosphère au voisinage de la maison; te gaz qui se dégagent des matières fécales ne sont qu exceptionnellement inflammables, et fort heureusement, sans cela le danger des explosions ferait rejeter le procédé.
Dans les hôpitaux de la Suède et du Danemarck, on emploie journellement un siège ou tonneau mobile où l'aspiration des gaz odorants se fait de la même manière. Cei appareil, d'origine suédoise (fig. 16), dit Closet Marm est basé sur la séparation de l'urine et des matières solides ; un urinoir fixe, disposé à la partie antérieure du siègç, recueille automatiquement l'urine et la conduit à l'extérieur ; toutefois cette disposition doit être inefficace poor les latrines fréquentées par les femmes. M. le D' Schîeisner (1) dit cependant qu'une longue expérience montK que cet appareil répond aux exigences hygiéniques.
On peut placer sur le trajet des gaz qui traversent le tuyau d'évent des substances capables de détruire chimiquement les émanations pestilentielles. MM. C. Girard
(1) Schlcisnor, Exposé ttatiitique de VorganUaiion des Mpiiaujc cirili en Danemarck t avec IX planches ; Copenhagae, 1876, p. 27.
et Pabst (1) ont trouvé qu'en mettant les gaz des fosses, et tous les gaz odorants produits par les Fermentations, en contact avec l'acide sulfurique contenant une certaine propor- Uon de cristaux des chambres de plomb (sulfate de nitro-
FiG. 16. — Qoael •!« HsriDO.
syle), tous ces gaz sont décomposés par les oxydes nitreux mis en liberté sous l'action de la vapeur d'eau qu'ils contiennent. Non seulement, d'après eux, les odeurs seraient ainsi détruites, mais encore les germes morbides seraient chimiquement anéantis. Les appareils disposés par MM. G. Cirard, Pabst et Sulliot, ont été mis en expérience à l'hôpital de la Pitié et au laboratoire municipal de la Préfecture de police; nous en empruntons la description et les figures suivantes au journal La Nature, et à une note manuscrite que les auteurs ont bien voulu rédiger sur notre demande,
(I) La ditinfection par le» aeidei nilreux (La Nature, 9* aniiéo ISSI p. SH'i). —Girard et Pabst, Déiinfection de* vidange» par Ut produits ni irettx [Comptet-rendiu ie tAeadimie de» Science», séanca du 10 ociobrs tSSOt ei Revue trhggiine et de palùe eanitaire; 1881, p. 166).
de l'appareil, au-dessous de la prise des gaz. La vapeur d'eau conlenue dans l'air et le gaz de ces fosses, en venant se condenser sur le coke de l'appareil, dégagent constamment les oxydes nitreux contenus dans l'acide sulfurique nitreux, et ceux-ci détruisent alors les corps odorants et délétères, tels que l'hydrogène sulfuré. Le tirage du tuyau d'évent est aidé par un appel développé au moyen d'une flamme de gaz.
La figure 11 représente l'appareil ouvert, defaçonàmontrer la disposition de la colonne de coke et du petit vase poreux où l'on verse de temps en temps l'acide sulfurique nitreux, par l'intermédiaire d'un entonnoir extérieur. Le bec de gaz destiné au tirage est visible en partie.
« Le système a été essayé à l'hépital de la Pitié, où se trouve une fosse de 40 mètres cubes desservant le pavillon des femmes en couches. Les cabinets recevant toutes les déjections, les placentas et autres détritus du service, se trouvaient à cété de la cuisine et communiquaient avec la salle des malades par une entrée de quelques mètres carrés non ventilée. Bien que l'on eût disposé des sièges à soupapes, l'odeur était épouvantable. La fosse possédait un tuyau d'évent encastré dans le mur et par conséquent fonctionnant mal, et en outre deux orifices de vidange. Le tuyau d'évent a été bouché ; sur l'un des orifices on a disposé une prise d'air avec un tuyau de grès de 20 centimètres aboutissant à une colonne en grès de 30 centimètres de diamètre et i mètre da haut, remplie de coke, sur laquelle on a disposé un couvercle avec un tuyau de tôle de 3 mètres; un bec de gaz déterminait le tirage. Des trous percés dans le couvercle et fermés par des bouchons permettaient de verser l'acide neuf; l'acide épuisé était soutiré par un robinet en porcelaine au bas de la colonne en grès. Au bout de quelques jours, le tirage était établi et les cabinets désinfectés; les gaz sortant de l'appareil étaient complètement inodores. EnSn, à la première vidange, on
constata que la fosse était aérée et que les liquides étaiei moins odorants que d'habitude. Ce résultat s'est mainteD pendant près d'une année; après quoi, divers accideoi étant survenus aux appareils et le nouveau directeur ayai demandé quelques modifications aux expériences entn prises, on a cessé d'entretenir les appareils de la Pitié. U autre avait été disposé sur une fosse de 120 mètres c^ibe et les résultats, quoique moins nets à cause des condi tiens défectueuses où Ton se trouvait placé, étaient salis faisants. Le système a été appliqué depuis à la Préfec ture de police, à l'hôpital des Enfants assistés, chez diva grands industriels, enfin sur le quai du Louvre, où Yb\ pareil, ingénieusement caché dans une coIonne-afBche: désinfecte les latrines publiques. » (Note manuscrite d MM. Girard et Pabst.)
