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CHAPITRE Vt

La désinfection industrielle peut se résumer sous trois chefs principaux, désinfection : 1° des dégagements (gaz ou vapeurs) ; 2' des liquides ; 3" des résidus solides. Nous passons très rapidement en revue ces diverses questions, qui fourniraient aisément la matière d'un traité spécial (1).

ART I. — ËKANATIONS INDUSTRIEUES, OËQAQCIIElfTS.

La plupart des usines dégagent des vapeurs, des gaz, des odeurs, qui en rendent le voisinage incommode et insalubre; c'est ce qui a déterminé leur groupement en trois classes, et leur éloignement plus ou moins grand des habitations humaines. Les vapeurs d'acide chlorhijdrique caractérisent les fabriques de soude et de chlorures ; Yacide sulfureux est produit par la combustion de la houille, la fabrication de l'acide sulfuriquo, le radinage du soufre, le grillage des sulfures métalliques; les vapeurs nitreuses (acides nitreux et hypoazotique) sont communes dans les fabriques d'acides nitrique, sulfurique, oxalique, arsénieux, picrique, de nitrobenzine ; l'hydrogène sulfuré, l'ammoniaque, se dégagent surtout des usines à gnz, et accidentellement d'un grand nombre d'industries; les émanations putndes ou cadavéreuses sont propres aux usines où l'on traite les matières orgaganiques par la chaleur, fonderies de suif, fabriques de colle forte, traitement des vidanges, etc.

(1) Voir k ce poiDi do tuo reiccUcDi Manuel iThygiène inimtrtelle, de H. lo Dr A. Nupiai ; Paris, HassoD, 1881, Cbap. iv el ?, p. loO à SiO. Valli.'4. — Dfsi.irECTAnTS. 4)

Nous passerons très rapidement en revue les moyens généraux de préservation ou de désinfection.

V CONDEiNSATION DES VAPEURS ET DES GAZ PAR l'eaU. —

Les gaz et les vapeurs peuvent être condensés de plusieurs façons :

a. Dans des vases de saturation remplis d'eau, on conduit les gaz, qui viennent barbotter à travers le liquide; c'est ainsi qu'on obtient des solutions saturées utilisées dans rindustrie: les inégalités ou les excès de la pression, les fuites, rendent souvent l'application de ce procédé difficile.

b. Les gaz ou vapeurs, au lieu de traverser une couche épaisse de liquide, sont mis en présence de larges surfaces simplememcnt humides, qui sont rapidement saturées. Tantôt on fait passer ces gaz à travers des batteries de 50 à 300 bonbonnes, dans lesquelles un mince filet d'eau, arrivant en sens inverse, humecte constamment les parois ; c'est le système français. Tantôt, on construit en maçonnerie des tours à cascade, des colonnes, remplies de coke ou de briques qui multiplient les surfaces, et qu'on arrose d'une pluie fine; les gaz ou les vapeurs traversent ces colonnes, saturent les minces nappes d'eau qui tapissent les vacuoles des corps spongieux, qu'on lave ensuite dans de l'eau pure ; c'est le système anglais.

c. On lance des jets de vapeur ou d'eau froide pulvérisée dans les conduits parcourus par les dégaseraents; chaque gouttelette retient mécaniquement, ou par dissolution, les principes volatils qui tendent à s'échapper au dehors; c'est ainsi qu'on désinfecte les gaz qui se déijagent des fonderies de suif, etc. ; depuis quelques années, en Angleterre, ce moyen est employé pour retenir non seulement les principes volatils, mais encore les fumées. C'est une imitation de la purification de Tatmosphère par la pluie.

ÉMANATIONS ET DÉGAGEIENTS. u8

Nous croyons inutile de parler ici des hottes, qui ae soDt qu'un moyen plus actif et plus direct Je ventilation. II en est de même des opérations en vase clos ; dans beaucoup de cas, c'est en quelque sorte la hotte descendue jusqu'aux bords de la cuve ; les guérites ou cages vitrées sont intermédiaires aux hottes et aux vases clos ; elles rendent de grands services pour protéger les travailleurs contre les poussières. Mais, dans tous ces cas, on déplace la source d'insalubrité, on ne la détruit pas; on dissémine les principes nuisibles dans l'atmosphère, on les envoie chez les voisins, on ne les Tait pas disparaître ; ce n'est pas de la désinfection véritable.

2° Passage a travers les foyers. — Lorsque les gaz malodorants ou dangereux sont inflammables, on les détruit en les dirigeant à travers les foyers, auxquels ils fournissent un aliment de chaulîage économique; mais les dégagements ne sont souvent qu'incomplètement combustibles, et ils se décomposent difficilement au contact des foyers (produits de la fabrication du suif, du savon, de la colle forte, des vernis, traitement des matières de vidanges, hydrogène sulfuré). Les buées ou gaz odorants sont d'ordinaire amenés des générateurs ou des chaudières sous le foyer de la façon la plus simple. Nous donnons, ici, d'après le D' Ballard (1), le schéma de l'appareil le plas ordinairement employé (fig. 20).