Une part du mérite de ces ingénieuses disposition: revient à M. Sulliot (1), qui a combiné l'emploi du suUal de nitrosyle ou cristaux de chambres de plomb, imagii par MM. Pabst et Girard, avec l'emploi de l'éther azotei préconisé par M. Peyrusson (voir p. 207). Dans sa cor munication à l'Institut, il a montré de quelle façon c pouvait modérer l'action irritante de l'acide azoteux, ren placer à volonté ce produit par l'éther nitreux, etc. L'a; pareil qu'il a proposé a beaucoup d'analogie avec celi que MM. Girard et Pabst ont adopté.
Ces appareils peuvent en outre, à l'aide de modifica tiens très légères, servir à désinfecter les gaz qui pro viennent du traitement des vidanges par la distillatior Le problème si difficile d'établir des fabriques de sels an moniacaux, sans inconvénient pour la salubrité et la cou modité publique, pourra peut-être être résolu à l'aide d Facide sulfurique nitreux. Cet acide en effet se produi journellement en grande quantité dans les colonnes
(1) SuIIiot, Sur Vaction des cristaux des chambres de plomb, {Compte rendus de VAeadémie des sciences, séance du 4 avril 188t, p. 881.)
k coke placées à l'issue des chambres de plomb ; la fabrieai tion du fulmicoton et celle de la nitrobenzîne laissent i d'abondants résidus d'acide suUurique nitreux, jusqu'ici U ïans emploi. Enfin, avec l'emploi de ce désinfectant, la I combustion des sulftires organiques, tout en amenant la ) destruction de l'acide nitreux, laisse intact l'acide sulfuri- I que, lequel peut dès lors, après avoir fonctionné dans les colonnes désinfectantes, rentrer dans la fabrication du sulfate d'ammoniaque ou des superphosphates (P. Dehérain).
Il nous reste à dire quelques mots d'un mode spécial de désinfection des déjections humaines et à la rigueur des latrines. Nous avons déjà parlé (p. 44) du pouvoir absorbant el désinfectant de la terre sèche et des poussières; nous devons donner ici la description des appareils qui peuvent servir à cet usage.
Le plus simple consiste en un baquet en zinc ou même en bois, recouvert d'une planche percée d'une lunette, ou placé au-dessous d'un châssis fixe représentant ta tablette d'un siège ordinaire. A côté se trouve un seau rempli de terre desséchée au four ou au soleil et réduite en poudre grossière; on peut se servir encore de poussières sèches provenant des balayures des magasins de fourrages, de déchets de graines, de faunes sèches, de poussier de tourbe, de tan épuisé, de résidus des fdatures et fabriques de tissus, de tontisses de laine; tous ces produits organiques sont bons, pourvu qu'ils soient parfaitement secs. Chaque visiteur jette dans le tonneau, à l'aide d'une pelle, 1 kilogramme au moins de cette poussière avant de se retirer ; 1 kilogramme suffit s'il n'y a que des matières solides; il faut doubler la dose s'il y a eu en même temps émission de 200 grammes d'urine. Si l'on doute de l'exactitude des visiteurs, et l'on fera bien d'en douter, on pourra se contenter de faire passer dans les cabinets, 3 fois ou 4 fois par jour, un agent qui recouvrira chaque
650 DÉSINFECTION DES HABlTATIO!fS.
fois les matières d'une couche suffisante de poudre; b quantité de terre versée dans le tonneau en 24 beui^ doit égaler o ou 6 fois la quantité totale des matières rendues. Dans ces conditions, la désodorisation est abs^lo^: c'est à peine si dans le cabinet même on soupçonnerai l'existence des matières contenues dans le tonneau. Aq bout de quelques jours, quand ce dernier est rempli, on k transporte dans une cour ou un jardin, on vide le compi>ï". qui est solide, n'adhère nullement aux parois et ne dêgaf pas d'odeur quand on le remue. Cet amas est laissé >oa5 un hangar couvert, à l'abri de la pluie, pendant plusiears semaines ou plusieurs mois ; il reste indéfîniraent inodoi?. à moins qu'il ne soit délayé par la pluie. Si on veut faiw servir le mélange plusieurs fois de suite à de nouvelles désinfections, il faut l'étaler afin qu'il se dessèt^be coni' plctcment; c'est à cette condition expresse quil conserve toutes ses propriétés. Quand toute la masse s'esllnnsformée en terreau par une humification lente et insensible on s'en sert comme engrais ; même à l'état frais, au sortir des cabinets, ce compost peut être immédiatement enfoui pour fumer la terre ; dans ce dernier cas, les champs ainsi engraissés dégagent par les temps de pluie une odeur de vase un peu fécaloïdc.
La main-d'œuvre est difficile : il faut des bras pour faire le transport, il faut avoir à proximité de la terre en abondance, de la chaleur perdue pour la dessécher, de^ champs à engraisser. Ces conditions se réalisent facilemeni dans les fermes, les exploitations agricoles, dans les usines, les manufactures établies à la campagne, à la rigueur dans les écoles, les pénitenciers, les camps, les casernes. Dans presque tous ces établissements, au moins à la campagne, les latrines sont dans un état déplorable et sont une cause incessante de maladies typhoïdes ou autres; toute tentative de désinfection sérieuse au moyen des agents chimiques est d'ordinaire impossible. Le mieux est scu-
LATRINES. eei
vent de combler la fosse et d'installer dans une autre place un système moins insalubre. Nous trouvons décrit et figuré dans les mémoires de MM. Buchanan et Netten Radcliffe une disposition fort simple qui parait très usitée en Angleterre, Un cabinet en planches ou en briques, avec double toit, est dressé dans une cour ou un jardin. Derrière la paroi postérieure, et abritée par le bord saillant du toit, se trouve accrochée une hotte de bois, en forme de boîte au\ lettres, où chaque matin l'on jette les cendres des foyers, lis balayures, de la terre sèche. Le fond de la boite est garni d'un crible ou tamis en toile métallique; une poignée mobile passant à l'intérieur permet de secouer la boite ou d'ouvrir un opercule inférieur qui laisse échapper une certaine quantité de poussière; celle-ci suit une plaque inclinée qui traverse la cloison et vient tomber dans le tonneau ou le baquet placé f^ous le siège. Ces appareils n'ont pas un jeu très régulier; ils paraissent cependant moins fragiles, moins prompts à se déranger que ceux qui fonctionnent automatiquement par le poids du visiteur. Au bout de quelques jours, quand le baquet est rempli, on le porte directement dans le champ où on enfouit le contenu. C'est en somme une fosse mobile parfaitement inodore. Malheureusement, si par négligence ou par oubli on vide les vases d'urine ou les eaux de lavage dans ces sortes de . latrines, on perd tout le bénéfice de cette désinfection par la méthode sèche.
Un industriel français a imaginé une disposition fort ingénieuse pour assurer plus complètement le mélangedes déjections avec la terre ou les poussières sèches. Dans le procédé Goux-Thulasne, le fond d'une barrique est garni d'une couche de matières absorbantes. L'on introduit ensuite un moule tronc-conique en tôle, d'un calibre un peu plus petit que la cavité du tonneau, et l'on remplit l'intervalle qui sépare ce dernier du moule, avec des matières pulvérulentes qu'on lasso avec soin. Quand l'opération est
camp de Vincennes, à l'hôpiiat mililaire de Bourges, est un excellent moyen de désinfection des matières fécales. 11 est évident qu'on doit disposer, au voisinage, des urinoirs spéciaux, parce que le mélange de l'urine aux matières fécales salure trop rapidement d'humidité les poussières absorbantes. 11 serait facile d'ajuster à la partie antérieure du tonneau un réservoir infundibuliforme, destiné à recueillir séparément l'urine, comme on le voit représenté dans la figure 16. l<a quantité de poussière sèche nécessaire pour la désinfection serait ainsi réduite des trois quarts. Mais que fera-t-on de l'urine?