Les soins les plus minutieux ne réussissent pas toujours à empêcher une partie de ces principes volatils de traverser les foyers sans être complètement détruits par le feu. Les mauvaises odeurs dégagées par les. fabriques d'engrais qui entourent Paris prouvent la difficulté qu'on éprouve à brûler ainsi ces émanations infectes. Le plus sou-

(1) D' Ballard, Report in retpect of the inquiry a» to effluviam nuitancei (vi' Annual repart of the local Gooemment Board; Report ofthe

médical officer for 1876 Loudon. ISIS, p. S03.)

eCO DÉSINFECTION INDUSTRIELLE.

vent on se contente de faire appel par la cheminée desgénén-

leurs sur les gaz ou vapeurs qui se dégagent desappareife:

Fie tO. — Schém» de Ballard pour l« combuslion des bu4ei «t fituo-

A. ChaudiMe. — B. Fojcr. - U. E. Portes. — F. CouT«rdt. - G. Caifduil faisant passer les gaz de la chauditre Au-dessous da foitr. H. Tuyau de fumée se readanl dam Ift chemiaée.

mais la rapidité du tirage par des cheminées de 50 mèlres de haut est si grande dans la plupart des cas, qu'uoe grande partie de ces gaz n'a pas le temps d'élre di*composéc, ou qu'ils refluent au moment où l'on ouvre les foyers pour les charger de combustible. Il va sans dire, que les portes figurées par exemple en D et en E, dans la figure 20, doivent être hermétiquement fermées.

ËMjUtATIOHS ET DËGAGEHENTS. 631

M. Aimé Girard a montré (1) que les buées et les gaz devaient être directement conduits sur des appareils de combustion spéciaux, entièrement indépendants de la cheminée de l'usine. Quant à la construction de cet appareil spécial < les uns le veulent constitué par un véritable foyer chargé de coke, et de disposition particulière; les autres préfèrent le composer de chambres de briques chaufrées au rouge et analogues au four Siemens ; d'autres encore lui préfèrenl les foyers à dalles, etc. C'est à l'expérience de décider entre les uns et les autres. » M. Aimé Girard croit qu'avec les usines ainsi construites, le traitement à chaud des matières de vidanges par l'acide sulfurique peut se faire sans aucune infection de l'air du voisinage.

Les opérations les plus infectes, telles que la transformation des débris d'équarrissa^e en gélatine ou en engrais, doivent se faire à une pression de plusieurs atmosphères, dans des chaudières autoclaves, munies d'appareils spéciaux, dans lesquels les vapeurs odorantes viennent se condenser; il est souvent nécessaire démettre les chaudières en communication, non seulement avec des condenseurs, mais aussi avec des foyers.

Les salles de séchage des toiles vernies et goudronnées, etc., doivent être mises en communication, par un appel puissant à travers des canaux, avec des foyers capables de détruire tous les principes volatils, ordinairement très infects.

Les grandes cheminées, malgré des hauteurs qui atteignent parfois 100 mètres, n'agissent guère qu'en dispersant dans l'atmosphère et en diluant dans l'air les gaz cansli-

(I) CammJBsioo do l'asaainUsenient de Paris. Rapport de M. Aimû Girard, inr {infection provenant du ètablùmmeal» qui reçoivent ou inanipa/râ/ lei matiéreM de vidange*. Paris, Imprimoria DïlioDalo, 18^1, p. 17fi — Vallin, Ltt projet» d'auainiuement de ParU, Aeime 4'ltygiine et de polie» tanilaire, octobre 1B8I p. M)9.

eet DÉSINFECTION INDUSTRIELLE.

ques comme r acide chlorhydrique, ou les principes odorant; elles n'empêchent souvent ni la destruction des arbres ni l'infection dans un immense périmètre; c'est un mo\eD infidèle, sur lequel il faut moins compter que sur m bonne installation intérieure des foyers et des conduits de dégagements. Ces hautes cheminées permettent parfois de mélanger les produits d'opérations différentes, de neutraliser, par exemple, l'acide chlorhydrique et rammon^joe qui se dégagent chacun de leur côté dans ce conduit terminal commun. Les fumées sont une cause de gène considérable, et la fumivorité est un problème si difficile à résoudre, qu'on n'a pu encore imposer aux usines, non plus qu'aux chemins de fer, l'obligation de brûler leurs fumé*>:, inscrite dans les règlements sanitaires ou dans les cahiers des charges des compagnies. Cette question ca[)itale, à laquelle des travaux récents paraissent avoir fait faire de grands progrès, sort trop du cadre général de ce livre pour être traitée incidemment ici (1).

Dans les ateliers où l'on travaille le phosphore, le D' Letheby, de Londres, a singulièrement diminué la fréquence des accidents de nécrose, en faisant placer des vases remplis d'essence de térébenthine (2); il propose, en outre, de faire porter aux ouvriers, suspendue au cou et appuyée sur la poitrine, une petite boite de fer blanc, remphe de térébenthine, et à orifice ouvert. Le D' Letheby a constaté qu'une proportion de moins de 1 sur 4,000 d'essence de térébenthine dans Tair, suffisait à empocher la diffusion des vapeurs phosphorées. On pourrait trouver une autre

(1) Voyez: Instruction du Conseil d'hygiène delà Seine (27 avril laVi;, Sur les moyens d'empêcher la production de la fumée; rapport de M. Combes (8 juillet 1869), Sur la suppression de la fum^e [Traité d'k^gitane industrielle do Vernois, T. I, p. 74, et Dictionnaire d'hygiène, àt Tardicu, Fumée. Flmivorité. — De Frcycinel, Traité d'assainissement industriel, 1870, p. 307 à 328. — E. Vallin, Les brouillards de Londres et la fumivorité (Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1882, p. 201).

(2) L'essence de térébenthine antidote du phosphore (Gazette hebdo^ madaive, 18G9, p. 15-i; 1872, p. 833 et 1873, p. 1).

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