En Angleterre on a voulu généraliser cette sorte de latrines à la terre dans les maisons particulières; on a dit que l'on faisait ainsi disparaître toutes les causes d'insalubrité et d'incommodité qui proviennent des fosses fixes ou mobiles, des opérations de vidanges, et même de la communication directe des latrines avec l'égoût. Nous croyons que ce système n'est vraiment pas praticable dans les grandes villes, au moins d'une manière générale ; maïs il peut rendre des services dans des cas particuliers, par exemple pour garde-robes destinées à la chambre d'un malade. Nous avons déjà dit que c'était un bon moyen de désodoriser les selles extrêmement fétides de certains malades (diarrhée de Cochinchine, dysenterie, cancer du rectum), surtout quand les matières sont exposées à séjourner toute la nuit ou une partie de la journée dans la chambre du malade.
Le dessin ci-après (fig. 19) permet aisément de comprendre le mécanisme de ces sortes d'appareils.
Il faut éviter que les serviteurs ne vident les bassins ainsi remphs de terre dans les fosses fixes ou mobiles ou dans les cabinets communiquant directement avec régoùt. La terre en produisant des amas, des bancs solides, obstruerait les égoûts et deviendrait un obstacle au bon fonctionnement de ces canaux. Ce n'est pas un des moin-
dres inconvénients de l'usage de ces appareils dans te villes ou Ion trouve malaisément un lieu de dépôt pour
. auiomaliqucBH
A Ri ervoir rempli de lor sècl e — B G. PIuds cd boU dcsiîops i i V s«r la torro et 4 eu niude er 1 écoulement. — D. Plaque en idie cm du saot la lerrc sur les u ai ^re et outrant la caisse A par le jeu d leviers J H C E actiUDUUCi [>ar le poid» du visiteur.
UTRINES. 683
porter chaque jour ces matières encombrantes. La difficulté esl bien diminuée quand il s'agit d'un hôpital, d'un établissement public, où il existe de vastes cours ou jardins. Nous devons mentionner ici l'excellent effet désinfectant qu'on obtient avec la suie des cheminées et en général avec les poussières de charbon, pour enlever la mauvaise odeur des baquets, urinoirs, linetles mobiles de toutes sortes qu'on est souvent forcé de placer dans des locaux où il n'existe pas de latrines ; dans les locaux pénitentiaires des casernes, dans les corps de garde, dans les cours, ces récipients dégagent souvent des odeurs intolérables. Une petite quantité de suie provenant du ramonage des cheminées et projetée à la surface du liquide ou sur les matières, fait presque instantanément disparaître toute odeur. Ce moyen est très anciennement connu, il est trop négligé et mérite d'être plus souvent employé (i); la difficulté de conserver la suie, la malpropreté qu'elle entraine, sont les véritables causes du discrédit relatif dans lequel il est tombé;' c'est une ressource précieuse qu'il ne faut jamais oublier.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur les avantages qu'on retirera de l'emploi de l'huile lourde de houille pour la désinfection préventive et uliciieure de ces tinettes mobiles. L'huile lourde non seulement adhèreaux parois qu'elle désinfecte, mais encore en surnageant les liquides des déjections prévient ici surtout le dégagement des mauvaises odeurs. Le badigconnage des parois interne:^ des tinettes avec du goudron produit également un excellent résultat : l'opératior. peut être renouvelée toutes les se-
(1) SalJDicr il BrauU, \olt iur Vemploi de la taie de houille comme mo^en de lUtinfectioa det baqatU à urine (Reeneit det an^mairet de médecine militaire, ISH, T. M-, p. 339). — R. Ellioi, On sool at a deioderUer of prinUt [The Lancet, 1853, T. 11, p. 31S). — ChevulUFr, Du charbon toiM le rapport hggifnique {AnnaUi d'hygiène, juillet 1N56, p. 68). Moiide. De l'application du coke de Itoghead en poudre à la contervalicn et à la d^tinfectUm det matièrt» animalet H végélaltt {Journal de chimie midicah, 1S5S, T. V, p. 569).
656 DÉSINFECTION DES HABITATIOIf S.
maines : le goudron empêche la fermeotaiion et la décomposition de r urine.
La désinfection de tous les récipients ayant contena des matières infectes sera obtenue par l'un des liquides que nous avons déjà plusieurs fois énumérés : solution de sulfate de fer, de sulfate de zinc, de chlorure de zinc. d'acide phénique, à 2 pour cent, eau bouillante. En cas d'imprégnation profonde, il est facile de retourner le récipient sur le sol, de faire brûler au-dessous quelques grammes de fleurs de soufre, ou de carboniser très léi^ rement les parois internes en les flambant avec de la paille ou des copeaux.
Pour les ustensiles destinés à recevoir les déjections dans les appartements, nous renvoyons au chapitre
DÉSINFECTION NOSOGOMIALE.
ÉMANATIONS ET DÉGAGEHENTS.